‹ En guérit-on?Chapitre 1 sur 21 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

.IBRAIRIE CH. DELAQRAVE

l5, RUE SOUFFLOT, l5

Tous droits de traduction et de reproduction

réservés pour tous pays,

y compris la Suède et la Norvège.

Published : February t 1906

under the Act approved, March 2 1905,

by Charles Delagrave, Publisher,

« En guérit-on? » Telle est la question que ne manque guère ou, disons mieux, que ne manque jamais d'adresser à son médecin tout malade affecté de syphilis. Et pourquoi cette question? C'est que la syphilis a le plus mauvais renom du monde; c'est qu'elle est par excellence « le mal qui répand la terreur ». Rien que de très naturel donc à ce que le malheureux qui vient à en être frappé cherche un soulagement à son chagrin, une atténuation aux inquiétudes qui l'obsèdent, dans une bonne parole de son médecin, dans un renseignement médical qu'il espère favorable.

Eh bien, c'est pour offrir aux malades cette réponse tant désirée (combien d'entre eux l'ont sollicitée de moi!) que je prends la plume aujourd'hui; — et cela non sans

ivi358666

plaisir, on en verra le pourquoi dans un instant.

Et, puisque ma réponse est de nature à porter consolation à cette cohorte de malheureux que, sans exagération, on pourrait appeler « les affligés, les désolés, les désespérés de la vérole », pourquoi la leur faire attendre? D'emblée, je la formulerai donc, quitte à la motiver, à la démontrer ensuite, et la voici :

Oui, on en guérit. Oui, à de certaines conditions que j'aurai à dire, on guérit de la syphilis; — et cela non pas seulement pour le présent, mais pour l'avenir; — et cela non pas seulement quant à soi, mais pour sa femme et ses enfants à venir.

J'ajouterai même : de toutes les maladies (les maladies sérieuses, bien entendu, car les autres ne sauraient être en cause pour l'instant), la syphilis est celle qui guérit le mieux, le plus facilement et le plus sûrement; — et cela encore pour une excellente raison, à savoir : parce que nous disposons contre elle de deux remèdes merveilleux, tels que la thérapeutique n'en a pas qui leur soient comparables.

OUIp MAIS A QUELLES CONDITIONS? 5

Un dernier mot avant d'entrer en matière.

Sans être écrit pour des médecins, cet opuscule aura une qualité, — a défaut d'autres peut-être, — et une qualité toute médicale, à savoir la franchise. // dira la vérité. Sans dissimulation, sans réticence, sans atténuation, il dira ce qui est, à la façon d'un traité de pathologie. Il dira ce qu'on peut attendre du traitement en tant que correctif et neutralisant de la maladie, comme aussi ce qu'on n'a pu en obtenir jusqu'à ce jour; — il exposera tour à tour, et avec une égale impartialité, les victoires,'les triomphes même, — le mot n'a rien d'exagéré, — de la thérapeutique antisyphilitique, comme aussi ses échecs et ses revers. En un mot, il parlera vrai^ ce qui, je crois, est le meilleur des langages en toute chose, en médecine tout spécialement.

La vérité, d'ailleurs, en l'espèce, suffira amplement au soulagement moral de nos malades.

Guérir de la syphilis, cela veut dire pour tout homme de cœur (nous n'avons pas à nous occuper de gens d'autre catégorie) en guérir non pas seulement quant à ses dangers personnels, mais en guérir quant aux dangers qui pourraient en dériver pour autrui; — et « pour autrui » veut dire, en l'espèce, pour les stens, à savoir, pour sa compagne future et ses enfants à venir.

En autres termes, guérir de la syphilis, c'est aboutir aux deux résultats que voici :

rendre la syphilis inoffensive pour soi, puis, quant à l'avenir, pour sa famille, femme et enfants.

Donc la question est triple, ou, pour mieux dire, il y a trois questions qui doivent ici nous préoccuper et nous préoccuper également, car elles sont toutes à' égal intérêt et A' égale importance. Je les précise à nouveau :

1** Peut-on guérir de la syphilis quant aux dangers dont elle menace l'individu?

2"* Peut-on en guérir quant aux dangers qui peuvent en dériver pour la femme d'un mari syphilitique?

CONDITIONS DK GL'ÉUISON. — TUAITE^IlilNT 7

3* Peut-on en guérir quant aux dangers qui peuvent en dériver pour les enfants?

- Eh bien, oui, dirai-je tout d'abord d'une façon générale, avant de répondre en particulier à chacune de ces questions ; oui, on peut guérir de la syphilis à ces trois points de vue. Mais on n'en guérit, bien entendu, qu'en satisfaisant à de certaines conditions.

De ces conditions il en est deux essentielles, qu'il suifira de signaler. A savoir :

1° Conditions de traitement;

2"* Conditions à'hygiène.

Quelques mots tout d'abord sur ces deux conditions.

I. — Conditions de traitement. — Je ne saurais dire si, spontanément, de par ses seules forces, l'organisme est capable de se dépurer, de se débarrasser de la souillure syphilitique; mais ce que je sais, ce que l'expérience m'a appris, c'est qu'artificiellement et au prix d'un traitement méthodique, long, à cures multiples et répétées, on parvient à rendre la syphilis inoffensive.

>8 KN GUÉRIT -ON?

ttlUette comme manifestations, silencieuse comme si elle n'existait pas.

C'est qu*en effet, pour aboutir à cet îmmense résultat, nous disposons de deux agents qu'il n'est pas d'exagération à qualifier, comme je le faisais à Tinstant, de merveilleux. Le mercure et Tiodure de potassium sont les deux perles de la thérapeutique. On les voit réaliser couramment des effets curatifs admirables, dont parfois le médecin est étonné lui-même, ébahi. On les voit — et cela couramment, je répète le mot — dissiper, effacer des éruptions profuses; — cicatriser à bref délai des plaies étendues, à progression menaçante ; — soulager et éteindre des douleurs aiguës, chroniquement rebelles à tout autre remède; — rendre la vue à des yeux aveugles; — rendre le mouvement à des membres paralytiques; — rendre Fintelligence à des cerveaux qui semblaient éteints ; — bref, rendre la vie et la santé à des malades qu'on serait en droit de juger perdus, désespérés, condamnés. Ce qui a fait dire à Ricord : « En fait de guérisons dans la syphilis, tout est possible, l'impossible même quelquefois. »

Page 1