SUITE DU PRÉCÉDENT
Après avoir reproduit — d’après ma conversation avec M. Damotte, de Tonnerre, — un aperçu de la situation du vin en France — ■ je dois aujourd’hui parler du moyen qu’il propose pour y remédier.
• Voici encore et d’abord quelques observations intéressantes sur la situation actuelle que m’a présentées M. Damotte.
La régie des droits réunis voit tout, sait tout, con-
naît tout; lés mélanges non-seulement incestueux,
— ceux-là seraient presque innocents en fait de vins
— mais les plus adultères et les plus contre nature
se font sous les yeux de ses légions d’employés. On ne se gêne pas pour elle; la régie n’est pas chargée de surveiller, elle est chargée de percevoir, et elle perçoit.
La liberté illimitée de s’approprier de vieilles réputations et de donner au vin le nom que l’on veut a produit un effet désastreux. — En général, le baptême est une crise dangereuse pour les vins.
On renouvelle sans cesse les vignes — le raisin des vieilles vignes produisant de meilleur vin, mais en moins grande quantité.
Ce que propose M. Damotte est tout simplement ce que, mes amis et moi, nous demandons depuis vingt ans : à savoir la marque de fabrique obligatoire, dans laquelle, moi seul, je faisais entrer la signature réelle des écrits.
Par la marque de fabrique, selon M. Damotte et selon la raison, il faut entendre tout ce qui peut
constater l’origine, la nature, la quantité, etc., des
objets vendus.
— Avec trois mots, ditM. Damotte, ajoutés à ce qui
est exigé par les droits réunis, le propriétaire serait encouragé, le consommateur tranquillisé, et la plus considérable et la moins considérée des industries moralisée.
Ces trois mots, qui arriveraient bien à propos après les trois premiers mots Mané — Thecel — Phares, . inscrits déjà par M. Damotte, il ne demande pas mieux que de les dire à l’oreille du ministre que cela concerne.
A cet effet, il a publié une brochure contenant quatre idées; je viens de m’occuper de la première de ces idées : celte brochure se trouve probablement ■jhez tous les libraires; — en tous cas, elle a été imprimée chez Ilérisé, à Tonnerre.
M . Damotte m’a encore appris ceci :
La première idée de faire mousser les vins est duc au moine dom Pérignon, mort à Anvilliers, près Aï, en 1702.
11 \ a un Pérignon dans les dictionnaires biogra-
phiques; mais ce Pérignon, qui s'appelait Catherine
de son petit nom, n’était que général sous la République, sénateur sous l’Empire, pair de France sous la Restauration; d’ailleurs, il était né en i7oG, date* qui prouve qu’il a pu boire du vin mousseux, mais qu’il ne l’a pas inventé, en môme temps qu’elle établit qu’il n’a pas inventé la poudre, mais qu’il a pu tirer des coups de fusil; ce qu’il faisait, dit-on, trèsbravement.
Donc, Pérignon est complètement oublié.
Les seigneurs de Sillery possédaient, sur les territoires de Yerzyet Yerzenay, de très-vieilles vignes en très-bons plants, qui produisaient de très-bons vins, ce nectar arrivait dans les caves de Sillery.
Les seigneurs de Sillery ont disparu, leurs vignes sont passées en des mains laborieuses qui amendent le sol, et renouvellent, comme partout, sans cesse la vigne. Au profit de la quantité, au détriment de la qualité, le progrès s’est emparé du nom.
Longtemps, le plus grand soin fut apporté au choix du raisin et à la fabrication du vin destiné à la mousse ; longtemps le produit des jeunes plants en fut exclu.
Si la nature assigne au sol des limites de production, la consommation n’en admet pas.
Les crus longtemps rejetés sont maintenant admis dans la famille privilégiée, qui se compose des territoires de Hautvillcrs, Dizy, Aï, Mareuil, Bouzy, Lumières, Pierry, Cramant, Avize, Auger, le Mesnil, Avenay, Rilly, Chigny, Yerzenay et Verzy.
Entre tous les crus autrefois jugés indignes de produire les vins mousseux de Champagne et qui en produisent aujourd’hui en grande quantité, il faut compter certains vignobles d’Allemagne, de Suisse,, d’Amérique et les caves de Bercy à Paris.
Voici, pour finir, un petit tableau pour la consta tation des vins que j’emprunte à la brochure d
M. üamotle ;•