‹ En forgeant --Chapitre 5 sur 6 · A. L. IV · texte numérisé non relu

A. L. IV

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Noël

Il est minuit. Au loin, les vitraux de l'église Flambent, comme la nue au lever du soleil ; Le ciel est bleu, la terre est de neige, et la bise Emporte les chansons des chrétiens en éveil :

Et, de l'humble clocher, les cloches, toutes folles, Prisonnières d'airain au rire triomphant, Lancent leurs carillons qui vont, en farandoles, Exalter la grandeur de l'Eternel Enfant...

O vagabond, mon frère, en marche sur la route, Pieds nus, le ventre creux, la nuit comme le jour, Sans famille, sans toit, comme une bêle, écoute : Le monde recueilli ne parle que d'Amour!

Tu vas, sombre, muet ; la misère t'entraîne ; Et quand le riche, heureux, en souriant s'endort, Tu vas toujours, levant tes yeux fauves 'de haine Ver» l'immensité bleue où brillent des points d'or.

Pauvre inconnu, maudit, sans paix, sans espérance, Ecoute : l'Univers entier chante Noël, Et, pour donner aux gueux le prix de sa souffrance, Sur la terre, à cette heure, est descendu le Ciel.

Le Seigneur est venu broyer le mal infâme, Son beau corps pantelant est mort sur une croix ; Mais son sang racheta la laideur de ton âme Qui valut, dès ce jour, celle des plus grands rots.

Va donc, plaignant les fous qui te jettent la pierre: Accepte l'oreiller où Jacob a dormi; Sois honnête, sois doux et que, dans ta misère. Ton front rayonne, ô gueux : Jésus est ton ami !

Aux Travailleurs

O mes frères, les gueux des usines, des plaines, Rustiques laboureurs aussi forts que des chênes, Esclaves d'ateliers bien vite rendus vieux, Vous tous, les travailleurs, ô laissez-moi vous dire Les couplets plébéiens s'enrolant de ma lyre, Et qui se lisent dans vos yeux.

Comme vous, je me lève à la première aurore, Et tandis qu'en les prés que le soleil colore Le semeur va jeter les futures moissons, Je cogne sur le fer, debout, devant la forge ; Le feu brûle mon front et dessèche ma gorge D'où monte un essaim de chansons.

Comme vous, j'ai souffert; la colère farouche Eclate, quelquefois, en jurons, sur ma bouche, La passion bouillonne en mon cœur, je maudis ; Je sais que des méchants nous raillent et nous jouent, Et que leurs doigts crochus, avec gaité, secouent La misère sur nos taudis.

Qu'importe ! Soyons fiers de montrer nos mains noires, Nos larges fronts bronzés, nos vêtements sans gloires, Victimes seulement des étincelles d'or ; Vivent nos haillons bleus, nos beaux haillons honnêtes, Ouvriers des faubourgs aux énergiques têtes Et paysans de Messidor !

Dans les monstres de ter qui hurlent et flamboient. Des hommes, jour et nuit, de leurs deux bras qui Jettent le charbon noir avec docilité ; tient,

I M\ qu'est-ce l'univers sinon une machine Pour laquelle toujours nous prêtons notre échine, Nous, les chauffeurs d'Humanité?

Qu'un seul jour le mineur refuse de descendre Dans son horrible trou, le laboureur de prendre La pioche pour fouiller dans les sillons étroits, Et le monde affolé, ridicule, en démence. S'éteindra, tout pareil à la machine immense Qui manque et de houille et de bois.

Aimons donc le métier de notre pauvre enfance. Nos durs outils trempés dans des pleurs de souffrance, Dana le grand drame humain notre rôle est béni: Et laissant dans nos cœurs sonner cette peni Continuant gaiment la tâche comment- Lançons des chants vers l'infini.

< )ui, dans le voile épais de l'atelier qui fume, Forgeur, mêle ta voix aux longs bruits de l'enclume (Jui s'égrènent toujours en joyeux carillons ; Ajoute, moissonneur, tes notes inégales Aux torrides refrains des stridentes cigales. Aux doux murmures des s:.ll<,>ns.

Chantons ! sans oublier les futures conque: En tressant les lauriers des fraternelles fc En fondant le bourdon du triomphe final, Travaillons sans faiblir pour qu'un soleil se lève. Inondant de Vertu, de Justice, sans trêve, L'Aube d'un matin virginal !

Chantons, mais soyons sourds aux paroles caustiques Des bourgeois ballottés sur les flots politiques, Et qui trompent le peuple en lui faisant la cour; Loin de nous les refrains des rouges Carmagnoles, Les insultes, les cris, le feu, les danses folles : Le triomphe est fils de l'Amour!...

0 mes frères, les gueux des usines, des plaines, Notre Christ est Amour, et tout, travaux et peines, Dans l'avenir, par Lui tout est glorifié ; Car l'ombre devient jour parsemé d'auréoles Dans l'idéal chemin creusé par les paroles De l'Eternel Crucifié !

Portons donc fièrement sur nos mâles visages Les rides du travail et leurs beautés sauvages; Comptons les jours mauvais, sans plainte, sans ennui ; Il est si doux de dire au milieu de sa tâche : « Le miséreux meurtri, courbé, n'est pas un lâche, « Il est travailleur comme Lui ! »

Surtout suivons sa Loi ; sachons répandre même Les grains d'apostolat dans les champs du blasphème, Afin qu'à tout moqueur, très nobles, nous levant,' Tous, nous puissions crier avec ces témoins justes : Une sainte conduite et nos travaux augustes : « Homme, je suis un Christ vivant ! ><

Miserere !

< > Christ, crucifié pour racheter nos an Nous tombons, à genoux, criant : • Misera

Pâles, cherchant en vain, à l'horizon, les flammes

D'une aurore d'amour dans le matin doré.

Certains de tes entants te maudissent, ô Père.

Et si tu revenais au fond de leur repaire.

La colline sacrée où jadis tu marchas

Te reverrait encre, avec ses croix sanglantes,

Noire de vils soldats et de foules hurlantes Qui te couvriraient de crachats !

( I Christ. Miserere! Le soleil qui <e lève R .-.-oit tous les matins un nouveau Golgotha, Ton cœur saigne toujours et le démon soulève Le Ilot des passions où l'homme se jeta.

Ils ont rave ton nom des pages de l'Histoire; De l'âme populaire et des murs du prétoire, Us t'ont chassé, Jésus, ô toi, la Chanté! Plus de l'Ouvrier-Dieu du mal rompant la chaîne! Des jurons, des bûchers, des balles, et la haine En fantoche de Liberté !

< ) Christ, la Liberté nous vient de l'Évangile,

Seul, tu brisas les fers de tout le genre humain. Seul, tu donnas une âme à notre corps fragile,

Seul, de la Vérité tu montras le chemin.

Les judas, les Pilate ont de l'or, des hommages, Et les moines très saints, et les vierges très sages Partent vers d'autres cieux aux astres d'équité. Et le pauvre, battu par le vent des tempêtes, Meurt, l'œil jaloux fixé sur les palais en fêtes... Et l'on parle d'Egalité ! !

O Christ qui descendis chez les hommes infâmes. Dans une sombre étable, en la nuit de Noël, Le premier tu prêchas l'égalité des âmes ; Et le gueux prendra part au banquet éternel.

L'air frémit, l'horizon est tout rouge, et la foudre Tonne, et des travailleurs, les mains noires de poudre Hurlent des cris de mort sur ce siècle irrité; Du feu, du sang, partout, des campagnes aux villes... Et devant l'ouragan des révoltes civiles, On chante la Fraternité ! ! !

O Christ, tu le poussas ce cri d'amour suprême, Lorsque sur ton gibet, sublime agonisant, Tu dis : « Pardonnez-leur. 6 Père, je les aime. Pour le rachat de tous je vous offre mon sang! ))

Et nous, dont l'âme ardente avec la tienne vibre, Apôtres de vingt ans, nous rendrons l'homme libre, En lui montrant ta Croix étincelante au ciel ; Et demain, tous tes fils, nos frères, à la ronde, Boiront avec bonheur à la source féconde De ton calice fraternel!

O Christ, crucifié pour racheter nos âmes, A genuux. pleins d'espoir, criant : « Miserere »>, En rêve, nous voyons, à l'horizon, les flammes D'une aurore d'amour dans le matin doré.

Aux Paysans

Paysan, paysan, ta besogne es! sacrée !... Que ta fauta se balance en la plaine dorée, Que les futur- épis s épandent de ta main ( >u que sous tes effort- le soc d'acier sillonne, Sois fier, ô paysan : et que ton front rayonne : Tu fais vivre le genre humain '.

T'ai fois, sous le soleil, fatigué, tu t'arrêtes :

Tes bœufs, le front penché, ruminent : des charrettes

Ployant sous des trésors passent dan- les sentie

Des souffles parfumés s'échappent des ramures, lit de gais chants d'oiseaux se mêlent aux murmures De l'onde sous les noisetiers.

Là, c'est le vrai Bonheur, la Liberté qui passe Dans ces bruit- confondus qui montent dans l'espace, C'est le présent semblable au passe des aïeux : C'est toute la douceur des antique- coutumes,

naïves amours exemptes d'amertumes, L'avenir simple mais heureux

Hélas '. les cris lointains des sombres capitale-. Leurs tourbillons maudit-, leurs ivresses brutales Mnntent jusqu'à ton cœur pour en troubler la paix : La passion grandit ; le feu de tes prunelles Regarde avec dédain les terre- paternelles Qu'hier encor tu fécondais.

Dan? ce? vaine? rumeur? la gloire e?t apparue. « Je ne suis qu'un forçat, lai??on? pioche et charrue ; » A la ville un bonheur plus ?ûr m'attend! », dis-tu. Pauvre âme d'in?en?é qu'un tel doute ravage !... La ville qui ?ourit n'e?t qu'un dur esclavage. Le bonheur est dan? la vertu !...

Pourquoi ne plu? aimer la terre, ton village, Fit laisser tes parent?, déjà courbé? par l'âge. Malheureux, loin de toi. n'e?pérant que la mort : Leur? pleur? exciteraient la colère céleste, Et leur? tremblante? voix te criant : < Re>te ! Re?te ! » Te pour?uivraient comme un remord? !

Et le Progrès ?e dre??e, et j'entend? ses machine? Siffler, hurler, broyer le 1er et le? échine? : c Le monde que j'enfante e?t grand >>, dit-il. C'e?t bien. .Mai? san^ cette campagne héla? ! trop solitaire, Sans les bras vigoureux des remueurs de terre, Progrès orgueilleux, tu n'es rien ! ...

Il faut les raisins noirs pour verser dans nos veines L'n sang plus généreux, il faut le blé des plaines En miches de pain bis bien vite transformés ; Que le bon campagnard un seul jour di?parai??e, Et tout s écroulera sous un vent de détresse, Autour des peuples affamés !...

Or. nous te les devons ces éléments de vie, Paysan ! Sois donc lier, chasse à jamais l'envie. Ton rôle est le plus beau, le plus noble, ici-bas ; Tu <ëme- le destin des familles humaines, iJe te- gros doigts caleux, lentement, tu les mène? Ver? le bonheur ou le trépa? !

Paysan, paysan, ta besogne est sacrée!... Si parfois clic est rude et souvent ignorée, Qu'importe ! comprends en la sublime beauté O paysan, ô roi de l'univers immense, Changer ton pauvre sort serait une démence Et serait une lâcheté !...

Le Voyou

Il était un de ceux qui vivent clans des bouges, Le cœur tout altéré de débauche et de sang. Et qu'on \ oit. abrutis par l'horreur des nuits rouges, Le jour, au cabaret où le vice est naissant.

C'était bien le voyou cynique, fleur du crime, Enfermé dans l'orgueil bestial de savoir Ou il est roi du pavé, demi-dieu de l'abîme. Quand la nuit sur la ville étend son voile noir.

Un jour, pris de pitié, je lui dis : « Plus de haine : •< Racheté par le Christ, mon frère, en sa bonté.

Lève-toi de L'ornière où l'animal se traîne. •> Refais-toi dans l'Amour une virginité. »

ce malheureux, indomptable et farouche, Poussé, par l'abandon, de plus bas en plus bas, Tordit dans un juron la laideur de sa bouche. Me rejarda, stupide, et ne me comprit pas...

Et j'excuse à demi ses mains de sang rougies Qui perpètrent le mal. par plaisir, luin du jour, ingeant que. vivant ai milieu de- orgies,

11 n a jamais connu des paroles d'Amour !

M t r T ÎMS&

Aux Femmes des Travailleurs

Qui ne souffre en songeant qu'aux plaines de la Vie, Des hommes, bœufs humains, peinent, l'âme Le front baissé, pareils a de- êtres maudit-. San- regarder l'azur immense, Afin de savoir où commence- La limite du Paradis -

Pour eux, c'est le Travail forcé, la tâche rude Oui n'a point d'Idéal, qu'on fait, par habitude. Et dont «»n se repose, au cabaret, le soi:'. En remuant, au fond de l'âme.

Les vieux tisons du vice infâme, Stupidement, quand tout est noir.

Tout est bien noir aussi dans la pauvre demeu Les enfants demi-nus ont faim ; la femme pleure, Kcoute, en tressaillant au plus intime bruit : « C'est lui... le pas de L'infidèle ' Hélas ! le vent seul de son aile l-'rappe à la porte. 11 est minuit...

... Femmes de travailleurs, ô pauvres saintes femmes,

- iue vous attendez prés du foyer >;m< flammes, I . s \ eux mouillés de pleurs et les traits amaigris, Mêlez . é pou- Une prière dans vos km, Pour vos infidèles maris.

Oh, priez pour celui que vous aimez quand même.

Malgré votre chagrin et malgré son blasphème.

Priez en votre nom, au nom de vos petits. Innocentes victimes blondes.

Qu'étonnent vos douleurs profondes, Quand vous vous penchez sur leurs lits.

Priez, l'homme qui tombe a besoin de prière.

Qui donc inonderait un être de lumière,

Si quelqu'un ne disait : « Mon Dieu, grâce, pardon ! « 11 est malheureux, son cœur saigne, « O doux Jésus, que ton sang teigne • Ce cœur qui part à 1 abandon ! »

Priez, priez aussi pour les Grands de la terre ; Les fautes, les malheurs du monde prolétaire, Les actes fous, maudits, des sombres miséreux,

Au grand jugement, dans les nues.

Lorsque les âmes seront nues,

Retomberont beaucoup sur eux.

Priez donc, cœurs meurtris, femmes abandonnées, Ouvrez le ciel d'azur aux âmes condamnées, Priez pour que chez vous les jours brillent sereins, Egayés de rires, de roses, Pour que vos fenêtres soient closes Aux troupes noires des chagrins.

Pliez, pour que, demain, il ne soit plus un homme Qui marche, front courbé, toujours, sans espoir, comme Les bêtes de travail qu'il conduit au labour. Sans même avoir la flamme pure be leurs grands yeux uù la nature Sourit au monde avec amour !

Le Travail !

Travail prodigieux, sois béni ! Toutes choses Palpitent SOUS l'ardeur de ton souffle puissant. Travail de la nature embaumé par des r ses, Travail de l'atelier abreuvé par du sang.

'Tout travaille, toujours ! Le flot ronge la grève, Le soleil brille au fond des mondes infinis, Les flancs sacrés du sol tressaillent, et la sève Fait germer des fruits d'or scus le frisson des nids.

Le jour parait. Debout, derrière la charrue. L'homme chante un refrain Légué par ses aïeux. Le soc pointu s'enfonce en la terre bourrue. La chanson monte, vierge, en la clarté des cieux :

Et, mêlant sa sueur à la terre profonde, L'immortel paysan, fourbu mais indompté.

Achève la grandeur de sa tâche féconde. Sainte par son amour et son austérité !...

Le jour fuit, lentement. Tout rentre, tout s'apaise : A peine un Angélus trouble de sa chanson La calme majesté d'un ciel d'or et de braise Qui s effrange et qui meurt au bout de l'horizon.

Alors, avec un bruit voilé qui s'accentue. Lorsque la paix du soir augmente au firmament, Tout un enfer parait qui fabrique et qui tue. Et dont l'énorme feu brûle éternellement.

Labeur brutal, géant, de L'usine farouche Qui gronde et qui gémit sur la terre qui dort, Pendant que le rêveur, avec délices, touche La poésie aimante au sein d'un clavier d'or,

Ou qu'un noble vieillard, savant humanitaire, Le front pâle penché sur le philtre qui bout, Dispute avec ardeur, dans l'ombre et le mystère. Ses frères à la Mort implacable et debout !...

O travail rédempteur, sois béni ! Toutes choses Palpitent sous l'ardeur de ton souffle puissant, Travail delà nature embaumé par des roses, Travail de l'atelier abreuvé par du sang !

Poun le Dimanche des Pauvres

Des étoiles. 1 Y>ut dort. Le monde entier rep

Pas un cri, pas un chant, pas un frisson de ros A l'horizon, pourtant, dressant ses murs de fer, Dans la nuit noire où rien ne bouge.

L'usine colossale et rouge Hurle comme un monstre d'enfer.

Des gueux dans ce brasier travaillent, par centaine-: Faibles nains à côté des machines hautaines. Ils font pour l'univers des travaux de géant Lt d une aurore à l'autre aurore, Debout, ils travaillent encore, Sous le feu des fourneaux béants.

L Usine, cette ogresse, a toujours faim. FicU Les travailleur sont là. dans ses griffes cruelles; Ils sont là. demi-nus. sans trêve, même au jour

Où l'airain qui chante, tout proche.

Réveille en leur âme la cloche

Du saint repus et de l'amour!...

Patrons, quand le dimanche autour de vous déploie Ses danses, ses chansons, ses carillons de ; \ bons salariés happent, frappent toujours,

Le besoin de vivre les guide.

Et le travail creuse sa ride

Sur leurs fronts de chagrins bien lourds.

Pourtant, ces travailleurs nourris de noires miches, Tous ces gueux méprisés sont vos frères, ô riches, V >s frères qui, tout bas, songent qu'il serait doux D'avoir cinquante fois l'année.

Quand la semaine est terminée, Ce que vous avez toujours, vous !

Donnez-leur donc, gaîment. ces quelques bonnes heures. Pour qu'ils puissent reprendre au seuil de leurs Sous l'éclat d'un soleil de juste liberté, demeures,

Un ardent renouveau de force

Qui donne de l'ampleur au torse.

A l'esprit de la volonté.

Donnez ce jour béni pour qu'aux forges bruyantes.

— D'où s'élèvent souvent, stupides et criantes.

Des lois, enfantement de quelque ambitieux. — Le forgeron de la semaine Dérive de la chaîne humaine Les maillons trop lourds ou trop vieux.

Donnez ce jour aimé ! Près du foyer qui brille, Tous les êtres heureux de la pauvre famille Chauffent leurs rudes mains, en oubliant leurs maux,

Et l'ouvrier, près de sa femme.

Consolé, retrempe son âme.

Dans les yeux clairs de ses marmots.

Donnez ce jour enfin pour que les fronts rustiques Se lèvent, radieux, vers les sphères mystiques, Pour qu'un hymne vibrant et d'amour tout entier

Munte de poitrines robustes

Vers le Roi des ouvriers justes,

Jésus, le divin Charpentier !

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Amour et Travail

A mon ami Louis Clavèri

I I Travail, roi du monde et père de la vie,

Dix in Travail maudit par tant d'hommes ingrats,

La terre, de sueurs toujours inassouvie.

Germe cependant mieux sous l'effort de tes bras.

Tout jeune, j'ai traîné ton boulet nécessaire. J'ai subi le contact de ton rude baiser. Et pour longtemps encor, ta main brutale enserre Ma tête où ton sillon est venu se creuser.

.Mais loin de t'adresser un stupide blasphème. Je te bénis. Travail ! Mon âme, grâce à toi, Grâce à l'hymen ardent qui nous associe, aime Tous les hommes courbés sous ta féconde loi.

J'aime les paysans dans les moissons brillantes. Les bons marins bourrus partis on ne sait où, Les ouvriers, nerveux, près des forges ronflantes, Les mineurs, secs et noirs, victimes du grisou.

Et j'aime les Penseurs, doux soldats de l'Idée. Défricheurs courageux de l'esprit animal. Génération sainte, et dans les temp^. guidée Far l'Etoile du Bien clans les jardins du Mal.

Que dans le ciel joyeux un hymne retentisse, Célébrant les bienfaits de tous les Travailleurs,

Un hymne universel d'Amour et de Justice, Un hymne préludant aux lendemains meilleurs.

Insensé, m'a ton dit ! Aux sphères éternelles.

L arbre divin d'Amour s'épanouit, puissant,

Mais son pied qui grandit dans les foules charnelles

Réclame le martyre et s'abreuve de sang.

Ah ! Seigneur, prends le mien pour abreuver la terre D'où naissent les fruits d'or de cet arbre idéal ; Je t'implore, à genoux ; consomme ce mystère ; De l'Amour et de Toi. je suis l'humble féal.

Que mon sang, tout mon sang s'épanche, goutte à Afin que notre Nuit se transfigure en Jour, goutte, Jour de Fraternité répandu sur la route. Ut tombant des rameaux lumineux de l'Amour !

Les Gueux Chrétiens

Vivent les gueux, le- fils des lourdes moi 3 ncles.

Des vagues d'émeraude aux entrailles profondes,

De la forge riant à la clarté du jour : Vivent les gueux penchés sous l'ardente lumière. Ht qui gravent encore aux murs de leur chaumière Ces mots : << Travail, Prière. Amour

Le- bras nus, le front haut, la tête découverte, Etreignant sur l'ampleur de leur chemise ouverte Le Travail, ce lutteur gigantesque et fumant,

Ils combattent, les gueux, sans perdre une minute : Le Travail abattu se redresse, et la lutte Recommence éternellement.

Une cloche résonne et la lutte s'arrête : Le travailleur lassé se recueille, sa tète Se penche vers le sol, calme, avec gravité, Et, perçant de son vol sa poitrine énergique. Son âme rustre monte au firmament magique. A la source d'éternité.

L'Ami ur, père de Vie, et de Force, et d Extase La remplit toute entière, et l'enivre, et l'embrase : L'âme sanctifiée, ayant revu son I>ieu.

Redescend, radieuse, en ses chaînes mortelles, Ht le corps fatigué, sous ses battements d'ailes, Palpite d'une ardeur de feu.

Le combat se poursuit dans l'arène féconde: Une poussière en vole et s'étend sur le monde. Des montagnes d'hermine au fond des chemins creux Poussière du Travail, de l'Amour ; ô poussière Qui porte dans ses flancs la graine nourricière De tous : riches ou miséreux.

O frères de travail, que l'atelier flamboie. Que la brise des mers souffle, immense, avec joie, Que le soc pacifique éventre les sillons, Que l'homme à la nature en chantant collabore : Notre sang qui se mêle aux larmes de l'aurore Sert de breuvage aux Nations !

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Les Morts

Les véritables morts ne dorment pas à l'ombre Que font les cyprès verts sur le sépulcre sombre.

Dans le cimetière pieux ; Le corps seul y pourrit sous la nuit de la terre. Lt l'âme, libre enfin, palpitant de mystère,

Monte, immortelle, vers les cieux.

Les morts sont parmi nous. La foule les charrie : Ils vont, lâches et sourds aux maux de la patrie,

N'écoutant que leurs seuls sanglot-:

Ils vont!... Le vent maudit de la mollesse emporte Ces amas d'os bruyants où Hotte une âme morte.

Comme une épave sur les flots.

Elles sont bien mortes, ces âmes!

Ecoutez : tout croule, avec bruit.

Au sein des discordes infâme-.

Sous les ténèbres de la Nuit.

L'Amour est raillé; la Souffrance Dit en pleurant : « Je suis la France ! » La Croix, au fond du ciel béant, S'éloigne et dit : « Jetai- la Vie! ■ La Haine dit: « Je suis ravie ».

Et ces âmes disent : » Néant '. a

Que sur les foules retentisse Un cri sublime et déchirant.

Pour que triomphe la Justice.

Pour que vive le Droit mourant.

Ces âmes passent, égoïstes ; N'écoutant pas, sombres et tristes, Sous l'éclat d'un ciel incertain, Elles vont, poursuivant leur rêve :

Celui que fait près de la grève Le mendiant napolitain.

Ames bien mortes et fanées.

Pareilles aux chairs en lambeaux Que l'on voit, après des années, Dans l'ombre horrible des tombeaux ; Car vouloir vivre pour soi-même, Loin de l'humanité qui sème La Ûeur que nul ne peut flétrir, La fleur aux racines profondes, Fleur d'Amour qui vaincra les mondes, Ce n'est plus vivre, c'est mourir !

Ah ! vivre, c'est donner tout entière sa vie. C'est sentir de sa chair, par la douleur suivie.

Couler pour Dieu le sang vermeil, C'est être au premier rang, debout, dans les batailles, Visage découvert, sans crainte des entailles.

Farouche ennemi du sommeil.

C est féconder le sein de l'amitié robuste.

C est tomber, un beau soir, pour une cause juste,

Frappé par un flot de clarté.

T'n sublimé rayon qui tombera des nues, Ln montrant la splendeur des saintes avenues

Qui mènent à l'éternité.

Vers l'Avenir

.1 fa /' iiins>.> Chrétienne.

La Nuit profonde et criminelle

Epandait sur l'humanité

L'ombre géante de son aile

Débordant de perversité.

( ) barbarie, ô temps infâme-.

Esclavage des corps, des âmes,

0 ciel sans étoile de feu '.

Le monde allait, de crime en crime.

Jusqu'aux profondeurs de l'abîme,

Pour n'être pas conduit par Dieu!

Le firmament trembla : l'aurore Jaillit, magnifique, sans lin :

La Heur d'Amour venait d'éclore Sous le premier rayon divin.

Dans une étable de Judée.

L'unique .Maître de l'Idée, [ésus, souriait à Noèi, Heureux d'apporter dans ses langes. Avec ses deux menottes d'anges.

Une alliance avec le ciel.

Cette aurore de délivrance.

Féerique, sur le dur chemin Où vont courbés par la souffrance Les régiments du genre humain.

Depuis le grand jour du martyre Où Jésus ne sachant maudire .Mourut pour nous tous et jeta L'immense cri de l'agonie, Cette aurore brille, infinie, Sur le sommet du Golsotha.

C'est l'Amour, la Vertu, la Vie.

Le But des générations,

Où l'âme ardente, inassouvie,

S'embrase à de nouveaux rayons.

Les jours sont courts: le peuple souffre

Bien loin le ciel, tout près le gouffre :

Lutte effroyable à soutenir.

Qu'importe, vers le But suprême,

Vers le Christ saignant qui nous aime,

Creusons le champ de l'avenir !

En avant, laboureurs ! La terre Se fend, se creuse ; les sillons S'allongent, droits, dans le mystère, Pour le bonheur des Nations; Qu'ils soient prufonds, larges, immenses, ( ouverts aux grains d'or des semences Comme aux caresses de 1 été.

Ces sillons des races humaines Où. radieux, tu te promènes, ulïle de la Liberté !

Eu avant, toujours! Si les hei Derrière nous, dan- les vallons, Se dressent, hautes et superb

En creusant de beaux épis blonds,

La joie au cœur, creusons quand même,

En disant au gueux qui blasphème,

Au méchant par le mal broyé,

A ceux qui nous jettent des pierres

" Prenez sans remords, ô mes frères,

5t pour VOUS que j'ai travaillé '

Mais si le rude soc s'émousse < »u si l'implacable soleil Brûle les blés comme la mousse Et verse aux àme- le sommeil, Nous verrons à notre poitrine Une large entaille divine.

Et de charité frémissants, Pi air féconder le sol sauva* Par le plus sublime breuvage, s ferons couler notre sang.

Et les lourdes moisson- dr-rec- Chanteront, sous les cieux meilleurs.

Le- nuits mure- transfigurées En clartés pour les Travailleurs :

Chansons des blés et des ciga]

< » frêles chansons inégale-.

< ) rires des sons musicaux.

Agrestes notes immortelles

Oui font passer des frissons d'ailes Sur les rouges coquelicot

Aovs. sous l'aube solennelle.

La paix sur le front, le passant.

Fils de la Cité Fraternelle.

Voyant ces blés, ces Heurs de sang Evoquera l'heure profonde Où faisant crouler le vieux monde Naquit un sillon de vertu, Et songeant à l'homme modeste Qui conduisait le soc céleste 11 s'écriera : « Qui donc es-tu > •>

Et l'âme du héros rustique

Qui creusait, toujours en avant.

Lui dira d'une voix mystique

Flottant sur les ailes du vent :

o Ne dans le paganisme sombre,

J allais, j'allais, maudissant l'Ombre.

Vers la croix du Christ, vers le Jour ;

Je suis le pauvre fou paisible,

Le bon laboureur invincible:

Je suis apôtre de l'Amour ! »

L'Emeute triomphe

La France est un volcan. Paris est un cratère ;

Le sang des gueux rougit les paves hors de terre. Les cloches. Les canons hurlent, et. dans les cieux. Souillant, grondant, hurlant, avec le bruit joyeux D'un grand peuple marchant vers des fêtes prochaine-. Le vent de Liberté plein du tracas des chaînes Qui brisent en tombant les trônes et les rois

Vent d'espoir, de colère et d'amour, à la fois !

Le peuple a triomphé.

Sonnez, canons et cloches '.

Que vos chants glorieux jusqu'aux cimes des roches Montent vers le soleil, dans l'azur du matin ; Et toi. peuple vainqueur, ô peuple souverain, Emplis ton cœur puissant de joie et de lumière. Pardonne aux malheureux, respecte la prié Amour et liberté, pour tous; paix aux vaincu-. Pour que le sol sanglant où trois jours tu vécus Ne vibre plus qu'aux bruits du blé qui chante et dore Et ne s'abreuve plus que des pleurs de L'aurore !

Les Meneurs

— Et sur ce peuple roi, sur ce peuple indompté, Toujours le souille ardent du vent de Liberté !. . .

Ils ont ouvert leur cœur à ce vent de tempête Tous les gueux en haillons ; ils ont levé la tête

Pour écouter les chants nouveaux ; Et ce vent de tonnerre, et l'odeur de la poudre, Et le sang balayant un trône mis en poudre

Ont mis l'ivresse en leurs cerveaux.

Ils sont là, par milliers, farouches et stupides, Lâches et tapageurs, nobles et intrépides,

Ne comprenant pas qu'ils sont rois ; Cherchant où naît le ciel, où commence l'abîme. Se disant : « Est-ce un acte immortel, est-ce un crime >

» Ensemble, je doute et je crois ! »

Alors, à l'heure sombre où tout un peuple doute, Cherchant de quel côté monte la bonne route

Aux calmes ombrages dorés, A l'heure où l'avenir d'un pays se décide. Des hommes, fiancés sombres de l'homicide,

Insolemment, se sont montrés ;

Et, voyant indécis le courant populaire. Spoliant son ivresse et sa sainte colère, Ils ont crié: « Maudissons Dieu, et Traditions, toutes choses qui croulent, Car pour régner, ô peuple, il faut que tes Ilots rou- Rouges de sang, rouges de ieu. lent,

i Le ; "i n'est plus. Tu dis : •• Je suis roi •■ < ) démence On a déjà voie de ta couronne immense

Les plus nobles joyaux, Regarde : du chaos de la guerre civile Sort un autre pouvoir, et c'est l'Hôtel de Ville,

L'Hôtel regorgé de bourreaui !

» Allons, peuple, debout ! Toujours un maître opprime Supprime la morale et la loi ; rien n'est crime

Lorsque l'intérêt dit : ' '. est bien ! • Debout ! Que le pouvoir tremble ainsi que la terre. ur que naisse, demain, l'aurore égalitairc

Sur la tête du plébéien '. ■■

Et, farouche, pareil à des raz de marée-. Débordant de sanglots, de voix désespérée-.

De bruits profonds et violent, Le flot surexcité de cette populace Bondit avec tracas, ne laissant d'autre trace

Que de larges sillons sanglants.

Ils vont, vieillards, entants, femmes écheve ( ouvriers, vieux soldats des anciennes mêl.

Ils vont, criant : « Fraternité ! »

Consommer jusqu'au bout la colossale orgie. Et mettre au drapeau rouge un bonnet de Phrygie,

Symbole de la Liberté !

« I Peuple, prends garde, on se joue De ta surexcitation.

< ta couvre de sang et de boue La vierge révolution :

Tu dis : « J'ai secoué mes chaînes.

La liberté coule en mes veines.

A l'honneur on me liança ! »

Mais ce haillon qui te surmonte A tout l'air d'un drapeau de honte Coiffé d'un bonnet de forçat !

A l'Hôtel de Ville -- Lamartine

Les heures jour sonneront dans l'hisl

En des bruits immortels de misère ou de gloii

I n peuple est là. hurlant. pré- de l'abîme ouvert, Ivre d'être vainqueur et las d'avoir souffert.

I) un côté, c'est le gouffre immei îc ce qui ;

N >nnait pas la paix et l'amour de la tombe :

De l'autre, c'est le ciel et l'azur, le bonheur

Au soleil de vertu qu'embi - Seigneur.

( ) foule, où donc vas-tu - La Mule à la nbre

A répondu : « Je le gouffre et vers l'ombre,

- Je vais jeter les vieux débris du passé mort :

•• Trônes, autels et 1 eaux et sceptre d

•■ Encor plus, t « ► u t fétiche, aujourd'hui, qu'

Evangile du prêtre et drapeau tricolore. îsl infâme ! dit-on. Je ne sais, car mes yeux ■ Ne trouvent que du sang, des flammes; jusqu'aux

1 ait est rouge cieux.

Minute angoissante. L'abîme

Grandit. La Nation y roule et tombe. 0 crime ! Pour la sauver, il taut un être surhumain. Un homme presque Dieu '. . . .

S : le fatal chemin, Cet homme, ce sauveur, s'avança. Sur sa lyre,

II avait su chanter de ce peuple en délire

sentiments fougueux, les aspii

cœur axait du SOuffl .

Il -était éenc i - les hommes sont frè » Que la Fraternité déborde les frontii

» Que le front de l'esclave au jour des châtiments

•■ S'orne d'une couronne aux royaux diamants ! »

Mais dans le tourbillon de l'horrible minute

Où le peuple peut tout entraîner dans sa chute,

Lamartine apparaît, sublime et frémissant :

" 0 grand peuple, dit-il, je te donne mon sang,

» Par amour, si ce sang que je te sacrifie

» Peut abreuver ta soit et te sauver la vie ».

Et ce peuple farouche, exaspéré, grondant,

S'apaise une seconde. Alors, le geste ardent.

Le regard inspiré, les paroles de flammes.

Le Poète-Tribun émeut toutes les âmes ;

Il parle du présent qu'on ne doit pas ternir,

De travail, de clémence ; il parle d'avenir.

Puis, comme il se produit un grand remous de houle,

Et que le drapeau rouge au-dessus de la foule

Reparaît, insolent, triomphant, acclamé.

L'amoureux nostalgique et doux du mois de mai,

Terrible, dominant le bruit de sa parole,

La tête illuminée aux feux dune auréole,

Risquant d'être tué plus de vingt ibis debout,

.Maîtrise par des mots la révolte qui bout !

C'est le triomphe de l'Idée !

Sans un soldat, mais par l'amour.

La Haine vaincue et bridée Tremble à la lumière du jour.

Du sein de la nouvelle aurore, Géant, le drapeau tricolore.

Parait sur le pays en pleurs; Le ciel resplendit, plein de joie, Et l'étendard Irançais déploie Ses trois symboliques couleurs:

Couleur d'azur, couleur de l'âme Qui monte, blanche, vers les cieux.

Symbole vivant du dictame Qui dit : « So\ez bons et pieux Couleur de feu. couleur vermeille I)u cœur ardent qui s'ensoleille Fn luttant pour la Vérité, Couleur du martyr qui se donne lu dit aux bourreaux : • Je pardonne, Je crois à la Fraternité

Apothéose !

Demain, quand l'homme libre et joyeux, verra naître Une aurore d'amour au firmament doré.

Son esprit scrutera les siècles pour connaître Le Passé, d'où lui vient ce bonheur adoré.

Alors la Vérité surgira de l'Histoire :

mains feront jaillir les feux de son flambeau, Et les morts immortels, éblouissants de gloire, Radieux, triomphants, sortiront du tombeau.

Et. parmi la pléiade immense et bienfaitrice

Des martyrs, des savants, de tous les grands semeurs

Qui jetaient le bon grain de la Voix créatrice

Et qui parlaient de paix au milieu des clameurs.

Un poète trempé dans le Ilot populaire

Se dressera, rêveur, comme pour écouter.

Avec le grondement de la foule en colère.

Les harpes dans les bois profonds qui vont chanter.

Et la France, superbe en sa grâce de femme. Se penchera vers lui. doucement, pour poser. Jusqu'à l'intimité divine de son âme Le sublime frisson d'un immortel baiser !

Chanter, toujours

Sans but, sans espoir et sans force, J'allais tomber sur le chemin, j'allais consommer le divorce De mon âme et du genre humain :

Je disais : Tout n'est que mensonge, L'ombre du mal partout s'allonge, Et, fatigué dès le matin, Pris d'un égoïste délire, J'allais jeter au vent ma lyre Et mon cœur au pire destin.

Une voix me dit : « Misérable, Pourquoi douter en ton printemps ?

Le ciel n'est pas inexorable Mais toute mer a ses autans; Mais toute mer malgré l'orage Laisse voir sur un doux rivage Les phares éclatants du soir ; Debout donc et le cœur en fête, Une Muse joyeuse en tête, Chante l'Amour, Chante l'Espoir !

« Bravement le père travaille, Les bras nus, le front basané ; Non loin de lui la mère taille Des langes pour le nouveau né ;

Le soufflet ronfle à pleine gorge, Les étincelles de la forge.

Comme de rouges grains d'émail, S'élèvent dans le feu qui brille...

— Chante, poète, la Famille, Les Travailleurs et le Travail !

« Qu'elle est radieuse, la France,

Que belle est sa tradition ;

Ses enfants, ivres d'espérance,

De la gloire ont le doux rayon ;

Elle est la cloche d'or où vibre

Le cri joyeux de l'être libre

Qui veut, pour les temps à venir,

L'Amour domptant la barbarie !...

Chante poète, la Patrie,

Les jours meilleurs de l'Avenir !

« L'homme n'est pas la bête immonde

Qui vit, seule, en un coin obscur ;

Il est le fiancé du Monde,

De l'Energie et de l'Azur ;

Son cœur est l'écho de toute heure

Qui. tour à tour, rit, chante ou pleure,

Résonne au cri de : Liberté ;

Et la nuit, et le jour répète :

« Aimez-vous humains ! )) O poète,

Chante, chante l'Humanité !

« Planant au-dessus de la Terre, Le Créateur, dans sa bonté, Sur notre vie et son mystère, Répand des vagues de clarté ;

Il étoile la nuit, il dore

Le firmament quand naît l'aurore,

Il conduit le soleil de feu ;

Par Lui tout naît, croît et respire,

Et le chrétien vers Lui soupire...

— Chante poète, chante Dieu. »

Depuis ce jour pour les Familles,

La Patrie et l'Humanité,

Pour Dieu, pour les gens en guenilles.

Gaîment, de mon mieux, j'ai chanté,

Je chanterai toujours ! L'orage

Ne brisera pas mon courage

Et ne pourra pas me broyer,

Tant que la Voix consolatrice

Me dira : « Je suis ta tutrice,

Chante encor, poète ouvrier !

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