IRRADIER SUR LES ENFANTS
Est-il besoin de rappeler encore les méfaits de riiérédo-syphilis? Le bilan s'en résume en ceci : véritables hécatombes d'enfants, emportés les uns avant même de naître (proverbiale est la fréquence de Tavortement syphilitique), d'autres moribonds dès la naissance et mourant dès les premières semaines ou les premiers mois, d'autres succombant à ce qu'on appelle Phérédosyphilis tardive ; — survie pénible de certains autres; — tares constitutionnelles d'hérédité spécifique; amoindrissement de vitalité; lymphatisme, rachitisme, etc. ; — difficultés et imperfections du développement réalisant autant de raisons de déchéance, et d'infériorisation ; — dystrophies des plus diverses et de modalités des plus multiples; — malformations de tout siège et de tout
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ordre, s'élevant même parfois jusqu'à la monstruosité ; — dégénérescences organiques, intellectuelles et morales, etc., etc.*.
Eh bien, sur ce point encore, — mais cette ibis ce sera la dernière, — ^ je reprends ma question : « En guérit- on? » c'est-à-dire en guérit-on quant aux dangers relatifs à l'enfant?
Certes oui, répondrai-je, et c'est même en l'espèce plus qu'en toute autre condition qu'on voit se manifester dans tout son éclat la puissance du traitement. Que de témoignages à l'appui de ce dire n'aurais-je pas à produire ici! Mais, ne pouvant les citer tous, je ferai choix des quatre suivants, qui, je pense, suffiront à édifier votre conviction.
I. — Soit une femme syphilitique enceinte, dont la grossesse, spontanément et sans autre cause que la syphilis, menace de tourner court. A quel remède Texpérience commande- 1- elle de faire appel en pareille occurrence, pour parer au danger et conjurer un avortement? Au mercure, oui,
1. Pour de plus amples détails, voir Danger social de la syphilis (Bibliothèque de la Société française de prophylaxie ; Delagrave, Paris).
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très certainement, au mercure. Sur cent médecins vous en trouverez cent qui, en tel cas, placeront leur confiance dans le mercure; et cela non pas seulement sur le dire des maîtres, par habitude ou confiance traditionnelle, mais par expérience propre; car, bien sûrement, il n'est pas un de ces médecins qui n'ait vu, de ses yeux vu, le mercure conserver une grossesse menacée, par exemple au cours de la période secondaire.
IL — Il y a plus. C'est que parfois le mercure, en des circonstances de cet ordre, parvient à sauver des situations désespérées et à réaliser des effets vraiment surprenants, extraordinaires. Jugez-en par un cas de cet ordre que je ne puis résister au désir de vous conter. Chemin faisant, pesez bien dans cette narration, je vous prie, tous les détails de la scène morbide.
Uae jeune femme d'une vingtaine d'années entre à Saint-Louis dans un état vraiment sérieux. D'une part, elle est affectée d'une syphilide papulo-tuberculeuse qui, littéralement, lui crible tout le corps et à laquelle s'adjoint tout un cortège de manifestations syphilitiques : grosse éruption croûteuse du
cuir chevelu, alopécies intenses, syphilides ulcéreuses des amygdales, adénopathies cervicales et péripharyngiennes, syphilides vulvaires confluentes, de forme papulo-hypertrophique , périostites frontales, périostites tibiales, et j'en oublie.
D'autre part, état général fortement affecté : accablement, prostration voisine de l'aspect typhoïde; — état fébrile continu, avec exacerbations vespérales ;— céphalées violentes, et certain degré de stupeur typhique ; — inappétence absolue, mais sans état saburral.
Et, en troisième lieu, grossesse ! Cette malheureuse, en effet, dans le même rapport, dans « l'unique rapport » qu'elle a jamais eu, il y a trois à quatre mois, a contracté simultanément syphilis et grossesse. — Nul traitement, « par misère », n'a été suivi jusqu'à ce jour.
En somme, donc, grossesse, au début d'une syphilis maligne précoce, avec état général grave et typhose syphilitique.
Ah ! personne, je l'affirme bien, en de telles conditions, n'eût auguré favorablement de cette grossesse. Je n'aurais jamais supposé, pour ma part, si confiant que je sois dans les vertus du mercure, qu'un enfant ainsi menacé pût être sauvé de par lui. Eh bien, cependant, grâce au mercure, qu'arriva-t-il?
C'est que — contre toute attente — la fausse couche fut évitée;
C'est que — contre toute attente — la grossesse vint à terme;
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C'est que — contre toute attente — l'enfant naquit vivant et survécut, cela avec un état de santé pour le moins moyen ;
C'est, enfin, — encore contre toute attente, — qu'il resta indemne de syphilis, et cela au moins jusqu'à son sixième mois, époque à laquelle, malheureusement, nous le perdîmes de vue.
Eh bien, sans autres commentaires, je déclare ceci :
Un enfant engendré par un père en élat de syphilis virulente, lequel en ce même moment transmet la syphilis à la mère future de cet enfant; — un enfant qui se développe dans le sein d'une mère affectée d'une syphilis maligne précoce, que compliquent des accidents fébriles pseùdo-typhiques ; — un enfant qui, en dépit de toutes ces détestables conditions, vient au monde vivant et à terme, qui survit, prospère, et qui (au moins jusqu'à son sixième mois) reste exempt du moindre symptôme syphilitique; — tout cet ensemble constitue pour moi quelque chose de stupéfiant^ d'extraordinaire, de prodigieux.
Or, comme, en toute évidence, c'est au
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mercure seul que peut être imputé ce prodige , je ne manque pas de lui en faire honneur, et vous concevez dès lors quelle confiance je suis conduit à lui accorder en tant que modificateur , correctif , de l'infliience héréditaii^e exercée par des parents syphilitiques sur le produit de conception.
III. — Un troisième témoignage en faveur de la thèse dont je poursuis la démonstration nous est offert par le fait suivant, qui est d'observation commune :
Certaines femmes commencent par avoir une série de grossesses qui toutes, invariablement, aboutissent soit à Tavortement, soit à la naissance d'enfants morts ou d'enfants étiolés, chétifs, ne tardant pas à mourir. On recherche la cause de tels accidents, et Ton trouve une syphilis du mari, ou de la mère, ou des deux géniteurs (n'importe). — Alors intervient un traitement mercuriel plus ou moins prolongé. — Puis, au delà, ces mêmes femmes ont des grossesses normales, se terminant à terme et donnant des enfants vivants.
A dessein je le répète, les cas de cet ordre
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sont légion, et comme déjà, à propos d'une autre question, j'ai été amené à vous en citer deux exemples, je n'y reviendrai pas. Mais il me reste à spécifier, à propos du point qui nous occupe actuellement, que cette action corrective, neutralisante, suspensive, du traitement mercuriel sur l'hérédité syphilitique,- s'exerce dans toutes les conditions possibles de provenance héréditaire, c'est-àdire quelle que soit la source d'où dérive cette hérédité, que cette hérédité provienne du père ou de la mère ou des deux géniteurs à la fois. De cela voici la preuve :
1* Pour l'hérédité paternelle, aux cas cités pirécédemment laissez-moi joindre les deux suivants, remarquables par le nombre des fausses couches.
Uire femme saine, mariée à un homme syphilitique, devient enceinte cinq fois et avorte cinq fois, sans qu'on puisse trouver une raison à ces fausses couches. On finit cependant par songer, comme cause possible de ces avortements, à la syphilis du mari, qui est soumis alors à un traitement spécifique. — Une sixième et une septième grossesse surviennent au delà, et amènent des enfants à terme, bien vivants et indemnes.
Un jeune homme se marie deux ans après avoir contracté une syphilis pour laquelteil ne s'esrt traité
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que deux mois. — Sa femme reste saine et devient enceinte six fois. — Sir fois elle avorte. — Alors le mari et la femme (bien que saine) sont soumis au traitement mixte (mercure et iodure) pendant une année. — Un an plus tard, nouvelle grossesse, laquelle amène un enfant vivant et sain.
2** De même, en second lieu, le traitement corrige Vherédiié maternelle.
Exemples :.
Une femme syphilitique se marie avec un homme sain. Elle accouche, en 1885, d'un enfant syphilitique, qui meurt à trois mois. — Elle redevient enceinte en 1886. — Je la traite énergiquement pendant tout le cours de sa grossesse. Résultat : naissance à terme d'un enfant sain.
Une femme reçoit la syphilis d'un premier mari et ne se traite que d'une façon éphémère. — Devenme veuve, elle se remarie à un homme sain et conçoit de cet homme plusieurs enfants qui ou bieii meurent in utero ou bien naissent avec la syphilis. — Elle se traite alors d'une façon sérieuse. — Après ce traitement, trois grossesses amènent trois enfants vivants et sains.
3** Et de même, enfin, pour V hérédité mixte. Ainsi :
Un jeune homme contracte la syphilis en 1862 et se marie en 65, après ne s'être que très insuffisamment traité. Surviennent deux grossesses qui, naturellement, se terminent mal, la première par avortement et la seconde par naissance prématurée d'un
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enfant syphilitique qui meurt à quelques semaines. — Devenu veuf, il se remarie en 72. Sa femme devient enceinte tout aussitôt, puis présente des symptômes de syphilis secondaire et avorte d'un enfant syphilitique. — Alors traitement des deux époux. — Kn 77 et 80, deux grossesses heureuses amènent des enfants bien portants.
Quoi de plus probant que tout cet ensemble de faits?
IV. — Eh bien, je me trompe. Il est quelque chose de plus probant encore : c'est un curieux ordre de faits que vous connaissez déjà par ce qui précède et qui consiste en une alternance singulière de grossesses heureuses ou malheureuses, suivant Tintervenlion ou la non -intervention préalable du traitement. Ainsi, — je ne crains pas de revenir sur ce point, — une femme affectée de syphilis devient enceinte et se traite correctement; elle accouche à terme d'un enfant vivant. — Elle ne se traite plus. Alors, nouvelle grossesse, qui, cette fois, aboutit à un avortement ou à la naissance d'un enfant syphilitique. — Nouveau traitement. Alors, troisième grossesse, qui évolue normalement et amène un enfant sain.
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De telle sorte qu'une influence provisoire, même simplement provisoire, du traitement spécifique suffit à conjurer provisoirement les effets de Thérédité syphilitique! Oui, je le répète encore une fois^ il, suffit, tout au moins il peut suffire, pour qu'une grossesse évolue heureusement, pour qu'un enfant arrive à terme et vivant, que son géniteur ou ses géniteurs syphilitiques se trouvent, au moment de la procréation, sous Tinfluence d'une mercurialisation récente. Des faits de ce genre ont été observés plusieurs fois. En vérité, on les croirait inventés de toutes pièces pour les besoins de la démonstration que nous poursuivons ici. De sorte qu'après les avoir cités, insister serait vraiment superflu.
Aussi bien, comme conséquence de tout ce qui précède, comme effet de cette action corrective, neutralisante, exercée par le traitement sur rhérédité syphilitique, est-il absolument commun, courant, de rencontrer des sujets qui, bien qu'issus de souche syphilitique, ne s'en présentent pas moins avec une santé moyenne ou môme bonne, avec
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une vitalité normale, avec un état normal du développement au triple point de vue physique, intellectuel et moral, bref avec une absence absolue de tout symptôme spécifique, de tout stigmate suspect, de toute lare héréditaire.
Sans exagération on pourrait dire que, pour de tels sujets, le traitement spécifique a été comme une sorte de baptême qui les a lavés de la souillure originelle.
Inutile, je pense, d'ajouter en terminant que cette action dépurative du traitement trouve un puissant auxiliaire dans letefnps, ce grand effaceur de toutes choses, dans le temps qui (lentement, il est vrai, et bien plus lentement que le mercure) use, émousse, amoindrit et finit par annihiler la puissance de transmission héréditaire au fœtus.
En sorte que cette double depin^ation déterminée jmr le merctire et les années constitue la jneilleure sauvegarde dont nous disposions contre les effets de l* hérédité syphilitique, sauvegarde vraiment efficace, sûre, quasi souve^ rai?ie.
Et, pour ma part, de par l'expérience