IL FAUT SH FINIR AVEC LES VIOLONS
*On lit dans la Gazette des Tribunaux du 9 mars :
« Hier, dans la journée, on avait conduit au poste
de la mairie du VI e arrondissement, sous l’inculpation du vol d’un porte-monnaie contenant une trentaine de francs, nne femme* de quarante-cinq ans, disant se nommer Catherine B..., qui avait été placée provi* soirement au violon. Un peu plus tard, vers cinq heures de l’après-midi, on ouvrit la porte du violon et Ton appela cette femme pour la conduire devant h commissaire de police de la section Saint-François. Ne recevant pas de réponse, on pénétra à l’intérieur, et ce fut avec autant de surprise que de frayeur qu’on s’aperçut que la prévenue s’était pendue à l’espagnolette d’une petite fenêtre ménagée à la partie supérieure. Pour exécuter son sinistre projet, elle était montée sur un baquet, et, après avoir fixé à l’espagnolette l’extrémité d’un mouchoir de coton passé autour de son cou et serré paf un nœud coulant, elle avait quitté le baquet et était restée suspendue à côté.
« On s’est empressé de couper le lien, et, copime le corps était encore cnaud, on a appelé un médecin,
qui est vçntf immédiatement pour donner des secoua
à la victime s’il en était encore temps i malheureuse-
ment, le docteur n’a pu que constater que cette
femme avait cessé de vivre depuis dix minutes envi-
ron. Son cadavre a été envoyé à la Morgue. »
Il y a quelque chose comme une quinzaine d’années que j’ai donné pour la première fois un moyen de rendre impossibles ces accidents, qui sont très-fréquents. Il ne se passe pas une année sans que deux ou trois suicides de ce genre aient lieu à Paris. Ce moyéh est simple : au lieu de fermer la prison appelée violon qui se trouve au corps de garde, par une porte pleine, fermez-la par une grille qui laisse les prisonniers toujours sous les yeux des hommes de garde. C’est simple, c’est facile; eh bien, cela ne se fait pas.
En quinze ans, — ce n’est pas un calcul difficile — vingt-cinq ou trente personnes au moins se sont tuées dans les violons .
Ces faits sont d’autant plus tristes que ce ne sont jamais des brigands de profession qui se livrent à de pareils actes de désespoir pour de grands crimes aüxquels la loi appliquerait la peine de mort.
Kon; ce sont des gens arrêtés le plus souvent en
étal d’ivresse, pour une peccadille ou un délit passible tout au plus de l’emprisonnement. L excitation de l’ivresse est pour une partie dans ces déterminations funestes.
Mais la honte de l’arrestation y entre pour une
part beaucoup plus grande encore.
Il est temps que cela finisse ; je prie mes confrères des journaux de reproduire tous le présent article pour éveiller enfin l’attention de 1 autorité.
XLIIF