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UN USAGE EN DANGER

Un usage qui est destiné à disparaître, c’est l’usage de s’envoyer mutuellement de petits carions au premier jour de l'an. — Je ne crois pas que l’amour et l’amitié y perdent beaucoup.

C'est une de ces manifestations peu significatives qui rentrent dans la classe de celle qui fait que, dans

l’ordre officiel, l’on envoie des voitures vides à la

suite d’un enterrement; ce qui est exactement la même même chose que si un homme, n’ayant pas de voiture, — il y en a encore quelques-uns, — s’avisait de faire porter derrière un corbillard ses bottes sur un coussin de velours noir.

Certes, à un autre point de vue, ce n’était pas une idée sans grâce et sans bonté que celle qui consistait à se visiter mutuellement au renouvellement de l’année, à faire un échange de souhaits et à renouveler un pacte de bonnes relations pour la durée de l’année commençante. — Comme il pouvait arriver qu’ônne

FiN Fil M A. NT.-

rencontrât pas chez eux des gens pour lesquels on n’avait qu’une tendresse modérée, ou avec lesquels on n’avait pas de relations habituelles, on imagina naturellement de laisser son nom chez l’absent.

Mais faire porter par la poste un morceau de car-

ton chez ses connaissances! il faut reconnaître que,

si la politesse n’est qu’une imitation de la bonté, de

• la charité et de la bienveillance, on en est arrivé à

une imitation libre, et aussi peu ressemblante que possible.

Cependant, d’une personne chérie, on aime mieux quelquefois — pas moi — avoir un portrait mal fait que de ne pas posséder son image. Il n’y aurait donc pas eu d’inconvénient à conserver cet usage amoindri jusqu’à sa plus simple expression, — qui consiste à prier M. Bidault d’envoyer ses agents porter un mor-

ceau de carton chez ses connaissances, lesquelles obtiennent facilement de M. Bidault qu’il vous fasse reporter par les mômes agents un morceau de carton identique.

Mais, aujourd’hui, tout le monde connaît tout le monde; on n’a plus comme autrefois chacun son cer-

cle plus ou moins étendu d’amis et de connaissances. J’ai rencontré, pendant tout un hiver, un homme dans quinze maisons sans qu’aucun des maîtres de ces quinze maisons pût seulement me dire son nom.

Les raouts ont amené nécessairement quelques transformations dans les usages.

Ainsi, dans les anciennes formes de la société française, le maître du logis était responsable de ses convives et de ses invités vis-à-vis les uns des autres; il garantissait, par le fait de la présence dans son salon, la bonne éducation, les bonnes manières, la probité de chacun de ses invités vis-à-vis des autres. Cela permettait une conliance et une familiarité de bon goût qui ont dû disparaître avec l’invasion des raouts, avec la substitution de la foule à la société, et amené l’usage des présentations dans un salon.

Aujourd’hui, il y a un assez grand nombre de maî-

très de maison, à Paris, qui, s’ils recevaient des caries de toutes les personnes qui sont entrées chez eux, y ont mangé, dansé, causé, recevraient trois à quatre mille cartes. Un bien plus grand nombre en recevraient douze à quinze cents. ^

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