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L’auteur d’“En Guettant les Ours”

Lorsqu’il y a quarante-quatre ans, le curé Labelle;* le grand colonisateur, me dit en me montrant un point perdu sur la carte du Nord: “Va-t’en là; un bel avenir t’y attend’’, je crus en lui; je pris mes cliques et mes claques, mes fioles et mes sacs et vins avec ma petite famille m’établir sur le bord d’un des plus beaux lacs des Laurentides, car j’étais, autant que médecin, amateur de pêche et amant de la belle et grande Nature.

Je me trouvai au milieu de colons très pauvres pour la plupart, mais l’étant plus qu’eux, je n’y fus pas dépaysé. ,

Le plus grand nombre ne possédaient aucune instruction ; on ne pouvait les en blâmer : éloignés des églises ou plutôt des missions encore peu nombreuses, ils entendaient rarement parler de Dieu. La pénurie des écoles, à l’époque de leur enfance, les avait laissés illettrés. Mais ils avaient tous bon coeur, et les années que j’ai vécu au milieu d’eux comptent parmi les plus heureuses de ma vie.

Je décidai de me dévouer à leur éducation. Je commençai par fonder un cercle agricole dont je fus le secrétaire pendant vingt-cinq

Ces pauvres petits n’étaient pas pressés (page I 1 )

Dessin de Bourgeois .

ans, avec un salaire de vingt-neuf cents par mois.

A Jeunes confrères qui riez de moi et qui ne revez que de limousines, de gros honoraires

et de riche clientèle, faites-en autant, si vous en avez le courage.

Nous étions loin des progrès d’aujourd’hui où, grâce à la vapeur, à l’électricité, à la gasohne, et aussi à la pituitrine, les enfants nous arrivent de l’autre monde en criant: “Aie!”. C était le temps des chandelles de suif, des charrettes à poche, des traînes à bâtons, des vieilles rosses et des chemins périlleux. Ces pauvres petits n’étaient pas pressés de quitter les limbes pour venir habiter un pays aussi triste et aussi froid, et ils retardaient leur arrivée des jours et des nuits parfois. Les colons, habitués à faire le guet dans les 'ténèbres avec leurs fusils pour protéger le grain et le bétail contre les ours, appelaient également guetter les ours le fait d’attendre la venue de ces pauvres innocents.

Je profitais de mon séjour auprès des parturientes pour distraire et instruire le chef de famille et les voisines improvisées gardes-malades. Je leur lisais des histoires intéressantes, je leur débitais des vers que j’avais composés et d’autres que je savais par coeur. Je m’appliquais surtout à leur enseigner l’histoire de notre pays, en leur parlant de tous les Canadiens-français qui l’ont illustré.

Une fois, je guettais les ours chez un colon du nom de Narcisse Béliveau; nous étions assis, lui et moi, sur l’herbe, par un beau soleil

d'été. Je l’entretins longuement de ces braves patriotes. Narcisse, qui m’écoutait avec beaucoup d’attention, me demanda à brûle-pourpoint :

— Docteur, Notre-Seigneur Jésus-Christ, c’était-y un canaven lui aussi ?

— Non, lui répondis-je.

- — De quelle nation qu’il était?

Narcisse m’avait raconté, deux heures auparavant, comment un juif l’avait filouté tout dernièrement, en lui vendant des habits qui étaient déjà rendus à la corde, et combien il détestait cette race. Je préférais ne pas lui faire connaître l’origine hébraïque de Jésus. Toutefois, je ne voulais pas passer pour un ignorant, et je finis par lui avouer avec franchise qu’il était juif.

Le colon, étonné, me regarda avec segrands yeux blancs; voyant ma sincérité, ii ne put retenir un juron. “Batême! s’écria-t-il. j’aurais jamais pensé ça de lui.” Et il s’en alla en sifflotant du côté de l’écurie.

Si j’avais cru être compris, je lui aurais rappelé la réplique d’un grand orateur chrétien membre de la Chambre française, l’abbé Maurv, je crois, qui, un jour, achevant une charge terrible contre la race hébraïque, fut interrompu par un député, un sémite irritable, qui lui cria : ‘‘Mais votre Chef lui-même, Jésus, n’était-il pas un juif?”

EN guettant ees ours

Et le prêtre de lui répondre: “Hélas!

c’est bien vrai, mais en venant sur la terre pour ^auver les hommes, Jésus, mon Maître, a consenti à subir les pires humiliations!”

MA PREMIERE BROSSE

Il n est pas question d’une brosse à dents, ni d’une brosse à habits, pas même d’une brosse à plancher. Il s’agit (vaut aussi bien vous le dire tout de suite) de ma première cuite, de ma première ivresse.

Qui a pu, je vous le demande, appeler prendre une brosse le fait de s’enivrer? Des mauvaises langues prétendent que cette expression vient de Sorel; je ne le crois pas. Il y a bien eE autrefois dans cette ville une manufacture très prospère de tire-bouchons; et, depuis le jour mémorable où -les Sorellois sont allés tous ensemble, a la suite d’une grande retraite de tempérance, déposer leurs outils en ex-voto au pied des autels de leur temple, et qu’ils se sont mis au régime de la bière d’épinette et de 1 eau si pure du Saint-Ra.urent, cet établissement a dû fermer ses portes, et je n’ai jamais entendu dire qu’il y ait eu là une manufacture de brosses.

D autres calomniateurs (oh ! les langues de vipères!) insinuent que le mot est originaire de Hull. Quelle honte! Accuser une ville si sobre et si vertueuse!

MA PREMIÈRE BROSSE

En somme, l’expression peut tout aussi bien venir de Joliette, de Saint-Jérôme, des Trois- Rivières, de la Tuque ou de la Rivière-du- Loup “qui est large partout”; chose certaine, elle est employée depuis longtemps par la majorité des Canadiens, et a joué jadis un bien mauvais tour à certain prédicateur français.

Le bon curé d’une grosse paroisse canadienne, dont je tais le nom par discrétion, trouvait que, depuis des années, ses ouailles négligeaient leurs devoirs religieux et fréquentaient beaucoup plus les hôtels du Démon que les autels du Seigneur.

Souffrant dans les profondeurs de son âme de saint, il résolut de frapper un grand coup. Il appela à son secours un prédicateur de renom qui arrivait justement de France. “Mon Révérend Père, lui dit-il, je vous prierais de bien vouloir prêcher une retraite à mes paroissiens: ils ont grandement besoin de retremper leur foi. Je ne vous en dirai pas davantage aujourd’hui afin de ne pas vous préjuger. Je désire vous laisser le seul juge de leur état d’âme, -et pour cela, afin que vous puissiez mieux les connaître, je vous demanderai de les confesser tous, du premier au dernier. C’est une grande tâche, n’est-ce pas? — Mais non! mais non! Très bien; M. le curé, j’accepte.

Pendant huit jours Tardent prédicateur tonna en chaire; pendant une semaine il confessa. Toute la paroisse y passa.

Le dimanche, jour de la clôture, l’église se remplit de fidèles jusque dans les allées, jusqu’au faîte. Débutant par ce texte tiré des Paroles du Psalmiste: “Lætatus sum in his, quae dicta sunt mihi : in domum Domini ibimus”, il fit un sermon palpitant qui arracha des larmes aux plus endurcis. Dans une péroraison d’une envolée sublime, il envoyait au paradis tous les paroissiens, leur bon curé en tête.

Mais le pasteur demeurait inquiet, très inquiet. Prenant le prédicateur à part, il lui demanda: “Dites-moi donc franchement, mon Père, ce que vous pensez de mes paroissiens? — Mais c’est une paroisse modèle, exemplaire, que vous avez, M. le curé, et je vous en félicite du plus profond de mon coeur. Nous n’avons aucune idée en France des grandes vertus dont sont ornées les âmes canadiennes-françaises.”

De plus en plus perplexe, le curé interro gea encore: Mais ne trouvez-vous rien à leur reprocher, quelque vice ou quelque défaut?

Eh bien! oui, en effet, il y a quelque chose à reprendre dans leur conduite.

Ah! ah! très bien, fit le curé d’un air plus rassuré. Et le prédicateur continua:

MA PREMIERS BROSSE

— C’est une petite manie dont il serait tout de même à propos de les corriger, s’ils veulent atteindre le plus haut degré de la perfection chrétienne.

— Et quelle est cette manie, mon Père?

— C’est assez curieux, c’est la manie de voler des brosses: des jeunes gens, des vieillards, des hommes dans la force de l’âge, des femmes, des jeunes filles même, viennent s’accuser d’avoir pris une brosse, deux brosses, trois brosses, et même jusqu'à dix et vingt brosses . . .

Le curé, comme frappé par la foudre, s’affala dans un fauteuil. Puis, se ressaisissant, il se leva et se mit à arpenter fiévreusement le plancher, tandis que le bon père continuait: “Si on leur demande pourquoi ils ont pris ces brosses, les uns vous répondent: “C’est par plaisir”; d’autres: “C’est pour m’amuser”; d’autres encore: “C’est pour faire le fun”. Je suppose que c’est un mot anglais qui signifie “faire le fou”? Et si je leur pose cette question: “Avez-vous restitué?”, ils me répondent presque toujours: “Certainement, mon Père, j’ai restitué”. — “Longtemps après?” Les uns disent: “Presque aussitôt”, d’autres: “Le lendemain matin”, d’autres encore: “Dans la nuit même”. Voyez ces braves gens, M. le curé, qui se lèvent la nuit pour aller rendre ce qu’ils ont pris la veille. N’est-ce pas édifiant?’

Le bon curé, découragé, ne savait plus s’il devait rire ou pleurer.

Mais, mon Père, dit-il, vous n’avez pas compris vos pénitents; quand ils s’accusent d avoir pris des brosses, c’est qu’ils se sont enivrés, qu ils se sont saoulés; c’est l’expression consacrée dans ce pays.

— Oh! oh ! fit le prédicateur, à son tour. C est bien différent alors, et je dois vous avouer avec regret, mais en toute franchise, M. le curé, que vous avez une paroisse de fieffés ivrognes.

Le lecteur doit trouver que je mets du temps à raconter ma brosse à moi. Songez que loi sque 1 on va a confesse, avec ses péchés, on n est jamais pressé. Un peu de patience tout de même; j’y arrive.

f Quand je pris ma première brosse, je n avais pas six ans. J’entends deux de mes compagnons de pêche, Jos Morin et J.-A. Laganière, qui se moquent de moi (à quoi sert d’avoir de bons amis si on ne peut en rire?) et se chuchotent à l’oreille: “Ça n’a pas dû être sa dernière!”

— Hé! hé! je vous entends! Ne me faites pas pailer, vous savez que je vous connais? Eh bien !...

Mon père tenait une auberge dans un gros village, ^ situé au portique des Laurentides; grâce a ses aimables qualités, à sa jovialité,

MA PREMIÈRE BROSSE

à ses traits d’esprit, à ses histoires désopilantes, mais jamais trop salées; grâce encore à son talent de violoneux et à son whisky, la maison était très achalandée.

Le whisky surtout était fameux à cause d’un secret que possédait mon père. Quand il recevait un tonneau de cent gallons, il y ajoutait quelques gallons d’eau (c’était dans le métier, et probablement pour plaire aux sociétés de tempérance), et puis il y mettait un plein seau de belles cerises d’automne, ce qui donnait un goût fin et tout particulier au breuvage.

Un beau jour d’été; * il dit à son vieux serviteur Isaïe Piché, que les gens du Cordon ont bien connu: “Roule donc cette tonne qui est vide sous la remise au fond de la cour.” Isaïe roula la barrique, et la bonde s’étant arrachée, les cerises coulèrent dans la paille.

Les volailles qui tout d’abord s’étaient enfuies en poussant des cris de terreur, revinrent bientôt et se mirent à picorer les fruits succulents, gonflés d’alcool.

— Viens donc voir, Edmond! me cria mon petit ami du même âge et portant le même prénom que moi, viens voir les belles cerises!

Et nous ne fûmes pas lents à partager le festin des poules.

— Regarde donc, cria-t-il encore, si c’est drôle de voir les volailles. On dirait qu’elles sont toutes soûles.

Et de fait elles paraissaient l’être.

Avez-vous jamais observé des animaux en état d’ivresse? Si vous fréquentez les cinémas, vous avez dû en voir. Rien de plus comique: les macaques, les chiens, les chats, les oiseaux,. les dindons, les oies même, d’habitude si niaises, ont des airs de pochards à vous faire crever de rire. Et s’il faut avouer que les hommes, quand ils ont bu, ressemblent aux bêtes, il n’est pas moins vrai que celles-ci singent les hommes, lorsqu’elles font des brèches à leur pacte de tempérance.

Une fois, je fis prendre une brosse à Ti- Coq, mon cheval favori, non pas pour lui procurer du “fun”, du plaisir, mais pour lui sauver la vie.

On m’appelait par une affreuse tempête de neige dans le rang de la Corniche, à vingt milles de chez moi. Un pauvre colon blessé perdait tout son sang. Ti-Coq, petit trotteur canadien, gros comme le poing, au poil brun, à l’allure endiablée, à l’oeil intelligent, était le cheval de circonstance pour les cas urgents. Quand^ je lui criais: “Avance, Ti-Coq,^ c’est pressé”, il comprenait ces mots et partait à l’épouvante, ne craignant ni les “côtes à pic”, ni les pierres du chemin, ni les bancs de neige! Je fus bientôt arrivé et sautai à bas de mon traîneau' en . recommandant aux nombreux codons fini m attendaient cîe bien prendre soin

MA PREMIÈRE: BROSSE

de mon cheval. Et j’entrai dans l’humble masure.

Le blessé, pâle, étendu sur le plancher, venait d’avoir une syncope; je me hâtai de. lui donner un peu de cognac dans de l’eau et de comprimer l’artère. L’hémorragie s’arrêta aussitôt.

Un des colons vint me dire: “M. le docteur, votre cheval a l’air bien malade”. Te courus à l’écurie. En effet, mon pauvre serviteur, d’habitude si gai, était triste, abattu ; la tête basse, le poil “cotonné”, il tremblait de tous ses membres, ne mangeait ni ne buvait.

J’envoyai chercher ma bouteille de brandy encore aux trois-quarts pleine. — “Faites-lui boire cela, tout, jusqu’au fond,” dis-je aux colons qui m’accompagnaient. Ti-Coq en avala le contenu d’un trait. — “Maintenant, allons souper”, leur proposai-je.

A cette époque j’avais un appétit “féroce” et j’enfournai toute une platée de galettes de sarrasin, avec la moitié d’une brique de lard gelé.

Le repas fini, je m’empressai d’aller voir mon cheval et lui criai en entrant dans l’écurie : “Range-toifTi-Coq”. Il fit un bond, les quatre fers en l’air, en hennissant d’un ton joyeux. Il était fou, mais fou! Il sautait, Ml dansait dans “l’entre-deux”, plongeait sa tête dans l’eau, puis dans la crèche au grain; je lui don-

nais des petites tapes familières sur les flancs, sur le cou, sur le front. Il riait en hennissant aux éclats, se collait contre moi, et me regardait avec des yeux si doux, si doux, qu’ils semblaient dire : “Mais, embrasse-moi donc !”

Il y a vingt ans de cela, et je regrette encore de ne pas l’avoir fait, eh ! oui, de ne pas l’avoir embrassé, lui, cet ami fidèle, ce compagnon dévoué qui me sauva la vie en deux

Toute la basse-cour semblait ivre, comme la Pologne . . . (page 23)

Dessin de Bourgeois .

circonstances et sauva d’autres existences aussi précieuses que la mienne.

^ Quand il mourut, comblé de mérites et d’années, je le pleurai comme on pleure un frère. . — “C’est égal, me suis-je répété souvent, je lui ai procuré un peu de plaisir avant sa mort, je lui ai fait prendre une bonne petite brosse

MA PREMIERS BROSSÉ

Mais revenons à la mienne (décidément je n’ose plus en parler), celle-là que j’ai prise à l'âge de six ans.

Toute la basse-cour semblait ivre, comme la Pologne, quand boit son roi. Le maître Coq, la face apoplectique, faisait la roue autour des poules, et s’affaissait sur le côté; celles-ci s’écrasaient pour recevoir ses caresses, impuissantes ensuite à se relever. Les poulets et les poulettes jouissaient de l’existence en roucoulant comme des colombes. Des cochets, au vin mauvais, le cou gonflé par la colère, se crêpaient la crête et s’arrachaient les plumes en poussant des cris gutturaux.

Et les deux petits garçons qui les regardaient, s’endormirent et roulèrent au milieu de l’orgie. . .

Le père Isaïe, m’apercevant, accourut, me prit dans ses bras, m’apporta à ma mère: “Madame, ne le grondez pas, dit-il, c’est pas de sa faute; c’est la mienne, je n’aurais pas dû laisser là ces cerises ! Le petit Desforges est couché lui aussi sous la remise; je vais le porter ^chez lui.”

Avant pris une brosse , je ne manquai pas à l’instar des braves gens de Sorel, de Hull et autres villes célèbres de ma province’ de restituer. On garde longtemps rancune à ce qui nous a rendu malade; et, pendant bien des années, j’ai considéré le whisky comme mon

plus mortel ennemi. Seulement, comme la sainte Religion nous enseigne qu’il faut pardonner à ceux qui nous ont offensés, avec le temps j’ai pu me réconcilier avec lui.

j Mais les cerises d’automne, par exemple, il ne faut pas m’en parler, jamais! jamais! Pouah ! ! !

L’ENLÈVEMENT DU yiEUX MICHON >

A l’honorable Jules-Edouard Prévost, sénateur.

Enfant, j’étais petit et malingre. Pour un rien, à la vue d’un poulet qu’on égorgeait, d’un porc qu’on saignait, de quelqu’un qui se faisait mal, je perdais connaissance. En cela, je ressemblais beaucoup à mon grand-père qui portait le prénom de Jean-Baptiste et que les intimes appelaient le père Jean-Jean.

Quand le père Jean-Jean “faisait la toile” on allait quérir le médecin qui le traitait et le prêtre qui l’administrait. Le lendemain on pouvait le voir se promenant dans son vaste jardin, qui s’étendait en arrière de la place occupée aujourd’hui par le palais de justice du district de Terrebonne. Et qu’il était beau, le jardin de mon grand-père! Bien plus merveilleux, pour nous enfants, avec ses pommiers sauvages, ses cerisiers, ses alisiers, ses pruniers, ses concombres, ses citrouilles, ses melons, et ses ruches à miel en paille, ayant la forme de “tuques”, et son ruisseau, (ah ! ^ce Diisseau Jimpide dans lequel nageaient des

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petits poissons longs comme le doigt et des tortues grandes comme des sous!) oui, mon Dieu! bien plus beau ce jardin que celui des Hespérides avec ses pommes d’or, surtout si l’on songe qu’il n’a existé, celui-ci, que dans l’imagination des poètes de l’époque mythologique !

A cause de mes petites syncopes on m’appelait Jean-Jean comme mon aïeul. Ce que cela me rendait furieux!

Plus tard, surtout au cours de nos excursions de chasse ou de pêche, mes frères recommençaient à me donner le même sobriquet; mais j’en riais alors. Mon grand-père, en dépit de ses faiblesses, s’était cramponné à la vie qu’il n’avait lâchée qu’à quatre-vingt-neuf ans. C’était de bon augure, et je disais à mes frères: “Riez bien de moi. Comme le père Jean- Jean, je vous enterrerai tous.” Je prédisais trop vrai, hélas! Plus vigoureux et plus robustes que moi, ils sont presque tous descendus dans la tombe, tandis que le “maigrichon” d’autrefois pèse ses cent kilos et n’a nullement envie de mourir.

Voilà ce que c’est que de travailler fort et de respirer l’air pur des montagnes !

■Quelques jours avant Noël, un matin que je servais la messe du curé Labelle dans le vieux temple de mon village natal, je perdis soudain connaissance et m’écrasai sur les mar-

L’ENLÈVEMENT du vieux miciion 27

ches de l’autel. Le bedeau me transporta dans ses bras, et, quand je revins à moi, j’étais couché dans le grand lit blanc du curé. Deux figures se penchaient, souriantes: celle du bon prêtre et celle de sa mère, me soufflant: “Prends un peu de vin de messe, mon petit, ça va te faire du bien”.

Je remerciai mes bienfaiteurs et voulus m’en aller.

— Non, non, me recommanda madame Labelle, tu es trop faible, mon petit Edmond, tu ne t’en iras pas. Je vais avertir ta bonne maman qu’elle ne s’inquiète pas, que je prends bien soin de toi. Tout à l’heure, je t’apporterai du bouillon de poulet.

Après un déjeuner rapide, le Découvreur du Nord vint s’informer si j’allais mieux, et sur ma réponse affirmative, il s’assit dans la grande salle, en avant, alluma une longue pipe et commença à examiner des cartes étendues un peu partout, sur les tables, sur les chaises et jusque par terre. Absorbé par ses projets de colonisation et de chemin de fer, tantôt il arpentait la pièce à grands pas, tel un conquérant; tantôt il gesticulait et parlait à voix haute. De ma chambre, par la porte entr’ouverte, je voyais le géant frapper du poing sur les tables et^sur les murs; je l’entendais de son verbe prophétique interpeller les membres de la Chambre, les ministres, les capitalistes, Sir Hugh Allan entre autres.

Oui, vous allez me le donner mon chemin de fer, il me le faut!

Da maison en tremblait. Je ne craignais rien, je savais qu’il n’aurait pas fait de mal à une mouche. D’ailleurs j’étais habitué à ses nombreuses distractions qu’il avait, même au confessionnal ou pendant les offices religieux.

Par trois fois on heurta à la porte de l’appartement où le curé discutait seul. Mais, il ne répondait pas.

Madame Dabelle se décida à entrer.

Que veux-tu, ma bonne maman? lui ditil, en adoucissant la voix, comme s’il fût sorti d’un rêve.

C est Séraphin Gauvreau, le bedeau, qui veut te parler d’une affaire importante, paraît-il.

—Qu’il entre. . . Bonjour! Séraphin. De quoi s’agit-il?

Des Gauvreau, bedeaux de mon village depuis le commencement de son existence, se succédaient dans cet emploi, de père en fils, comme les rois sur leurs trônes. Mon père, mon grand-père et tous les gens âgés de chez nous, quand ils parlaient des bedeaux anciens et nouveaux, mentionnaient toujours le nom de Gauvreau, tellement qu’à la fin, nos jeunes intelligences se mêlaient et nous ne pouvions plus - distinguer si tous les Gauvreau étaient des bedeaux, ou si tous les bedeaux étaient des

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Gauvreau; il nous arrivait parfois, quand nos parents nous amenaient en promenade dans les paroisses étrangères, de demander à nos petits cousins s’ils avaient un Gauvreau dans leur village, où demeurait leur Gauvreau, ou si leur Gauvreau était aussi vieux que le nôtre.

Donc, Séraphin Gauvreau, ou Gauvreau III, si vous le préférez, répondit:

—Monsieur le curé, j’voudrais savoir ce que j’vas faire du corps du vieux Michon?

— Comment ? Est-il mort ?

— Oui, M. le curé.

— Quand ça?

— Hier matin. Ses voisins l’amènent pour le faire enterrer; ils ne veulent pas le garder plus longtemps, ils en ont trop peur.

— Pourquoi ça, Séraphin?

— V ous savez, M. le curé, que le vieux Michon n’a pas fait de pâques depuis vingt ans passés, et ça ne prend que sept ans pour avoir le droit de courir le loup-garou.

- — Voyons, voyons! Crois-tu à ces niaiseries-là, toi aussi? dit en souriant le Chef colonisateur.

h — J’y crois pas beaucoup, M. le curé, mais ça n’empêche pas que la nuit dernière, pendant que les voisins veillaient le corps du vieux Michon, un gros “marcoux” noir', de la grosseur d’un moyen chien, est entré dans sa chambre sans que personne s’en aperçoive, est

EN guettant ees ours

monté sur son corps, et qu’il voulait avec ses griffes lui arracher le drap de sur sa figure, en poussant des miaulements si effroyables que tout le monde s’est sauvé. Si vous ne me croyez pas, demandez à Stanis Deschambault, le ferblantier. Y paraît qu’y était.

—Stanis? dit le prêtre en éclatant de rire, le plus grand mystificateur de la province de Québec !

— Eh ben ! M. le curé, qu’est-ce que j’vas en faire? Ses voisins attendent à la porte. Est-ce que j’vas leur dire d’entrer le corps dans l’église?

— Attends un peu, Séraphin.

Il fit venir son vicaire, monsieur Thibodeau.

M.. le vicaire, on m’amène le corps du vieux Michon. S’est-il converti avant de mourir?

Non, M. le curé. Je regrette beaucoup de vous l’avouer, il n’a pas voulu m’entendre, ni me recevoir.

—Eh bien! prononça le curé, se tournant du côté de Séraphin, il est mort hors de l’Eglise, qu’il reste hors de l’église !

—Vous ne lui chanterez pas un petit Libéra, des psaumes, quelques prières?

— Non, rien du tout.

Ee bedeau resta stupéfait. Il desservait une paroisse profondément religieuse, et ne se

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rappelait pas avoir jamais vu une chose semblable.

— Mais, M. le curé, j’peux-t-y mettre au moins son corps dans le charnier, avec les autres ?

— Non! non! Ce serait faire injure à nos bons morts. Enterre-le dans le cimetière avec les enfants morts sans baptême. C’est encore trop pour lui. Mais, que veux-tu, il n’y a pas d’autre endroit.

— La terre est gelée, il y a beaucoup de neige déjà, dit Séraphin.

, — Ça ne fait rien. Je vois que tu commences à vieillir, mon Séraphin; prends quelqu’un pour creuser la fosse. Il n’est pas nécessaire de le couvrir de six pieds de terre, deux ou trois, cela suffira.

Babillard comme tous les enfants de mon âge, je m’empressai de raconter, au dîner, le dialogue du curé avec son bedeau.

Mon frère aîné, Wilfrid, étudiant de troisième année à l’Ecole de Médecine Victoria, venait d’arriver pour ses vacances de Noël. Il parut s’intéresser beaucoup à mon récit; il chuchota quelques mots à l’oreille de ma mère qui l’approuva d’un sourire.

Le soir je me couchai de bonne heure; mais Wilfrid, dont la chambre faisait face à la mienne, entra sur la pointe des pieds et me demanda à voix basse: “Dors-tu?”

— Non, répondis-je, je ne dors pas.

' Eh bien, lève-toi et viens avec moi, je veux te parler. Mais ne fais pas de bruit, pour ne pas éveiller les autres.

Dans sa chambre remplie de fumée de tabac, j aperçus deux visiteurs que je reconnus aussitôt. D un, étudiant en médecine, lui aussi, portait k même prénom que mon frère Wilfrid. Il était le fils d’un notaire fameux du village, Melchior Prévost. D’autre, un jeune commis du nom de Midas Pagé devint plus tard ingénieur dans les mines, au Mexique.

En face d’eux, sur la table, une bouteille de vin Porto et trois verres.

On m invite à raconter ce qui se passa au presbytei e dans la matinée. Je répété avec la

plus grande exactitude le récit de cet entretien.

. Vous voyez, conclut mon frère, que c’est bien vrai que le corps du vieux Michon est entei i é là. Il faut se hâter de le déterrer avant que la terre gèle trop dur.

— Que voulez-vous faire? interrogeai- ie angoissé. û J ’

Tout simplement voler son cadavre pour le disséquer, répondit Wilfrid.

Je pâlis et faillis avoir une syncope, c.

—Voyons! voyons! tu n’es pas une fillette, dit-il, il faut t habituer à ces choses. Tu m’as toujours dit que tu voulais devenir médecin comme moi. Pour ça, il ne faut pas avoir

GENEÈVEMENT DU VIEUX MICHÛN 33

peui des morts; prends un petit verre de vin pour te remettre.

a Mon frère m’aimait beaucoup, et c’est grâce à lui si je me suis fait disciple d’Esculape, et si j’ai pu, moi aussi, plus tard, voler des cadavres.

■Vivement, Pagé se lève et annonce:

" Dans tous les cas je vais aller voir, moi, si c est vrai qu’il y a eu une fosse creusée là.

Ee ^ cimetière de mon village n’était pas grand à cette épocpue (il y avait si peu de médecins, diront les malins). Il s’étendait en airière^de la vieille église, à la place occupée aujourd’hui par le temple si somptueux de la ville qui porte le nom de la reine du Nord, jusqu à une ruelle peu fréquentée (cela se comprend) qui est actuellement, je crois, la continuation de la rue St-Georges. Et la partie du cimetière réservée aux enfants morts sans baptême longeait cette ruelle.

Pagé revint bientôt.

C est exact, dit-il, il y a un endroit où la terre et la neige ont été fraîchement remuées. Il est là.

Aussitôt commencèrent les préparatifs de la lugubre expédition. Sans faire de bruit, et marchant à pas de loup, on apporte dans la chambre divers outils: un pic, une pelle,' une égoïne, une hache et un câble; puis des draps blancs, puis des “tuques” blanches.

— Pourquoi ces draps et ces “tuques”? interrogeai-je encore.

Mon frère m’expliqua, en s’affublant de cet accoutrement:

— Tu vois, c’est pour nous envelopper; la lune éclaire et l’on pourrait nous voir. Tandis qu’ainsi vêtus, on nous confondra avec la neige.

— Et pourquoi ce câble?

— C’est pour passer autour du cou du cadavre, et l’arracher de la tombe.

Je faillis avoir une autre petite syncope, ce qui me valut un autre petit verre de vin.

— Maintenant va te coucher, me recommanda mon frère. Ne parle de cela à personne. Demain, je te ferai voir le corps du vieux Michon.

Je dormis peu et d’un sommeil agité, rempli de cauchemars, de danses macabres et de fantômes terrifiants.

Le lendemain matin, entendant chanter Wilfrid, le Héros, dans sa chambre, je sautai en bas du lit et courus m’enquérir:

- — L’avez-vous eu?

; — Bien certain, répondit mon frère, très jovial.

— Où est-il?

— Là, dans le haut du hangar. Je te le montrerai tout à l’heure.

■ — Dis-moi, tu n’as pas eu peur?

Enlèvement du vieux michon 35

— Peur de quoi?

— Mais des morts?

— Non. Mais bien plus peur des vivants.

— Comment ça?

— Assieds-toi, je vais te raconter notre aventure.

Ils étaient partis tous les trois à minuit, l’heure des crimes, emportant outils et linceuls. Ils postèrent Midas, plus petit et moins fort qu’eux, en sentinelle près de la clôture, après l’avoir enveloppé d’un drap. On lui ordonna de siffler s’il entendait venir quelqu’un. Et à ce signal, les Wilfrid devaient interrompre leur travail et se revêtir aussitôt du blanc costume si à la mode chez les fantômes. A peine -'achevaient-ils d’enlever la glace légère et la neige boueuse qu’un premier sifflement les fait se redresser et les immobilise dans la métamorphose d'apparentes statues de marbre. Un veilleur attardé avait pris la ruelle, pour raccourcir sa route. Arrivé en face du garde, il pousse un cri d’épouvante et s’enfuit à toutes jambes. Peu après, la besogne est reprise avec ardeur pour être de nouveau interrompue par Midas. Ils perçurent un tintement de clochettes qui s’accentuait; des gens de la campagne qui venaient de faire leurs emplettes pour Noël et le Jour de l’An, s’en retournaient dans leurs foyers, tout en chantant de gais refrains.

En guettant ees ours

Les étudiants se recouvrent de leurs draps blancs; un cri terrible fend en deux le silence de cette nuit d’hiver, une voix de femme, perçante comme une vrille, sort soudain de la voiture : “Mon Dieu ! voyez donc, dans le cimetière, ces fantômes. Il y en a trois. C’est-y effrayant !”

Un homme répond:

'"Mon Dieu! voyez donc ces fantômes! . .

Dessin de Mat.

— Ça doit être plutôt des voleurs de morts. Les journaux en parlent beaucoup de ce tempsci. On va appeler la police.

Un vigoureux coup de fouet cingle les chevaux, tandis que quatre voix s’écrient ensemble : “Police ! aux voleurs ! aux voleurs de morts! police! police! police!”

i/ENIvÈVEMENT DU VIEUX MICHON 37

Quand ils n’entendirent plus rien, les fossoyeurs reprirent leur travail à la hâte, et bientôt la neige et la terre étaient tout enlevées, et la partie du cercueil qui couvrait la tête du mort, sciée et arrachée. Mon frère appela: “Midas, viens ici et dépêche-toi! Tu es plus petit que nous, prends ce câble, penche-toi dans le trou et passe-le autour du cou du mort (ce qui fut fait en un instant). Maintenant, Midas, un noeud coulant. Bien !... A présent tous ensemble, tirons. . . Un. . . deux. . . trois . . . Oh !” Et le vieux Michon sortit tout droit de sa tombe en poussant un affreux gémissement: “Heu . !”

Midas, saisi de terreur, lâcha le câble et s’enfuit en criant: “il n’est pas mort! Il n’est pas mort!” Il sauta la clôture comme un chevreuil, disparut dans la nuit tragique et on l’entendit répéter plusieurs fois en frappant à coups redoublés à la porte de la demeure de ses parents: “Il n’est pas mort! Il n’est pas mort!”

Tout bouleversé par ce récit, je demandai :

- — Est-ce vrai, mon frère, qu’il vivait encore?

— Eh! non, il était bien mort, il avait le corps raidi et glacé comme une barre de fer. Mais Midas se vantait toujours à nous qu’il n’avait jamais eu peur de sa vie; nous avions -décidé, pour l’éprouver, de ne pas le prévenir qu’en tirant sur le câble, il entendrait unç

EN guettant ees ours

plainte, causée par la sortie de l’air chassé des poumons, sous la compression du cercueil, sur la poitrine, et du câble sur le cou du mort.

— Maintenant, continua-t-il, veux-tu voir le vieux Michon?

—J’aimerais bien cela, fis-je orgueilleux.

— Bien, viens.

Il prit une clé sous ses oreillers et me conduisit au hangar. Horreur! Le cadavre reposait sur une table en bois brut, les pieds couverts de “chaussons” de laine. Un drap blanc cachait le reste du corfps. C’était un petit vieux laid, chauve, à la barbe hirsute, la bouche ouverte, édentée. < Il me fit frayeur. Ce fut ma première rencontre avec la mort. Ce ne devait pas être la dernière.

Ma soeur Alzire, alors une belle brune de vingt ans, et ma tante Alice Lalande, aussi jeune et aussi belle que sa nièce, curieuses comme toutes les filles d’Eve, auraient bien voulu, elles aussi, aller voir le vieux Michon. Ma mère le leur défendait. Ayant trouvé la clé sous l’oreiller de mon frère, elles partirent en cachette, ouvrirent la porte et montèrent quelques marches, mais à la vue des pieds du mort, elles se précipitèrent, effrayées, au bas de l’escalier et s’enfuirent à la maison.

— Gageons, leur dit ma mère, que vous venez de voir le vieux Michon?

Et, à leur mine confuse, elle ajouta:

Oui, c’est bien édifiant, pour des jeunes

l’Enlèvëmënt du VIEUX michon 39

filles qui se croient respectables, d’aller voir le corps d’un homme nu !

— Maman, répliqua ma soeur, avec une grande naïveté, il n’est pas nu, il a ses bas!

Le matin qui suivit cette nuit macabre, le bedeau attendit que le curé Labelle eût fini sa messe et son action de grâces, pour lui souffler à l’oreille:

“Il n’est pas nu, il a ses bas.”

Dessin de Bourgeois.

— M. le curé, j’ai une grande nouvelle à vous apprendre.

— Oui? qu’est-ce que c’est?

— Vous saurez que le vieux Michon est déménagé de la nuit dernière.

— Oui? en es-tu certain, Séraphin?

— Oui, M. le curé, j’ai entendu beaucoup de bruit, des cris d’appels à la police; je me

suis douté de quelque chose. Je viens d’y voir, La fosse est vide!

— Qui a fait le coup, penses-tu?

- — Ah ! ça doit être encore les clercs docteurs; vous savez qu’ils ont déjà enfoncé le charnier pour voler des corps. Mais il n’est pas loin d’ici ; tenez M. le curé, il est par là. (Et il montrait la maison de mon père). Voulez-vous que j’avertisse le père Milan?

Le père Milan Valiquette était le seul bailli et gardien de la paix de mon village, depuis un demi-siècle.

— je te le défends bien, Séraphin. Ecoutemoi: tu sais que Michon a été membre i utile de la société toute sa vie. Si les étu- < ants ont volé son corps, c’est pour le disséquer, afin de s’instruire. Ils ont bien fait: au moins, Michon aura été utile à quelque chose, après sa mort!

Mais tout le village était en émoi. Chacun accourait voir la fosse vide du vieux Michon. Et les commentaires allaient leur train: les uns avaient entendu des cris terrifiants durant la nuit; d autres avaient vu des fantômes se promener dans la Cité des Morts. Quelquesuns répétaient que le père Michon avait été enterré vivant et que les étudiants le gardaient clans une chambre pour essayer de le ramener complètement à la vie. D’autres prétendaient que le diable l’avait emporté et changé en loupgarou, sous la forme d’un gros chat noir.

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