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d'abord mes pas; je marche plus de trois quarts d'heure à travers des rues tirées au cordeau comme celles d'une ville américaine. Malgré le départ de la cour pour Tokio, les rues ont conservé une animation extraordinaire et une couleur locale nettement marquée. Allant un peu au hasard dans ces rues actives, je me trouve subitement devant Téglise catholique et je m'empresse de présenter mes respects au curé, un Français, qui me reçoit le plus aimablement du monde.
Malheureusement le palais impérial est fermé aux profanes, et la sentinelle postée près de la porte m'arrête avec un « arimasen », « on ne passe pas », qui m'enlève toute velléité d'essayer d'entrer. Le palais ou Gosho est composé d une série de bâtiments entourés de fossés et de remparts blancs au travers desquels six portes sont ménagées ; un parc le sépare de la ville. L'aprèsmidi, visite de plusieurs temples situés sur la colline orientale : le Kiyomidzu-dera d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur Kyoto et les environs arrosés par la Katsuragawa et la Kamogawa, les temples bouddhistes Higachiotani, Kokaidji et Nichiotani ; au retour, arrêt assez long au temj)le de Ghion, orné de sculptures très fines.
Le lendemain dimanche, par une pluie battante, un korouma me mène à l'église catholique, belle dans sa simplicité; le Père Aurientis qui en est le desservant m'invite et me retient longtemps au presbytère. Malgré les averseô consécutives
qui transforment en canaux boueux les rues de Kyoto, je me fais conduire ensuite à quelques temples bouddhistes au nord de la ville.
Partant le ly pour Vladivostok et voulant être assuré d'une place sur le steamer, il me faut, le i5 juillet, aller à Kobé à l'agence de la Nippon Yusen Kaislia; au retour arrêt à Osaka, où M. Favre, consul de Belgique, avec lequel j'avais 1 fait précédemment la traversée de Singapore à
Saigon, me reçoit cordialement. Après le déjeuner, deux pousse-pousse nous attendent, chacun tiré par deux Japonais et nous visitons la Monnaie, édifice construit II y a une trentaine d'années où l'on frappe toutes les pièces de Japon et de Corée. A 3 heures, nous nous remettons en route pour visiter le château-fort, bâti au milieu du xyi"" siècle. Il avait à l'origine sept fossés et six remparts circulaires; il ne reste plus que trois de ces derniers, formés de blocs de granit d'une grandeur colossale : quelques-uns ont 8 mètres de long sur 6 de haut et 4 d'épaisseur. Le château occupe une superficie considérable, mais les bâtisses sont en somme de peu d'importance. Ce qui lui donne un aspect imposant ce sont ses énormes remparts de pierre, ses portes de fer et ses fossés remplis d'eau. La dernière enceinte est la plus petite et la plus élevée; elle a environ 5o mètres de côté et commande toute la plaine ; on y jouit, parait-il, d'un très belle vue sur Osaka, qui, pour le moment, est perdu dans un brouillard de pluie : à peine distingue-t-on les hautes cheminées de la Monnaie.
I)e nouveau, nous voilà en pousse-pousse filant à travers les faubourgs et les champs, vers une manufacture (rallumettes. Cette usine où Ion fabrique des milliers de i^etits bâtonnets de bois est intéressante spécialement i)ar Taspect qu^offrent les différentes salles où des ouvrières de tout âge sont occupées aux maniiDulations nombreuses yar lesquelles passe une planche de sapin pour se transformer en allumettes. Précisément c'est jour de paye et par devant le comptable de rétablissement défilent, une à une, toutes les ouvrières dans leur costume d'atelier, toutes du type dit grossier en ethnograi^hie, type commun à la masse du peuple et qui est le résultat très probablement du croisement de Mongoloïdes avec des Indonésiens. Le type opi)osé, ou tyi^e noble, se rencontre presqu'exclusivement dans les classes supérieures de la société ; la classe des geishas, chanteuses et danseuses, offre souvent des types d'une finesse remarquable.
Nous passons la soirée dans un des grands théâtres d'Osaka, où M. Favre avait eu l'amabilité de retenir une loge au premier étage. Le spectacle commence tous les jours à lo heures du matin pour se terminer à ii heures du soir; il coml)orte souvent quatre i)ièces qui se suiyent sans autre interruption que les entr'actes. Le répertoire comprend deux esi)ôces de pièces : les anciennes qui ont été conq)osées autrefois et mettent en scène un homme célèbre, les exploits d'un héros, des drames tirés de la mythologie ou des légendes japonaises; et les modernes, drames ou
comédies dans lesquels l'auteur représente di faits récents ou de la vie journalière.
Les théâtres japonais sont de g'randes con tructions de forme caiTée ; la scène a ceci c particulier qu'elle est formée d'une plate-fom tournante. Si l'action par exemple se déroule dai une maison d'abord, ensuite dans le jardin qi se ti-ouve derrière, la scène représentera dans ] première partie l'intérieur de la maison ; pui tous les acteurs étant sortis i)ar la porte du fon< la plate forme pivote sur elle-même et présent aux spectateurs le jardin où s(mt allés les acteurt Procédé facile et pratique pour les chang:enient scéniques. Le reste de la scène est occupé pa des décors sur les côtés, et à gauclie par une logdans laquelle se tient l'orchestre. La salle es carrée et en plan incliné, divisée en comparti ments (»ù quatre personnes assises à l'orientait peuvent prendre place : ni chaises ni bancs ; lei traverses en bois séparant les l'ompartinienti permettent aux suivantes et aux domestique; d'apporter aux spectateurs du thé, des rafraî chissenicnts et des victuailles. Dans le fond ei sur les côtés, des places à meilleur compte ; ax premier étage, des Iog:es comme en dessous, maii avec de petits bancs à l'usage des Euroi)éens. Lia scène se prolonf^e jusciu'au fond de la salle pai deux passaf^es en plan incliné, qui servent d'en^ trée ou de sortie pour les acteurs.
La salle est d'un aspect des plus intéressant beaucoup de femmes dans ce costume qui sied si bien aux Japonaises, le kimono, ample vote-
ment, léger ou ouaté suivant la saison, retenu à la taille imr une ceinture appelée aubi ; elles sont assises les jambes croisées sous elles, tenant à la main un éventail, partie essentielle de leur accoutrement ; i)rès (Velles leur nécessaire à fumer et l'inévitable service à thé. Tous les spectateurs suivent la pièce avec une attention extrême et i)rennent un tel intérêt à Taction que très souvent ils interrompent Tacteur pour Tapplaudir, pour lui dicter sa conduite, pour le mettre en garde contre les menées de son ennemi ou pour accabler le traître d'injures.
Les acteurs sont en général bons ; ils jouent naturellement, sans emi)liase, ne visant pas au tragique et ne recherchant i)as l'effet par une mimique outrée. Les femmes ne sont pas admises sur la scène ; les rôles féminins sont remplis par des hommes et rendus avec une telle vérité que l'on i)ourrait s'y tromper aisément.
Le drame qui termine la représentation est tiré d'un événement récent : un officier de l'armée revenant d'une campagne apprend que son frère a tué ses imrents pour obtenir plus rapidement sa part d'héritage qu'il dépense en débauches et en plaisirs ; il tue le i)arricide pour venger ses parents. Ce drame est rempli de scènes magnifiques, i)leines de pathétique; elles sont cependant l'œuvre des acteurs eux-mêmes qui, une fois en possession du sujet, écrivent en commun leurs rôles, imis font des essais et des remaniements. En général ces pièces sont très morales, mais aussi très réalistes. C'est ainsi qu'on assiste au
meurtre par le mauvais fils des parents, père, mère et frère : il donne à sa mère un coup de sabre dans le dos et aussitôt une raie rouge se marque sur le vêtement, le sang se dessine peu à peu, puis jaillit à flots ; le coup donné au frère met le bras en sang et le coup porté droit à la poitrine du père ensanglante le meurtrier et la scène.
La musique est simple et ne sert qu'à accompagner les paroles, soulignant la joie ou la douleur par des sons gais ou tristes ; souvent elle annonce ce qui suit et prépare les spectateurs aux faits qui vont se dérouler. L'action est coupée par des intermèdes amusants, danses, féeries, exercices d'acrobates, bataille, etc.
Et pour me japoniser complètement dans ce milieu complètement japonais, mon aimable guide fait servir un souper à la japonaise : œufs brouillés, cuisses de poulets, sauté de veau et légumes qu'il me faut manger avec des bâtonnets tout en ne perdant rien de ce qui se passe sur la scène. Les indigènes autour de nous et au parterre en font autant et ne cessent de manger ou de grignoter des friandises que pour fumer une pipette ou boire une tasse de thé.
Aux odeurs qui émanent de cette foule en habits de couleurs chatoyantes s'ajoutent les odeurs des mets préparés selon les ordonnances de la cuisine indigène, du tabac que les fer^mes fument dans de mignonnes pipes et que les hommes roulent en cigarettes, du thé apporté tout bouillant, des eaux parfumées dont s'imbibent les gentes
daines, d'huile fine ou rance dont sont imprégnées les coiffures luisantes et ajustées avec art, pendant que les grosses lampes à pétrole placées à profusion dans la salle surchauffent Tatmosphère et rendent presque irrespirable Tair qui n'a pas été renouvelé de toute la journée. Nous restons cependant jusqu'à la fin, car le spectacle vaut la peine d'être étudié dans ses moindres détails.
A II heures, la représentation est terminée et en attendant l'iieure du départ du train qui doit me ramener à Kyoto, nous faisons une promenade dans les rues d'Osaka ; c'est une vraie foire, avec acrobates, joueurs de tours, diseurs de bonne aventure, lutteurs, graphophones, déclamateurs, bazars, boutiques, etc. ; et du monde ! à croire que tout Osaka s'est donné rendez-vous dans ces rues centrales.
Vers 2 heures du matin, je suis de retour à Kyoto, heureux de goûter enfin quelque repos.
Le lendemain, la matinée est donnée à la correspondance et l'ai^rès-midi je fais quelques courses au Sanjo, la grande rue commerçante de Kyoto, pour y admirer des spécimens de l'industrie japonaise : broderies, émaux, ivoires sculptés, incrustation d'or, bronzes artistiques, I)orcelaines, objets en laque et en bambou, etc.
lie soir, les environs du temple de Chion-in situé au pied de la colline de Marouyama, sont remplis de monde, hommes, femmes et enfants qui sont venus faire leurs dévotions devant les idoles, examiner les éventaires des marchands de
jouets et de potiches, s'asseoir en plein air sur les pelouses des maisons de thé ou sous le feuillage frais d'arbres séculaires. Partout une profusion de lanternes en papier, grosses et petites, de toutes couleurs ; de ci de là des brasiers suspendus qui jettent des éclairs sur cette foule mouvante.
Au bas du temple, dans la rue de Gion qui y mène, même foule bigarrée : geishas aux cheveux artistiquement arrangés, aux lèvres teintes de carmin, qui se rendent dans les maisons de thé pour y exécuter des exercices chorégraphiques, mamans conduisant leurs marmots par la main, jeunes gens habillés à la japonaise mais coiffés à l'européenne, jeunes filles dans leurs plus beaux atours, ouvriers fumant la pipe et se promenant avec nonchalance ; des milliers de lanternes hautes d'un mètre éclairent la rue à giorno. Chaque magasin a paré sa façade et étalé ses plus beaux objets; les particuliers eux-mêmes ouvrent leurs maisons et disposent dans la première place leurs meubles de valeur.
Le lendemain 17 juillet a lieu la première partie du festival annuel pendant laquelle le dieu du temple de Gion no Yashiru est conduit en grande pompe dans un autre temple shintoïste d'où il reviendra le 24.
Voici le cortège religieux qui sort très lentement du temple : d'abord des guerriers revêtus d'armures anciennes, ensuite des bonzes, des drapeaux, des objets servant au culte, puis le grand i)rètrc porté sur une chaise, des cavaliers, encore des bonzes, enfin trois énormes dômes en
or contenant les objets sacrés et portés chacun par une cinquantaine d'hommes qui leur donnent des secousses, des arbres sacrés transportés avec respect. Enfin des moines. Cortège joyeux s'il en fut, où des groui^es d'iiommes marchent en dansant, en chantant, en criant, en battant des mains. De sentiment religieux, point. Le Japonais semble presque aussi scei^tique que le Chinois et, qu'il soit shintoïste ou bouddhiste, peu lui importe souvent la religion à laquelle appartient le temple où il va prier : après avoir fait ses oraisons dans un temple shintoïste, il les recommence dans un temple bouddhiste ; arrivé devant l'autel, il tire une corde pour mettre en branle un gong suspendu à la toiture afin d'attirer l'attention de la divinité, puis il frappe trois fois les mains l'une contre l'autre, fait quelques révérences, marmotte quelques brèves prières et s'en va (i).
Le i8, excursion au lac Biwa, un des plus beaux du Japon. En trois quarts d'heure, le che-
(i) Les ouvrages traitant de la religion, de la société et des institutions au Japon sont très nombreux ; outre celui de I. Eggermont, auquel nous avons fait un emprunt j». 38<), nous citerons B. H. Chamberlain, Things Japanese (4« éd. Londres, Murray, i<)02); A. May, Feudal and modem Japan ; H. Norman, The real Japan; l. K(Kîkrm()NT, Japon, histoire et religion; et parmi les i)lus récents, IL Dumolard, Le Japon politique, économique et social (Paris, Colin, 1908; voir le compte-rendu que nous en avons fait dans Le Mouvement sociologique, i<)o3, pj). 99-101); A. Stead, JapaUy our new Ally (Londres, Fisher et Unwin) ; Th. Gollier, Essai sur les institutions politiques du Japon (Bruxelles, Goemare, iqoS).
min (le fer mène de Kyoto à Baba, petite gare
• près iVOtsu où je retrouve un ami, M. Geerts,
revenant de Vokoliama. Nous visitons ensemble
: la petite ville d'Otsu g:entiment bâtie sur le bord
- du lac, puis, sur une colline voisine, le temple
* de Miidéra fondé en ()75 et reconstruit au
xvir siècle ; un obélisque a été élevé tout près à la mémoire des soldats morts en réprimant une révolte. Karasaki, petit village au nord d'Otsu, est célèbre par ses pins géants; le plus grand du
' monde croît sur un petit promontoire à l'entrée
du hameau ; ses branches, au nombre de i)rès de quatre cents, s'étendent sur un espace de i)lus de quatre-vingts mètres de diamètre: cet arbre est considéré comme sacré jiar les indigènes qui ont élevé tout près un autel shintoïste. De Karasaki, des djinrickshas nous ramènent à Otsu où nous nous embarquons sur de petits canots qui en deux heures par un canal nous reconduisent à Kyoto. Ce canal assez étroit est en pente douce, court le long des montagnes à mi-(*Mte et traverse trois collines par des tunnels dont le plus important a [presque deux kilomètres de longueur.
Voici le jour du départ, l^ouclons nos malles. Le ijj à midi, le Yanuishirt) Muni, bateau de la
Nipi^on Vuscii Kaisha . quitte le port de Kobé pour gagner Vladivostok i»ar Nagasaki et la Corée. Kt voici de nouveau la magnifique mer intérieure traversée à l'arrivée, et Moji que nous quittons par un orage qui nous oblige à prendre la haute mer afin d'éviter dètre jeté sur les cotes.
et Nagasaki où Pierre Loti écrivit un roman de mœurs japonaises.
Le 23, à 9 lieures du matin, escale à Fusan, petit port de Corée presque japonisé ; le 25, nouvelle escale à Gensan.
Les Coréens (i) sont tous habillés de blanc avec des pantalons serrant au bas des jambes et des vestes larges. Sous leurs vêtements, sur la poitrine et sur le dos, ils portent en été des treillis d'osier pour empêcher la transpiration de pénétrer leurs habits ; elle coule le long du corps et peut ainsi plus facilement s'évaporer. Comme chaussure, ils ont des sandales en paille et des bas fourrés, un peu le système chinois. Les hommes portent la barbe entière, ce qui ne veut l)as dire qu'elle soit très fournie, au contraire, mais ils ne la coupent pas et ne se rasent pas comme les Japonais et les Chinois. Comme coiffure, ils portent les cheveux tressés quand ils ne sont pas mariés et ramenés en chignon au-dessus de la tête quand ils ont pris femme. Leur chapeau est singulier : il comprend deux parties, Tune qui s'adapte complètement à la tête et laisse à la partie supérieure une ouverture pour le chignon, l'autre est un chapeau à box'ds plats et ronds qui s'applique sur la première. Ces deux parties sont faites en crins tressés et sont fixés sur la tête à
(i) Sur la Corée, consulter entre autres Spili-mann, Des lointains pays. Les Frères coréens (Paris. Vie et Aniat); W. voN RICHTIIO- FEN, Chrysanthemum und Drache^ Vor und wàhrend der Kriegszeit in Ostasien (Berlin, Diimmler); Ciiaillé Long Bey, La Corée ou Tchôsen (Annales du Musée Guimet, t. xxvi, i*"* partie); CuvELlER, La Corée (Recueil consulaire belge, 1. 120, pj). 297-386).
l'aide de cordons noués souà le menton. Les Coréens sont de forts gaillards, très grands, solidement musclés et dont le type se rapproche beaucoup du Chinois et du Mongol.
Les femmes coréennes portent des jupons blancs ; en guise de chapeaux elles ont sur la tête un morceau d'étoffe formant une coiffure assez semblable à celle des Petites Sœurs des pauvres. La casaque ou petite veste toujours très courte laisse dépasser les seins qui, à cause du manque de corset et de l'allaitement prolongé des enfants, descendent jusqu'à la taille. En général, on rencontre peu de femmes dans les rues ; elles ne quittent guère leurs huttes de terre et de paille et s'occupent des soins du ménage ; elles portent leurs enfants sur le dos à la manière des Chinoises et des Japonaises.
La traversée de Gensan à Vladivostok est monotone ; peu après la sortie du port , nous perdons la terre de vue et voguons en pleine mer. Le 26 juillet après-midi, le Yamashiro Maru entre dans l'avant-port de Vladivostok.
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La Sibérie
La Sibérie
Yamashiro Marn entre le aG juillet, vers 4 lieures de l'après-midi, dans la large baie ' au fond de laquelle Vladivostok se cache derrière des montagnes garnies de fortifications ; de ci de là, sur les eîmes. une guérite sert d'abri à une sentinelle qui nous reg-arde entrer. loi comme au Japon, le capitaine recommande aux voyageurs de ne point prendre de photographies. A 5 heures, nous stoppons dans une anse et nous attendons le commandant du port qui doit vérifier nos passe-ports, formalité qui prend plus de deux heures. Puis, malgré la pluie froide
qui cingle la figure, voj''agenrs et bagrag^es descendent clans de petites barques que les flots secouent ; traversant en longueur le « Zolotoï Rog » ou baie de la Corne d'Or, nous arrivons au quai où un eniploj'é de la douane visite sommairement malles et valises.
Vladivostok est bâtie en amphithéâtre sur le versant méridional d'une chaîne de collines ; le golfe d'Amour la baigne à l'ouest sur une petite étendue, et elle s'étale sur un grand espace le long de la baie de la Corne d'Or. De jolies maisons bordent la large rue qui la traverse de l'est à l'ouest ; d'autres bâtisses sont plantées un peu partout à mi-côte et le long de la nier. La gare occupe un vaste terrain et se prolongée en nombreux quais auxquels sont amarrés des steamers de la flotte volontaire russe.
Des Chinois encombrent le port et s'empressent d'enlever les bagages : en un clin d'œîl, tout a disparu et déjà les porteurs escaladent la petite ram])e qui mène à la rue principale. Les hôtels ne sont pas nombreux ; nous confions nos bagages à un Chinois possesseur d'une charrette pour (lu'il les conduise à l'hôtel de la Corne d'Or. Pendant plus d'une demi-heure il nous promène l)ar toutes les rues ; nous finissons imr découvrir rhôtel et y prenons logis. Le peu de russe appris entre Nagasaki et Vladivostok nous permet de nous tirer d'affaire, du moins assez pour obtenir une chambre : mais quand il fallut commander le repas, ce fut plus difficile. Heureusement, un des domestiques est Chinois ; M. Ueerts parvient
à se faire comprendre dans la langue des Fils de Ilan et à obtenir qu'on nous serve un copieux dîner.
2'^ juillet, — Dès la première heure, nous télégraphions à Khabarovsk pour retenir nos places sur le bateau-poste qui doit quitter cette ville le 3i pour Blagovetschensk, quoique de différents côtés on nous assure que c'est peine inutile de vouloir i^artir par ce bateau, toutes les j)laces étant toujours retenues longtemps d'avance. L'après-midi, i)romenade dans la ville qui n'a rien de très intéressant par ce temjis de pluie : beaucoup de boue et d'étroits trottoirs en bois ; par contre d'excellentes petites voitures traînées par de vigoureux chevaux et conduites par de sales cochers. A v3 heures, visite de l'Institut Oriental construit dans la partie haute de la ville.
28 juillet, — Au moment de quitter Vladivostok par le chemin de fer, un télégramme de Khabarovsk m'annonce que toutes les places de première et de deuxième classes à bord du bateau-î)oste du 3i sont retenues. Nouvelle peu agréable, car nous devrions rester cinq ou six jours à Khabarovsk en attendant le bateau suivant. Cependant nous partons et à 9 heures le train s'ébranle. Le lendemain 29, à i heure de l'après-midi, nous débarquons à Khabarovsk ayant parcouru 716 verstes en trente-deux heures.
Le chemin de fer oussourien qui relie Vladivostok à l'Amour a été ouvert à la .circulation le i*''^ novembre 1897; il traverse un pays très monotone et longe sur presque tout son parcours
rOussourî, rivière imimrtante qui se jette dans r Amour à Kliabarovsk. Ce ne sont pour ainsi (lire que de vastes plaines s'étendant à perte de vue, sauf dans les environs de Vladivostok où la ligne traverse quelques montagnes. Une quarantaine de gares; chose étrange, ces gares sont situées loin des villes que Ion n'aperçoit pas du chemin de fer. Une des plus considérables est Xikolskoï, bâtie dans la plaine à une verste de la gare, et dont Tôglise avec ses nombreuses coupoles de style byzantin se détache fortement à riiorizon au dessus de maisons de bois sans étage. L'allure du train est généralement assez lente, notamment au passage des ponts ; aux arrêts, on a le temi)s de descendre et d'acheter des fruits aux nombreuses marchandes russes qui se i)ressent i)rès de tables i)lacées en hémicycle ; c'est le buffet. De temps à autre, un campement d'émigrants, des Chinois ou des Coréens travaillant à l'entretien de la voie ferrée, de maigres forets composées surtout de bouleaux et de i)ins ; (luclquefois de larges espaces ravagés par rincendie.
A Khabarovsk, i)lus de chambres libres à la « (iastinitza Khabarovska » qu'on nous avait re(*()nnnandcc comme le meilleur hôtel et où nous arrivons a])rùs une demi heure de course rapide en i)etite voiture sur une route changée en lac de Ixme et remplie de fondrières.
L'IIotel (le Russie nous offre heureusement un logis convenable. Xotre première visite est pour Tagent de la compagnie des bateaux à vapeur.
« Amurskoie Obstchetswo » qui nous confirme la teneur de son télégramme. Une visite au capitaine de police, M. Karr, gentleman accompli, nous rend de l'espoir : sur les bateaux-postes un certain nombre de places sont retenues par Tautorité et le capitaine veut bien nous assurer qu'il ne nous oubliera pas.
3o juillet. — Le matin, visite au Gouverneur général, M. Krodikoff, qui me rec^oit de la façon la plus aimable et me confirme les assurances données la veille par le capitaine de police; de plus, il annonce ma visite au directeur du Musée, le colonel d'artillerie van Koff, et fixe rendezvous à 2 heures de rai)rès-midi.
Le musée de la ville de Khabarovsk, ou musée d'histoire et de sciences, a été fondé par le baron Korf qui a réuni les premiers objets; le bâtiment actuel, haut de trois étages, a été construit en 1897. Il contient une belle collection ethnographique : costumes et ustensiles des peuplades de la Sibérie et pays environnants, Golgs, Gyliaks, Jakouts, Bouriates, Aïnos, etc., instruments de travail, pierres taillées de l'époque préhistorique, dépouilles enlevées aux Chinois lors de la dernière guerre, canons, voitures, habits, une gentille collection d'objets coréens et japonais, des modèles en bois de maisons et de huttes, de traîneaux et de charrettes; des travaux des prisonniers de Sakhaline. Non moins intéressante est la collection zoologique, poissons, tigres, loui)s, rennes, vache de mer, papillons, et la collection botanique composée de plantes recueil-
lies dans la province de l'Amour. Ce musée, dont le catalogfue est publié en trois fascicules pour la flore et la faune (Katalog Myseia Priamurskago Otdjàla imperatorskago Rysskago geographitcheskago Obtchestva, Liâsnoï, Rib, Ptizi), dépend de la section amourienne de la Société impériale de géographie, qui a établi à Khabarovsk aussi une bibliothèque publique.
Khabarovsk est une ville du type sibérien, immense, longue et large, s'étendant sur trois collines séparées par deux ruisseaux. Sur le sommet de chaque mamelon court une avenue de plus de 20 mètres (i3 sagènes) de large, perpendiculaire au fleuve Amour ; d'autres rues non moins larges réunissent les collines en passant par les deux vallées et coupent les avenues à angles droits. Au nord, le fleuve Amour coule majestueusement et ne laisse du côté de la ville qu'un quai très étroit auquel des escaliers et des routes presque à pic donnent accès. A part quelques édifices en briques ou en pierre, comme l'hôtel du gouverneur et les bâtiments des administrations civiles et militaires, toutes les constructions sont en bois, entourées de joyeux bouquets d'arbres et de massifs de verdure. Parmi les rares monuments remarquables, on admire la belle cathédrale et la statue du comte Mouravîef , cette dernière élevée dans le jardin public d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur le confluent de l'Oussouri et de l'Amour.
Rencontré le soir un officier de marine russe; chaudes poignées de mains et salutations ami-
cales; pensez - donc î avoir lié connaissance à Bangkok, en février, à la réception chez Tambassadeur de Russie ; se voir la première fois sous le soleil ardent du Siam et la deuxième en pleine Sibérie !
3i juillet. — Préimratifs de départ, puis nouvelle visite au Musée ethnographique pour y étudier les collections et quelques objets du plus haut intérêt. Dans l'après-midi, embarquement sur le Baron Korff, un joli bateau, magnifiquement aménagé, avec des cabines confortables et une salle à manger proprette. Le prix du trajet de Khabarovsk à Blagovetschensk est de 23 roubles 96 kopecks, nourriture non comprise.
Petit à petit, tous les voyageurs arrivent; en i)remière, plusieurs passagers du Yamashiro Maru, un colonel anglais et sa femme qui viennent de Ilong-kong, un lieutenant-colonel anglais attaché à Tétat-major du général Waldersee qui désire visiter le transmandchourien et n'a pu obtenir Tautorisation de le suivre de Kharbin vers Tchita, un ancien professeur au gymnase de Prague, qui revient de Nouvelle-Zélande; un Russe, marchand de thé à Ilankow, et sa femme; M. (jrcerts et moi. En seconde, quelques passagers peu nombreux et en troisième une foule d'émigrants (^ui regagnent leur j^atrie. Ils sont parqués à Tarrière comme des bestiaux et n*ont pas même de cabines à leur disposition. Le départ est un peu retardé; on attend un dernier passager, un général que les autorités de Khabarovsk reconduisent jusque sur le bateau. A 6 heures, le
Baron Korff démarre, tandis que sur le débarcadère des hourralis retentissent ; un dernier salut au capitaine de police et au colonel van Koff qui furent si aimables.
i"* août. — Toute la nuit nous avons navigué sans faire halte si ce n'est pour renouveler la provision de bois vers ii heures; le matin nous sommes en face de Dobraîa. Les rives du fleuve Amour ne sont ni fleuries, ni jolies; des plaines sans fin couvertes de verdure sauvage et de taillis où se remarquent surtout les sapins, les pins et les bouleaux ; tout est d'ailleurs d'une uniformité désespérante : de loin en loin, quelques huttes de pêcheurs le long de la rive et des montagnes à l'horizon. A 8 heures du soir, court arrêt à Michaïlo-Semenovskaja, petite bourgade aux nombreuses maisons de bois très distantes les unes des autres. En face de cette localité, l'Amour reçoit son affluent le plus important, la Soungari qui i)asse à Tsitsikhar et draine toutes les eaux de la Mandchourie.
2 août, — Le Baron Korff avance doucement, mais régulièrement. Dans rai)rès-midi, long arrêt à Ekaterino-Nikolskaja. Comme tous les bourgs sibériens, Ekaterino i)ossôde de grandes rues très larges, non i)avôes et bordées ça et là de quelques maisons en bois formées à l'aide de troncs d'arbres superi)osés et équarris, les fentes étant bouchées avec de rétoui3e. Les animaux domestiques, chevaux, porcs et bœufs courent en liberté dans les rues qui leur servent de pâturage; les porcs ressemblent beaucoui) *^^^ sangliers :
hauts sur pattes, maigres, les groins très allongés et les soies cVun blanc gris. Beaucoup de monde sur la rive à Tarrière du bateau, des hommes coiffés de la casquette russe, blanche ou noire, avec le sarreau de couleur serré à la taille par une ceinture de cuir; les pantalons larges à bandes jaunes et des bottes énormes ; ce sont des cosaques chargés de la défense de la frontière. Les femmes sont habillées simplement mais d'étoffes aux couleurs criardes, taille jaune, jupe rouge ou bleue. Toute une poj^ulation bariolée, les uns venus pour voir, les autres pour vendre aux i)assagersdc troisième des victuailles, surtout du pain et des concombres, des pommes de terre et du kwass.
L'église domine de ses hautes coupoles les basses maisons du village; elle est construite dans un site charmant et entourée d'un parc où les habitants viennent se reposer à l'ombre. A droite de l'allée principale, sous un dôme de verdure, deux bancs et une grande caisse posée sur un pilier. Cette caisse porte une inscription : Bibliothèque, et à l'intérieur de nombreux ouvrages, notamment i)lusieurs exemplaires de la Vie (lu Tzar. L'église était tout ornée, car le matin, en grande i)()mi)e, le pope avait reçu les étendards enlevés par les cosaques aux Chinois pendant la guerre.
3 août. — A 9 1/2 heures du matin, nous sommes en face de Kaddé, jolie l()(*alité dans une plaine assez étroite bordée au nord-est par de hautes collines et au sud-est i)ar le fleuve Amour; elle
possède une église avec deux tours et une centaine de maisons en bois. Sur la rive droite du fleuve s'élève une montagne couverte de verdures et surmontée d'une croix ; avant la guerre, il y avait là un village mandehou-chinois et un temple ; les Mandchoux ont attaqué les Russes de Raddé , ceux-ci l'ont emporté, ont détruit le village, et sur l'emplacement du temple planté la croix. C'est à partir d'ici jusqu'au delà de Blagovetschensk que la lutte fut la plus chaude entre Chinois et cosaques. Les rives du fleuve deviennent plus montagneuses et se développent en courbes charmantes.
4 août. — De nouveau l'Amour sillonne la plaine, étendue sans fin de prairies et de jeunes taillis ; la rive droite se hérisse quelquefois en collines abruptes, mais sans intérêt. Vers midi, arrêt à Pojarkowa, petite ville située en amont du confluent de la Boureia. Il pleut presque toute la journée, et la vie sur le Baron Korff est d'une monotonie désespérante, malgré les longues causeries avec les passagers russes et anglais.
5 août. — A midi, on aperçoit les mines d'Aïgoun, la ville chinoise que les Russes ont détruite et dont il ne reste plus que des pans de murs troués et chancelants. Un poste de cosaques y est installé et nous voyons la fumée de leurs cuisines. Il y a près d'un an, les Chinois d'Aïgoun ont attaqué la ville de Blagovetschensk et les bateaux russes qui passaient sur le fleuve. Plusieurs Busses périront dans ces combats, mais les cosaques du Tzar l'emportèrent sur les bandes
du Fils du Ciel et vengèrent leurs frères morts : il ne reste plus un seul Chinois à Aïgoun. Quant à ceux de Blagovetschensk, ils furent forcés de regagner la rive chinoise et comme leurs compatriotes avaient détruit toutes les embarcations, ils périrent presque tous noyés dans le fleuve. On a appelé cela les massacres de Blagovetschensk et les journaux de l'époque ont tracé un tableau palpitant des cruautés commises par les cosaques et leurs chefs. Voici la vérité : les Chinois d'Aïgoun avaient décidé de détruire Blagovetschensk et déjà ils avaient pointé des canons en face de la ville sur la rive droite; ils comptaient sur leurs frères habitant la ville russe, mais le gouverneur n'ayant que peu d'hommes à sa disposition et ne pouvant à la fois résister à l'ennemi du dehors et surveiller les Chinois au dedans, fit réunir ceux-ci et les obligea à traverser le fleuve à un endroit qui est souvent guéable. Que les cosaques aient accompli leur besogne avec une certaine rudesse, cela ne fait i)as le moindre doute; que de nombreux Chinois aient trouvé la mort en passant le fleuve, c'est certain; mais il ne faut pas oublier que le gouverneur n'avait pas le choix des moyens.
A l'ouest d' Aïgoun, les Russes ont construit de belles casernes, signe évident d'une occultation militaire c^ui ne sera pas de courte durée ; dans les environs, de nombreux postes ont été i^lacés.
A 6 1/2 heures du soir, nous arrivons à Blagovetschensk. au confluent de la Zeia et de l'Amour; il nous faut quitter le Baron Korff qui ne peut
remonter plus haut à cause du peu de profondeur du fleuve.
6 août. — Journée détestable : tempête et pluies continuelles. Les rues de la ville sont de véritables marais où il est impossible de s'aventurer. A midi, départ d'un bateau-poste pour Stretensk; il ne prend que des officiers russes et quelques voyageurs arrivés depuis plusieurs jours, notamment un major allemand. Le soir, départ d'un bateau tellement malpropre que nous décidons d'attendre le second bateau-poste qui doit se mettre en route demain.
y août. — Visite de Blagovetschensk, chef-lieu de la région de l'Amour et résidence d'un gouverneur militaire.
Le long du fleuve, sur près d'une demi-lieue, un beau quai planté d'arbres et enjolivé de pelouses court du débarcadère des bateaux jusqu'à l'arc de triomphe en pierre érigé en 1891, à l'occasion de la visite du Tzarevitch. La ville est coupée par quatre rues parallèles et recoupée par des allées transversales ; elle contient environ 4.000 maisons. En somme, à part le quai et peutêtre le palais du gouverneur, rien d'intéressant dans cette ville qui ne date que d'un demi-siècle. Elle possède, dit-on, un musée que nous avons essayé de voir, mais en vain. Il est installé dans les combles de l'hôtel-de-ville ; impossible d'en dénicher le gardien.
A II heures du soir, le Graf Poiitiatine, petit bateau-poste à roues, démarre emportant la plupart des passagers du Baron Kovff.
8 août. — Après la journée maussade de mardi dernier et celle passable d*hier, voici le chaud soleil qui rend dès le matin le pont du Graf Poutiatine intenable ; la température assez fraîche la nuit s'élève jusqu'à 82 degrés centigrades vers midi, au moment où nous atteignons Bussewa (à i.o35 verstes environ de Stretensk), petit hameau cosaque — ils le sont tous sur l'Amour — en face d'un poste cliinois détruit. La vallée se rétrécit un peu, les rives sont des rochers escarpés couverts de plantes herbeuses et de taillis clairsemés, des montagnes et des roches éruptives du plus joli aspect. Le soir, le spectacle est vraiment superbe alors qu'au loin derrière nous un orage éclate et que l'horizon est sillonné d'éclairs. Le fleuve ressemble, dans la pénombre de la nuit, à un grand lac ; à droite, des montagnes à pic au pied desquelles nous naviguons ; en face, un long chenal creusé entre des parois rocheuses ; à gauche, une grosse masse noirâtre qui se reflète dans le fleuve; de ci de là, de petites lumières rouges qui servent à guider le pilote; un silence comi)let déchiré régulièrement jmr les cris du matelot qui à l'avant du bateau sonde le fleuve et annonce au pilote la profondeur de l'eau.
(j août. — A 7 heures du matin, brusque arrêt au pied d'une haute montagne surplombant le fleuve. Le niveau des eaux est descendu : il faut stopper. Et voici le bateau-poste i)arti un jour avant nous de Blagovetschensk, Ylwan Wichnegralzi, qui a dû s'arrêter lui aussi. Pendant que ses matelots l'allègent de quelques marchandises,
je fais une excursion à terre et grimpe au-tlessus (le la montagne pour jouir d'un magnifique panorama sur l'Amour serpentant au milieu de vertes prairies, côtoyant des collines élevées et se perdant là-bas dans le brouillard. Vers midi, on se remet en route, doucement et avec prudence, faisant de nombreux arrêts dont quelques-uns pour prendre du bois, notamment à îs ovo-Voskresenskoié vers 5 Iieures du soir, i)etit village de paysans fondé en 1870 prùs de l'embouchure de rinnoken. Les rives sont toujours des plaines, des steppes où grandissent des herbes de toute nature et des arbres en petit nombre ; de temps à autre, des vaches et des chevaux qui s'abreuvent à la rivière, mais pas de culture et très peu d'habitations.
Vers 8 heures du soir commence la traversée du Tsagaïansk, région montagneuse composée de couches de grès jaunâtre et de houille. L'Amour s'est creusé là un chemin et ronge tous les jours xm peu des i)arois qui l'enserrent. La nuit le spectacle est très intéressant, paraît-il : Ijar suite d'une action chimique de la pyrite de fer, le flanc de la montagne s'illuminerait de points incandescents.
De nombreux radeaux descendent le fleuve emmenant vers les régions du Bas-Amour des émigrants avec chevaux , voitures . bagages . femmes et enfants; d'autres servent au transport des marchandises ou sont des magasins flottants. s'arrOtant à chaque village, depuis Stretensk jusque Khabarovsk ou Nicolaiewsk,
10 août. — Plus nous avançons sur le haut Amour, plus la température fraîchit le soir ; à partir de lo heures du matin, impossible de rester sur le pont, et à midi le thermomètre marque encore 26 à 28 degrés. Vers 8 heures, nous avons failli échouer à la traversée d*un des endroits les plus difficiles; il a fallu toute la présence d'esprit du capitaine et l'aide de tous pour ne pas être jeté par le courant sur un banc de sable. A II heures du matin, arrêt de près d'une heure à Tcherniaevo, bourg cosaque qu'une voie carrossable relie aux mine^ d'or de la Zeia, rivière navigable qui coule parallèlement à l'Amour et se jette dans le fleuve à Blagovetschensk.
Le Graf Poutiatine ne vaut pas comme aménagement le Baron Korff ; ici des cabines très petites et très étroites sans toilette ; un seul lavabo pour tous les passagers de première classe ! Quant à la nourriture, elle est passable ; les menus sont très peu variés, la viande est coriace ; la soupe au chou — le tchi russe — seule est excellente.
11 août. — Ai heure, nous faisons halte à Albasin, un des premiers postes fondés par les Russes; ce fut l'ataman dos cosaques, Khabarof, qui rétablit en i65i sur remi)lacement d'une ancienne ville indigène. Quatre ans plus tard, les Chinois vinrent atta([uer le nouveau poste que ses défenseurs durent abandonner, l^es cosaques y revinrent bientôt, furent de nouveau assiégés pendant près d'un an et durent le quitter. Actuellement, c'est un bourg important.
A 4 liGures, nous arrivons à Keinova où nous jetons l'ancre près tVune barj^e. Quel n'est pas notre étonnement. lorsqu'on nous apprenti qu'il faut quitter le 6'ra/'/*oH/ia/me et prendre place sur la barge, grande chaloupe en fer, très mal aménagée, avec quelques cabines seulement à fond de cale! Le tout est malpropre: la salle â manger toute petite est dans l'entrepont. Ileureusement, nous parvenons à avoir une place en première classe, où nous occupons à quatre la meilleure cabine ; mais les secondes . quelle saleté ! Nous étions bien sur le Baron Korff, moins bien sur le Graf Pouliatine, et nous voici très mal, sur cette barge : l'Aurore. Je préfère encore ma jonque chinoise de l'île de Haï-nan. L'Aurore est remorquée par un petit bateau à roues, le Nicola. d'une lenteur aga<j'ante. Pendant la nuit, on se remet en route.
la août. — Quelle journée ! Il pleut à verse sans discontinuer ; l'étroite salle à manger qui sert de salon et de réfectoire est trop petite pour contenir tous les passagers, et la plupart passent le temps à dormir ou à lire dans les cabines. La nouri'iture est exécrable, et même avec de l'argent il est impossible d'obtenir autre chose que du vodka et des concombres. Le soir, le capitaine fait stopper et nous passons la nuit à l'arrêt, non loin de la station d'Ignachinskaja. encore un de ces villages fondés par une colonie militaire pour la garde des frontières.
i3 août. — Notre capitaine n'ose se remettre en route avant le lever du soleil ; il est près de
7 heures quand nous démarrons. A midi, nouvel arrêt à Pokrovska, premier lieu habité par les cosaques sur les rives de T Amour, à quatre verstes en aval du confluent de la Chilka et de l'Argoun. A i Va heure, nous quittons défini* tivement TAmour et la frontière chinoise pour commencer à remonter la Chilka. La pluie ne nous abandonne pas et la température s*en ressent ; le thermomètre n'atteint pas 20** en plein jour et la nuit il descend jusqu'à i4". La Chilka a un cours très tortueux au milieu de montagnes élevées et boisées ; une route nouvellement construite suit la rivière à mi-côte, mais souvent plonge dans Teau ou escalade les collines. Parfois des radeaux chargés de marchandises ou de chevaux descendent en se laissant entraîner par le courant.
j^ août. — Toujours la pluie, température basse, la nuit 8 degrés seulement. On avance lentement le jour et le soir venu, on stoppe jusqu'au lendemain ; de ce train-là, l'arrivée à Stretensk est i)our la fin du mois !
i5 août. — Trop prudent le capitaine de notre remorqueur ou trop disposé au sommeil : aussitôt les derniers rayons du soleil disparus derrière les montagnes, il jette l'ancre et s'endort jusqu'au lendemain matin. Aujourd'liui à 8 heures, arrêt à Sobolina; encore 209 verstes jusque Stretensk; la distance à parcourir diminue, mais combien lentement î
16 août, — A 8 ï/a heures, halte à Oust-kara, village situé à une dizaine de verstes des mines
d'or impériales. La population de ce bourg est presque exclusivement composée de Russes déportés et condamnés aux travaux forcés dans les mines ; après un certain nombre d'années de travail, ils i>euvent s'installer à Oust-kara. A I '/a heure, Chilkino, au confluent do la Tclialbouya et de la Cliilka. là où étaient autrefois des mines d'argent en aval du village ; elles sont aujourd'hui eomplôtemeut abandonnées.
I^es bords de la Cliilka deviennent de plus en plus jolis; on les a baptisés du nom de Suisse sibérienne ; peut-être serait-il plus exact de dire Ardenne sibérienne, car bien des coudes et des gorges nous ont rappelé la Semois, la Lesse et rOurtlie supérieure,
jj août. — Enfin, à TJ heures de l'après-midi arrivée à Stretensk, terme du voyage par eau dans notre traversée de la Sibérie, 2u(îG verstes. IjG, bourg s'allonge sur la rive droite de la Chilka et ressemble en tout point à ces nombreux villages cosaques qui semblent autant de sentinelles posées du Baïkal jusqu'à l'Océan i)acifique. Malgré la construction du chemin de fer transsibérien dont elle est le point final, Stretensk ne s'est pas autant développée qu'on aurait pu le croire; la faute en est à l'administration qui est aux mains des cosaques ; ceux-ci ont tout intérêt à ce que leur village ne devienne pas une ville ; ils y perdraient les droits que leurs prédécesseurs ont obtenus lorsqu'ils ont été transportés là pour seconder l'œuvre de l'expansion russe.
Comme une immense coulée de lave, Toccupation cosaque s'étend depuis le sud du Baïkal, le long de la frontière chinoise jusqu'à Vladivostok et, naguère elle s'est propagée à travers toute la Mandcliourie jusque Port-Arthur pour protéger la construction du transmandchourîen et russifier le pays. Les cosaques aident puissamment à l'assimilation russe par leurs colonies militaires : toujours aux avant-gardes, ils sont en contact continuel avec les ennemis et se mélangent facilement avec les indigènes qui retrouvent en eux plus d'un point commun relativement aux mœurs et aux coutumes.
Sur la rive gauche de la Chilka, précisément en face du village, est la gare du chemin de fer, reliée à la rivière par un appontement presque terminé ; sur les collines, des bâtiments militaires, casernes et hôpital.
i8 août. — Dès 6 heures du matin, il faut être à la gare pour retenir ses places dans le train partant à 9 heures car il y a cohue au guichet : compagnons de route russes, anglais, allemands; officiers qui reviennent de Chine ; émigrants qui rentrent en Europe ; paysans nombreux, indigènes bouriates, tous se pressent à l'unique guichet où l'on distribue les coupons. A 7 heures, j'obtiens enfin un billet, puis vais faire enregistrer mes bagages et occuper une place dans un compartiment où je passerai quatre jours avec M. Geerts, le lieutenant-colonel anglais et le professeur de Prague. Malheureusement pas de wagon -restaurant ; nous dévalisons le buffet ;
déjà la veille nous avions fait des provisions de toute espèce.
A lo heures 4or l"? train s'ébranle doucement, car le passaye par les nombreuses tranchées faites dans les collines de la rive gauche de la Chilka est difficile : des paquets énormes do terre se détachent des parties supérieures et viennent obstruer la voie. A 2 1/2 heures, dîner au buffet de la fjare de Nertschinsk. A toutes les gares, il y a un arrêt de i5 à 20 minutes qui permet aux voyageurs de s'approvisionner de pain et de fi-uits et d'aclieter, moyennant quelques eopecks, l'eau chaude nécessaire pour préparer le thé.
iQ août. — A 3 heures du matin, arrêt assez long à Kaidalovo; c'est non loin de cette gare, située à 783 verstes du Baïkal que se détache du chemin de fer transbaïkalien la voie feri'ée qui rejoint la ville mandchourienne de Khaïlar à Charbin et Port-Artliur. Lorsque cette voie sera terminée, on ira de Paris à Pékin assez commodément en quinze jours (i). La nuit est froide, au maximum 10", mais les journées sont encore chaudes, 26 et 28". A 7 heures du matin, arrêt à Makavéevo. Peu après midi, long arrêt à Tchita, que l'on n'aperçoit pas du eliemin de fer ; la ville est à deux verstes de la gare au-delà de la rivière ; c'est la plus importante agglomération de la Transbaïkalie, au point de vue. commercial.
(i) Actuellement {tijo^i le voyage se lait eu vingl-ileux jours et très confortablCmeut par les granits expresB.
Le soir, on arrive à Magzon, petite gare à 541 verstes du Baïkal.
20 août, — Réveil au milieu de la steppe de Badinsk peuplée de Bouriates nomades. Le paysage devient très monotone, de grandes plaines coupées de collines peu boisées, puis de petites vallées que suit le chemin de fer. A 7 heures du soir, Verchnié-Oudinsk, gentille ville que Ton aperçoit au loin entre les arbres qui entourent la gare, dans une profonde vallée au confluent de rOuda et de la Sélenga.
21 août. — Les employés de la douane viennent, à 4 Va heures du matin, réveiller les voyageurs enroulés dans leurs couvertures de voyage. Il va falloir quitter les compartiments, passer à la douane, ouvrir les malles et en détailler le contenu. C'est Musovaja, la dernière gare du transbaïkalien. Puis à 8 V» heures, le train se remet en marche pendant quelques minutes jusqu'au port où attend le steamer Angara qui doit nous transporter de Tautre côté du lac. Cette traversée, dit-on, est magnifique par un beau temps ; les rives du lac sont pittoresques, surtout dans la partie méridionale et aux api)roches de la petite ville de Baïkal d'où part le chemin de fer pour Irkoutsk. Mais il fait un temps affreux, le lac est démonté et de grosses vagues viennent se briser contre les rochers et les appontements ; la traversée est des plus difficiles, plusieurs passagers sont atteints du mal de mer, tant le roulis et le tangage sont accentués. A 6 «/a heures du soir, arrivée à Baïkal.
Personne pour transporter les bagages et plus d'un kilomètre à pied pour atteindre le train par ce temps de pluie ! Le confort semble chose inconnue en Sibérie et chacun se tire d'affaire comme il peut. On reprend courage à la pensée qu'on sera à Irkoutsk dans la soirée et qu'on pourra enfin passer une nuit tranquille dans un bon lit. A g heures, nous entrons en gare, mais il y fait noir, pas une seule lumière, pas ' de toit pour s'abriter contre la pluie, personne pour aider au transport des valises, personne au bureau des bagages pour retirer ceux qui sont enregistrés. Le bâtiment de la gare est bondé d'émigrants qui dorment pêle-mêle par terre ou sur des tas de hardes. Après une heure d'attente, alors que certains voyageurs repartent dès l'aube par le train de Moscou et que d'autres s'aventurent vers la ville, nous voyons venir le portier de l'hôtel de Russie qui se charge d'amener à l'hôtel nos bagages, tandis que nous nous y faisons conduire en voiture.
Irkoutsk, que l'on a surnommé la blanche, est une belle ville construite sur la rive gauche de l'Angara, belle si l'on considère la disposition symétrique de ses larges rues, les coupoles et les clochetons de ses nombreuses églises de style byzantin, les façades de ses monuments principaux, théâtre, musée, écoles et palais du gouverneur. Mais si vous jetez le regard vers la terre, quelle boue, quels marais, quelles étendues de flaques d'eau sale dans les rues, en temps de pluie ! Quelle poussière ijar un temps sec, quels
coups de vent au coin des avenues ! Quant à la propreté, n'en parlons pas.
La population est un bizarre mélange de toutes les variétés nord-asiatiques ; le Russe d'abord, fils de déporté politique, fils de cosaque colonisateur, employé de chemin de fer ou soldat du Tzar, conducteur de kareta ou commissionnaire public, autant de types différents qui cependant ont à peu près tous ces caractères communs : cheveux longs, barbe hirsute, figure aux traits durs et rudes. Ensuite des Kirghises, des Bouriates — les plus nombreux — des Ostiaks, des Toungouzes, etc. De Chinois, presque plus. Enfin les civilisés : officiers supérieurs, grands commerçants, représentants de maisons française, allemande ou russe, quelques industriels, quelques savants.
Deux endroits ont particulièrement retenu mon attention : le marché et le Musée de la Société de géographie.
Le marché occupe une grande place carrée dans le vieux Irkoutsk : les paysans des faubourgs et des environs y vendent les jjroduits de leurs jardins, les petits commerçants y ont des échoppes où ils débitent de la viande, du poisson salé et toutes sortes de denrées alimentaires. Mouvement considérable dans toutes les allées.
Le Musée de la Société de géograi^hie est un des plus riches de la Sibérie. Les collections archéologiques et préhistoriques sont remarquables et par la quantité et par le classement des objets recueillis; les silex, par exemple,
ont été réunis par ateliers et sont fixés sur de grands tableaux au dessous desquels des notices détaillées renseignent le visiteur . La section d'histoire naturelle comprend des spécimens hautement intéressants d'oiseaux et d'animaux. La section minéralog-ique possède une belle collection de minéraux et, en réduction, des usines pour le travail du quartz aurifère. Enfin, la section ethnographique, qui occupe toute une immense salle, renferme nombre d'objets qui mériteraient une étude approfondie ; j'y passai plusieurs heures lors de ma première visite et je ne pus résister au désir d'y revenir plusieurs fois les jours suivants. Pai-mi les choses les plus intéressantes citons les dieux bouriates, collection unique réunie non sans peine, des vêtements de danseurs religieux ou de prêtres -sorciers, des ustensiles fabriqués par les indigènes, des yourtes yakoutes, des squelettes de Bouriates, des traîneaux, etc.
Le 2.3 août, je fais visite à son Excellence le Gouverneur général d'Irkoutsk qui revient, enchanté de ce qu'il a vu, d'un long voyage d'inspection chez les Yakoutes. Il me parle longuement de l'avenir de la Sibérie et principalement d'Irkoutsk qu'il croit appelée à un grand développement grâce au chemin de fer; le seul regret qu'il puisse exprimer concerne le manque de capitaux et de bras; aussi appelle-t-il de tous ses vœux les commerçants même étrangers.
La Sibérie est un pays qui offre un champ d'exploitation immense ; c'est une contrée neuve
encore où tout est à faire. On peut dire qu'à part l'extraction de Tor et la fabrication de l'alcool, aucune industrie de quelque importance n'y existe. L'agriculture seule y est développée, spécialement dans la partie occidentale d'où l'on expédie en Europe des wagons de beurre.
Cependant la Sibérie ne peut se suffire et elle doit demander à la Russie métaux et machines. On ne s'étonnera pas de cet état rudimentaire de l'industrie si l'on considère qu'il y a peu d'années encore aucune voie ferrée ne traversait le pays ; la colonisation a été lente, presque toujours militaire. Mais aujourd'hui que le transsibérien relie l'Europe au Pacifique, des modifications nombreuses vont se produire à bref délai. Certes ce chemin de fer a été créé avant tout dans un but politique double : permettre aux armées du Tzar de se transporter rapidement en Extrême- Orient pour y défendre ses intérêts ; resserrer les liens qui rattachent cette colonie à la métropole ; mais au point de vue économique, le transsibérien aura pour effet de créer et de déveloi)per toutes sortes d'industries dans la région baïkalienne et amourienne, de donner un plus grand essor à l'agriculture, de faire naître une activité nouvelle et de permettre l'exploitation des richesses minières et forestières (i).
(I) Les meilleures sources pour étudier la géographie de la Sibérie sont les ouvrages russes sur ce pays, notamment les ])ublications des diverses sections sibériennes do la Société ini])ériale russe de géogrn])Iiie (.Ini])eratorskij Kusskij geograpliitcheskij Obtcheswo), comme celles do Khabarovsk (Priamurs-
Le 25, à I heure du matin, je pars par l'express qui doit, en 7 1/2 jours, me conduire d*Irkoutsk à Moscou. Il s'en est fallu de peu que mon voyage ne se terminât brusquement à quelques lieues d'Irkoutsk : une bande de brigands avait placé sur la voie ferrée un monceau de traverses en bois ; ces malfaiteurs, peut-être récemment échappés du bagne, espéraient faire dérailler le train, puis dévaliser les voyageurs et s'emparer des bagages. Heureusement pour nous, le conducteur aperçut l'obstacle, mais ne put éviter un choc qui réveilla en sursaut les voyageurs. Sans le sang-froid de ce mécanicien, nous eussions été précipités du haut du remblai dans un marais. Aussi le matin, au premier arrêt, reçut-il des voyageurs une large gratification.
Dans l'ancienne capitale des Tzars, je fais un court séjour pour en admirer les merveilles. De là je rentre en Belgique par Pétersbourg, ville toute moderne, par la Finlande — le beau pays î
kago Otdjiila) et d'Irlcoutsk (Vostochiio-Sibirskago Ouljîila) ; celles do la Société d'anthropologie (Trudy anthropologitcheskago Obtcheswo) ; les fascicules de l'Etiiographitcheskoé Obozreiiie ; les volumes i)ubliés entre autres jiar les commissions impériales et par Nikolskij, Buditciiev, Ivanov, Drijenko, Obrutschew, SciiRENK, etc. Parmi les ouvrages récents i)ubliés en d'autres langues, nous citerons Frazer, The real Siberia (I-iondres, Cassellj ; Zabel, Diirch die Mandschurei und Sibérien (Leipzig, Wigand) ; von Zepelin, Dan russische Kiistengebiet in Ostasien (Herlin, Mittler); lIosiE, Manclmria (Londres, Methuen); BORDEAI'X, Sibérie et Californie (Paris, Pion). Le gouvernement russe a fait paraître en russe, fran(;ais et allemand un Guide du voyageur sur le Transsibérien, beau volume in-4° orné de nombreuses gravures et de cartes.
et qu'il ferait bon le parcourir — et par la Suède ; Stockholm qui possède un des plus beaux musées ethnographiques d'Europe, me retient quelque temps.
L'Institut oriental de Vladivostok est de fondation récente ; il a été ouvert le 21 octobre 1899.
Pour y être admis, il faut avoir fait des études moyennes ; un examen d'entrée peut être rendu obligatoire si le nombre des candidats dépasse le nombre d'élèves réglementaire. Les jeunes gens admis deviennent élèves ordinaires ; les autres, de même que les personnes non mariées de résidence à Vladivostok, sont autorisés à suivre les cours en qualité d'élèves -auditeurs et à se présenter pour l'obtention d'un certificat ; ils sont astreints à certains débours supplémentaires , par exemple pour l'usage de la bibliothèque.
Les élèves réguliers sont tous internes ; le minerval est de 5oo roubles i)ar année, pension et frais d'examens inclus ; une trentaine d'étudiants répartis dans les quatre années de cours sont boursiers du gouvernement et, comme tels, exemptés du payement du minerval ; jiendant l'année, ils re^'oivent une petite somme pour leurs dépenses extraordinaires et, en vacances, un subside spécial. Enfin, un certain nombre sont aidés par des subventions que leur accordent des sociétés privées ou des particuliers.
Les cours durent du i*''/i3 septembre à Pâques (i). Pendant les vacances, les élèves doivent se rendre dans un endroit qui leur est assigné et y rédiger un rapport sur une question
.(i) Voici le programme des cours de Tlnstitut oriental de Vladivostok. (La durée des coui*s est signalée par le nombre d'heures par semaine; :
Première Année.
Commune à toutes les sections :
Langue chinoise : théorie (professeur européen), 6 heures. » » pratique (lecteur chinois), 4 heures.
Géographie et ethnographie de la Chine, de la Corée et du Japon : 3 heures par semaine.
Droit politique : 3 heures par semaine.
Economie politique : a heures.
Langue anglaise : 5 heures.
Théologie : s heures.
Langue française (facultative) : 4 heures.
En outre, chaque jour deux heures d'exercices pratiques: une heure de conversation anglaise et une heure de conversation chinoise.
Deuxième Année.
Cours communs aux quatre sections :
Organisation politique de la Chine : 2 heures par semaine. Histoire contemporaine de la Chine, de la Corée et du Japon :
I heure.
Droit international : 2 heures Langue anglaise : 4 heures.
Langue française (facultative) : 3 heures. Chaque jour, deux heures d'exercices de conversation.
Cours spéciaux à la section sino-Japonaise :
Langue japonaise : théorie, 6 heures ; pratique, 4 heures. » chinoise : théorie, 3 heures ; pratique. 3 heures.
Cours spéciaux à la section sino-coréenne :
Langue coréenne : théorie, G heures ; pratique. 4 heures. » chinoise : théorie, 3 heures ; pratique, 3 heures.
déterminée ; en général, ils partent en groupes dirigés par des professeurs, et ces vacances passées au Japon, en Corée, en Mandchourîe ou en Chine servent d'exercices pratiques. Les rapports faits à la suite de ces voyages peuvent
Cours spéciaux à la section sino-mongolc :
Langue mongole : théorie. 3 heures ; pratique, 3 heures. » chinoise : théorie, G heures ; pratique, 4 heures.
Cours spéciaux à la section sino-mandchoue :
Langue mandchoue : théorie, 3 heures ; pratique, 3 heures. » chinoise : théorie, 6 heures ; pratique, 4 heures.
Troisième Année.
Cours communs aux quatre sections :
Histoire contemporaine de la Chine, de la Corée et du Japon :
2 heures.
Droit commercial : 3 heures. Tenue des livres : 2 heures.
Langue anglaise : 3 heures.
» française (facultative) : 3 heures. Exercices de conversation : tous les jours 2 heures.
Cours spéciaux à la section sino-Japonaise :
.Ia])onais : théorie, 3 heures ; pratique, 3 heures. Chinois : théorie, 3 heures ; pratique, 3 heures. Organisation politicpie du Japon : 2 heures.
Cours spéciaux à la section sino-coréenne :
Coréen : théorie, 3 heures ; pratique, 3 heures. Chinois : théorie, 3 heures ; ])ratique, 3 heures. Organisation politique de la Corée : 2 heures.
Cours spéciaux à la section sino-mongole :
Mongol : théorie, 3 heures ; pratique, 3 heures. Chinois : théorie, 3 heures ; pratitpie, 3 heures. Organisation politique do la Mongolie ; i heure.
être imprimés aux frais de Tlnstitut. Les facilités les plus grandes sont accordées pour le voyage qui se fait autant que possible par les bateaux de la flotte volontaire russe, sur lesquels les élèves ont le passage gratuit.
Cours spéciaux à la section s ino- mandchoue :
Mandchou : théorie, 3 heures ; pratique, 3 heures. Chinois : théorie, 3 heures ; pratique, 3 heures. Organisation politique de la Mandchourie : i heure.
Quatrième Année
Cours communs à toutes les sections :
Les produits commerçables : 3 heures, (véographie commerciale de r£xtrème-Orient : u heures. Anglais ; 3 heures.
. Français (facultatif) : 3 heures.
Tous les jours deux heures d'exercices pratiques.
Cours spéciaux à la section sino-Japonaise :
Japonais : théorie, 4 heures ; pratique, 4 heures. Chinois : théorie, 3 heures ; pratique, 3 heures. Organisation politique et commerciale du Japon : n heures.
Cours spéciaux à la section sino-coréenne :
(yoréen : théorie. 4 heures ; pratique, 4 heures par semaine.
Chinois : théorie, 3 heures ; i)ratique, 3 heures.
Organisation politique et commerciale de la Corée : 2 heure».
Cours s]}éciaux n la section sino-mongole :
Mongol : théorie, 3 heures ; pratique, 4 heures. Chinois : théorie, 4 heures ; pratique, 4 heures. Organisation politique et commerciale de la Chine : i heure
Cours spéciaux à la section sino-mandchoue :
Mandchou : théorie, 3 heures ; pratique. 3 heures. Chinois : théorie, 4 heures ; pratique. 4 heures. Organisation politique et commerciale de la Chine : i heure par semaine.
Tous les mois, les élèves doivent remettre un travail écrit dont le sujet rentre dans le domaine des différentes branches enseignées; ainsi, à tel élève qui étudie le japonais et qui passera ses vacances au Japon, on assignera des travaux sur Torganisation administrative du Japon, sur la religion shintoïste, sur Thistoire japonaise, etc. Tous les trois mois, le professeur de chaque cours fait répéter les matières enseignées, et à la fin de chaque année de cours, l'élève subit un examen devant un jury composé de trois personnes au moins dont le professeur du cours.
Les élèves de l'Institut oriental, lorsqu'ils auront obtenu le diplôme final, entreront dans l'administration russe, dans la carrière consulaire ou dans le commerce ; mais l'Institut n'existant que depuis trois ans, il n'y a pas encore eu d'examen de fin d'études.
Il est probable que des jeunes gens belges pourront suivre les cours de cet institut en qualité d'élèves auditeurs ; il faudra au préalable demander une autorisation au Ministre à Saint- Pétersbourg. Jusqu'ici, aucun étranger n'a encore demandé à suivre ces cours. En tout cas, il sera nécessaire de bien connaître la langue russe.
Les cours durent quatre années ; l'Institut possède (luatre sections : japonaise, coréenne, mandchoue et mongole ; dans toutes les sections le chinois est obligatoire. Le but des cours est spécialement l'étude pratique des langues de l'Extrême-Orient ; des lecteurs japonais, coréens, chinois, mandchoux et mongols sont attachés à
rétablissement; de plus, les séjours faits chaque année dans les pays même dont on étudie la langue viennent compléter efficacement cet enseignement pratique. Dès la deuxième ou troisième année, certains cours se donnent exclusivement dans la langue étudiée. Enfin une série de cours spéciaux, par exemple des cours de géographie, d'histoire, d'économie politique, donnent aux élèves une instruction générale suffisante. La matière de chaque cours est déterminée par le professeur lui-même et le nombre d'heures peut être modifié suivant les nécessités. Sous beaucoup de rapports, une grande latitude a été laissée au comité directeur.
L'Institut publie chaque année un Bulletin (Isviestia Vostotchnago Instituta, Vladivostok, tome I, 1899-1900, tome 11, fasc. i et 2, 1900-1901) qui contient les actes relatifs à l'Ecole et des travaux originaux d'élèves et de professeurs.
Tables des Matières
et des Gravures
Table des Matières
L'ExtrAme-Oriont . . ]>|i.
L'Asie exlrûmc oriculalc est-ellu l'cxiréine orietii du moiiite ? page ii, — L'Extrôine'Oriuiil roi-DiH un ensemble , i>, i4- — I-es re11|;ions chinoises et l'iiitulérance ilu gouverne ment uliinois, ji. 18, — La civilisation cliinolsu, p. 34. — l'O péril jaune, |i. 38, — Beli^iiiue et Chine, p. 3o.
Ceyian
Colombo, p 37. — Kegallo, p 4''- — Konily, ]>, ^G. — Kuwaro-Ëlija, p. 4^. — Dialatnwu. p. fit. — Notes Bur l'histoire. In géographie et le commerce, p. 55. — Notes ctbuo graphiques, p. Go.
Java PI). 8<>-i34
Batavia, p. 98. — Djocjokarta, p. 97. — Soerakarta, i>. io(i. — Les temples indou -javanais, ]). 107. ~ Le janlin botanique de Buitenzorg, ]>. 112 — La Société des Arts et des Sciences de Batavia, p. 116. — Notes géographiques et cthuograpliiques, p. 119.
Le Siam pp. i35-iG8
Paknam, p. 189. — Bangkok, p. 141. — Ayuthia, p. i53. — Notes géographiques et ethnographiques, p. i58.
L'Indo-Chine pp. 1G9-185
Saigon, pp. i38 et 172. — Cholon, p. 178. — L'Ecole française d'Extrême-Orient, p. 174. — Notes ethnographiques, p. 184.
La Chine méridionale pp. i87-s4^
Hong-kong, p. 189. — Canton, p. 193. — Sur le Si-kiang, pp. aai et a35. — Wu-chow-fou, p. 228.
— Macao, p. 298. — Notes géographiques et ethnographiques, p. 244-
Quan-chow-wan. L'Ile de Haï-nan pp. 249-298
Quan-cliow-wan, p. 253. — lloï-liow, p. 257. — Kiung-chow, p. 262. — Sur le Ta-kiang, p. 265.
— Tiug-an, p. 2G9. — Notes sur Quan-cliowwan, p. 274. — Notes sur l'histoire, la géographie, le commerce et Tethnographie de î'ile de Haï-nan, p. 278. — Bibliographie haïnanaise, ]>. 296 .
La Chine septentrionale pp. 299-346
Tsing-tau, p. 8o5. — Tong-kou, p. 808. — Pékin, p. 3ii. — Tchang-hsiu-tien, p. 338. — Lou-kou-chow, p. 33<). — Tien-tsin, p. 840. — Notes géographiques et ethnogra])hiques, i).345.
La Chine centrale ... pp. 347-376
Schaujî-baï, pp. 3o2 et 34*) — Sur le Yang-tsékiang, p. S.x^ — Ilaii-kow, p. 358. — Notes jçéographiques et ethnographiques, p. 3G7. — L'école d'inter])rètes belges pour la Chine, p. 3G8.
Le Japon. La Corée PP V377-404
Nagasaki, i>. 379. — Kowakidani, p. '58i. — Tokio, p. 384. — Xikko, p. 388. — - Yokohama, p. 391. — Kyoto, p. 3<)2. — Osaka, p. 394. — Fusan et Gensan, p. 4o3.
La Sibérie pp. 4a5-438
Vladivostok, p. 407. — Khabarovsk, p. 410. — Sur l'Amour. Blagovctschensk,p. 4 13. — Sur l'Amour et la Chilka, p. iu). — Stretensk, p. i^i^, — Le transsibérien, p. 4^5. — Irkoutsk, p. 4a8» — L'Institut oriental do Vladivostok, p. 433.
Table des Gravures
Colombo. Asile des Petites Striirs des pauvres —
Colombo. Temi)le indou p. 44
Dlvtalawa. Le camp <les Bocrs i)risoniiiers de guerre. —
KicGALLE. Voiture des inÎKsionnaires belges . p. 52
DjocJOKARTA.rête chez le Sultan ; les chefs des bavadères. - Djocjokarta. Façade du Tamansari ou château d'eau [>. 92
Mkxdokt. Groupe de Javanais. — Mekster-Corxklis.
Marché malais p. 100
Haxcîkok. Vue dans le Wat Pra-kéo. — Haxokok. Magasins sur le Ménani .p. 140
Bax(jkok. Kntrée d'un temple siamois p. 14s