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CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES EN FAVEUR DU JURY

La Gazette des Tribunaux constatait l’autre jour que les viols et les attentats à la pudeur ont augmenté de 48 pour 100.

Elle constate aussi que l’accroissement des infanticides, depuis vingt-cinq ans, est de 49 pour 100.

Le journal judiciaire attribue ce résultat à la « déplorable faiblesse du jury. »

Je demande à plaider en faveur du jury « les circonstances atténuantes » qu’on lui reproche.

Mes anciens lecteurs savent que je ne marchande pas d’ordinaire la vérité à cette institution.

Oui, il est parfaitement vrai que les jurés qui, chacun en détail, et considérant en lui-même le crime d’infanticide, se montreraient, sans aucun cloute, justement sévères, dans presque chaque cas particulier qui se présente, se laissent attendrir par les circonstances du fait, et montrent une indulgence qui n’est, le plus souvent, pas moins juste; c’est ce que j’ai à prouver.

La société a placé différemment l’honneur de l’homme et celui de la femme.

L’honneur de l’homme consiste dans la bravoure, celui de la femme dans la chasteté.

Mais, lorsqu’un homme a besoin de faire ses preuves, c’est au grand jour, c’est devant des témoins et amis, en face d’un ennemi déclaré. — Généralement, ces occasions ne lui arrivent pas avant l’âge de vingt et quelques années. — Si l’instinct de la conservation lui parle tout bas, l’orgueil lui parle

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Mais, dans la classe ouvrière, les pauvres filles jouissent d’une liberté dangereuse ; il faut qu’elles portent à domicile les heures qu’elles vendent; leur père, leurs frères en font autant d’un autre côté, et ne peuvent les accompagner, ni les protéger.

Un homme de leur âge les voit, les rencontre, les suit sans obstacle.

Ce n’est pas tout : dans les classes aisées de la société, les hommes compensent par les études et les

exercices la supériorité d’intelligence que les femmes ont reçue en partage de la nature. Ils peuvent combattre avec elles loyalement à cette guerre de l’amour.

Mais, parmi les ouvriers, dans les classes où l’esprit n’est pas cultivé, la femme, qui est mieux douée que l’homme, et qui ne lui est inférieure que dans la faculté d’apprendre, est bien plus forte que lui quand ils n’apprennent rien ni l’un ni l’autre; l’homme ne peut l’attaquer par une escrime correcte et honnête, il serait presque toujours vaincu; il a recours à la perfidie.

Un homme du monde ne s’avise presque jamais’ de

parler de mariage à une lille de sa classe qu'il n'est pas décidé à épouser. Delà part de l’ouvrier, au contraire, rien n'est plus fréquent; il propose le mariage; dès lors une grande familiarité existe entre les futurs époux, ils se promènent seuls, le jour et le soir — et la jeune fille n’a rien qui la défende contre les instincts de la nature et de son âge. - « On attend les papiers; » c’est bien long, c'est bien loin; on a écrit «au pays. » Un soir, la fille cède aux obsessions, aux prières de celui qu’elle regarde depuis longtemps comme son mari, non pour être heureuse elle-même, mais pour donner un bonheur qu'il demande à genoux.

Alors le « vainqueur, » c’est-à-dire le traître et l'assassin disparaît; plus de papiers, plus de mariage.

La pauvre enfant est grosse; elle le cache à sa mère, qui pleurerait, à son père, qui la battrait, à ses frères, qui la mépriseraient, — si toutefois elle a une mère, un père et des frères, si les hasards et les exigences de la dure toi du travail n’ont pas depuis longtemps séparé, éparpillé celte famille.

Elle serre son corscl, elle s’expose à d’horribles

souffrances; elle cache, sans se plaindre et sans se soigner, les incommodités qui résultent de sa situation, et qui sont encore aggravées par le mystère qu’elle veut garder.

Enfin le jour fatal arrive; elle a travaillé tout le jour, elle a pris un prétexte pour découcher une fois : un travail supposé; — ou bien, si elle est seule, elle rentre dans sa chambre nue, et, là, sans secours, sans consolation, sans encouragement, elle met au monde avec des douleurs d’autant plus atroces qu’elle ne se permet ni un cri ni une plainte, une pauvre petite créature qui n’aura pas de père, qui n’aura pas de protecteur, qui n’aura pas de pain, condamnée d’avance à toutes les horreurs de la misère.

Et quelles sont ses ressources? Son travail suffit à peine à soutenir son existence; car les hommes ont pris aux femmes toutes les professions qui pourraient les faire vivre; les hommes sont tailleurs, coiffeurs, commis en nouveautés, modistes, tous états que les femmes feraient mieux qu’eux et qu’ils leur enlèvent injustement et impitoyablement. Quand les professions ordinaires sont encombrées, quand ils n’ont pas

un état acquis, les hommes ont toujours deux ressources, deux professions, l’une suffisamment honorée, l’autre qui devrait être réputée la première de toutes : ils peuvent se faire soldats ou agriculteurs, parce que, dans les ranges des soldats et des laboureurs, il y a toujours de la place.

La femme, quand les états qui peuvent la nourrir sont occupés par les femmes et les hommes en concurrence, n’a, elle, qu’une seule ressource, la prostitution.

Voici donc la pauvre fille grosse — dans sa mansarde; peut-être a-t-elle déjà été chassée des maisons où elle travaillait, par la férocité des femmes qui l’employaient et qui se sont aperçues de sa situation.

Il va naître un enfant; mais comment l’habiller? comment le nourrir? Elle qui a eu tant de peines jusqu’ici à subvenir à ses propres besoins! On prendra peut-être sa misère en pitié, on l’aidera, on lui procurera de l’ouvrage.

Vous vous trompez : c’est trop commode, de faire un crime aux gens de leur malheur; on a l’air vertueux — et on fait des économies.

Les femmes ne voudront plus employer une fille qui a un enfant! fi donc! quelle horreur!

Elle sera montrée au doigt dans sa maison, dans son quartier.

Et ce pauvre enfant mourra de froid et de faim; car, pour le soigner, il faudrait rester à la maison; et, si on reste à la maison, plus d’ouvrage, plus de pain et... pas de lait!

Il faut s’en séparer; mais la philanthropie de papier a supprimé le tour institué par saint Vincent de Paul, — le tour où une pauvre mère allait, à la brune, porter un pauvre petit enfant baigné de ses larmes avec une marque à ses langes pour le retrouver plus tard.

Elle l’embrassait encore une fois, le déposait dans le tour et s’enfuyait sans être vue ni connue.

Aujourd’hui, on veut que la femme aille montrer

son visage et offrir aux regards sa honte et son désespoir.

On prétend que saint Vincent de Paul a favorisé la débauche, on parle de le décanoniser.

Et les moralistes, — ceux qui ont inventé à la

môme époque la prison cellulaire, où l’on devient fou — les moralistes, disent en triomphant :

— Voyez, on dépose beaucoup moins d’enfants dans les établissements d'enfants trouvés.

Je le crois bient leur disais-je déjà, il y a quinze ans; mais on en dépose beaucoup plus daus les étables à porcs et dans les rivières.

Je le répète hautement, la suppression des tours est la principale cause des infanticides.

Je le répète : ne fermez pas les égouts, tant que vous avez les ruisseaux.

Il s’ensuit que les jurés, voyant par quels désespoirs, par quelles tortures la malheureuse fille a passé avant d’arriver à cette terrible folie qui lui a fait tuer son enfant, les jurés continuent à détester le crime, mais absolvent ou excusent une à une presque toutes les filles qui l’ont commis.

Rendez aux femmes les états qui leur appartiennent, donnez une valeur à la promesse de mariage, rétablissez les tours, n’accablez pas sous le mépris la fille trompée qui élève courageusement son enfant, et vous verrez diminuer promptement le nombre des

infanticides jusqu'à ce que ce crime devienne le plus rare comme il est le plus effroyable des crimes.

ü» BON AVIS A L'AUTRICHE.

Toujours sans nous occuper de politique, disons que, si l’Autriche ne veut pas la guerre, elle semble avoir perdu la mémoire et ne se point rappeler le peuple français de Montenotte, de Castiglione, de Rivoli, de Leoben.

L'état actuel du Français — c’est-à-dire son éloignement de la guerre — demande à être examiné et expliqué philosophiquement, et il serait prudent à l'Autriche de le faire. Pour l’élite du pays, c’est-àdire pour les hommes intelligents, c'est un progrès de la raison... Le métier de conquérant, de moissonneur de lauriers, de cueillcur de palmes, est un métier odieux, méprisable et ridicule; c est une profession que l’on ne permettra plus à personne d’exercer; elle serait classée au premier rang des profes-

sions malsaines et incommodes, si elle n'était en

même temps ridiculement inutile.

Pour le gros du pays, l’éloignement de la guerre tient à une cause accidentelle, à une sorte de maladie, à la surexcitation anormale des besoins et des préoccupations d’affaires et d’argent, Y oïdium pecu niœ. (Honte et responsabilité à qui de droit.)

Les airs menaçants et dédaigneux à l’Autriche suffisent parfaitement pour réveiller le véritable caractère français, qui n’est, en ce moment, qu’assoupi; et, tout éloigné que je suis de la France, je sais, comme si j’y étais, que les publications du gouvernement autrichien ont singulièrement changé les dispositions des esprits en France.

Le Français le plus ennemi de la guerre par raison et celui qui la craint le plus pour la prospérité de ses affaires sontparfaitement d’accord pour ne pas laisser humilier l’orgueil national.

Je le répète, au point de vue de l’observation, si l’Autriche ne veut pas la guerre, elle fera bien de sc délier de ses hommes d’Étal et de leurs élucubrations.

Le Moniteur français publie une pièce qui se termine ainsi : « Le peuple français a la susceptibilité de son honneur en môme lemps que la modération de sa force ; si on l’excite par la menace, on le calme par la conciliation. »

Les intéressés feront bien, pour débarrasser la vérité des brumes du langage officiel, de renverser simplement les membres de cette phrase, et de lire :

« Si on calme le peuple français par la conciliation, on l’excite par la menace. »

LU

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