DANGERS HÉRÉDITAIRES
qu'une longue pratique m'a permis d'acquérir en la matière, je n'hésite pas à poser ceci comme axiome, à savoir que :
Avec du mercure et du temps on peut faire d'un sujet syphilitique, sauf exceptions bien rares, un mari et un père non dangereux
J'ai fini. Tour à tour je viens d'établir :
Que d'une façon très habituelle, comme règle même, on gtient de la syphilis;
Qu'on en guérit dans le présent et pour l'avenir.
Qu'on en guérit quant aux dangers personnels qu'elle comporte;
Et qu'on en guérit également quant aux dangers dont elle menace la femme et les enfants du sujet contaminé.
Maintenant, comme dernier mot, comme complément à tout ce qui précède, je voudrais faire une chose impossible qui achèverait de fixer vos convictions. Je voudrais, comme dans les leçons de choses, procéder par exhibition et faire comparaître sous vos yeux, non pas des malades (mon ambition ne va pas jusque-là), mais des dossiers de
malades qui, ayant contracté la syphilis de vieille date, mais ayant eu le bon esprit de s'en traiter, n'en ont pas éprouvé grand dommage et même ont vécu en paix avec elle depuis les hostilités de» premiers temps. Je précise. Je voudrais faire défiler devant vous des dossiers de malades qui, syphilitiques dep;Uis 20, 30, 40, 50 ans, mais s'étant traités de leur syphilis :
1° N'ont plus éprouvé d'accidents personnels depuis les premières années, voire, pour bon nombre, depuis la première année de l'infection ;
2° Qui se sont mariés, et dont les femmes sont restées indemnes ;
3** Qui ont eu des enfants (un, ou deux, ou trois, ou quatre, ou cinq, ou plus même), lesquels, soit au physique, soit au moral, semblent n'avoir été touchés en rien par l'infection paternelle ;
4° Et chez qui, en un mot, la syphilis est restée, au delà de ses premières années, silencieuse, latente, comme si elle n'avait jamais existé.
Oui, je voudrais produire devant vous et en nombre de tels cas , car des cas de cet
ordre seraient de nature à vous convaincre que la syphilis n'est pas ce qu'en ont dit quelques pessimistes et quelques désespérés, à savoir, « une ruine, une catastrophe, un désastre pour toute- Texistcnce, une déchéance, un empêchement à une vie bien remplie et heureuse, un obstacle à une longue survie », etc., etc. Et je n'aurais pas de peine non plus à vous démontrer, s'il m'était permis de citer des noms propres, qu'elle n'est pas « un obstacle à une carrière active,, brillante et même glorieuse ».
Des cas consolateurs de ce genre, j'en aurais des centaines à vous citer, car ils ne sont ni exceptionnels, je vous le garantis, ni même rares. Laissez -moi tout au moins, comme spécimens, en produire une poignée. Je les prendrai tous sur des malades ayant accompli avec la syphilis — remarquez bien ce chiffre — un bail d'au minimum 25 ans, — Les voici :
I. — X... Syphilis en 1880, c'est à-dire il y a vingtcinq ans; — exclusivement caractérisée par ceci, au cours de la première année : chancre induré, roséole et quelques plaques muqueuses buccales. — Traitement prolongé. — Nul autre symptôme jusqu'à ce jour.
90 EN GUÉHÏT-ON?
II. —X... Syphilis datant de vingt-cinq ans. — Pas d'autres accidents depuis le chancre initial que quelques manifestations secondaires des plus bénignes (roséole, croûtelles du cuir chevelu, adénopathies cervicales, syphilides amygdaliennes), survenues dans les dix premiers mois de la maladie. — Traitement long et régulier. — Un enfant de quatre ans, sain, — Femme restée indemne.
III. — X... Syphilis datant de vingt-cinq ans. — Chancre induré; plaques muqueuses buccales et anales. Jamais d'éruptions. — Mais crise neurasthénique, ayant duré plusieurs années. — Traitement long, mais souvent interrompu par le traitement anlinerveux. — Sept enfants, dont Taîné a quatorze ans, sains, « superbes de constitution et de santé ». — Femme indemne.
IV. — X... Syphilis datant de vingt-cinq ans, — Comme seuls accidents, roséole et plaques buccales au cours de la première année. — Absolument rien autre. — Excellent état général. — Traitement prolongé plusieurs années et repris au delà une série de fois. — Femme indemne. — Quatre enfants, dont un mort de fièvre typhoïde, les trois autres sains et bien portants.
V. — X... Syphilis datant de vingt-sept ans, — Rien autre que quelques symptômes secondaires à la suite du chancre, dans les deux premières années. — Traitement poursuivi plusieurs années.