‹ En GuinéeChapitre 47 sur 115 · UN SIMO · texte numérisé non relu

UN SIMO

d'être plu» civilisi^a el de ne rëpandro que la vérité et la'science la plus profonde.

Dans la partie de l'Afrique dont nous nous occupons, le» peuple» païens sont encore nombreux, mais, par suite de l'invasion continuelle et nictliodique des musulmans, le fétichisme tend h disparaître.

Le» peuples païens vivent en effet dans un état moral peu enviable, et tout leur culte consiste dans l'adoration;de la nature, des astres, des bois sacrés el des animaux.

Chez quelques tribus fétichistes plus avancées par l'intelligence, il existe un culte plus recherché qui est représenté nelon le3 pays par dea prCtres, que l'on nomme "eimos" chez les Soussous, "porro", chez lesTimenésetlesLandoumans, et "doua" chez les Bambaras ou les Mandingues fétichistes du .Séni-'gal, et chez les Bobos de la boucle du Niger.

Les interprétateurs de cette religion liabitent les lieux retirés, et ne se montrent que peu en public.

Les "bois sacrés" sont le refuge ordinaire des '"Simos", prêtres, jongleurs et astrologues, connaissant k merveille l'art d'exploiter la crédulité de leurs semblables.

Les "Simos", d'origine Soussou, ont formé des adeptes chez les peuples païens de notre colonie de Guinée.

Cachés dans les bois, ils apprennent à leurs jeunes initiés, l'art de préparer des poisons, de tirer parti de la supcrstitiou des noir», de prédire l'avenir et de ffiire de la sorcellerie.

Ils assistent par petits groupes aux fâtes des villages, et sont nourri» aux frais des patienta qu'ils exploitent; ila se montrent déguisés avec des peaux de bêtes ou recouverts de fetUllage.

Leur présence est annoncée par des hurlements et des sifflets; leur retraite est dans les bois,- et malheur h l'individu qui serait surpris dans leur propriété : la rançon ou la mort en serait le chfltiment.

Les Simos sont continuellement au courant de ce qui se passe dans la contrée.

S'est-il commis un vol? un assassinat? Si l'on obtient leurs bonnes grâces on est presque certain de retrouver l'objet volé ou le fauteur du délit.

Cette secte est sacrée et les indigènes ont pour les initiés, une grande Téuération.

Les anciens affiliés gardent toute leur vie la crainte de parler de leur mystérieuse jonglerie, aussi peu d'Européens ont -ils eu des renseignements précis Btir la manière de vivre de cette secte.

Chez les Timenéa, cette même secte politico-religieuse existe sons le nom de "Porro".

'* Les affiliés jouissent d'un grand prestige et savent en faire usage; aussi " les recrues ne manquent-elles pas- Tout enfant que ses parents destinent au Porro est remis, h, l'âge de neuf k dix ans, k un des prêtres de l'association. Le nouvel adepte est conduit ilans la forêt du Porro et reste là pendant plusieurs années, quelquefois dix ans de suite, sans revoir son village, ni ses parents. On lui fait, sur le dos et sur le bras, des incisions, des tatouages qui devront le faire reconnaître plus tard pour un affilié ; on lui enseigne le dialecte Porro, composé surtout de noms de plantes et d'animaux ayant des significations particulières. Il apprend à connaître les vertus des

plantes, à pi-i^parei- les mi^decines et les poisons, à se dégriser, et, enfin, à faire guerre de surprises, familière k ces pays, et pour laquelle son long séjour dans 1 bois lui donne des aptitudes toutes spi^ciales. En un mot, on l'instruit dans tous 1 Hecrets de l'association, apri'S qu'il a prête le serment de ne jamais les divuIgTie

Les parents sont oliligiis de nouiTÎr leurs enfants pendant tout le temps t leur initiation; c'est un homme du Porro qui leur sert d'intermédiaire.

Lorsque les prt-tres trouvent que leurs élèves sont suffisamment instruit ils préviennent les villages voisina que le Porro va rentrer, et que les jeunes gei vont retourner dans leurs familles.

Le jour venu, toutes les femmes et les g'eus qui n'a|}partiennent pas 8

PSrro, se renferment dans leurs cases. Le prôtre passe alors et jette un i terre ou de fer cassé devant les cases des parents auxquels l'enfant ne peuu rendu, soit parce qu'il est réellemeut mort, soit, ce qui arrive quelquefois, i qu'il a été vendu.

La mfere n'a pas le droit de demander de quelle maladie son enfaj mort, ni le lieu de sa sépulture. On lui dit simplement : "le Porro l'a i et elle doit ae contenter de cette réponse.

Dans le Quiah, un homme appaitenant h la secte du Porro ne peut J roi, mais, dans le Yonî, le Marampa et le Massimerah il faut être, au contif Porro pour obtenir cette dignité (1). "

(1) Bulletin dt la Société de géographie de ManeUle, a" 7, 8 et 9, 1880. - Voyage aux sources du Niger.

c'est surtout à l'entrée de l'hivernage, qu'ont lieu ces cérémonies. Pour eux, les processions dans les lougans ont peut-être pour but d'en cbaaser les esprits malfaisants au moment de la culture, ou bien encore de faire pleuvoir.

Chez les Bambara et les Malinké du haut Sént^gal, il existe aussi des Don mais ceux-ci sont inoffensifa (l). "

A côté de cette pratique fétichiste, née du reste avec le monde, existe religion musulmane si pleine de vigueur et a'étendant chaque jour à quelqtû villages voisins, ri^pandant partout un nouveau genre de vie, de nouvellea coutumes et développant, peu à peu, l'intelligence des races barbares, vers uua esprit plus conforme h. l'état du monde lui-mÔme.

Du reste, l'Islam est une religion tellement accréditée chez les races sémitique» ou noires de l'Afrique septentrionale, qu'il ne faut pas se dissimuler qu'elle est très diffidile h ébranler. Le mahométisme est une religion rebelle au christianisme, et les prophètes mahométans sont de très sérieux concm-rents pour les missionniûres chrétiens.

Aussi, le christianisme qui a attaqué l'Afrique de tous côtés a-t-il îi peine réussi à grouper autour de lui, depuis plus de deux siècles, quelques milU»? d'adhérents plus ou moins fidèles, enlevés encore aux fétichistes.

Leur livre, le Koran, est, pour eux, un code civil, moral et religieux, il leur enseigne la science qu'il a puisée du reste dans la Bible.

Mungo Park découvrit que les Nègres possédaient en fait de livres religieux, ceux de Moïse que les indigènes appellent Tawreta la Mouza, la traduction des psaumes de David (Zabora David) et du livre d'Isaïc (Liylli la Iza). *' Au moyen de ces livres, dit Mungo Park, les Nègres qui professent le mahométisme ont pu acquérir la connaissance des événements les plus remarquables de l'Ancien Testament. Je citerai particulièrement l'histoire des premiers hommes, la mort d'Abel, le déluge, la vie d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, l'iiistoire de Joseph et de ses frères, les hauts faits de Moïse et de Salomon. Plusieurs nègres m'ont raconté couramment toutes ces choses en mandingue, et comme je m'étonnais qu'ils connussent ces événements, ils s'étonnaient encore bien davantage que j'en fusse instruit aussi ".

Parmi les légendes, il en est une qui se rattache directement à la Bible. M. Grimai de Guiraudon qui vécut en Afrique, entendit des Musulmans, la fable suivante :

" Noé, qui était cultivateur, s'enivra un jour avec une boisson femientée : alors Cham, le plus jeune de ses fils, le tourna en dérision dçvant ses fils îi lui, ses frères et leurs fils. Noé s'étant réveillé, entra dans une grande colère et saisit una poignée de boue noire, pour la jeter sur Cham, qui prit la fuite, suivi de ses fils.

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(1) Binget. — Du Siger au go^^ dv Ouinit.

La boue atteignit un des fils de Cham, lequel devint immédiatement nègre, ainsi que l'ont été depuis tous ses descendants : seulement, en se baissant pour éviter la boue, il avait posé les mains par terre, ce qui fit que les paumes de ses mains et les plantes de ses pieds restèrent blanches ".

Chez les Musulmans, les histoires sont aussi nombreuses que variées, cependant au point de vue religion, ils savent qu'il en existe trois principales et qu'ils désignent sous le nom de '' chemin " :

Le chemin de Moïse, le chemin de Jésus et le chemin de Mahomet. • " Nous croyons en Dieu, à ce qu'il nous a envoyé, k ce qu'il a révélé à Abraham, Ismaël, Jacob, et aux douze tribus; nous croyons aux livres saints que Moïse, Jésus et les prophètes ont reçus du ciel ; nous ne mettons aucune différence entre eux, nous sommes résignés à la volonté de Dieu, nous sommes musulmans (1). "

... ' ' Vous êtes le peuple le plus excellent qui ait jamais surgi parmi les hommes; vous ordonnez ce qui est bon et défendez ce qui est mauvais, et vous croyez en Dieu. Si les hommes, qui ont reçu les Ecritures voulaient croire, cela ne tournerait qu'à leur avantage, mais quelques-uns d'entre eux croient, tandis que la plupart sont pervers (2). "

Le Koran est comme la Bible, il se recommande à ses adeptes, il coule sur les passages et les questions délicates et difficiles; ses phrases sont souvent vagues, et peuvent être interprétées selon les événements.

D'après les Arabes, le Koran est, au point de vue littéraire, l'œuvre la plus belle qu'il y ait jamais eu.

Les principes fondamentaux de ce code, reposent sur Tunité absolue de Dieu; le Saint-Esprit est représenté par l'ange Gabriel; les anges sont des messagers de Dieu, mais ils sont mortels; sans la croyance en un Dieu unique et à la\de future, il n'y a point de salut; les peines de l'enfer peuvent ne pas être étemelles si Dieu le veut, mais un purgatoire est admis et les délices du paradis sont réservées aux croyants qui ont en même temps pratiqué le bien. Ces délices sont dépeintes sous des traits grossiers et sensuels, mais plus attrayantes, sans doute, pour un peuple vivant, comme les Arabes, dans des contrées échauiffantes et enivrantes qui satisfont si bien leur caractère et leur constitution physique.

En effet, dit M. Kasamirski, la promesse de cours d'eau, de jardins, de verdure, d'une douce fraîcheur, de femmes sans vieillesse, devait paraître le comble du bonheur pour des hommes brûlés par le soleil, entourés de plaines ou de montagnes arides, manquant souvent d'eau, et ne trouvant dans l'autre moitié du genre humain qu'une très courte époque de plaisir, parce qu'ils ne voyaient et

(1) Koran, m, 78.

(3) Konun, m, 108.

ne trouvaient dans les femmes, rien qui ne les élevât au-deaaus des brutes. Il eat cependant bon ile remar(|uer que les premiers temps de l'Islam offrent de» exemples d'une grande pureté de mœura, d'une cliasteté, d'un ascétisme, d'un spiritualisme, qu'on ne s'attendrait pas Ji trouver chez un peuple berc<î de promesses du paradis mahonnîtan, soit que la piété ait voulut mériter ces récompenses par une vie de privations, soit que les bons instincts de la nature tumaine se soient char^'és eux-mCmea d'épurer une religion qui s'adressait d'abord aux sympathies du vulgaire. Selon le Koran, Dieu gouverne le monde, il a réglé toutes les choses d'avance; mais il exauce l'homme, son serviteur, et la prière a quelque efficacité; c'est un dogme postérieur que l'intercession de Mahomet an jugement doiTiier sera également admise. Quant au culte extérieur, cinq chosea constituent l'Islam : la prière, le jeûne, l'aumône, le pèlerinage de la Mecque et la guerre sainte ou, pour prendre le mot djihad dana son sens le plus adouci, la propagande religieuse. La morale du Koran accepte tous les principes moraux des auti-es peuples, mais elle ne s'étend pas en termes aussi positifs que le christianisme à toute la race humaine.

Si le succès prodigieux et i-apide de l'Islam, le nombre de ses sectateurs répandus sur tout le globe, la puissance et l'éclat, les sacrifices et les martyres étaient le critérium de la vérité d'une religion, l'Islam pourrait être la religion vraie, car il a aussi son martyrologe. Quand on songe que le peuple arabe du temps de Mahomet, se trouvait en contact continuel avec le christianisme et le judaïsme, et que ces deux religions si puissantes dans le reste du monde, n'ont fait que peu de jirogrès au sein de l'Arabie, on est forcément conduit h en conclure que le culte formulé par Mahomet était le seul qui s'adaptât au caractère de ce peuple inaccessible h toute autre action civilisatrice.

L'esprit encore étroit des races sémitiques comme des races noires, ne permet pas d'aborder d'emblée les grandes questions et surtout de les discuter. La suprématie actuelle de l'Islam sur le Catholicisme vient de la simplicité même de son culte et de sa doctrine, qui se rapprochent beaucoup des lois de la nature.

Les Noirs ont une organisation physique par trop rudïmentaire, pour être en état de comprendre notre religion et nos lois, l'Islam peu savant et peu tolérant développe peu h peu chez eux, la culture intellectuelle, les idées d'une morale relative, le goût du commerce, le savoir vivre et le bien-être, toutes choses suffisantes aux Noirs.

La propagande musulmane est une étape vers la civilisation : elle a fait disparaître l'anthropophagie, la nourriture impure, elle réprouve l'ivresse et encourage l'étude.

Ce mouvement qui a englobé toute l'Afrique septentiionale, a souvent rencontré près de lui l'influence des chrétiens et celle des idées européennes.

Celle-ci a affaibli considérablement le sentiment religieux et a tranaformé et modernise' dans certains pays les loia parfois absurdes de l'Islam.

Chez certains peuples, même féticliistes, lea notables des tribus païennes ont senti que le culte do Mabomet leur était, dans certaines occasions, extrêmement utile. C'est ainsi que chez les Nalous, les Landomnans, lea Mandïngues et les Soussous, certains se sont faits musulmans ijour te besoin de leurs affaires ou de leurs intérêts. LEi, cependant, la doctrine du prophète est loin d'ttre suivie dans toute sa pm*8té et la piété des fidèles est souvent contestée, mais ce sont les besoins de la vie matérielle qui les ont faîC s'occuper de la vie spirituelle et les ont fait des adeptes de Mahomet.

Les préceptes du Korau sont, du reste, adoucis et même contestés, suivant le caractère des peuples et des individus et le jeûne du Rhamadan est la seule

UNE MOSOUEE

pratique de l'Islam vraiment observée. H est vrai, que si cette habitude a été acceptée par ceux-ci, c'est uniquement pour permettre les réjouissances que le " Livre Sacré " prescrit h. l'apparition de la lune.

Chez les peuples franchement musulmans, les Foulahs par exemple, le Rhamadan, mois de jeûne et de recueillement est ponctuellement observé. Du lever du soleil h sou coucher, ils observent une abstinence complète qui ne leur permet pas même de prendre une médecine ou un peu d'eau. Cinq ou six fois par jour les fidèles se réunissent pom- prier et chanter les louanges du prophète. Le plus considéré du groupe se place eii tête de la réunion et donne la cadence dans les prières adressées à Dieu. Tous les fidèles joignent les mains ensemble et portent la tête vers la terre, de manière à laisser sur le fi-ont et le nez des traces de poussière qu'ils ont bien soin de conserver le plus longtemps possible car c'est un signe de continuelles prières.

Lorsque le voyageur arrive à ces époques de carême dans les contrées muaulmaues, il ne lui est plus permis de dormir : jour et nuit les Musulmans sont en prières et prient alors k haute voix. Lorsqu'ils rentrent chez eux, c'est pour recommencer encore, tandis que, de la Mosquée, le marabout d'une voix lente et monotone rappelle encore que Dieu et Mahomet remarquent les vrais fidèles, pour leur réserver une vie meilleure.

Comme on le remarquera, l'Islamisme, modelé îi l'image des religions déjà existantes k l'époque oh il fut créé, a été peu à, peu remanié pour être enfin mis à la hauteur de l'intelligence des différents peuples qui adhéraient à ses principes et, aujom-d'hui encore, on peut noter l'analogie qui existe entre certaines pratiques musulmanes et celles de nos religions européennes.

Mis h la portée des Arabes et des Noirs, il eût bientôt de nombreux adeptes ; la persuasion, la nécessité ou la force finissent par triompher des rebelles et des

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