‹ En GuinéeChapitre 1 sur 115 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Une excursion sur le littoral africain est, de nos jours, relativement facilie; mais il n'en est pas toujours de même si Ton veut pénétrer dans Tintérieur. La marche est alors plus pénible, la route se hérisse d'obstacles et, à moins d'avoir préparé son voyage, il est impossible de le terminer sans de grandes difficultés.

C'est dans ces conditions que j'ai visité Tintérieiir de l'Afrique. J'étais parti dans le but de longer le littoral africain justju'au Congo, mais dès la première escale, je fus retenu plus d'un mois : la singularité des habitants, l'originalité de leurs mœurs^ la nouveauté du paysage, tout m'invitait h prolonger mon séjour. Je compris, dès lors, que pour arriver jusqu'au Congo, il me faudrait plusieurs années; je résolus donc de ne visiter que la partie occidentale qui s'étend depuis le cap Blanc jusqu'à l'île Sherbro, parcourant ainsi huit degrés de latitude.

J'ai gagné h ce changement de faire une étude sérieuse sur la région peu explorée des pays qui s'étendent du Sénégal aux frontières du Sierra-Léone.

Pendant la première période de mon voyage, j'ai d'abord visité le Sénégal et la Gambie, et j'ai fait une longue course dans les pays de la Casamance et du Cachéo portugais. Dans la seconde partie, j'ai parcouru les Guinées portugaise et française et longtemps séjourné dans les montagnes du Fouta Diallo. Le Sierra- Léone fut ma dernière étape en Afrique-

Un tel voyage ne m'aurait rien appris sur ces pays, si les longues observations, les notes prises à chaque moment et le tracé constant de l'itinéraire de chaque jour, ne m'avaient fait connaître les peuples de la région peu explorée qui s'étend du Sénégal au Sherbro. Je présente donc aux lecteurs un travail qui n'a d'autre mérite que celui de la vérité. C'est une relation contrôlée avec soin, mais dans

laquelle j'ai cependant cîté quelques-una de me» devanciers et explorateura, tant ]ïOur montrer la hardiesse de leur voyage, les con8é(iuence8 heureuses de Hur» fatigues, l'extension de nos connaissances géograpliiques, que pour faire constater que les explorateurs des siècles pansés ec les explorateurs actuels. devanciei*s ou HUccesseurH sont tous d'avis communs : Extension de leur patrie, civilisation des Noirs, étude des productions africaines, dûbouchea pour l'industrie nationale.

Enfin, je ne veux pas oublier l'accueil cordial que j*ai re(,'u, tant auprès des gouvernements coloniaux que dans nos comptoirs de eomnierce. J'ai toujours trouvé dans nos concitoyens étaldis sur la oûte, une sympathie chaleureuse, une aide intelligente et uni" frnnche hospitalité.

Je rends hommage à la Compagnie Fi-ant^aise de l'Afrique Oi'cidentale, k. la Compagnie Agricole et Commerciale de la Oasamance, k la Compagnie Agricole et Commerciale des Iles Tristao et h la Compagnie Blanchard, établies sur les cours navigables des rivières du sud du Sénégal et qui portent lîi-bas, si haut et si ferme le drapeau de la France et y étendent si éneigiquement sa renommée.

A toutes ces maisons fran(;aises t-t k tous leurs fOUvag;cux et intelligents agents, mes plus siui-ères remerciL-ments!

A rû^tnii qui est l'objut de iiotiv L-tu'ie, est LMiitme

snus (lillL-rcnts jionis. Au 8ôik'}j;ii1 oix rajipello

R/ttii''i du ^lu/ i Sicirii-Lûoiic, au cuntniiro,

Ihi icus dit XokI, nuis te nom qui semble

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bitn cncoïc «le nos jours une L \pi i --sion ^culi lit. ([ui unU(|ue des ci'ites t-t des pu- couipii>s (.ntiL k ^Liiegil, au uoril. et le Coiijio m •^u<l niii-> it ttinu, (ruinée, est bientôt une antiquité il dite du \i\ '^n.LIL

Lorsque, à cette é])oqHe, les navi^'ateui-s reconnurent le littoral africain, ils recueillirent, sans doute de la bouche îles Maures, quelques notions sur les peuples de l'intérieur. Ils crui-ent comprendre qu'il pouvait exister une contrée ([ui répondait au nom de Oinpîi ou Uiiieva; qu'elle était habitée par les Banibaras et qu'elle avait poui' capitale Djenné, située sur un alHuent du mnycn Ni*rer.

Léon Africain dit que cette ré<;ion était appelée Genni par ses habitants, et Ginéa par les Portugais ; ceux-ci (pli capturaient souvent des Noii"s et des chefs indifjènes, recevaient souvent connue ran(;on, de l'or de Guinée et des esclaves ouolofs du Oualo; aussi, soit que les Portugais aient cru à une prépondérance sérieuse sur tous les peuples africains du prétendu royaume de ])jeniié, (pi'îls appelaient Guinée, soit qu'il y ont méprise à cet égard, les Portuffais se sont habitués à donner le nom de Guinée à tous les pays et aux côtes encore jien connues ou supposées qui avaient pour point de dépai t la rive gauche du Sénéfoil En 1485, le navigateur portugais Diego Cain, qui reconnut la côte du Congo jusqu'au cap Negro, étendit encore jusqu'il ce point la Guinée, dont les limites devaient subir plusieurs modifications. Cette dénomination de Guinée fut d'abord appliquée rigoureusement à une partie de l'intérieur de l'Afrique, mais ati

xvv siècle on commença k en diîtacher le littoral sejitpntrional qui fut baptisé (la nom (le Stînt^fpimbie. Puis, peu k peu, les côtt-s fui-ent d(5nommée8 d'après la comiuercG qui s'y faisait principalement, et ou eut les côtes des Graines,

Poivre, de l'Ivoire, de l'Or, des Esclaves, etc., et le pays de Guintie fut divisé eaj Guindé occidentale et Guinée orientale. De nos jours, le terme Guin(îe ne désigna plus que le vaste golfe, au fond duquel débouche le Niger et deux territoîrea plui occidentaux, appartenant l'un an Portugal, l'autre k la France.

di' ces régions appartient réellement aux Français ; ce sont des Dieppois qui ont navigué dans ces lieux plus de soixante ans avant que les Portugais en aient eu la connaissance. (1)

Quelques étrangers cependant visitèrent certains points des côtes occidentales d'Afrique, comme le majorquain Jacques Feirer, qui partit en 1346 à la reclierclie de la '' Rivière de l'Or " (2) ; — mais où aborda-t-il?

Les Vénitiens ([ui, grftce îi leurs relations d'amitié avec Tunis et ses caravanes, connaissaient au quinzième siècle le nom de Timbouctou et de d'autres villes du Soudîin, ne sont jias plus précis.

l^ne carte catalane de ISTo montre les j)ays peuplés qui s'étendent au sud du désert.

Deux noms surtout étaient devenus fameux, celui de Ginya (Ginéna, Glienni, (linéa, (Juinoye), la ville riclie en or, que la plupart des géographes confondent avec Djenné, et la '' llivière de l'Or" qui est le Sénégal.

Les Dieppois abordèrent sur les côtes de Guinée en 1339, fondèrent en 1364, de véritîil)les comptoirs connnerciaux sur toute la côte d'Afrique (S). Mais la (iuinée fut cependant leur j)ays préféré : Petit l)iep})e, Petit et Grand Paris (4), la Mine d'Or, etc., furent leurs premiers établissements.

Quatre ans après, en l.-îOî^, des bâtiments nonnands allèrent en Guinée commercer avec* ces nouveaux établissements, quebpies-uns s'arrêtèrent à Petit Diep])c, où ils achetèrent du jîoivre (mala<»'uette\ d'autres allèrent au Grand Sestos I Petit l*aris), jniis se rendirent juscju^an Xî«i*er. '*En 1380, la "Notre-Dame de Hou A'oyage " vint h la Côte d'Or, eu ramena une riche cargaison de poudre d'or.

En 1381, trois autres bâtiments taisaient escale îi la Jloura et k Accra. En ].*>8;j, on vît arriver Ix la Jline trois vaisseaux charpés du matériel nécessaire, armes, munitions, pour occuper militairement la côte. La Mine fut pendant (juelque tem])s un com])toir commercial français de (pU'lque importance.

Jlais le xv siècle devait n<ms être funeste ; j>eu a j)eu les guerres civiles qui ensanjilantaient la France, ralentirent ce trafic ; la 3Iiiu' fut délaissée, les Portugais s'en emparèrent (M.'}.-)), mais les naturels, comparant leur brutalité h la douceur

(^1) Relations des côtes d'Afrvjutj appelées Guinée^ Villant de Bellcfonds.

(2) d'Avezac, CodinOf Gravier, etc.

(3! XouveUes Annales des Voyages, mai 1816. Los Dieppois établiront une suite do comptoirs commerciaux, depuis le cap Vert jusqu'au fond du golfe de Guinée. " Leurs affaires prospérèrent ; en échange d'objets do valeur minime, ils obtenaient des peuples sauvages, la gomme, le poivre, Tindigo, Tencens, Tor, l'ivoiro, toutes les marchandises de haut prix.

^' C'est de cette époque que date l'industrie de Tivoire sculpté, qui fait encore aujourd'hui la fortune de Dieppe. — J. Ancelle. Los Français au Sénégal. {Revue de Géographie, mars 1883).

(Il Aujourd'hui sur le littoral du Libéria.

et il la souplesse normandes, les niassaei-trent et détruisirent leurs forts

Le rtgne des Portug^fiii} commençait en 1434, Gil-Eann^s di^jiassait les écueils rcdout<;3 du cap Bojador, et en 1443, Nuno Tristao doublait le caj) lîlanc et lonfïeait la citte îi vingt-cinq lieues plus au sud... Toute une tiottille partit de Lagos en 1444, pour l'aroliipel d'Argiiin (2), les " annatcura s'emparèrent de oent soixante-cinq tt/tes (hommes, femmes et enfants) (îi). L'année suivante, les négriei'a portujîais furent moins heui-eux. Gonçalo de Cintra ayant t'elioué sur un haue de sable, fut soudainement attaqrn^ jjar les ïiidigt-nes et massacré avec sescomjiagnons.

L'année 1445 est une des dates glorieuses du sifeele des déeouverteH. Un marin..., Diniz Dias ou Dinîz Fernandez..., cinglant au large de la barre du Sénégal, doubla le promontoire extrême de l'Afrique dueôté de l'occident : c'était le cap Vert, qui porte en effet quelque verdure et au-delà duquel commence la rigion trojiicale des gi-ands arbres touffus, entremêlés de lianes, Ainsi fut démontrée la fausseté de cette théorie ai'istotélienne, sî décourageante pour les navigatcura précédents, d'aprts laquelle les rayons du soleil devaient brûler le ani dans le sud du monde et y rendre impossible la geruiination des plantes, et empêcher l'éclosion de toute vie, animale et végétale. L'analogie des climats dans les deux hémisphères était désomiaîs démontrée (4).

Une des vingt-six cai^avelles qui partirent du Portugal en 144.'3 pour les côtea d'Afrique, déeou^TÎt la bouche du Canaga, ce fleuve de l'or, que l'on prenait en même temps pour un bras du Nil égyi)tien. L'année suivante, Nuno Tristao, celui qui le premier avait doublé le cap Blanc, pénétrait au sud de l'île désignée actuellement par son nom. dans une petite rivière oh il trouva la mort avec j)resque tous ses compagnons. Cette rivière est très probablement celle qui a reçu rapiH'llation de rio NuneK. Un autre Portugais, Alvaro Fernandez s'avança la même année jusque dans le voisinage do Sicrra-Léone, qui ne devait être

(1) Lanier, l'Afrique.

(2) Les l'ortug'aU commenceront par constmire an magasin forliSé dans l'île principale de l'archipel et des relations commerciales s'établireat entre les Europi^ens et les marchands de l'Adrar. 6e fort, situa snr la terrasse nord-orientale de l'ilo, passa successivement aux Espagnols, puis aux Hollandais, aux Angliiis, pour retombor entre les mains des Français on 1678. Plus tard, une compagnie particnliêre, dite " prnssienne " ft cause do son drapeau, mais a^ant ses armateurs à Emden et n'emplojant que des commis hollandais, 6t de cette île le siègo de ses opi^ratioas pour le commerce des gommes: les navires de tontes les nations j étaient admis, raojennaut une redevance Ëxe. GrAce à ce libre échange, Argnin prit nno grande Imporlance L'ommcrclule ; mais de nouvelles fautes la lui firent perdre bientôt. Les Français eu thassôrent les Hollaudais, puis en furent k leur tonr expulsés par Dne armée de Maares et dureut, par deux reprises, revenir à L'attaque avant d'en ètro di^finitivement lea maîtres.

Elisi*e Rcclns, Afrique occidentale, 1887, Tome X IL

(3) Azurera, Ckronka de Guine.

(4) Oscar PcBchel, Geschichte des Zeitahtrs der Entdecktingen,

dépassé qu'une quinzaine d'années plus tard. En trois ans tout le littoral Sénégambien avait été exploré et la plupart des estuaires avaient été reconnus "• (1)

XVI* SIECLE. — Après la découverte du Nouveau-Monde (1498), nous arrivons au xvi* siècle.

Tandis que les Espagnols sont entièrement occupés k reconnaître TAmérique, les Hollandais, les Français et les Portugais luttent entre eux en Afrique pour s'arracher les comptoirs commerciaux de Guinée.

Les Normands reprennent Accra, Cormentin, Takoray (1575). Repris et réoccupés plusieurs fois, ces comptoirs furent définitivement perdus à la fin du siècle.

En 1582, ime des premières compagnies françaises fondait à Tembouchure du Sénégal le comptoir de Saint-Louis, mais quelques années plus tard il n'en restait même plus un vestige.

XVn* SriÈCLE. — Au xviv siècle, les Anglais apparaissent en Afrique, et par le traité de Bréda (1607), ils s'y implantent définitivement. La Côte de l'Or leur est cédée par les Hollandais : Discowe, Secondée, Commendah, Anamaboé, Winebah, Accra, deviennent désormais des comptoirs anglais.

Le cardinal Richelieu était arrivé au pouvoir, et désireux de donner h la France la prépondérance maritime, il avait constitué de fortes compagnies qu'il avait placées sous son patronage.

En 1634, Richelieu forma une compagnie pour faire le conmierce de l'Afrique occidentale ; il lui accorda des j)rivilèges étendus et sa protection spéciale. Il envoya môme une escadre de la marine royale, commandée par le maréchal de Rasilly, pour protéger la compagnie sur les points où elle devait trafiquer.

La ville de Saint-Louis fut fondée k cette époque, à l'embouchure du Sénégal. A côté de cette compagnie, il s'en forma successivement (de 1633 h 1635) trois autres avec privilèges, une dieppoise et rouennoise, une malouine, et une parisienne, qui se partagèrent les côtes de l'Afrique occidentale, depuis le cap Vert jusqu'au cap Lopez.

La mort de Richelieu laissa les compagnies commerciales sans secours. Mazarin, trop occupé aux guerres de Fronde, ne put renforcer nos postes menacés; nos compagnies trop faibles pour lutter contre les étrangers, succombèrent et <Iisparurent.

Dans la seconde partie du xvir siècle, sous le règne de Louis XIV, la France devenue plus forte à 1 intérieur, se rappela ses anciennes colonies.

(l) Elisée Reclus, Afrique occidentale^ 1887. Tome XII.

En 1664, Colbert créa la compagnie des Indes occidentales, qui acheta, moyennant 15,000 livres tournois, les possessions de l'association normande en Afrique, La compagnie eut le privilège exclusif du commerce pendant quarante ans, depuis le cap Vert, jusqu'au cap de Bonne-Espérance ; elle y joignit bientôt une nouvelle brandie d'exportation ; c'est au Sénégal qu'on recruta les esclaves destinés aux travaux agricoles des colonies françaises d'Amérique,

La troque commerciale du sud fut remplacée par le trafic des négriers, qui ne formaient aucun établissement dural)le. Les pojmlations suspendirent ' même la recherche de l'or et de l'ivoire pour commencer entre elles ces guerres que l'avidité des blancs rendît interminables. Les chefs barbares ne purent résister à l'attrait du gain. Ils traitèrent avec les nations qui leur offraient les bénéfices les plus considérables, comme l'Espagne qui, ayant à couvrir de travailleurs ses immenses possessions d'Amérique, déjà dépeuplées, ne reculait devant aucune dépense. Aussi la traite rendit aux négociants d'énormes bénéfices.

Cette compagnie fut pendant longtemi)s très florissante. De son temps elle occupa le premier rang par son importance et marcha avant les compagnies hollandaises, portugaises, danoises et anglaises.

La France était \Taiment une grande puissance, et dans un grand nombre de pays africains, des ambassadeurs français firent connaître le nom du grand roi.

Un commissaire de la marine française, nommé d'Elbée, qui visitait les côtes des esclaves vers 1670, se rendit h la cour du roi d'Ardres, k Offra : "le roi le fit boire dans un verre, témoignage de considération et d'amitié qui n'a rien d'égal dans la nation. D'Elbée, en sortant de la tente, jeta quelques poignées de cauris qui excitèrent beaucoup d'acclamations. Depuis ce moment, le commerce fut ouvert et les Français eurent la liberté de traiter avec les sujets du roi " (1).

Malheureusement la mauvaise administration dans les compagnies qui se succédèrent, rendît les traités inutiles ; le déficit arriva et la ruine le suivit de près.

Par un arrêt du conseil, en date du 9 avril 1G72, une compagnie dite " du Sénégal", essaya de reprendre la succession, mais les fautes et les imprudences menèrent cette compagnie h la banqueroute.

De 1G2() îi 1(594, quatre compagnies avaient fait faillite.

Une nouvelle société connnerciale fut formée en 1095 sous le nom de '' Compagnie des Indes ". Elle releva plusieurs comptoirs et sut tirer grand profit de ses établissements.

Deux ans après sa fondation, on plaça h la tête de la compagnie un homme intelligent, ferme et grand administrateur ; nous voulons dire : André HrUe.

A cette époque, " rien n'était plus misérable que le poste de Saint-Louis.

(1) Chevalier des Marchais. — Voyage en Guinée.

L'île, de nature sablonneuse, manquait d'eau potable et n'avait d'autre verdure qu'un bouquet de palétuviers. Le fort consistait en quatre tours, construites autrefois par les Normands, et reliées entre elles par une muraille. Une enceinte en bois, quatre bastions et trente canons en compU'taient les défenses. Tout autour, quelques huttes sen-aient d'habitation aux serviteurs et aux employés de la com|)agnic ; mais on n'y voyait rien qui ressemblât à une ville, ni mÈme h. un village " (1).

L'île contenait une centaine de Noirs, et tout autour de Saint-Louis, les royaumes indigènes se faisaient payer des redevances ou coutumes, pour la navi{»-ation du Sénégal.

FOliT iiE SAlM'-Lul/iS

Parti l'année même de sa nomination, André Briie entra immédiatement en relations avec les princes indigènes. Dts l'année lfi97, il 2'énétrait dans l'empire des Fouis, gardiens de la vallée du Sénégal, et y préparait un accès au commerce français.

Briie gagna bientôt lus bonnes gn'ices du Siratik en lui offrant en sus des coutumes, des épées, une paire de pistolets, des lunettes et des verres ardents, puis signa avec le Siratik un traité de commerce et d'amitié, " qui accordait h la

compagnie l'autorisation d'établir des comptoîra et des forts dans toute l'étendue des domaines de Siratîk. C'e8talorsquclecomaling:ue ou premier officier, lui apprit que les Maures appi-o visionnai eut les Fouis et leur fournissaient le coton, les maroquins, la quineaillcrie, en inchangé de l'or et de l'ivoii-e. Il résolut d'enlever aux Mani'es ce riche marché et de le donner h la eompiignic françaLse. Malheureusement, comme le remarque M. Berlioux, les marchands introduisirent en même temps dans le pays les liqueurs alcooliques ; et les gros bénéfices de cette vente toujours assurée, effacèrent h, leurs yeux l'immoralité d'un pareil commerce,

... En 1G!)7, Briie anna et approvisionna les deux forts de Gorée, et prépai-a la soumission du Cayor. Les indigènes de cette côte étaient vicieux, méchants et paresseux, et gouvernés par d 'odieux tyrans. L'un d'eux, le damel ou i-oi de Cayor et du lîaol, Latir-fal-Soukabé, d'abord ami de lïriie, se montrait d'une insupportable exigence (1).

En IG98, Briie entrepiit une grande expédition vers le haut Sénégal. 11 revit le Siratik, renouvela avec lui son alliance et déti-uisit l'influenee hollandaise que les mareliands d'Arguin essayaient d'étendre. H pénétra dans le Galam, pays des mines d'or, au fonHueiit du Sénégal et de la Falémé; rencontra les Sarracolets et les Jlandinguea, peui^e actif et industrieux qui faisait alors tout le commei-ce de l'Afrique occidentale. Il visita tes cataractes du Félou, et forma le projet qui l'occupa pendant toute la durée de son administration, et qu'il a exécuté en partie, d'échelonner une ligne de postes fortifiés l.p long du Sénégal, pour assurer une protection constante aux voyageui-s et aux marchandises.

II songeait aussi à ouvrir une route commerciale jusqu'au Niger. Ce second projet n'a été repris (pi'en 18Gy...

XVIH" SIÈCLE. — Le directeur entra ensuite en relation avec les voisins de la colonie française i les Anglais et les Portugais. En 1700. il explora les contrées méridionales : la région de la Gambie, où une compagnie anglaise rivale avait installé ses comptoirs, tandis qu'il envoyait un Frère Augustin, Apollinaire, dans la région du Bambouk, sur le haut Sénégal. Briie se rendit lui-même h Albréda, et aux îles Bissagos, et fonda un comptoir dans l'île Bîssao, îi l'embouclmi'e du Rio-Grande ; il visita le Saloum, la Casamanee et donna au commerce français un essor ijiouï. Mais ses agents le trahirent, les Anglais irrités et jaloux excitèrent

(1) Berlioux.

" Tantôt, il ramp&it comme art esclave, tantôt il s'emportait comme une bSte foiieusc ; il mendiait auprès des Français, et quelques instants après il les insultait. Nous le verroi pendant des journées entières et massacrer dans sou entourage tous ceus qui effrayaient sa politique ■ombrageuse, et dévaster ses propres villages pour grossir le nombre des captifs ".

a moment

contre lui le damel du Cayor, Latir, qui, sous prétexte de négociation, attira Briie à Rufisque et le fit prisonnier. Délivré, moyennant une forte rançon, Briie rentra à Saint-Louis et reçut tout à coup de France un ordre de rappel (1702). Il était nommé directeur général du bureau central de la Compagnie.

Sous ses successeurs au Sénégal, Le Maître, de la Combe, Mustellier et de Ricliebourg, ses grands desseins furent abandonnés et son œuvre compromise. La compagnie de Paris fit faillite et vendit ses privilèges h la compagnie de Rouen.

En 1714, Briie, sur les instances des actionnaires, se décida à retourner en Afrique. Il renoua ses relations avec les chefs indigènes, fit une expédition au lac Cayar, où plus de cinq cents marchands nègres et maures lui apportèrent leurs marchandises, et pénétrant plus avant chez les Maures-Trarza, il développa le commerce des gommes provenant des forets de Salicl, d'El-Hébiar et d'El-Fatak. En 1 71G, il envoya à la recherche des mines d'or du Bambouk, le sieur Compagnon qui signala rexistcnce d'importants gisements aurifères dans le bassin de la Falémé et traça la carte de tous les pays visités par lui. L'année suivante, le gouverneur du Sénégal signa avec les Maures-Trarza un traité de commerce et fit la chasse aux bâtiments interlopes anglais ou hollandais qui faisaient la contrebande sur le fleuve. C'est alors qu'on conmiença h dresser la cai-te du Sénégal.

Une expédition scientifique, composée d'ingénieurs, pénétra pour la première fois dans l'intérieur du continent africain ; en même temps, les officiers de la compagnie française relevaient les côtes depuis le cap Blanc jusqu'au Sierra- Léone.

Les renseignements ainsi recueillis, furent remis par les soins de Briie au géographe d'Anville et trois cartes nouvelles furent dessinées.

La compagnie de Rouen fut dissoute en 1719. Son privilège passa à la compagnie d'Occident, fondée par Law : elle confirma les pouvoirs d'Andi'é Briie. Les mines du Baml)ouk tentaient l'avidité des actionnaires, mais tant que vécut le directeur du Sénégal, les trésoi's bîen réels de l'Afrique sénégalaise ne firent aucune dupe parmi tant de souscripteurs avides, qui s'arrachaient alors aux guichets de la rue Quincampoix les folles valeurs de l'Eldorado mississipien. Briie ne cessa pas d'aillem-s de faire explorer le haut Sénégal et de chercher le chemin du Niger.

En 1720, Briie résigna ses fonctions et revint en France, mais il continua à diriger les affaires de la colonie et en 1723 il y reparut pom* la troisième fois. Pendant cette dernière période, il fit la conquête d'Arguin '' qui donna à la compagnie, l'exploitation exclusive du commerce des gommes et la domination du littoral, compris entre Saint-Louis et le qs]) Blanc " (1).

(1) Bcrlioux.

Le poste d'Arguîn avait appartenu au Brandebourg, puis à la Prusse de 1688 à 1711 ; à cette date, les Hollandais roccupèrent ; en réalité Arguin '' était un entrepôt et un refuge pour les interlopes qui faisaient de la contrebande au détriment de la compagnie du Sénégal" (1). Après une guerre assez longue et difficile, les Français, restèrent maîtres d' Arguin et de Portendick, les deux seuls forts de la côte du Sahara occidental, qui permettent aux indigènes de communiquer avec les marchands européens, et qui pouvaient, à l'occasion, servir de points d'attaque contre le Sénégal, soit aux Européens, soit aux Maures.

André Briie rentra en France au mois de juillet 1723 et quitta définitivement l'administration de la compagnie. Il avait le droit d'être fier de son œuvre. En 1677, la Fi-anee ne posséilait sur la côte occidentale d'Afrique que les deux forts de Saint-Louis et Gorée. En 1724, elle avait cinq forts : Saint-I^ouis, Arguin, Saint-Joseph, Saint-Pierre et Gorée ; et six comptoirs : Portendick, Joal, Albréda, Bîntan (ou Vintang), Gérèges (ou Marsassou), Bissao. Son influence s'étendait en outre sur les contrées riveraines du fleuve, et si elle n'avait encore ni territoire, ni sujets, ni colons, si le total des bénéfices de la Compagnie ne s'élevait qu'au faible chifl're de 300,0<X) livres et ses achats seulement à un million (2), du moins elle était la première établie à l'embouchure d'un beau fleuve, et elle tenait la véritable clef du Soudan. (3) "

Pendant tout le dix-huitième siècle on fit peu de choses en Afrique, et le Sénégal fut presque délaissé.

Cependant, pour protéger ses comptoirs, la Compagnie dût construire un petit fortin en 1743, h Podor, sur le Sénégal.

La guerre de Sept Ans ayant éclaté, les Anglais s'emparèrent de Gorée et de Saint-Louis (1 758-1 7G3) et en chassèrent les Français. Cependant, au traite de Paris, en 1703, la France recouvra le poste de Gorée et le duc de Lauzun dût reconquérir le reste du Sénégal (1779), qui nous fut reconnu définitivement par les Anglais au traité de Versailles en 1783, après la guerre d'Amérique. (4)

En 1787, le damel du Cayor céda aux Français le cap Vert et les teiTcs voisines avec le petit village de Dakar, où la Compagnie créa un poste commercial .

En 1784, la colonie, toujours entre les mains des associés de la compagnie

(1) Borlioux.

(2) Voici quelques chiffres pris de l'ouvrage do Berlioux. — Marchandises exportées : 30,000 cuira verts, 4,000 ou 4,500 esclaves, 2,500 quintaux do cire, 2,500 quintaux d'ivoire, 500 marcs d'or, 1400 quintaux do gomme, 1,000 pagnes, de Tambre, des plumes et autres provisions en quantité indéterminée. — Un esclave de premier choix se vendait 30 barres ou 45 livres.

(3) Lanier. — L'Afrique.

(4^ Par l'article 9 du traité de Versailles, signé le 3 septembre 1783, le roi d'Angleterre consentait à restituer à la France : Saint-Louis, Podor, Galam, Arguin, Portendick et Gorée,

du Sénégal, fut administrée pour la première fois par un gouverneur nommé par le roi.

En 1791, l'Assemblée nationale constituante décréta la liberté commerciale aux colonies et la compagnie du Sénégal fut dissoute.

Les dernières années du règne de Louis XVI avaient profité k la colonie : îles voyages d'explorations avaient été entrepris : le premier par le négrier Lamiral, conduit par les besoins de son commerce jusque dans le pays de Galam. et qui a

UN l'O.NT EN AFRKiL'E

donne sur leB Maures de la rive droite du Sénégal, de très curieux détails ; le second par le commandant de la corvette La Bayvimaise, La Jaîlle, qui de 1 itSi h, 1785, reconnut les côtes du cap lîlanc à Sierra-L;ioue ; le troisième en 178'3. par Kubault, agent de la compagnie du Sénégal, qui traversa la partie septentrionale du Cayor, le Djolof, le Nïanï, \s Boundou, franchit la Falémé, près de Kagnousa et atteignit le fort Saint-Georges, d'où il revint à Saint-Louis par le fleuve ; le quatrième par le capitaine du génie Golberry, qui traversa le Cayor de Saint-

T^uis k Dakar, visita let e.scalcs du désert, le comptoir d'Albri^da et alla jusqu'il la colonie anglaise de Sierra-Lt'one.

Ce dernier insistait sur la ntccssitiî de s'établir fortement dans la contrée, J dont il énumérait les ressources. Il déplorait l'incurie dc3 administrateurs, ] rindifFt-rcnce du gouvernement, le mauvais état des fortifications, mais on ne J l't-couta seulement pas. Il fauilra de nouveaux désastres pour démontrer le bien i fondé de ses réclamations.

Pendant toute la période révolutionnaire, le Sénégal fut à peu prfcs oublié. La métropole ne dsiigna même pas songer au remplacement du gouverneur. Par une exception peut-ftre unique dans l'histoire coloniale, le major d'infanterie j Blanchot, nommé gouverneur en 1788 i)ai' le roi Louis XVI, conservait son j commandement sous le consulat de Bonaparte.

Les Anglais eux-mêmes — et pourtant ils étaient les maîtres incontestiîs de | l'Océan — ne songèrent îi s'emparer de Gorée qu'en 1800, et attaquèrent Saint- J Louis avec tant de mollcwse, que toutes leurs attaques furent vigoureusement I repoussces.

XIX" SIÈCLE. — La paix d'Amiens avait rendu Gorée h la France. Malgrd ' les stipulations formelles du traité, les Anglais ne consentirent j)as à rendre ^ ce poste, dont l'importance stratégique ne leur avait pas échappé. On se décida k le reprendre de vive force.

Victor Hugues prit la direction de l'armée et s'empara de l'île.

En 1809 le Sénégal nous fut encore une fols enlevé. Saînt-Louis capitula après quelques jours de slfegc. (14 juillet).

La colonie resta sous la domination anglaise jusqu'aux traitéw de 1814-15, qui nous rendirent définitivement nos comptoirs de l'Afrique occidentale.

Depuis cette époque, le développement colonial de la France est allé toujours croissant ; nos colonies se sont toutes étendues et nos finances ont trouvé dans ces nouveaux paya des débouchés importants.

Dans r ouest-africain, le Sénégal s'est augmenté, vers l'est du Soudan, jusqu'il Timbouetou et Sikasso et au nord de toute la côte de l'Atlantique jusqu'au cap ïîlanc ; vers le sud, la Casaraance, la Guinée française, la Cote de l'Ivoire, le Dahomey, le Congo, sont devenus des colonies différentes, après être restées de longues années des dépendances sénégalaises.

Toutes ces conquêtes préparent donc pour la France de l'avenir, des débouchés certains à. noti*e commerce et k nos i>roduîts manufacturiers, en mi-me -temps qu'elle assure à notre marine marchande une vitalité inconnue jusqu'il nos , jouw.

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