DH LOI FÉROCE
Dans les fissures de cette muraille sont appendues
des coques filées par des chenilles; dans cette coque, la chenille s’est transformée en chrysalide, puis elle a dormi quelques mois; mais un chaud soleil printanier vient éclairer la muraille, les coques se fendent, s’entr’ouvrent et livrent passage à des papillons qui s’épanouissent dans l'air comme des fleurs vivantes emportées par le vent.
Il en est de même des idées; — d’abord humbles, d’une forme douteuse, se traînant sur beaucoup de courtes pattes, elles traversent presque en rampant
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fiait les voyageurs aux faux dieux; et les lois non écrites de certains pays où on les mange. Nous ne sommes plus au temps où le Français, qui ne voyageait pas et ne savait que sa langue, considérait le 3 voyageurs comme des êtres d’une nature différente,
des monstres, des gens surtout à la place desquels on n’avait pas beaucoup de chance de se trouver, et auxquels, sans grand danger de représailles, on pouvait appliquer des lois exceptionnelles et féroces.
Mais, aujourd’hui, grâce aux chemins de fer, le Français voyage déjà un peu, et, grâce à l’accroissement des besoins, il voyagera bientôt comme l’Anglais et l’Américain.
J’appuie sur cette seconde cause de voyage; car, sans cela, le Français, en général, n’est pas voyageur, et ne le sera peut-être jamais pour son plaisir; et cela s'explique facilement quand on veut bien considérer que la plupart des habitants des autres pays qui voyagent, voyagent surtout pour venir en France et à Paris.
Donc, les Français sont et seront plus exposés que les autres à voyager avec peu ou point d’argent.
Cette loi môme hostile aux étrangers a été également établie dans d'autres pays, probablement à l'exemple de la France. Il appartient à la France de donner l’exemple de l’abrogation. On l’a dit à propos des révolutions et on peut le dire à bien d’autres propos, en bien ou en mal :
« Quand la France joue du violon, le monde entier se met à danser. »
Il ne faut pas plaisanter avec la liberté.
Eh bien, depuis l'époque où je parlais ainsi, plu-
sieurs prisonniers, victimes de la loi dont jexlemandais l'abrogation, se sont adressés aux cours souveraines, et, dans les arrêts qui ont été rendus, tous en . faveur des prisonniers, ces tribunaux ont sans cesse, par leurs considérants, reconnu la férocité de la loi (laquelle, du reste, a déjà été adoucie en 1848), et la nécessité de l’interpréter toujours dans le sens le plus favorable aux prisonniers.
Il est curieux de voir qu’il faut reporter à cette date de 1848, si calomniée, l'abrogation de la peine de mort en matière politique — et le premier adoucissement apporté aux lois qui concernent les étrangers.