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se livrer, pour son édification personnelle, aux expérience* sur les tables, et voici à la suite de quel résultat Sa Grandeur y a renoncé :
« L’évêque, ses vicaires généraux, ses chanoines,
réunis à l’évêché, interrogeaient une table sur le sort et les souffrances d’un jeune et généreux missionnaire récemment martyrisé en Chine. L’évêque avait sur lui, comme relique, un lambeau de la chemise sanglante de ce dévoué et malheureux soldat de la foi. Est-ce ce talisman qui opéra? On ne sait. Mais toujours est-il que la table se mit à raconter en sa langue, avec une fidélité stupéfiante, toute l’histoire des angoisses et des tortures du courageux missionnaire, toutes circonstances bien connues de la part des assistants. L’évêque, pour sa part, en fut si frappé, qu’interrompant l’exercice, il s’écria d’une voix forte :
« — Pour savoir tout cela, il faut que tu sois le diable. Eh bien, si tu es le diable, par le Dieu toutpuissant, par Jésus-Christ crucifié, je t’adjure et t’ordonne de te briser à mes pieds !
f Incontinent la table lit un énorme bond, et, rc-
tombant obliquement, vint briser deux de ses pieds devant ceux de monseigneur de Rennes. » ( Courrier de Paris. — Reproduit aussi par le Voleur du 3 juillet 1857.)
J’emprunterai maintenant à M. Mabru lui-même la liste qu’il donne de ceux qu’il accuse de croire au magnétisme, aux magnétiseurs; — j’enlève mon nom pour les causes que j’ai données.
Le général la Fayette, — le père Lacordaire, — le duc de Montpensier, — la reine mère d’Espagne, — le prince de la Moskowa, — le cardinal archevêque Gousset, — Broussais, — H. de Balzac, — George Sand, — le czar Alexandre, — le docteur Guersant, — le général Jacqueminot, — les avocats Crémiem et Jules Favre, — Alexandre Dumas, — M. Franck, d< l’Institut, — M. de Tocqueville, — le prince de Talleyrand, — Victor Hugo, — Agénor de Gasparin, etc.
« Quand je propose à Y être de raison créé dans ma table l’extraction de cinq racines cubiques de nombres de huit chiffres, et qu’elle me produit ce résultat en trois minutes, quand il me faut deux heures, avec une table de logarithmes, pour vérifier l’exactitude
de ce calcul instructif, est-ce encore ma raison qui fait cela? Alors qu’un académicien l’essaye.
« Or, je le dis à tout le monde, je l’affirme sur mon honneur et ma vie, et je le fais imprimer... » (A. A‘. Morin, Revue philosoph. et relig ., mai 1856.)
Et je dirai, pour résumer, ce que j’ai dit cent fois : Non, ces croyances ne sont pas vaincues, terrassées, détruites.
Songez un peu combien de gens parmi vos connaissances, vos amis, vos parents, croient aux magnétiseurs, aux tables tournantes, écrivantes et parlantes, — aux médiums, &pirits, etc. Trois ou quatre cents somnambules, médiums, etc., exercent leur industrie dans Paris, et vous direz avec moi :
Au nom du bon sens, du progrès des sciences, au nom de la santé de l’esprit humain, il faut que cette question soit évidemment, nettement et définitivement résolue par la science.
Il faut ou qu’il soit admis et reconnu que certaines personnes atteintes, si vous voulez, d’une névrose d'un genre particulier, ou mieux prédisposées par un état maladif, énrouvent dans les sens une surexcita-
tion, une transposition môme qui donne lieu à tels ou tels phénomènes; que, entre ces phénomènes, ceux-ci ont été constatés et ceux-là ne le sont pas; que le magnétisme n’est pas encore une science, mais présente un ensemble de faits et qu’il est un fait laimôme, — et je ne cache pas à M. Mabru que, jusqu’à nouvel ordre, c’est là mon opinion; — ou bien qu’il soit établi, prouvé, démontré que les phénomènes attribués à certaines personnes magnétisées sont un escamotage, un tour de gobelet, une tromperie audacieuse, une jonglerie insolente.
Il faut qu’une enquête soit ouverte; que les résultats en soient, non pas publiés avec restrictions dans certains recueils scientifiques dont la publicité est très-restreinte et ne s’adresse qu'à des gens ayant déjà pris parti dans la question, — mais dans la plus grande partie des journaux.
11 faut que l’on prenne contre cette maladie de l’esprit les mesures hygiéniques que l’on prendrait contre une peste, ou toute autre maladie contagieuse; car si la contagion de la peste est discutée, celle des maladies de l’esprit ne l’est pas.
L’Académie des sciences ni l’Académie de médecine n’ont pas le droit de maintenir leur décision de ne plus s'occuper de celte question; elles n’ont pas le droit de déclarer mortes et enterrées des croyances et des crédulités qu’elles ont touchées peut-être avec le fleuret boutonné, mais non tuées avec l’épée sur le champ de bataille.
11 est, selon moi, du devoir du ministre de l’instruction publique de provoquer cette enquête et de la surveiller — jusqu’à ce qu’elle ait eu un résultat évident, définitif, indiscutable.
Il faudrait que la commission d’enquête ne fût pas seulement composée de médecins; ils auraient l’air, aux yeux de la partie du public prévenue, de ne pas apporter dans l’épreuve toute l’impartialité désirable et de traiter a priori le magnétisme comme un marchand traite la boutique à côté.
Il faudrait que la commission fût formée comme Argus; qu’elle eût le plus d’yeux possible, — c’est-à-
dire que, parmi scs membres, on complût des représentants de tous les genres d’observateurs, de cher-
cheurs et d’inquisiteurs du vrai — des chimistes, des
anatomistes, des écrivains, — sans oublier d’y joindre M. Bosco ou M. Robert-Houdin.
Il faudrait que les membres de la commission eussent l’énergie de porter aux épreuves des esprits qui ne fussent prévenus en aucun sens — des esprits blancs comme le papier blanc — prêts à recevoir et à consigner les observations.
Car il ne faudrait pas que l’Académie s’exposât une seconde fois à ce qui lui est déjà arrivé.
Un rapport lui a été fait par une commission nommée par elle et prise dans son sein.
Cette commission se composait de MM. Leroux, Bourdois, Double, Magendie, Guersant, Laennec, Thillaye, Marc, Itard, Fouquier et Guéneau de Mussy.
Dans une séance du 21 juin 1831, M. Husson, devenu rapporteur à la suite d’une maladie de M. Laennec, lut un rapport dans les conclusions duquel on remarque, entre autres articles favorables au magnétisme :
« Nous avons vu deux somnambules distinguer,
les yeux fermés, les objets que l’on a placés devant eux. Ils oui désigné, sans les loucher, la couleur et
la valeur des cartes. Ils ont lu des mots tracés à la main ou quelques lignes de livres que l’on a ouverts au hasard. Ce phénomène a eu lieu, alors même qu’avec les doigts on fermait exactement l’ouverture des paupières. »
Ont signé : « Bourdois de la Mothe, Fouquier, Gué-
neau de Mussy, Guersant, Husson, Itard, Leroux, Marc, Thillaye. 1
Que fit F Académie?
Elle déclara que les membres de sa commission avaient été trompés et joués.
C’est-à-dire qu’elle semblait avoir nommé une commission, non pour juger si les phénomènes annoncés par les magnétiseurs existaient, mais pour déclarer et décider qu’ils n’existaient pas.
C’était, dis-je, traiter les magnétiseurs comme « la boutique à côté. »
Cependant les membres de la commission avaient eu, en reconnaissant la réalité des phénomènes et l’existence de l’agent, la prudence louable de confisquer et les phénomènes et l’agent au profit du docte corps (in nostro doclo cor porc).
Car voici leur dernier article :
t Considéré comme agent de phénomènes physiologiques ou comme moyen thérapeutique, le magnétisme devrait trouver sa place dans le cadre des connaissances médicales, et, par conséquent, les médecins seuls devraient en faire ou en surveiller l’emploi, ainsi que cela se pratique dans les pays du Nord. » « La société, disait Pascal, est un homme qui
apprend toujours. *
« Nous ne savons pas ce qui est possible et ce qui est impossible, » disait Lucrèce.
Ignart quid queat esse , quid nequeat
Je répète qu’il y a là un devoir rigoureux et urgent pour ceux qui sont ou doivent être les tuteurs et les médecins de l’esprit.