En faveur de la maison du Bon Pasteur à Montréal [microforme]
“Et voilà qu'une femme de la ville, qui était pécheresse, ayant su qu'il était à table dans la maison du pbarisien, apporta un vase d’albâtre plein de parfums.
“Et, se tenant derrière lui, à ses press elle commença à les arroser de ses larmes, et elle les essuyait avec ses cheveux, et les baïsaïit et les oignait de parfums.
‘: Ce que voyant le pharisien qui l'avait invité, il dit en iui-même : Si celui-là était prophète, il saurait certainenent Em et de quel caractère est la femme qui le touche; il saurait que c’est une péCcheresse.:.....,.
“Et Jésus s'étant tourné vers la femme, dit à Simon : Voyez-vous cette femme? Beaucoup de péchés lui sont rémis parce qu’elie a beaucoup aimé... et il dit à cette feinme: Vos péchés vous sont remis. Votre foi vous a sauvée—allez en paix.
S. Luc, chap. VII, 37-50.
Je suis venu ici, mes chers Frères, faire appel à votre charité, en faveur des créatures de Dieu les plus malheureuses qu’il y ait sur cette terre—les femmes pécheresses, mais repentantes. Et n’eussé-je d’autres arguments à faire valoir pour elles que celui-ci : elles sont dans la plus grande des infortunes ; elles sont des créatures de Dieu comme nous ; comme nous elles dépendent de sa providence misé-
ricordieuse, pourriez-vous rester sourds à cét appel ? Le.
spectacle d’un cœur torturé par la souffrance, sous Pol d’un Dieu de miséricorde, peut bien porter les hommes de peu de foi à blasphêmer soit la bonté, soit la puissance, soit la sagesse de ce Dieu ; le chrétien n’y voit qu'une invitation divine à la charité humaine. Le chrétien sait bien qu'à l'or
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gine des choses, la souffrance ne faisait point partie du plan divin, mais qu’elle y figure plutôt comme un trait ajouté par la malice humaine, et qui vient souiller l'œuvre divine dans ce qu’elle a de plus beau et de plus touchant. Il sait aussi que le Créateur n’a pas vu avec indifférence l'atteinte portée à son œuvre, ni les souffrances que l’homme égaré s'était préparées à lui-même, mais qu’au contraire, il s’est donné la tâche de réparer les maux dont il eût voulu que la création fût à jamais exempte. L’Etre suprême a voulu être luimême le consolateur de ses créatures dans leurs afflictions, et tandis qu’il se proclame le Roï des rois et le Seigneur des seigneurs, il aime aussi à s'appeler le Père des pauvres, le Protecteur. dé la veuve, le Vengeur des larmes de l’orphelin qu'on opprime.
Maintenant, par quelles voies la providence de Dieu rachète-t-elle la parole qu’elle s’est donnée à elle-même ? Comment remplit-elle envers le malheureux l’œuvre de grâce qu’elle s’est prescrite à elle-même ?
Je sais bien que Dieu peut commander au ciel de faire pleuvoir sur le pauvre la nourriture dont il a besoin, comme autrefois la manne sur les Israélites dans le désert ; je sais bien qu’il peut ordonner aux oiseaux de l'air d'apporter à la veuve sa pitance, comme autrefois les corbeaux portaient du pain aux prophètes dans leurs cavernes ; je sais bien qu’il peut commander aux épis de sortir de terre au simple contact de la main de l’orphelin, ou de s'élancer du sol que ses pas viennent de fouler.
Mais avoir sans cesse. recours à de tels moyens, ce serait . subtituer la Providence extraordinaire à la Providence ordinaire, détruire le règne de l’ordre dans la nature, et faire une règle du merveilleux qui doit être l’excepfion.
Si donc, d'un côté, Dieu a promis de donner à ses créatures le nécessaire en toute saison, et si, de l’autre côté, il ne
veut point d'habitude violer les règles de la nature pour | ns ;
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faire ce qu’il a promis, n’est:il pas évident qu’il a mis les pauvres à la charge de ceux chez qui surabondent tous les biens de la vie ?. N'importe entre quelles mains peuvent se trouver ces biens, n'importe à qui Diewpeut les avoir d’abord départis, ils ne peuvent être possédés qu'avec la redevance sublime de la part qu’il destine aux malheureux. Et lorsque les cris de ces pauvres abandonnées, de ces pauvres affamées, de ces parias sans foyers et sans-refuge au nom desquelles je m’adrésse à vous aujourd’hui, lorsque leurs cris de détresse s'élèvent vers Dieu, Dieu lui-même les renvoie à ceux que, selon les paroles de l’apôtre, il a fait les maîtres de la substance de la terre, de ces dons et de ces richesses qu’elle produit pour la vie de l’homme, : Aujourd’hui, par ma bouche, il vous renvoie la supplique de ces femmes déchues qui, de l’abîme de malheur où elles sont tombées, ont élevé la voix vers lui, et il vous demande le secours sans lequel elles périront corps et âmes.
Combien de gens dépensent de brillantes fortunes pour entourer de luxe la dégradation de ces créatures fragiles : sera-t-1l dit que lorsque ces Aspasies nageront dans les délices humaines, la Madeleine de Jésus-Christ périra de faim, surtout lorsqu'en retour de vos aumônes Dieu vous offre les plus. inestimables bénédictions?
Trop souvent nous oublions.que dans ce monde, l’œuvre de Dieu, les choses temporelles et les choses spirituelles s’ajustent les unes aux autres.et servent à une fin commune dans l’harmonie divine. L'ordre de la grâce ne se meut pas à une incommensurable distance de celui de sens, comme lorbite d'une planète plus éloignée du centre.et qui renfermerait dans son évolution celui d’une planète inférieure, sans aucune intersection et sans aucun contact. Au contraire, Dieu a voulu que les choses du monde matériel fussent les véhicules des choses spirituelles.
C’est ainsi que la parole de Phomme frappant oreille de
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son semblable, fait pénétrer dans son cœur la foi sans laquellé‘il ne saurait plaire à Dieu. La matière qui ést le signe sensible de chaque sacrement, est la forme même que la grâce sacramentelle revêt et par laquelle elle pénètre jusqu’à l'âme. Et ilen est ainsi d’une manière très-remarquable dans laumôêône. Le fait matériel de l’aumône, conforme aux lois de la charité, a pour effet non-seulement de plaire à Dieu comme tout autre acte de vertu, mais il attire en retour sur l’homme charitable des bienfaits spirituels d’une valeur souveraine. Les promesses de Dieu sur ce point sont tellement explicites, il a établi une telle corrélation entre nos actes de charité et l’effusion de ses dons surnaturels, que l'on dirait presque que ces derniers sont achetés par les premiers. : ‘“L'’aumône délivre de la mort, et c’est elle qui lave les péchés, et fait trouver la miséricorde et la vie éternelle. ” (Tobie, XII, v.-9).
C’est pourquoi, mes Frères, je vous dirai avec un Père de l'Eglise: Da panem, accipe paradisum : Donnez à ces malheureuses un morceau de pain, acceptez en retour le royaume des cieux !
Et ce morceau de pain, mes Frères, vous ne pourriez point le leur refuser, même si leur sort les plaçait au rang des autres déshérités de ce monde, sans asile et sans protection. : Mais il n’en est pas ainsi, le sort de la femme déchue et repentante est rempli d’une amertume qui lui est propre. La misère de ces autres déshérités consiste surtout à songer qu’ils sont vraiment sans asile ; sa douleur la plus poignante, à elle, c’est de songer qu’elle a vraiment une-demeure. Et d’abord, le souvenir de la maison paternelle où s’écoulaient ses jours d’'innocence et de bonheur hante, pour bien dire, son esprit. ‘Elle s’en va désolée, par les chemins, en butte aux assauts de l’impitoyable tempête, et de temps à autre, . apparaît devant elle, comme un mirage, la chaumière où s'écoulèrent les paisibles années de son enfance. Elle se