LA CHASSE
Deer, chevreuil ; moose, orignal ; fawn, foan ; cow-moose, femelle de l'orignal ; beaver, castor ; mink, vison ; otter, loutre ; marten, martre ; fox, renard, raccoon, chat sauvage ; hare, lièvre ; bear, ours ; muskrat, rat musqué.
Woodcok, bécasse ; snipe, bécassine ; partridge, perdrix ; wild-duck, sarcelle ; widgeon, teal, macreuse ; wild duck, canard sauvage ; sheldrake, harle ; loon, huard ; gull, goéland.
Gun, fusil ; trap, cible ; shooter, tireur ; stock, crosse ; hammer, chien ; comb, talon ; rifle, carabine ; shotgun, plomb ; doublebarrel, à deux coups ; repeating rifle, carabine à répétition ; carbine, mousqueton ; shot cartridge, cartouches chargées à plomb ; blank cartridge, cartouches chargées à blanc ; supply, accessoires ; hunter, chasseur ; primer, amorce ; wad, bourre ; guncover, fourreau à fusil ; cartridge bag, sac à munitions ; belt, ceinture cartouchière ; doser, sertisseur ; recapper, amorceur ; loading block, table à charger ; cleaning implements , accessoires de nettoyage ; gun cleaner, nettoyeur ; shell extractor, tire-cartouche ; ring-extractor, bague tire-cartouche ; cleaning rod, baguette à nettoyer ; reloading tools, outils de rechargement ; shell trimmer, tailleur pour douille ; decapper, désarmorceur ; pigeon-trap, lance-pigeon ; revolver holster, gaine de revolver ; jump trap, piège sauteur ; silencer, silencieux ; reçoit pad, sabot de recul ; duck-call, appelant pour canard ; decoy duck, canard de bois ; camp cook kit, batterie de cuisine ; bull's eye, cible.
Pêche à la troll (à la cuiller) ; bait, amorce, fishing-rod, manche de ligne, etc.
Je vous ai donné quelques échantillons de la prose de nos employés de chemin de fer et de nos touristes ; passons maintenant à celle non moins alourdie d'anglicismes de nos hommes d'affaires.
De toutes les classes de la société, celle qui est la plus gangrenée par l'anglicisme, c'est la classe commerciale. Les hommes d'affaires sont les plus dangereux anglicisateurs qui existent, car eux, ce n'est pas par oubli, par inconscience, par laisser-aller qu'ils bariolent bizarrement leur conversation journalière de mots anglais, mais par une profonde et indéracinable conviction. L'anglais, c'est la langue du commerce, bon ! personne ne leur fera sortir ça de la tête !
Ils sont convaincus qu'un marchand qui tiendrait au français dans son commerce, serait immédiatement voué, sa vie durante, à demeurer vendeur de bonbons et de pains d'épice, et que jamais il ne monterait aux sommets où se pavanent les marchands de gros. Par un sot et imprudent snobisme, ils vendent aussi facilement leur langue qu'ils brocantent leur poivre, leur sel, ou une verge d'indienne. Nous ne saurions trop gémir sur nos malheureux compatriotes qui sacrifient aussi brutalement leur langue sur l'autel du dieu Dollar.
L'enseignement commercial dans notre province contribue beaucoup à former cette étrange
mentalité. L'on répète et l'on rebâche sans cesse aux jeunes éphèbes, que l'anglais est tout à fait indispensable dans le commerce et ils en concluent que le français n'y joue qu'un rôle secondaire. L'on consacre à l'enseignement de l'anglais plus de temps qu'à celui du français. A part le catéchisme et la grammaire française, à peu près toutes les autres matières sont enseignées en anglais. Non seulement la tenue des livres, mais le calcul, l'arithmétique, la loi commerciale, la géographie sont exigés en anglais. Qu'arrive-t-il ? L'élève prend l'habitude de l'anglais, sa mentalité s'en sature, sa phraséologie s'en surcharge et, lorsqu'il cherchera le mot propre devant s'appliquer à tel ou tel objet, serat-il étonnant que le mot anglais se présente toujours le premier, à l'exclusion du mot français ? Comme il n'aura pas fait d'études littéraires et ne connaîtra qu'imparfaitement la signification des mots français, il lui sera quasi-impossible de saisir la ligne de démarcation existante entre les deux vocabulaires, français et anglais. Ce sera alors l'inévitable mélange des deux langues auquel même les puristes n'échappent que difficilement. Le Français a sa littérature commerciale tout aussi riche et tout aussi précise que celle de l'Anglais, mais, comme l'enfant n'y aura jamais été initié, il emploiera forcément, quand il sera devenu homme d'affaires, le vocabulaire anglais. Pour sa clientèle française, il lui faudra traduire en français, dans les annonces et la réclame, son encombrant vocabulaire de mots an-
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glais. C'est alors qu'il fera publier dans les journaux ces annonces incompréhensibles qui défieront tous les dictionnaires, véritables cassetêtes chinois, dont seuls les déchiffreurs de rébus parviendront à comprendre le sens. Comme il est impossible de parler en même temps, avec les mêmes mots, le français et l'anglais, le nouveau commerçant se composera une espèce de langue hybride qui ne sera ni le français ni l'anglais, mais du chinois ou du turc, si ce n'est de l'algonquin ou de l'iroquois. Sa comptabilité sera faite en anglais ; d'ailleurs, « comptabilité », c'est une expression qu'il semble ignorer. Vous n'entendez jamais d'autres mots sortir de sa bouche que « book-keeping », « book-keeper », « daybook », « journal », « ledger ».
Entrez dans cette épicerie dont vous avez vu la veille, dans le journal local, la barnumesque annonce. La clientèle est exclusivement française ; pas un seul des clients qui ne comprenne le français. Pourquoi donc s'étale audessus de la porte, en lettres bizarres, cette étrange enseigne : « J. Grosjean, Grocer » ? Sur les en-têtes de lettres et de factures, sur le coin des enveloppes, toujours le même nom qui tire l'œil et fait frémir la chair comme le grincement d'une lime sur une mauvaise scie. Écoutez-le vous offrir sa marchandise : « Il a du bon « cannage » (conserves) à vous vendre, du lard «canné » des « bcans cannées » (en conserves) , des « tomatoes en canne », du corned beef en can » (en boîte) ; puisque toutes ces marchandises sont boît...eu-
ses et ont besoin de cannes, pourquoi ne pas dire aussi : du porc frais en béquilles. Tout cela vous est offert « cheap » (bon marché) pour du « cash » (comptant) et M. le Grossier-pardon, le Grocer — s'engage à vous faire « délivrer » cela à domicile at any time.
Qu'aimez-vous en fait de « cheese » (fromage) ? Il a un bon stock (provision) de turkeys (dindon) ; d'arrivés pour la Christmas (Noël).
Son boy va s'absenter pour ses holidays du New-Year. Il a aussi du bon catsup, (sauce aux tomates), de la ball-au-nez (Bologna, saucisse de Bologne ou mortadelle) du ham (jambon), etc. Achetez, achetez, bon marché, cheap, ne vous gênez pas. Pas besoin d'autre chose ? Hère is the kill ! (note, mémoire, facture).
Le Parisien qui entendrait un tel langage se demanderait avec raison s'il a affaire à un Patagon ou à un Sioux, et se rappellerait forcement la Tour de Babel ou confusion des langues.
L'obséquieux anglomane ne vous laissera pas partir sans vous inviter à lui « payer » une visite. Si vous ne pouvez pas venir, il pourra «call-er» chez vous.
« Any how », vous pouvez toujours l'appeler par le « phône ». Son « number » lui, c'est « seventwo ». Good bye !
Résistez à la tentation qui vous torture de répondre : « Go to... avec ton langage de Papou » ! et passez chez son voisin, le marchand de nouveautés.
N'allez pas l'appeler un marchand de nou-
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veautés, celui-là, car il n'y comprendra rien. Voyez son annonce : Marchandises sèches (dry goods) comme si celles de son voisin étaient humides ou mouillées. Que désirez-vous ? Un suit (complet) ? En voici un fine (superbe) ! Le coat (veston) est de première classe (class, qualité). Pour un ten, apportez-le.
Désirez-vous des boots (chaussures) avec des rubber-heels ? En voici de belles en cuir patente (verni), toujours claires, pas besoin de les shiner (cirer) . Désirez-vous un suit-case (portemanteau) ou un satchel (une sacoche ) ? En voici un beau en alligator.
Pas besoin d'un capot de raccoon (chat sauvage) bon stuff (fourrure) ? C'est une clairance (vente complète) . Profitez-en pour faire de bon bar gains (marchés).
Aussi des rugs (paillasson, carpette, couverture de voyage, selon le cas) ; des dusters, gardepoussière ; des raincoats, des water-proof (imperméables) .
Le voisin, c'est un agent d'immeubles. Il ne connaît pas le mot, mais il fait parfaitement la chose. Pour lui, c'est un « Real Estate agent ». Vous êtes pauvre comme Job, vous n'avez pas d'argent à ((investir)) (to invest). Passez tout droit : « Next door ».
C'est un quincaillier : « hardware », dira le propriétaire. Si vous désirez un wrench (clef anglaise), des bolts (boulons), des screws (vis), un pen-knife (canif), des pipes (tuyaux, conduits). Profitez-en.
Madame veut arrêter chez la modiste. C'est ici. Voyez : Millinery (salon de modes). Arrêtez avec Madame. Elle désire un « merrywidow ». C'est un peu démodé ! Comme il y a parfois à la maison guerre offensive et défensive, elle sera peut-être mieux de s'acheter un « dreadnought » ! Quant au volume et au prix, il n'y a presque pas de différence. Encore des mots anglais : hat, chapeau, sash, ceinture, stocking, bas ; wrapper, peignoir ; braid, miret, brandebourg ; lace, dentelle ; shape, chépê, (shaped), forme, formé, etc.
La mode est pourtant parisienne. Voyez les revues de mode anglaises ou américaines : les mots français y foisonnent. La modiste, mais elle serait malade si, là où les Anglais ont adopté le mot français, elle ne leur damait le pion en inventant des mots que les Anglais eux-mêmes n'ont pu trouver.
Voulez- vous d'autres anglicismes des plus carabinés que le commerce est coupable d'avoir inoculés à notre langue ?
Un magasin à « département » pour « magasin à rayons ». Département, en français est un terme géographique.
Cette crème « goûte » (tastes) bon, pour « a bon goût ». Une personne peut goûter, mais non une chose.
Cela « montre » bien (shows well) , pour « paraît bien ».
« Avez- vous du change » ? Encore un anglicisme. Il faut dire de la « monnaie ».
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« Entrer dans les livres » (enter in the books) , pour « inscrire aux livres ».
Pourquoi dites-vous « des argents » (moneys) , pour des sommes quelconques ? Pour être logique, vous devriez dire : des ors, des nickels, des cuivres, des papiers !
On dit : « faire une demande » et non « une application ». On fait une application de fer rouge, d'emplâtre, de sangsues, mais non d'emploi.
Dites : la différence, l'appoint d'une somme ; le complément d'un envoi de marchandise et non la balance (balance) d'une somme, d'un envoi. Balance, en français, est un instrument à peser.
« Clairer son stock », pour se débarrasser de ses marchandises.
« Un stock d'indienne » : « Un assortiment, etc. »
Combien « chargez-vous ? (to charge) , est affreux. Dites : Quel est le prix, etc.
Un voyageur de commerce a tort de dire qu'il « marche dans les marchandises sèches ». Sa branche de commerce, et non pas « ligne » de commerce est la nouveauté.
N'est-il pas absurde de dire qu'une manufacture, une mine, sont « en opération » (in opération). Si vous voulez être compris d'un Français, dites : « en fonctionnement ».
Un financier n' « anticipe » (anticipate) pas de bonnes affaires, mais il les augure, les prévoit.
On ne dit pas qu'un homme est « qualifié » (qualified) , pour faire une chose, mais « compétent » à faire cette chose.
Les expressions : « File », « filer » des lettres, doivent être remplacées par : « classeur », « classer des lettres ».
Et ceux-ci : contract-eur pour : entrepreneur ; « prémisses », (premises), ce qui en français signifie les deux premières propositions d'un syllogisme, pour : maison, dépendances ; lettre « enregistrée » (registered) , pour « recommandée » ; prendre un « ordre » (order) , pour une commande ; « order », pour commander de la marchandise ; du « candy », pour des bonbons.
Fleur (flour) se confond à tort avec farine.
Vous savez sans doute que des « simples » et des échantillons sont la même chose. Vous seriez « simples » de ne pas le croire.
Des malins traduisent : « House for sale » par « Maison fort sale », au lieu de « à vendre ». Voyez l'équivoque !
|||On n'envoie pas des effets « sur approbation » (on approbation) , mais « à condition », « au choix », « à l'essai », etc.
On ne « sauve » pas de l'argent (to save), mais on épargne, ménage de l'argent, du temps, etc.
Auditer (audit) des comptes, auditeur (auditor) c'est çle l'anglais tout pur. Il faut dire : Vérifier des comptes, expert comptable. Il en est de même de hacker (to back) , appuyer un marchand ; bill, (facture, compte, note, mémoire) ; canceller (cancel), contremander, radier ; charbon mou (soft coal), houille grasse ; charbon dur (hardi coal), houille maigre ; checker (check), vérifier un compte ; payer par check (chèque) ; clair er (clear) ,
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congédier un commis ; clairer, pour faire un profit de dix pour cent ; stuff de première classe (first class), drap de première qualité ; collecter (collect), recouvrer ; collecteur, percepteur ; collection, perception, ou recouvrement ; une famille commerciale (commercial), pour commerçante ; compétition (compétition), concurrence, rivalité ; contracter, contr acteur (contract), pour entreprendre, entrepreneur ; discount (escompte) ; payer une propriété par instalement (instalment) , versements ; job de marchandises sèches, solde de nouveautés ; manufacture employant cent mains (hands) , ouvriers ; livres de seconde main (secondhand), d'occasion ; money order, mandat de poste ou mandat d'express, selon le cas ; motor-man, mécanicien ; opposition, concurrence ; pad, blocnotes ; passer (pass), pour signer, souscrire un billet ; patente (patent), brevet ; pawn-shop , magasin d'occasion, mont-de-piété ; Poste-carte (post card), carte postale ; poster (post), mettre une lettre à la poste ; actions préférentielles (privilégiées ; shares, actions ; partir (start), pour fonder un journal ; partir quelqu'un, le commanditer ; les quotations, cotes de la Bourse ; rencontrer, pour faire un paiement ; personne responsable, solvable ; safe, coffre-fort ; strap, courroie ; stuff, drap, étoffe, matière.
Time-keepeur , marqueur, pointeur ; trust, industrie monopolisée ; truster, avoir confiance en quelqu'un ; draft, traite ; lettre privée (private), personnelle ; billet promissoire, promissory (pléonasme, il faut dire tout simplement : billet) :
extra-charge, majoration de prix ; stock, securities, fonds publics ; shipping charges, frais de chargement ; duty free, franco de droits ; demurrage, indemnité ; stock-taking, inventaire ; letter of introduction, recommandation ; delivered free, livré à domicile ; bonded goods, marchandises à l'entrepôt ; stock, marchandises en magasin ; gross weight, poids brut ; C. 1. F. (Cost, insurance and fret), prix, assurance et freight ; balance, solde ; settle an account, régler un compte ; Viable to duty, soumis à des droits ; book-keeping by double-entry , tenue des livres en partie double ; drawee, le tiré ; draw, tirer ; drawer, tireur ; draft, traite ; letter of exchange, lettre de change ; counterfeit-piece, fausse pièce ; scale, trébuchet ; dépôt, (deposit), versement, arrhes ; cheapen, marchander ; shareholder, actionnaire ; customer, client ; instalment, acompte ; creditor, créancier ; crédit, crédit, avoir ; retailer, débitant ; tobaccoshop, débit de tabac ; ledger, grand livre ; bond, obligation ; sell off cheap, vendre au rabais ; remittance, remise ; incorporated company, société anonyme ; seulement, solde ; draught, traite ; paper, des valeurs ; acknowledgment of réception, récépissé ; assets, l'actif ; prepaid, affranchi ; rates, taux ; lease, bail ; mortgage, contrat ; lessor, bailleur ; Exchange, la Bourse ; accountant, comptable ; price list, prix-courant ; bank rate, cours d'escompte ; manager, directeur ; damages, dommages et intérêts ; dock and harbour due, droits de mouillage ; cash balance, encaisse ; in bond, à l'entrepôt ; trade in, faire le commerce
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de ; trustée, fidéi-commissaire ; postage payé, affranchi ; charger cash, faire payer comptant ; balance sheet, bilan ; custom, douane ; duty-free, franco de droits ; detailed statement, compte détaillé.
Cash-er (négocier, changer) un chèque ; au cash, à la caisse ; cash-account, compte de caisse ; trade in, etc., faire le commerce de, etc. ; delivered free, livré à domicile ; settl-er (régler) un compte; magasiner (shopping), courir les magasins.
Les manufacturiers qui dirigent leur commerce sous un nom exclusivement anglais, alors que leur clientèle est absolument canadienne-française, sont aussi anti-canadiens qu'ils sont injustes envers leurs compatriotes. Leurs annonces, catalogues, correspondances devraient au moins être en deux séries ; série anglaise et série française. Serait-il raisonnable de faire souffrir toute une clientèle française pour une couple de clients anglais ?
Ils ont tort d'étiqueter en anglais seulement le nom des marchandises et leur prix. Les manufacturiers de toutes sortes d'articles semblent ignorer le français dans le nom qu'ils donnent à ces articles. Pierre Homier dit avec raison qu'il est triste de voir les enfants épeler péniblement des mots anglais sur les meubles, le poêle, les outils, les parures, le papier à lettre, les cahiers de classe et jusque sur les biscuits et les bonbons qu'ils vont manger. Ces faits peuvent
paraître de peu d'importance, mais leur influence sur une âme d'enfant est profonde. Ils l'habituent à considérer la langue française comme un objet vieilli, démodé, inutile, et l'impression reçue n'est pas lente à porter ses fruits.
A égalité d'avantages financiers, les bons patriotes devraient toujours choisir les marchandises françaises et faire leurs achats dans les magasins où le français est en honneur.
On dit que les Canadiens-français ne sont pas des hommes d'affaires. Pourquoi ? C'est la faute des marchands et des manufacturiers canadiens-français : affiches, annonces, réclames, comptabilité, correspondance, tout est à l'anglaise. Ces gens se font passer pour des fils d'Albion.
Leur talent commercial tourne au profit de la race anglaise. J'ajouterai même qu'il est au détriment de la nôtre : car, en nous enlevant un bien qui nous appartient pour le donner à une autre race, il nous met dans un faux semblant d'infériorité, d'autant plus trompeur qu'il est plus apparent aux yeux de ceux qui ne voient que la surface des choses.
Dans son bizarre volume intitulé : « Sourires littéraires», Léo Claretie consacre un intéressant
l'anglicisme et l'annonce 59
passage à l'annonce. En France, le calembour est toujours apprécié, même dans les circonstances de la vie qui ne l'exigent pas fatalement et où l'on pourrait facilement se passer de la plaisanterie. Le trafic et le commerce en usent et mêlent l'équivoque aux affaires. Ces enseignes amphigouriques suspendues aux potences de fer, rient et grincent par les rues étroites, audessus des passants amusés. Un cabaretier, tenant boutique en face du cimetière du Père- L,achaise, et assommant ses clients à coup d'absinthe, a flanqué au-dessus de sa porte cette enseigne lugubrement facétieuse : « Ici, on est mieux qu'en face ».
L/érudit libraire fait peindre une vieille femme qui scie une anse et intitule ce placard : « A la vieille science (scie-anse) ».
Quand il se promène dans les rues de nos villes canadiennes, le passant amusé trouve en matière d'affiches des clowneries pour le moins aussi cocasses que les annonces françaises et nos marchands nous fournissent cette littérature pétrie de quiproquos, non pas par plaisanterie, mais avec un sérieux tout à fait philosophique. Rien d'amusant comme la façon dont ils traduisent sur leurs étiquettes d'annonce la réclame de marchandises de provenance anglaise. Regardez dans les vitrines et voyez les traductions funambulesques qu'ils nous fournissent : « Magic Corn Salve », « Onguent Magique pour bléd'Inde ». Autrefois, on se contentait de cultiver les « oignons » sur ses extrémités pédestres ;
voilà maintenant qu'on y récolte le blé-d'Inde. Bientôt, je suppose, ce sera le reboisement des forêts et les lots ouverts à la colonisation !
Voici une autre de ces traductions acrobatiques : « Ladies'furs », « fourrures laides ». Vraiment, en fait de réclame, on pourrait trouver mieux.
Où conduit l'anglomanie !
Et encore celle-ci, à l'entrée d'un parc public : « Trespassing forbidden », « Il est défendu de trépasser ». Défendu de mourir ! C'est trop fort. Le poète, parlant de l'invincible Camarde, dit que le gardien de la Porte du Louvre, n'en défend pas nos rois, et voici que de brutaux anglomanes veulent interdire la mort à la mortelle humanité ! Cela surpasse les sectaires francissons et les petits Voltaires affichant à un lieu de pèlerinage : —
De par le Roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.
Je suis sûr qu'avant longtemps, avec l'anglomanie qui les caractérise, nos annonceurs nous serviront de traductions comme celles-ci :
Real Estate! « État Réel » ; Salted Peanuts, « Peanuts solides » ; « Business firm », « Affaires fermes » ; « Side-board », « Pension à côté », etc.
D'où vient donc cette manie d'employer l'anglais et l'anglais seul dans l'annonce ? Les Chinois et les Juifs, en pays étranger, n'ont pas honte d'étaler leur propre langue sur la devanture de leurs maisons ; pourquoi les Canadiens-fran-
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çais auraient-ils honte de la leur dans leur propre pays ? Pourquoi, sur la même affiche, cette étrange accolade de noms français et de titres anglais ? L. Hamel, tinsmith ; H. Chagnon, lumber ; J. Rouleau, baker ; A. Gosselin, grocer ; V. Landry, tabaconist ; F.-X. Fontaine, carfientev ?
Dans un village de campagne, où il n'y a pas un seul anglais, on voit parfois des annonces complètement anglaises. Ces maniaques de l'anglais, puisqu'ils manifestent tant de mépris pour leur langue, mériteraient que la clientèle française s'abstienne de les encourager. Ils crieraient bientôt famine et le cri du ventre, sinon le cri du cœur, leur ferait franciser leurs réclames.
Au temps de Noël et du Jour de l'An, il est d'usage chez les marchands de faire de la réclame au moyen de calendriers distribués aux clients. Outre le titre et la qualité du vendeur, vous y voyez toujours, c'est immanquable, cette bourde monumentale : « Compliments de la saison ». Une saison ne peut offrir de compliments puisque c'est un être abstrait. Le Bonhomme Hiver nous offrir des compliments ! C'est de l'ironie de sa part, lui qui nous fouette toute la saison de sa brise glaciale.
Outre qu'ils sont antipatriotiques et non sensés, ces calendriers sont souvent anti-chrétiens. Quel décolletage sur ces papiers bariolés ! Quel dévergondage d'allures dans les scènes qui y sont représentées ! Le malheur, c'est que dans nos
bonnes familles chrétiennes, le calendrier de mauvais goût a détrôné le Crucifix et l'image sainte qui faisaient l'ornement des murs de l'humble demeure de nos pères.
On rencontre encore sur les annonces de journaux et les affiches les expressions suivantes qui ne sont ni plus ni moins que de l'anglais fardé de français. Une Anglaise aura beau s'habiller à la parisienne, se coiffer, se poudrer, se farder, se vêtir à la dernière mode de Paris, ce sera toujours une Anglaise. Il en est de même d'un mot anglais ou américain habillé à la française. Voici quelques-unes de ces expressions : — Pas d'admission (no admission), entrée interdite ; appartement (apartment), chambre ; Boomer (boom), pousser une ville ; un boom de mines, une fièvre de mines ; votre choix (your choice), à choisir pour un dollar ; débentures, pour obligations d'une ville ; Place pour (place for) un magasin, site propice à un magasin ; plombeur (plumber), plombier ; briqueleur (bricklayer), briquetier ; auto-driver, chauffeur ; collecteur (collector) , percepteur ; auditeur (auditor) , comptable ou expert comptable ; fourniture (furniture) , meubles ; licencié (licensed) , autorisé à vendre des spiritueux.
AFFICHES FRANCISÉES
Notice, avis ; dogs non admitted, chiens exclus ; free library, bibliothèque publique ; furnished rooms, chambres meublées ; keep off the grass ! ne foulez pas l'herbe ; no admittance, en-
AFFICHES FRANCISÉES 63
trée interdite ; no throroughfare, rue fermée ; no smoking allowed, ne fumez pas ; private, réservé ; warning, avis ; hair-dressing parlor, salon de coiffure ; office equipment, accessoires de bureau ; office, bureau, cabinet ; parcel delivery, livraison de colis ; boarding stable, écurie de pension ; slotmachine, gobe-sous, distributeur automatique ; slot-scale, bascule automatique ; steam-fitter , poseur de calorifères ; stock-broker, agent de change ; land-surveyor , arpenteur ; coachmaker, carrossier ; cabinetmaker , ébéniste ; glazier, vitrier ; boiler-heater , chauffeur ; gas-fitter, gazier ; steamfitteur, poseur de calorifères ; boiler-maker , chaudronnier ; trimmer, décorateur ; upholsterer , tapissier ; valve-maker , robinetier ; brush-maker, brossier ; carriage-maker, charron ; barrel-maker, tonnelier ; gun-maker, armurier.
Attorney, avoué ; lawyer, avocat ; jeweller, bijoutier ; washer-woman, blanchisseuse ; dealer in books, bouquiniste ; brewer, brasseur ; coffeehouse keeper, cafetier ; hat-manufacturer, chapelier ; butcher, charcutier ; hair -dresser, coiffeur ; grocer, épicier ; entier, coutelier ; dress-maker, couturière ; milkman, laitier ; bookseller, libraire ; milliner, modiste ; goldsmith, orfèvre ; wig-maker perruquier ; bookbinder, relieur ; briqueleur (bricklayer), briquetier ; plombeur (plumber), plombier ; stationer, papetier ; cashier, caissier ; hatter, chapelier ; clerk, commis ; draper, drapier ; fruiterer, fruitier ; tobacconist, débitant de tabac ; provision dealer, marchand en comestibles ; pastry-cook, pâtissier ; chemist, phar-
macien ; fishmonger, poissonnier ; iron-monger, hardware dealer, quincaillier ; peddler, colporteur ; hosier, bonnetier ; hosiery, bonneterie ; manager, gérant ; magasin général (gênerai store), magasin ; plâtreur (plasterer), plâtrier ; landry (laundry), buanderie, lessive ; compagnie de transfer (trans fer), factage ; de transportation (transportation) , transport ; jobbing express, voiture de factage.