AMES
A Elle.
N'était-ce quand aux Soirs du Baiser des Automnes par les halliers les Cors sonnent le Souvenir ?... sur l’onde des Etangs la Bise fait gémir l’âme des grands roseaux en ses pleurs monotones.
N’était- ce quand Tu vins avec les Fleurs morbides au seuil blanc des Hivers de neiges, auroré?...
Sous un Baiser d’AvEU nos Ames ont pleuré comme les grands roseaux sur les Rives arides...
et, Tout pleurait alors de l’ivresse envolée et des Rêves perdus...
La Fleur étiolée
des pâles Souvenirs végétait en nos Ames...
Nos Ames désormais mortes aux vains Espoirs comprirent lors,
sous les ténèbres des pins noirs, Bise, — les longs sanglots que sans cesse tu clames..
Soirs
A Gaston et Jules
Couturat.
Des bois noirs si lointains, les âpres frondaisons de houx géants, d’aubépins, et de genièvres, s’épandent en la lande où meurent les fleurs mièvres.
Des cloches lentement tintent des oraisons...
Une lame rougie aux confins de ces plaines barre l’horizon dur sous un ciel morne et bas : l’Astre meurt vers les Mers, dont les sanglots là-bas viennent agoniser en suprêmes. haleines.
Nul bruit,
et plane au ciel un silence d’effrois car la voix s’amortit en un écho funèbre, l’Ame d’un cor lassée expire en la Ténèbre des vastitudes où se dressent des Beffrois... et le vent vient, glaçant des arbres les vertèbres...
Des cloches lentement tintent des oraisons...
et en les loins herbeux de roses horizons en la sente blanchie au sein de la granb’lande allant tous à pas lents, en très longue guirlande les Landais vers les Bourgs escortent
leurs Chars blancs.
et des parfums plus purs s’exhalent des lavandes.
des grands fleuves de pourpre épandent en flots lents leurs ors sur les taillis étoilés d’ailes blanches et dans les profondeurs endormeuses des branches de très tristes lueurs scintillent pâlement...
C’est en les sables la marche silencieuse
des chars couverts d’un lambeau de toile, ondulant,
et cambrés sur leurs Cavales capricieuses — en la même fierté farouche des Aïeux — les Pâtres en passant plongent l’éclair des Yeux au fond du Vêpre d’or où court la sente grise.
Et, quand par un retour de la route qu’irise maintenant la candeur blêmissante des cieux un menhir de granit se dresse sous la brise, les sauvages enfants en un geste pieux soulevant leurs bérets, passent au front des Bêtes.
Un devoir de respect incline lent leur Tête...
puis leur troupe décroît au travers des buissons, et leurs très longs burnous flottant sur les arçons font un sillage blanc sur la pourpre lointaine.
Des cloches lentement tintent des oraisons.
C’est l’heure où le morose envol d’amples phalènes emplit d’éclairs les nappes claires de lueurs que la lune parmi les vieux saules pleureurs glisse en rais irisés sur les ondes des plaines.
C’est l’heure où pleurent, long, et triste infiniment sous les Voûtes des bois, les voix douces de noires pinèdes...
quand les Troupeaux des landes
vont boire,
quand les Taureaux couchés en les parcages mornes dont le vieil or revêt un violet velours, profilent sur le ciel des Couchants aux feux lourds le rougeoyant flamboi de leurs farouches cornes.
Des nuages tors vont aux levants, apalis, où monte un éclat doux jusqu’à la douce lune et s’avère en le soir la torpeur de la dune d’où les sables mouvants déroulent leurs replis.
Automne a doucement clamé ses plaintes vaines un mol émoi fléchit les frêles floraisons...
Des cloches lentement tintent des oraisons et leurs sons font courir un frisson par les veines...
Les chars ont disparu dans l’orbe des déserts, après les rives où verdissent les verveines vers les halliers en l’inconnu d’immenses plaines où gémissent les pins aux Préludes d’HivEBS...
Comme de grands oiseaux de nos rives silentes, rêveurs, en les marais glauques de nénuphars — Visage aux ciels ombrés si tristement blafards — les Pâtres échassiers vers les Soirs d’Hiver, chantent
Un frôler de frisson a fait frémir les plantes, les lointains tintements des cloches des bergers s’égrènent lents : et doux et faibles, et légers, nimbant l’air lourd de Voix plaintives et troublantes
et dans le gris des grèves aux grandeurs arides où pleurent les rameaux des halliers, où se rident les flots d’ors des bruyères sur les sables blancs —
Très hauts, sur le soir bas, en l’infini des landes
tel un vol de gerfauts ou farouches milans
les Pâtres ont chassé leurs Troupeaux en guirlandes.
Le Moulin
A ma Grand’mère.
La Barque est amarrée à l’arche du vieux pont faisant d’ombre plus noire et plus triste l’eau lente, où les saules penchant leur ramure dolente pleurent blanchis, des Vents les funèbres répons.
Tout loin, sous la futaie où les thyrses des chênes vibrent des chants rêveurs, clapote le Moulin, et, son roc noir rayé par le flot opalin se profile aux confins des pinèdes prochaines.
La vase crevassée au pas lourd des grands boeufs cercle le gué mouvant de verdeurs et de plantes aqueuses, dont les fleurs pourpres et ondulantes épandent sur le golfe un long linceul herbeux —
et le Moulin, parmi les Pierres Féodales trouble d’un clapotis éternel les Tombeaux du Cimetière proche, où planent les Corbeaux qui viennent aiguiser leur bec noir sur les dalles.
Tout le long de la rive un rais de soleil meurt — comme un sillage d’or de Barque très lointaine accrochant aux roseaux des clartés incertaines, lamant le noir des flots d’un reflet endormeur.
Les ciels deviennent verts et roses,
les cascades
de l’Écluse, mi-close en son chant solennel — déversent leurs blancheurs sur le calme éternel de l’Étang triste et las,
et, parmi les arcades
d’arbres dressés au fond du soir vers les Vallons — le Moulin semble fuir en un rêve de voiles sous le mirage des marais, où les étoiles avivent aux roseaux leurs pâles scintils blonds.
Hivernal
et les saules blanchis pleurent sur les rivages.
les Cavales iront aux parcs hospitaliers...
le glas des trompes clame au sein des hauts halliers
les pâtours ont groupé leurs roux Taureaux sauvages.
Pourquoi vers les hivers dépouilla-t-on les lièges, laissant leurs Torses nus, bossués et sanglants ! et leurs faîtes, noueux, sertis de lichens blancs se dressent éperdus aux baisers froids des neiges.
Formant de vierges nefs aux voussures hautaines les rameaux pétrifiés sous les voûtes lointaines remémorent l’éclat de palais enchantés,
et, merveilleusement, parmi les pins si sombres leurs troncs pourpres, — pilastres de marbre,
sculptés —
semblent des bas-reliefs où se meuvent des ombres.
Sur les Vitraux vermeils allumés du seul Jour Ton Nom scintille, doux, nimbé d’ors et de givre : Mon esprit l’a gravé dans l’attente d’amour.
La neige en linceul tombe à l’horizon de cuivre.
Ton Nom scintille, doux, nimbé d’ors et de givre. La Voûte des grands bois somnole sous le Vent.
La neige en linceul tombe à l’horizon de cuivre, et vers le noir du ciel Tu regardes, rêvant...
La Voûte des grands bois somnole sous le Vent secouant les frimas de leurs cimes poudrées... et vers le noir du ciel Tu regardes, rêvant : les oiseaux bleus s’en vont vers les plages dorées !
Secouant les frimas de leurs cimes poudrées ce Vent âpre tournoie et se brise aux Forêts, les oiseaux bleus s’en vont vers les plages dorées emportant dans leur vol Souvenirs et Regrets...
Un Vent âpre tournoie et se brise aux Forêts, courbe les Chênes roux dévastés par l’Automne: emportant dans leur vol Souvenirs et Regrets, les oiseaux bleus ont fui sous le Vent monotone.
Courbe les Chênes roux dévastés par l’Automne sombre Autan ! laisse-nous l’éternel Souvenir. Les oiseaux bleus ont fui sous le Vent monotone ne laissant que l’essaim des Rêves d’avenir...
Sombre Autan, laisse-nous l'éternel Souvenir. Son Nom si doux rutile au givre des Coupoles, vers lui vole l’essaim des Rêves d’avenir... il resplendit nimbé des ors des auréoles...
Son Nom si doux, rutile au givre des Coupoles mon esprit ]Jk gravé dans l'attente d’amour — il resplendit nimbé des ors des auréoles, sur les Vitraux vermeils allumés du seul Jour...
Prélude de courre
A Eugène Aurio.
Boute-selle :
Les piqueurs sont passés au pas des Alezanes, calmant leur marche souple aux sables des sentiers, les genêts ont neigé leurs pétales altiers, et l’aubale candeur des brumes diaphanes voile les sombres loins de pins et de halliers...
Par les landes, où sous le Vent, les fleurs se fanent nos trompes ont levé l’Appel des Cavaliers...
Bas, les reflux fluents de l’aurore s’étalent sur les déserts blanchis de traînes d’albe gel, des palombes errant sur le funèbre ciel en strient le gris d’un grand essor de noirs pétales.,,
Les trompes ont heurté leurs fanfares hautaines : le sable s’amollit au galop des pur-sang et la Meute a donné le « Réveil », en froissant le seuil des frondaisons où se rouillent les chênes
Les Chênes meurent
Les doux chênes bardés d’une armure de mousse éploient en gris brouillards leurs branches,
et les Troncs
sont nerveusement ceints des bras des Bûcherons stigmatisant leurs Flancs où la Hache s’émousse...
En l’arcane sacré des Forêts jadis rousses l’écho des loins étend la plainte en les Vallons des flancs, qui saignent et gémissent sous les longs efforts des Fers brandis et martelant les brousses...
et le fugace élan rythmique des Tranchants qu’avive le reflet glacial des couchants emplit d’éclairs le Vêpre attardé des Clairières...
Croulent les Chênes lourds en fracassantes voix, s’abîmant aux parvis des fougères dernières
et leur suprême cbant se meurt de bois en bois...
N’était-ce sous le gel des étoiles frigides vacillant en les ciels aux clartés de métal, sur la lagune noire où se dressent, rigides, les ajoncs ! lors étreints d’un linceul de cristal,..
S’épandait en la steppe aux rivages arides, tintant aux Etangs teints des teintes d’hivernal crépuscule, et dans l’ombre, intense, virginal, le chant de mort hurlé par les cloches virides.
et s’éperdait mon Ame en angoisses intimes...
N’était-ce aux bords blanchis des landages ultimes que mon mal l’évoquait en l’effroi des gaulis !
N’était-ce en cette nuit aux dolences mortelles que mes Rêves d’amour essorèrent leurs ailes aux brumeux horizons des Souvenirs pâlis ?...
La Côte
Pour Pierre Déyoluy.
La Mer tonnait en les lointains des Promontoires.
Les Ciels enlinceulés, striés de rais étroits, d’éclairs
et d’éclats hauts en multiques Voix tombaient au noir des Nuits,
muant de lourdes moires :
et, des cloches tintaient aux lugubres Beffrois.
Des horizons, auréolés, sanglants des gloires de l’Astre mort emmi les Eaux, —
en cris d’effrois
les lents oiseaux montaient — les deux ailes en croix sur la pourpre du Soir brûlant leurs plumes noires.
La Mer tonnante en les lointains des Promontoires défaillait en un flux de lourds flots...
par endroits
aux mornes pins latents en leurs ans durs et droits aheurtaient les reflux rongeant les grèves noires.
< et, quand la grande Voix des Vents venant des bois clamorait en rumeurs sur la grève grondante, un pourpre-violet lamait la Tour ardante du Phare, incendié d’itératifs Flambois...
et des Cors, solennels, vibrants expiatoires au vol des vents clamaient leurs sinistres envois d’appels errants de Caps en Caps et Promontoires sous la triomphale rafale des Détroits...
les hauts Corbeaux et les Gerfauts —
oiseaux de proie — viraient aux vieux donjons des attristants Manoirs où se nouent et dénouent les remous des ciels noirs d’où l’onde, en tourbillons, gire et longtemps
s’éploie...
La Mer tonnait en les lointains des Promontoires au seuil des Antres embrumés de longs Ilots
où tremblotte la lueur pâle des falots — remémorant l’Ecueil aux errantes mémoires des Pilotes lassés et des vains Matelots...
Les Cormorans,
grands sphinx,
accroupis sur les Roches psalmodiaient lentement l’ulul des Trépassés et, dans la Nuit horride, en râles espacés
laissaient courir les lourds frissons des Ailes croches.
Il paraissait que s’en allaient les Territoires...
La Mer tonnait en les lointains des Promontoires... et mon Ame explora les nuits de ma Mémoire...
Pour le ressouvenir
et, les lents flots fluant au long des landes d’or
berceront, en lourds mois remous aux rives roses,
les Rêves essorés de nos Ames moroses
où le Souvenir vain des amours d’Avant, dort...
les fins parfums évaporés de roses Roses
mêleront leur lascif à l’encens de Ta Chair clamante de Désirs, éclos en Tes Yeux clairs où splendit le scintil des vibrantes névroses...
Aux Soirs,
quand le Cantique lent du lointain Cor proclame sa Tristesse en les Rivages morts,
Ma Lèvre brûlera Ta Lèvre...
et en nos moelles
s’épandra le Frisson de vagues Voluptés :
lors — nos Corps incalmant les Caresses d’Étés — « nos Regards rêveront de Souvenirs d’étoiles!...
Des presses
de E. GOUSSARD — imprimeur à Melle (Deux-Sèvres)
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