MARABOUT
hésitants, et par répandre, il y a déjà plusieurs siècles, ses bienfaits particuliers, aussi bien en Asie qu'en Afrique :
" Chaque fois qu'un esclave mâle entre dans une famille musulmane, dit Binger, le maître, après lui avoir fait faire les ablutions, l'emmène k la mosquée aux lieures consacrées à la prière. — Mais je ne sais pas faire la prière — ne manque pas de répondre l'esclave. — Viens toujours, tu feras comme moi, — répond le maître.
Arrivé à la Mosquée ou au lieu qui en fait l'office, — la plupart du temps, un fer à cheval tracé avec des pierres, dont la partie arrondie, le chœur est tourné vers l'Orient, — on fait la prière. Chaque fois que le maître se prosterne ou se redresse, l'esclave l'imite fidèlement. Le " Allaho akbar ' est répété, la céré- ^ monie terminée, l'esclave est sacré musulman. Au bout d'un séjour d'un ou * deux mois, il ne circule plus sans son chapelet, et mêle dans sa conversation le nom d'Allah. — S'il y a des enfants, lisseront instruits comme les enfants
des maîtres et plus tard ses esclaves à. lui seront convertis comme il l'a été luimême.
Voilà pour lea conversions isolées.
Examinons maintenant comment les musulmans convertissent les fétichistes chez eux dans leur propre pays.
Est-ce par reUgion ou est-ce par nécessité? — Nous n'hésitons pas à dire qu'ils agissent sous les deux mobiles ; du reste, ce qu'on ne peut nier, c'est que leur conduite ne manque pas d'habileté. Le trait suivant le prouvera. — Il y a une centaine d'années, le domaine de la colonie musulmane de Kong ne s'étendait guère qu'à quelques kilomètres de la ville. Environnés de tous côtés de peuplades fétichistes, qui ne vivaient que de rapines et de brigandages, les gens de Kong ne pouvaient se livrer aux transactions commerciales et écouler leurs cotonnades qu'avec de grosses pertes, provenant des droits exorbitants à payer aux roitelets féticliistes des environs, sous peine de pillage. Qu'ont-ils fait? Ils ont établi de proche en proche des familles musulmanes de Kong dans tous les villages situés sur le parcours de Kong à Bobodioulasou d'abord, Djenné ensuite. Ils ont mis cinquante ans pour doter chaque village d'une ou plusieurs familles musulmanes. Chacun de ces immigrants a organisé une école, demandé à quelques habitants d'y envoyer leurs enfants, peu à peu, par relations avec Kong d'une part et les autres centres commerciaux d'autre part, ils ont pu rendre quelques services au souverain fétichiste de la contrée, capter sa confiance et insensiblement s'immiscer dans ses affaires. — Y avait il un différend à régler, c'était toujours au musulman que l'on s'adressait. Eut-il été tout seul dans le pays que le roi l'aurait chargé des négociations, parce que, généralement, le musulman sait lii"e et écrire et qu'il a la réputation d'être un homme de bien en même temps qu'un homme de Dieu.
Arrivait-il que le musulman ambassadeur échouait dans sa mission, il ne manquait pas de proposer au roi fétichiste d'employer l'intermédiaire des gens du Kong, et les fétichistes se trouvaient ainsi sous le protectorat des états musulmans de Kong.
Peu à peu, l'Islam fit des progrès, d'autres colonies vinrents' établir chez les féticliistes qui ne manquèrent pas de se convertir. Ces derniers avaient reconnu bien ^-ite que le seul moyen de trouver aide et protection partout où ils passeraient, c'était d'avoir la même religion que les musulmans. — Les musulmans ne vivatentîls, du reste, pas tous dans une aisance relative et entourés d'un bien-être supérieur au leur?
Le fétichiste, tout en se rendant compte que ce sont le commerce et l'industrie qui donnent la prospérité aux muaulmans, attribue beaucoup leur bienêtre à l'intervention de l'Être Suprême, et le musulman s'en garde bien de
î'en dissuader : — " C'est Dieu qui le veut ainsi", lui dit le musulman (1) ". J Pour sa propre expansion, l'Islam a quelquefois employé la force ; maiB les I Musulmans s'en sont moins servi pour conquérir les peuples et les soumettre h. leur ' foi que pour les placer sous leur domination ; la religion a, du reste, été l'excuse de tous les ambitieux nfegres qui sont d'autant plus intolérants qu'ils sont plus avides de domination. En effet, les Maures, les Foulalis, les Mandingnes n'ont eu d'autre désir, en convertissant les idolâtres, que de les déposséder et de les faire travailler, pendant qu'ils se reposeraient en qualité de muaulmans, de détrouaaeura, et d'hommes de naissance libre.
La propagande musuLnane ne s'est donc faite et ne se fait, qu'autant que les musulmans, y trouvent des satisfactions intéressées.