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FORCES MILITAIRES

La lourde charge des services de police et d'administration est la conséquence de Té tendue et de l'éloignement considérable des territoires qui composent maintenant les établissements anglais. La péninsule de Sierra-Léone est, elle-même, peuplée de nombreuses tribus d'Africains libérés, qui n'ont parmi eux aucun Blanc qui puisse les diriger avec autorité, ou qui, par sa position de propriétaire terrien ou de chef d'industrie, puisse exercer sur eux une bienfaisante influence. Cette situation force le gouvernement h entretenir à grands frais, une oi^ganisation relativement nombi*euse d'employés, de police, etc .

La force militaire employée k l'occupation de la Colonie, consiste en un fort détachement du Régiment des Indes Occidentales, et une garde particulière an Sierra-Léone, que l'on appelle Frontières-Police . Cette milice comprend de l'infanterie, un peu de cavalerie et quelques artilleurs .

Free-Town possède un petit arseual et plusieurs dépôts de charbon ; sou port en eaux profondes, bien abrité et convenablement défendu, en fait un point de relâche forcé pour les bâtiments voyageant sur la côte d'Afrique.

La marine militaire anglaise a fait de cette ville un point où se concentre souvent sa flotte du Cap et de l'Atlantique Sud . De nombreux forte défendent Sierra-Léone contre l'approche d'une flotte étrangère .

COMMUNICATIONS

Sienu-Léone, située à l'embouchure de la Rokelle, est un des ports les mieux ravitaillés de la côte occidentale d'Afrique, aussi les paquebots, qui circulent sur le littoral, s'y rendent-ils pour prendre des chargements et augmenter leurs approvisionnements.

Sierra-Léone est visité, chaque semaine, par des vapeurs anglais, tous les quinze jours par des paquebots allemands, et tous les mois par des bâtiments français.

PEUPLES

i] UL ne connaît encore bien les races nombreuses qui peuplent le Sierra-Léone.

Sur le littoral, nous remarquons un peuple, appelé Boulome, qui paraît avoir habité le premier le pays ; ne serait-il parent des Bagas de la Guinée française? l'avenir, sans doute, nous l'apprendra; toujours estil, qu'entouré de populations soussous, il s'est assimilé peu à peu à elles et, dans beaucoup de régions, a adopté le langage diallonké. Lea Boulomea habitent aujourd'hui les pays situés entre la Rokelle et les Scarcies, puis plus au sud, le Sherbro et les rives voisines du Bagrou .

Les autres peuples de la Colonie sont les Timenéa, les Soussous (Mindé, Bagrou, Gallinas (?), Kourankho, etc.), les Limba et les SafFrokho, enfin lea Mandingues .

TIMENÉS

Les Timnés ou Timenés de race noire, semblent, par leur idiome, être parents dea Landotunans du bassin du Rio Nunez.

Ce peuple s'étend tant en façade sur le littoral que vers l'intérieur jusqu'au Lîmbah ; vers le Nord il touche les pays soussous du Bennah et du Tambakha, et su Sud lea régions habitées par Ica Mendi.

A la tdte de chaque boui^ important se trouve un chef dont l'autorité est très restrdnte, ce qui fait que chaque village reste indépendant ; cependant les

principaux districts habites par les Timenés sont le Port-Lokko, le Marampa, le Yoni, le Quoyali ou Quiah, le Bampoli, etc.

La population a été mélangée k la suite dos émigrations des peuples voisins qui ont été attirés chez les Timenés par la proximité du commerce de Sierra-Liéone; on y rencontre donc beaucoup de Lokko, de Limbah, de Safrokho, de Mandingucs, de Soussous, de Foulahs, de Houbbous, etc.

Comme tous les peuples de la côte d'Afrique, les Timenés travaillent un peu pendant la journée et dansent presque toute la nuit en s'accompagnant du bruit assourdissant du tam-tam et du tabala.

Les femmes cultiv(»nt les champs et s'occupent des soins du ménage, tandis que les hommes font la causette, sommeillent ou cousent quelque vêtement.

'' Un des traits caractéristiques des Timenés est la facilité avec laquelle ib disposent de la liberté do leurs semblables : k la moindre dispute, celui qui a tort ou qui est le plus faible est vendu par son adversaire. Cela arrive notamment dans les cas d'infidélité conjugale, le mari outragé ayant le droit de vendre l'amant et même la femme coupable si bon lui semble.

Il arrive aussi, fréquemment, que des parents vouent leurs propres enfants à l'esclavage. Il ne les vendent pas directement, -comme ils le font des autres esclaves, mais ils les mettent en gage lorsqu'ayant encouru une amende ou contracté des dettes, ils n'ont pas d'autres moyens de se libérer. L'en&nt, ainri mis en gage, peut être mcheté i)ar ses parents, mais il est bien rare que ceux-ci puissent ou veuillent le faire, et c'est ainsi que souvent la captivité devifint définitive pour le malheureux être abandonné de sa famille.

Les Timenés comme tous les Noirs sont polygames, et le degré de richease d'un Timené se mesure d'après le nombre de ses femmes. Le mariage est très libre ; si le mari a maltraité sa femme ou si celle-ci est fatiguée de son mari, elle a le droit de retourner chez ses parents et de se remarier. Si la femme est infidèle^ le mari peut la chasser, et, dans certains cas, la vendre.

Les mères ne sèvrent leurs enfants que très tard, quelquefois après deux ans, ce qui fait qu'une femme Timené, qui a été mère deux ou trois fois, semble beaucoup plus vieille qu'elle ne l'est en réalité.

Les enfants jumeaux nouveau-nés et qui tombent malades ont un fétiche particulier, qui se compose de quelques morceaux de bois ayant la forme de fourchette que l'on plante dans le sol à l'entrée du village et que Ton entoure d'une palissade. C'est là que les mères vont faire leurs présents et implorer du fétiche la guérisou de leurs enfants.

Lorsqu'un membre de la famille meurt, tous les parents se réunissent pour crier et se lamenter, en se roulant h terre, les cheveux défaits et déchirant leurs vêtements. Le village tout entier, parfois, prend part à ces démonstrations de

Bien qu'idolâtres, les Timenés ne manquent pas de vous saluer par ces mots : Que Dieu vous assiste ! ou Que Dieu veille sur votre tête ! Et quand on lear I demande : " Mais pourquoi parlez-vous de Dieu puisqut^ voua n'y croyez pas?' ils vous répondent :*' Oui, c'est Dîeu qui nous a donné la vie et qui a tout créé, mais il est si loin qu'il ne peut pas s'occuper de nous et qu'il n'entendrait pas nos prières si nous lui en adressions ".

Les Timenés sont très superstitieux ; ils croient aux sorciers et aux aorciferes j qui se changent en caïmans et en léopards, et les redoutent énormément; aura J leurs lois îi cet égard sont-elles des plus sévères. Tout individu convaincu, nul souvent simplement souptjonné de sorcellerie est brûlé, et ses biens sont coufisquts par le clief ou partagés entre les gens du village.

Bien plus, lorsque, par hasard, un léojiard ou un caïman a tué quelqu'un dans un village, ce village doit ftre, d'après la loi, complètement évacué et détruit, et une forte amende est infligée aux jnembres de la famille à laquelle appartenait la victime, car, disent les chefs : " il faut que votre famille Roit biei scélérate et ait commis bien des crimes pour que Dieu envoie pour vous puiu des léopards ou des caïmans " (1).

Comme chez les Landuumans et les Soussouh, il existe chez les Timeni comme dans les pays voisins de l'Etat de Kong, une secte religieuse qui pott ici le nom de Porro. Cette même confrérie se nomme iSiraô chez les peuple soussous et Dou chez les Bobo de la boucle du Niger.

Les Timenéa ont des usages assez curieux pour élire un nouveau chd " Quand un roi meurt, ses sujets ne disent jamais : " Notre roi est mort. " Maï " Notre roi est malade ". L'étranger ignorant, qui a la malencontreuse idée de leur rappeler que leur roi n'est plus et qu'il faut en nommer un autre s'expose k une forte amende. " Notre roi n'est pas mort, disent les anciens, puisque lei loiîi existent toujoui's ".

(1) Bulletin de la Société de géographie de Margeille, n" 7, 8, 9, 18»0. Zweifel et t&ma Voyage aux »oureea du Niger.

ODE TIMENÉ

Vraiment, vraiment, Pah Médicine, Je suis la vérité même :

Je suis prête à prononcer ma sentence Si je dis ou raconte des mensonges Et que vous me croyiez :

Si je vais dans un canot Laissez-le couler Et laissez Talligator me saisir Si je vais dans les bois ;

Laissez le gros serpent me mordre

Si je grimpe sur un palmier h huile ou de vin

Laissez-moi tomber.

Si je mange du riz cuit dans un pot

Après avoir menti dans cette case

Ou si je mange la cassada

Laissez mon ventre s'enfler et laissez-moi mourir.

Mais si je dis la vérité

Laissez-moi libre de ces malédictions. .

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