LA JUSTICE
Au Fouta, la justice est l'apanage des chefs qui, assistés de quelques notables forment ce qu'on appelle le Conseil.
Le crime, le vol ou toute contravention aux lois du Koran est réglée parle Conseil des Anciens des missidés (1).
Hecquard assista kFougoumha aune assemblée qui jugea un fj-aticide. Voici dans quelles circonstances ce crime avait été commis. Un des grands du village
(1) VUUffe habité pu les hommM libres et où se troare une moiqaée.
étant mort sans laisser de frère, sa succession revenait de droit à trois 6,h qui lui survivaient. Deux semaines après le décès, ceux-ci prirent jour et heure pour procéder au partage. Le lieu du réndez-vouB était la case de l'aîné des trois frères. A l'heure convenue, ses deux cadets arrivèrent, et l'ayant trouvé endormi, le plus jeune dit au second : "Notre frère a prispoursapart le sommeil; laissons-le lui, et partageons tout le reste ". Après quelques observations, l'autre consentit à cet arrangement, et chacun, après avoir pris la moitié dés effets et des captifs de leur père, rentra chez soi. A peiue étaientr-ils sortis que l'aîné s'éveilla, et, ne trouvant plus chez lui, ni captifs, ni effets, courut demander à ses frères pourquoi ils avaient partagé sans lui et ce qu'était devenu son lot : " Ton lot, répondit le plus jeune, tu te l'es fait toi-même : c'est le sommeil. Garde-le bien, de peur que quelqu'un ne te le prenne ". — " C'est bien, répondit l'ainé, je l'accepte. Mais rappelez-vous que celui qui touche îi l'héritage de ses frères peut être tué par celui-ci, s'il est
pris en fli^^rant délit. Ayez donc bien soin de ne pas toucher k la part que vous m'avez faite et que, encore une fois, j'accepte ":
Pendant quelques jours, le spolié se borna k aller de case en case racontera ses parents et k ses amis le singulier partage qu'avaient fait ses frères ; puis une nuit, il prit avec lui plusieurs témoins et se rendit h la case de son frère, armé d'uu fusil. Après avoir frappé h, la porte, qui se trouvait ouverte, et avoir vainement appelé plusieurs fois son frère, il entra, et le trouvant endormi, il fit venir les personnes qui l'accompagnaient et leur dit : " Vous savez la part que m'a faite mon frère, il m'a donné le sommeil ; or, en ce moment, il vole mon bien puisqu'il dort ' '. Et sans laisser aux assistants le temps de prévenir l'exécution de sou projet, il ajusta son frère, lui cassa la tête d'un coup de fusil et rentra tranquillement chez lui.
Son secoud frère, épouvanté et redoutant le même sort, vint lui proposer de reprendre le bien dont il l'avait frustré ; il l'accepta et le laissa en paix. Quelques jours plus tard, le meurtrier comparut devant les Anciens du village, qui
1 acquittèrent, ** considérant que Taccusé n'avait fait que défendre son bien que ses frères lui avaient abandonné en échange dfe sa part dans Fhéritage de son père. " Puis, séance tenante, et comme il était Taîné des trois, ils lui adjugèrent les biens et les femmes du frère qu'il avait tué.