DES CRITIQUES
Il semblerait naturel que la- critique fût dévolue de droit aux écrivains arrivés au bout de la carrier*
Candidior postquàm tondenti barba cader&,
que les anciens , seniores, fussent les législateurs.
L’usage en a décidé autrement; ce sont les débu-
lants imberbes qui appliquent les lois, en attendant
qu’ils les connaissent et soient capables de les suivre;
ce sont les écoliers qui donnent des férules aux maîtres. Il est vrai que, plus tard, ils n’oseraient plus ;
à peine auraient-ils un peu de talent, qu’il leur vien-
drait du respect pour le génie.
uns ÉCONOMIE.
Voici un procédé d’avare que je recommande aux amateurs qui ont des correspondants à l’étranger L’usage se répand aujourd’hui d’affranchir les lettres mutuellement.
Il n’est pas facile de faire une réponse non affran-
chie à un^ lettre qui vous vient illustrée d’un ou de plusieurs portraits de souverains évalués à diverses sommes, de cinq centimes à un franc, non pas suivant les souverains, ce qui serait assez curieux et
difficile à établir, mais selon la couleur.
Que fait l’homme dont je vous signale l’industrie? Il ne manque jamais d’apposer un timbre d’alfran*
chissement sur ses lettrés; mais, quelle que soit la distance que cette lettre ait à parcourir, quelle quesoit l’élévation du port, il y applique invariablement le portrait le moins cher; ce qui oblige l’administration des postes à illustrer, à son tour, la lettre de ces mots : Timbre insuffisant.
Ce qui vous oblige à payer provisoirement le prix
tolal du port, sauf à réclamer la différence, si vous avez lu l’adresse, ce qui est douteux; si vous avez remarqué cette phrase, ce qui ne l’est pas moins ; si vous n’avez ni jeté au panier, ni perdu, ni brûlé ladite adresse; si encore la lettre est sous enveloppe; car, dans le cas contraire, il vous faudrait laisser la lettre elle-même à la poste.
Vous me direz qu’il ne serait pas plus difficile à l’admiçistration d’inscrire la différence à payer par celui qui reçoit la lettre, que d’écrire : « Timbre insuffisant. » C’est mon avis, je l’ai déjà présenté plusieurs fois; mais on n’en a guère tenu compte.
J’ai eu une fois avec l’administration des postes un succès... qui, hélas I n’a pas été de longue durée.
Quand l’usage passa d’Angleterre, je crois, en
France d’écrire les adresses des lettres en mettant le numéro avant l’adresse : « 31, rue du Bac, » par exemple, je ne crus pas devoir adopter cette mode, qui avait eu immédiatement le plus grand succès.
On me fit des reproches; je répondis en établissant qu’il n’était pas raisonnable de supposer que le facteur qui porte les lettres cherchât d’abord le numéro, et ensuite la rue; que l’on devait, jusqu’à preuve contraire, supposer qu’il cherchait d’abord la rue,
puis ensuite le numéro; qu’un changement qui n’est
ni un perfectionnement ni un développement ne mérite pas d’être adopté; que, si on devait faire un changement dans la façon d’écrire l’adresse des lettres, il fallait le faire logique et commode, c’est-à-dire présenter au porteur de la lettre les renseignements dans //ordre où il en aura besoin. Ainsi par exemple :
France
Paris — Rue Vivienne , 2 bis.
Monsieur Michel Lévy.
t Mon cher Lévy, faites-moi envoyer, je vous prie, • l'Univers illustré . »
Et je continuai à écrire ainsi mes adresses, faisant quelques prosélytes épars — quelque chose comme une secte.
Un jour, tous les journaux de Paris reçurent et publièrent une note de l'administration des postes, laquelle note priait le public de mettre l’adresse des lettres dans l’ordre logique que j’avais indiqué.
J’avais à peine eu le temps de prendre l’air triomphai qui convient à un réformateur, lorsqu’un nouvel avis vint contredire le premier et me remit à l’état de sectaire et de schismatique. Situation humiliante dans laquelle je me trouve encore aujourd’hui.