‹ En FùmantChapitre 32 sur 62 · DU MAGNÉTISME · texte numérisé non relu

DU MAGNÉTISME

J’ai reçu une lettre et deux volumes de M. G. Mabru, chimiste.

M. Mabrume reproche, dans sa lettre, de croire au magnétisme, et me cite dans ses livres comme un de ceux qui ont protégé cette science occulte.

M. Mabru se trompe : —-j’ai constaté depuis vingt ans différentes expériences auxquelles j’ai assisté, le plus souvent à des intervalles éloignés.

Quelquefois j’ai surpris des fraudes et je l’ai dit; d’autres fois j’ai vu des faits extraordinaires, et je l’ai dit; d’autres fois encore, on a voulu m’expliquer ces faits, et l’on n’y a pas réussi.

Je me suis toujours résumé en ceci : si le magnétisme animal n’existe pas, la science légale et constituée a pour devoir de dévoiler la fraude de telle .açon qu’elle ne puisse plus se produire.

M. Mabru, comme beaucoup d’autres, prétend que la science a précisément fait ce que je demande.

Moi et beaucoup d’autres, nous prétendons que la science ne l’a pas fait.

Ce que je vais démontrer tout à l’heure à M. Mabru et à tous ceux qui sont de son opinion.

Certes, il n’y a pas de sujet plus digne de fixer l’attention que celui-ci :

Existe-t-il ou n’existe-t-il pas des moyens de voir ce qui est absent et ce qui doit arriver?

Je ne comprends pas que ceux qui ont la conviction du magnétisme animal, des tables tournantes, etc., consentent à jamais s’occuper d’autre chose, attendu qu’il n’est rien qui puisse présenter un intérêt capable . de contre-balancer, ne fût-ce qu’un instant, l’intérêt que présentent ces phénomènes.

M. Mabru dit, dans ses livres, que les académies et la science ont depuis longtemps décidé la question.

Attendez! — j'ai aussi reçu un autre livre: celui-ci est de M. Macario.

M. Macario n'est pas seulement un savant chimiste, il est encore docteur en médecine de la faculté de Paris, directeur de l’institut hydrothérapique de Serin, membre correspondant de l’académie royale de médecine et de chirurgie de Turin, de la société médicophysiologique de Paris, de la société impériale de Lyon, de la société historique du département du Cher, de Pacadémie des sciences et lettrés de Montpellier, lauréat de la môme académie, député au parlement sarde, etc.

Je n’ai, entre nous, jamais compris comment on pouvait se décider à être tant de choses que cela; cet être multiple n’est pas un monstre, on en voit beaucoup sur les couvertures des livres : c’est une sorte d’hydre de science a sept têtes et à sept queues. Grand bien lui fasse !

M. Macario. qui ne professe pas, mais qui veut, dit-il, s’éclairer, cite des faits.

M. Mabru, qui nie formellement, en cite d’autres.

ISO

Nous allons en choisir quelques-uns de part et d’autre.

Voici ce que ditM. Macario, membre de tout ce que vous savez :

Le 8 avril 1829, M. Cloquet a fait l’opération d’un cancer ulcéré sur une dame âgée de soixante-quatre ans, demeurant rue Saint-Denis, n° 251. Cette femme fut endormie par le docteur Chapelain. L’opération a duré dix ou douze minutes, et, pendant tout ce temps, la malade s’est entretenue tranquillement avec l’opérateur et n’a pas donné le plus léger signe de sensibilité.

Selon M. de Humboldt, le fluide nerveux forme, par son expansion au dehors, une sphère d’activité analogue à celle des corps électrisés. « Des observateurs très-sensés, dit-ii, rapportent des faits d’après lesquels il semble que certaines personnes ont la faculté d’éprouver une sensation à l’approche d’un corps sans le toucher. Je ne sais si le changement de température qui peut avoir lieu dans ce cas suffirait pour expliquer cette sensation; mais l’expérience prouve qu’un nerf dont l’atmosphère sensible ^st

répandue autour de lui, peut recevoir et propager des impressions sans être touché. » ( Expériences sur le galvanisme , p. 201 .)

Mademoiselle Pigeaire a lu, les yeux bandés, avec le plus grand soin, les différents livres, brochures ou écrits qui lui ont été présentés par MM. Orfila, Bousquet, Ribes, Pariset, Réveillé-Parise, membres de l’Académie de médecine, qui ont certifié le fait par leurs signatures.

Un soir, le docteur Gromier. après avoir endormi par la magnétisation une femme hystérique, demanda au mari de cette femme la permission de faire une expérience, et voW ce qui se passa :

Sans mot dire, il la conduisit en pleine mer, mentalement, bien entendu; la malade fut tranquille tant que le calme dura sur les eaux; mais bientôt le magnétiseur souleva dans sa pensée une effroyable tempête, et la malade se mit aussitôt à pousser des cris perçants et à se cramponner aux objets environnants; sa voix, ses larmes, l’expression de sa physionomie indiquaient une frayeur terrible. Alors i! ramena

successivement, et toujours par la pensée, les vagues

dans des limites raisonnables. Elles cessèrent d’agiter le navire, et, suivant le progrès de leur abaissement, le calme rentra dans l’esprit de la somnambule, quoiqu’elle conservât encore une respiration haletante et un tremblement nerveux dans tous ses membres.

— Ne me ramenez jamais en mer, s’écria-t-elle un instant après avec transport, j’ai trop peur ; et ce misérable capitaine qui ne voulait pas nous laisser monter sur le pont î

Le phénomène de la vue sans le secours des yeux

a été constaté en 1831 par la commission de l’Académie de médecine. En effet, on lit dans son rapport :

« M. Ribes, membre de l’Académie, présente un catalogue qu’il tire de sa poche. Le somnambule (c’était M. Petit d’Athis, magnétisé par M. Dupotet), après quelques efforts qui paraissent le fatiguer, lit très-distinctement ces mots : Lavante». Il est bien difficile de connaître les hommes. Ces derniers mots étaient imprimés en caractères très-fins. On lui met sous les yeux (fermés, bien entendu) un passe-port; il le reconnaît et le désigne sous le nom de passehomme; on substitue au passe-port un port d’armes.

qu’on sait presque en tout semblable à un passe-port, ei on (e lui présente du côté blanc. M. Petit peut seulement reconnaître que c’est une pièce encadrée, assez semblable à la première. On le retourne : alors, après quelques instants d’hésitation, il dit ce que c’est, et lit distinctement ces mots : De par la loi , et à gauche : Port d'armes . On lui montre encore une lettre ouverte; il dit ne pouvoir la lire, n’entendant pas l’anglais. C’était, en effet, une lettre écrite dans cette langue.

« Un étudiant en droit, Paul Villagrand, paralysé du côté gauche du corps, mis en état de somnambulisme par le docteur Foissac, lit également les yeux fermés. Les paupières étant tenues fermées constamment et alternativement par MM. Fouquier, Itard, Marc et le rapporteur, on lui présente un jeu de cartes neuves, dont on brise la bande de papier portant le timbre de la régie; on les môle, et Paul reconnaît facilement et successivement le roi de pique, l’as de trèfle, le sept de carreau et le huit de carreau.

* On lui présente, ayant les paupières tenues fermées par M. Ségalas, un volume dont M. Husson s’est

muni. Ii lit sur le titre : Histoire de France ; il ne peut lire les deux lignes intermédiaires, et lit sur la cinquième le nom seul d’Anquetil . qui y est précédé de la préposition par . On ouvre le livre à la page 89, et il lit à la première ligne : Le nombre de ses ... il passe le mot troupes et continue : Au moment où on le croyait le plus occupé des plaisirs du carnaval. ..Il lit également le titre courant : Louis , mais ne peut lire le chiffre romain qui le suit. On lui présente un papier sur lequel on a écrit les mois agglutination et magnétisme animal . Il épèie le premier et prononce les deux autres.

« Dans une autre séance qui eut lieu le 13 mars suivant, Paul essaya inutilement de distinguer différentes caries qu’on lui appliqua sur l’épigastre; mais il lut encore, les yeux fermés, dans un livre ouvert au hasard, et, celte fois, ce fut M. le professeur Jules Cloquet qui lui boucha les paupières. M. Husson écrivit aussi sur un morceau de papier deux noms propres : Maximilien Robespierre, qu'il lut également bien. »

Ces faits, nettement établis dans le rapport rédigé,

au nom d’une commission de l’Académie de médecine,

par M. Husson, portent avec eux la sanction de la science eide l’impartialité.

Ce n’est pas tout : — M. Macario, membre de tant de choses, cite une lettre curieuse, que je dois transcrire ici :

« Voici ce qui s’est passé, et l’on verra si jamais des subtilités ont pu produire des effets semblables à celui que je vais citer. Je décachette un jeu apporté par moi, et dont j’avais marqué l’enveloppe afin qu’il ne pût être changé... Je mêle... c’est à moi de donner ... Je donne avec toutes les précautions d’un homme exercé aux finesses de son art. Précautions inutiles! Alexis m'arrête, et, me désignant une des cartes que je venais de poser devant lui sur la table :

« — J’ai le roi, me dit-il.

« — Mais vous n’en savez rien encore, puisque la retourne n’est pas sortie.

« — Vous allez le voir, reprend-il; continuez.

« Effectivement, je retourne le huit de carreau, et la sienne était le roi de carreau. La partie fut continuée d’une manière assez bizarre ; car il me disait les

caries que je devais jouer, quoique mon jeu fût en ce

moment caché sous la table et serré dans mes mains. A chacune des cartes jouées, il en posait une de son jeu, sans la retourner, et toujours elle se trouvait parfaitement en rapport avec celle que j'avais jouée moi-même.

« Je suis donc revenu de cette séance aussi émerveillé que je puisse l’être, et persuadé qu’il est tout à fait impossible que le hasard et l’adresse puissent jamais produire des effets aussi merveilleux.

* Recevez, etc.

« Signé ; Robert-Houdin.

« 16 mai 1847. »

Passons maintenant aux assertions de M. Mabru, savant chimiste :

Le 24 juillet 1838, M. Girardin, rapporteur de la commission, rendit compte à l’Académie de médecine des prétentions de M. Pigeaire et termina la lecture de son rapport par ces mots :

t Nous n’avons pas trouvé, soit dans la forme du moyen d’occlusion proposé nar M. Pigeaire, soit dans

la manière dont le livre doit être placé devant mademoiselle sa tille, l’assurance positive que la lumière ne pouvait point arriver jusqu’aux yeux de la jeune somnambule. » ( Bulletin officiel de V Académie , t. II, p. 967, etc.)

Le 8 octobre 1840, M. Double, président de la commission nommée pour le prix Bordin, lut son rapport devant l’Académie, et le termina par ces paroles :

« Il est, je crois, de la dignité de l’Académie de mettre un terme à toutes ces demandes d’expériences des magnétiseurs qui manquent constamment ... Je propose qu’à l’avenir il ne soit plus répondu aux de-

mandes de cette nature et que l’Académie s’abstienne.»

Cette proposition ultime, immédiatement acceptée, fut mise en vigueur le 1 er octobre suivant. (Voyez le Bulletin officiel de V Académie, t. IV, p. 22, etc.)

Sérieusement, le livre de M. Mabru est un ouvrage très-consciencieux, plein de faits, de détails curieux et intéressants. Mais il se trompe toujours, suivant moi, sur deux points; je mets d’abord celui qui me concerne; — pardon de l’outrecuidance : j’^i, avant M. Mabru, parlé des somnambules, et des tables tour-

liantes* et des escargots sympathiques, et des médiums: mais je n’ai pas nié ce que je n’ai pas compris, je J’ai seulement raconté.

Le second 'point sur lequel — toujours suivant moi, se trempe M. Mabru, c’est lorsqu’il affirme que le magnétisme, les magnétiseurs sont des choses jugées, condamnées, exécutées. J’ai donné l’opinion et les assertions de M. Macario, je vais en ajouter quelques autres.

« Madame Mongruel, aimable et naturelle à Tétât de veille, m’a paru, durant Tétât somnambulique, d’une lucidité remarquable , et consciencieuse autant que sage. Je me fais un plaisir d’attester cette vérité’ à ceux qui viendront consulter la jeune sibylle , dirigée par un mari qui, comprenant toute l'importance de sa position, sait se maintenir dans la limite des devoirs impérieux qu’elle lui impose.

« De la Rochefoucauld, duc de Doudeauville,

« 17, rue de Varcnnes.

« Paris, 16 juin 18/Ï8. »

Monseigneur l’évêque de Rennes avait cru devoir

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