LES POISSONS ET LES SAVANTS
Je me suis occupé quelquefois de la pisciculture, mot nouveau pour une science 3éjà ancienne; on en trouve des traces des le quatorzième siècle.’
Laoépède donne, au sujet du transport des poissons et de la fécondation presque artificielle, des renseignements très-complets et très-exacts.
Il y a quelques années, J. Remy, pêcheur de la Bresse, qui n’avait pas lu Lacépède ni aucun autre livre, je pense, a parfaitement réussi dans des essais de fécondation et d’acclimatation des truites et des saumons.
Alors les savants se sont rués sur les poissons en repoussant du coude les profanes.
M.C... a inventé d’acclimater et d’aller chercher tous les poissons que Lacépède avait conseillé d’introduire ; seulement, dans sa précipitation, il a confondu
et apporté certains poissons que Lacépède avait conseillé de ne pas admettre dans nos étangs et nos
rivières, qu’ils ne seraient bons qu’à dépeupler. M . Y . . . n’a pas cité Lacépède; mais il s’esl fait donner une mission rétribuée ou du moins indemnisée.
M. C... s’est substitué au pêcheur Remy, et voici sans doute ses raisons:
On se rappelle cefte femme qui, voyant de beaux arbres et de verles pelouses, disait :
— Quel dommage qu’on ne voie ces choses-là qu’à
la campagne t »
A Sparte, s’il arrivait qu’un homme de vertu médiocre émît un avis utile à la République, on chargeait un homme de haut mérite de reprendre la proposition et de- la présenter au peuple.
M. C... se sera dit à lui-même:
— 1 ° Ce n’est pas sous les saules, au bord des fleuves, que l’on pêche des chaires et des pensions; il faut élever des saumons et des truites à Paris, dans des carafes; 2° un homme illettré s’avise de précéder les savants dans une science, — dans une science utile; c’est un scandale comme de voir les épiciers vendre des parapluies. Du temps des maîtrises, on vous aurait fourré ce gaillard dans un cul de basse-fosse; 3° je
prends mon bien où je le trouve, et je serai le père des poissons.
D'autres savants se sont établis concurrents de M. G...
Jusque-là, peut-être, il n'y aurait pas grand mal, car je crois que le pêcheur Reihy a été quelque peu récompensé. Tous ces savants cherchant concurremment doivent faire fcire des pas à la science, qui rendra le poisson et le bon poisson une nourriture abondante et commune, et qui repeuplera nos rivières désertes.
Voyons donc ce qu'ont trouvé MM. les savants. Il s’est formé récemment une société dont le but est éminemment utile et sérieux : l’acclimatation des animaux utiles. Je lui reprocherai cependant d’être purement zocfaJgique et de n’avoir pas consacré sc? soins également à l'acclimatation des légumes et des fruits.
Dai^ une des séances de cette société, M. C..., de
l’Institut, lire de sa poche des saumons, de grandes
fruités, — petites, il est vrai, iÿais de l’espèce des
grandes. ^ un saumon du Danube qui arrive à une
longueur de six pieds et à un poids de cent livres, mais ne pourra accomplir ces conditions dans les cuvettes de M. C...; plus, une petite claie d’osier. C’est une acquisition très-précieuse pour les œufs de poisson. Quelques personnes, y compris le bon Dieu, les font à tort éclore sur du sable; — d’autres sur des claies de métal.
M. G... a perfectionné cela. If met ses œufs sur des claies d’osier. Le sable est arriéré, la claie de métal est absurde.
— Quelques rivaux font voyager les œufs aussitôt après leur fécondation. C’est vouloir détruire le poisson. Je les envoie parvenus au terme de leur développement, etc. Je les mets dans des végétaux humides.
M. M..., qui rêve de l’Institut, oùjl^era porté sur le dos des poissons comme Arion sur son dauphin, répond:
— Transporter les œufs de saumon au terme de leur développement, c’est se montrer l’ennVni du poisson et l’assassiner. Envelopper les œufs dans des végétaux humidesW absurde; je les mets dans deà linges mouillés. ~
« Ce n'est pas M. C... qui a inventé les claies pour
faire éclore les œufs, c’est moi.
t Les claies en osier sont ignobles. Les claies en métal seules doivent être admises.
« Le saumon ordinaire présenté par M. C... n’est pas un saumon ordinaire, c’est un saumon bécare (salmo hamatus).
« Ces espèces n’ont pas besoin d’être acclimatées; elles' fréquentent naturellement nos eaux. Quant au saumon du Danube, cette précieuse acquisition, suivant M. C. .., est un très-fade et très-mauvais poisson. » — J’ai dit.
— Ah! ah! s’écrie M. C..., j’entends de belles choses, des choses tout à fait nébuloniennes. Je comprends qu’on ^it placé dans la Fable la Vérité auprès
d'un puits.