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tient en esprit sur le seuil paternel, qu’elle n’a pu oublier, et contemple ceux que, dans sa plus grande infamie, elle n’a jamais cessé d'aimer. Elle revoit le père dont elle a souillé les cheveux blancs, la mère dont le cœur est mort à la joie par l’opprobre de sa fille, les frères et les sœurs qui partagèrent les jeux de son enfance, et qui aujourd’hui se détournent avec terreur, si par fois ils entendent prononcer son nom. Elle voit sa place vide au foyer, et son cœur, pris d’un élan irrésistible, s’élince vers la vieille demeure ; elle s’écrie avec Job dans sa douleur : “ Qui me donnera de revoir ces années, ces premiers jours où le Seigneur me couvrait de ses ailes, lorsque son flambeau brillait snr ma tête et que sa lumière me guidait dans les ténèbres ? Qui me rendra ces jours de ma jeunesse quand le Seigneur habitait en secret sous ma tente ?” (Job, XXIX, 1, 4).
Mais, promp‘e comme l'éclair, sa conscience lui dit que cette place ne la reverra jamais ; qu'entre elle et la demeure de linnoceice, son péché a creusé un abîme qu’elle ne pourra jamais, jamais combler ; que ce petit paradis est fermé pour elle tout aussi sûrement que s’il était, comme l'Eden, gardé par un ange à l’épée flamboyante. Donc, avec un cride violent désespoir, elle reprend sa course dans la nuit, sans demeure au seuil même de ce qui fut sa demeure. : Repoussée de l'asile de l'innocence, elle se retrouve : à la porte d’une autre maison, la maison du vice: Elle se meurt de misère, et elle sait trop bien que là ellé trouvera et le logement, et le vêtement, et la nourriture, et la chaleur, et la lumière ; elle sait trop bien que là des compagnes sans pudeur, des fêtes joyeuses, et l’enivrement du vice, lattendent à la fois. Oh! puisse Dieu secourir la pauvre et fragile créature, debout ‘encore, mais oscillant entre les
séductions du péchéet les horreurs de la faim’! En de telles: épreuves, les plus robustes vertus-s’effacent comme une cendre légère, et pour protéger leur faiblesse dans de:pa-
mer
reilles luttes, les hommes les meilleurs et les plus saints répètent sans cesse : Seigneur ! Seigneur, ne nous induisez point en tentation !:
Si les cèdres du Liban sont tombés au souffie de la tempête, comment le roseau déjà brisé résistera-t-il ? Ce n’est que d'hier que la femme déchue à commencé à se repentir ; ses résolutions sont à peine formées dans son cœur; le levain du péché fermente encore dans son âme : elle n’a pas encore retrouvé la force dans les bras du bon Pasteur. Et, cependant, dans les courts intervalles de la lutte, elle entend sa voix qui l'appelle ; elle tourne courageusement le dos au repaire du vice, bien décidée à suivre son Sauveur, quelque rude que soit le sentier, quelque penible que soit la marche qui devra l’amener à ses pieds. Elle se précipite loin de ce toit maudit ; elle se roïdit de toutes ses forces pour le combat qu’elle doit livrer contre la faim ; elle se prépare à gagner une bouchée de:pain en travaillant comme les déshérités seuls peuvent travailler. Elle cherche déjà un nouvel asile, celui qui peut procurer un honnête labeur.
Lorsque Adam pécha, pour châtier sa révolte, Dieu le condamna à gagner son pain à la sueur de son front. Dans quel abîme de misère est-elle tombée, celle qui en:est réduite à chercher partout et à tout hasard, comme un bienfait, comme une faveur, ce qui fut le juste châtiment d'Adam ! Ah! à le chercher, mais non à le trouver !
À l'heure de sa colère; Dieu mit une marque sur le front de Caïn, mais c'était encore un gage de sa miséricorde : c'était pour que celui qui rencontrerait affreux fratricide s’éloignât de lui avec horreur sans oser le mettre à mort. Elle aussi, elle ne découvre que :trop vite qu’elle porte une marque affrèuse ; mais une marque qui n’est pas un effet de la miséricorde divine ! Son péché luïa infligé un stigmate si repoussant, que de le voir seulement tarit toutes:les sources
mr ne
de la pitié humaine. ‘ Bien certainement, disait le pharisien en voyant Madeleine aux pieds du Christ, bien certainement, si cet homme était un prophète, il saurait quelle est la femme qui ose le toucher, car c’est une pécheresse. ”
Dans notre société moderne, avec l’organisation qui y préside, il n’est point nécessaire d’être prophète pour déviner ce qu'est la malheureuse créature qui vient en tremblant, sans recommandation, sans une bonne parole de protection, solliciter le plus humble travail. Et du moment que l’on dévine qui elle est, et d’où elle vient, toutes les portes se ferment devant elle. Tout ce qu’elle touche est réputé impur. Îlne faut rien moins qu’ine charité divine, je ne dis pas pour la consoler et la protéger, comme Jésus protégea et consola Madeleine, mais seulement pour souffrir qu’elle se glisse sous un teit honnête.
Ainsi repoussée des lieux où l’on travaille, hésitant encore, grâce à Dieu, à retourner dans le repaire du wr *, éloignée pour toujours de ce qui fut autrefois la demeure de son innocence, où cette pauvre créature, ainsi pourchassée, ira-telle reposer sa tête meurtrie par la fatigue ? Est-il étonnant, mes Frères, qu’au moment où la société la met pour ainsi dire hors la loi, une affreuse pensée surgisse dans son esprit, celle de chercher une autre demeure, là où elle peut au moins entrer à volonté, où tant de ses malheureuses compagnes ont trouvé pour toujours le repos, la demeure du désespoir au fonds de labîme, dans le lit du fleuve aux eaux spmbres, profondes et retentissantes P
—Vous pouvez trembler à bon droit, lorsque vous la voyez penchée sur la rive, pesant pour bien. dire dans le creux de sa main la douloureuse alternative de la vie et de la mort, et se demandant si de ces deux coupes affreuses la dernière n'est pas après tout la moins amère. Notre sentiment des choses est encore trop obtus pour concevoir, notre langage est encore trop imparfait pour décrire l'angoisse de