EN I U M A N T
nom aux drogues et de remplacer les étiquettes du
diable par les étiquettes de la vérité.
Il y a, entre autres, une institution a laquelle il serait trnips de donner son vrai nom. Voici un nouvel exemple d’un fait qui se produit au moins une fois par mois devant les tribunaux correctionnels et la cour d’assises de Paris :
On l’a dit avec raison — et la justice prouve tous les jours qu’elle est de cet avis — les rccôleurs sont pour plus de la moitié dans les vols qui se commettent. Les garanties que les marchands honnêtement établis sont forcés de demander aux gens qui leur proposent des achats, rendraient aux voleurs presque impossible de profiter de leurs crimes. *
Eh bien, le Mont-de-piété ne prend pas toutes les précautions nécessaires pour éviter d’être le plus grand et le plus commode des recèleurs.
Voici deux coquins, mâle et femelle, qui, dans l’espace d'une année, ont volé pour cent douze mille
francs d’objets de luxe, et qui s’en sont tranquille-
ment débarrassés en les mettant au Mont-de-piété, qui leur donnait en échange une partie de la valeur
des objets; — soit huit mille francs pour des châles
estimés vingt-huit mille francs.
Notez que le Mont-de-piété et sa dangereuse faci-
cilité étaient tellement appréciés des deux gredins en question, qu’ils n’avaient jamais recours à un autie expédient; ils l’avaient, pour ainsi dire, fait enlrer à son insu dans une sorte de société en commandite pour le vol des cachemires et des dentelles; Stanislas Mote, veuve Dumont, le Mont-de-piété et C c .
Pour bien éclairer l’administration du Mont-depiété elle-même sur le danger et l’odieux de sa situation, il faut lui retracer les chances qu’elle courait à son insu; elle donnait, par exemple, huit mille francs sur des châles estimés vingt-huit mille; mais ceux qui avaient déposé les châles dans ses magasins ne les auraient jamais retirés et auraient abandonné le reliquat; les bénéfices du Mont-de-piété auraient été et sont journellement, dans les cas pareils, d'une énormité scandaleuse.
Il est temps, il me semble, de remédier à cet état de choses : il faut que le Mont-de-piété exige et donne des garanties que les objets qui lui sont confiés
le sont par leur légitime propriétaire; il est évident que les précautions que l’on prend sont insuffisantes.
Qui empêcherait, par exemple, de donner à rengagement les formes imposées à la vente — entre autres le payement à domicile?
N’est-il pas dangereux encore que les buralistes des succursales soient, comme je crois, payés au prorata des engagements qu’ils font? Celte siluatien ne doit-elle pas les rendre plus faciles? Le Mont-depiété appelle de grandes réformes; l'intérêt y est trop élevé pour le pauvre : le plus souvent, celui-ci ne retire pas les objets engagés, et l’opération, sous prétexte de bienfaisance, se réduit à ceci — qu'au lieu d’engager, il a vendu désavantageusement. A ces deux point*, de vue, et peut-être à d’autres que j’ignore, il est urgent de modifier cette institution.