PALABRES
Palabrer est l'occupation joumalifre des Noirs; et dans leur amour pour ce droit de riîunion, ils relèvent k la hauteur d'une institution sociale.
C'est, chez tous Igp peuples de l'Afrique occidentale, leur plus cher privilège; aussi îi propos de tout ou de rien, le conseil de chaque village se r(Sunil:-ïl pour palabrer, se refjarder, se tourner les pouces et la plupart du temps apr^u plusieurs heures de repos lever la séance sans avoir rien décidé et souvent même rien dit.
dîstauce on a' étudie, car il Sâraît imprudent d'engîiger un sentiment qui pourrait Ctre mal compris, de part ou d'autre.
Enfin, après \m entretien d'une demi-heure, où l'on a (-changé qnc dw phrases banales, je croîs qu'il est enfin néceasaïre d'en venir aux causes quî nous ont fait nous réunir.
Par l'intcmiédiaire d'Ibrahima, qui traduit ma pensée k un pei-aonna^e de la cour de Modi Sidï, qui lui-m^me rapporte k celui-ci et aux aasistAnts, le» paroles de notre interprète, je m'informe de la santé de l'alpha Yaya.
Je suia venu, dis-je, pour vous voir, étudier les ressources de vot pays, vos besoins, et vous engager h descendre plus souvent k la côte» pour, apporter du caoutchouc, du mil et des bestiaux. Je me proposais de dïi ces questions avec alpha Yaya, afin d'éviter, pour l'avenir, des malentÉllf désagréables, el connaître ses intentions sur la répression des révoltés du Ghil et du Foréah.
Modi Sidi me fait répondre :
Il y a environ une lune, j'ai reçu ta lettre que tu adressais îi Yaya, et la ai fait parvenir. H m'est d'abord arrivé un" premier coun-icr de Labé m'ordonnait de bien te recevoir, de veiller k ton installation, et de noi toute ta troupe. Il y a quelques jours, un second me faisait savoir, qu'un en'' spécial allait partir de Coubia, avec des lettres aib-essées en ton honneur.
Ce messager est arrivé hier soir, et aussitôt je t'ai fait pi'évenîr.
Je remerciai Modi Sidi du bœuf qu'il m'avait fait parvenir la veille, et l'activité qu'il avait déployée pour me mettre en relation avec son suzerain.
Modi Sidi prit les lettres, que Yaya m'adressait, les décacheta et le» passer au marabout de Kadé qui en conmien<,*n. la lecture.
Le texte ne m'en est pas resté, mais après avoir longuement invoqi Allah et Mahomet, l'alpha nous parle de ses relations avec les blancs dl Khayes et de ceux du Nunez, de la guerre du Kakandé (rio Nunez), entre l Foulahs, les Laudoumans et les Nalous, conduits par l'infortuné Dinah Salifou, contre les lolas du Coumpony et les Foulacoundas du Foréah. Puis, il rappell la révolte du Gabon, et écrit :
" Je sais que le temps des Blancs est arrivé, et que ceux-ci sont appelés k diriger les hommes libres comme les esclaves ; je leur demande donc, puisqu'ils ne veulent pas que je fasse la guerre k ceux qui se sont insurgés contre mon autorité, de veiller k ce que mon patrimoine reste intact, et h ce que mes ennemis me rendent les esclaves qu'ils m'ont volés. "
Cette partie pohtique était un peu imprévue, cependant, j'en parlai de mon mieux, cherchai h, les rassurer par les progrès militaires que la France faisait vers le haut Niger, et leur fis espérer qu'après que l'on aurait mis à la raîaoi le turbulent Samory (Samadou), on penserait h cette partie du Fouta.
Les instruments de musique sont représentés par des espèces de tambours, des instruments à cordes et, dans certaines parties du Fouta, par un genre de cor des Alpes : les principaux sont le tam-tam (tronc d'arbre évidé), le kora (harpe mandingue), le balafon (sorte de xélophone), le tabala (genre de grosse caisse), la guitare, la flûte, etc.
Lesgriots, lorsqu'ils sont bien exercés, sont capables de faire de la musique harmonieuse ; pendant que l'orchestre exécute, les musiciens chantent des solos, des duos ou des chœm's, et leurs femmes, les griotes, les accompagnent.
Chez certains peuples côtiers, conmie les Nalous, les Soussous, les Timenés, les'chants sont de rigueur dans le moindi'e travail d'ensemble. Dans les embarcations, le chant rythmé encourage les rameurs, ils chantent ensemble les événe-ments du jour, l'arrivée d'un personnage influent, la visite d'un européen, etc.
Le plus habile du groupe dit une tirade en l'honneur de l'individu, et tous en chœur répondent :
^' Vive le Blanc ! qu'il soit le bienvenu ! qu'il vive parmi nous et qu'il soit content ! " Après ce refrain, une voix récite une nouvelle tirade et le chœur reprend, et, cela ainsi de suite. Le temps s'écoule et la course est terminée sans qu'ils se soient aperçu de la longueur du trajet.
Ce genre de distraction n'est pas, comme on pourrait le croh'c, particulier aux peuples africains; en Normandie, en Bretagne, les marins chantent aussi pour se divertir en mer ou pour exécuter des mouvements d'ensemble.