AVEU
Pour l’Aimée.
Le Soir ou dans l’azur langourent les étoiles, nous allons à pas doux, les lèvres aux lilas.
— O pourquoi nos doux pas se sentent-ils si las ?...
et nos longs Souvenirs, de longs rêves s’étoilent...
Une angoisse d'amour a communé nos Ames, et, Tes Yeux où s’avive un regarder troublant, voluptueusement, sous les beaux cils tremblants, se sont clos d’attendu, quand lents, nous dénonçâmes
en Voix douces d’aimer les premières paroles —
Ah ! les Fleurs des rosiers aux moroses corolles semblèrent murmurer au souffle des Aveux...
Le Serment tourmenté de notre Extase éclose aux languissants parfums de Tes dolents Cheveux, montait dans l’unité de nos lèvres mi-closes !...
En l’orage
Le funèbre huant houle aux houx des landages où des pans de brouillards s’accrochent en la Nuit, ' froissés sous l’angoissant frisson du Soir qui fuit en brisant, aux rameaux des arides rivages, un souffle alourdi par les arbres délabrés...
Mais la tourmente émeut le calme des parcs sombres se meuvent lentement les fantastiques ombres des Taureaux noirs, campés sur l’acier des jarrets, le muffle roux humant les senteur's de l’orage, et, l’oreille en éveil qu’étonne l’écho vain des galops affolés au profond d’un ravin des Bêtes qui paissaient au bord du marécage.
Les Manades allant en les landes arides où le désert déroule un deuil de sables noirs ont bramé de stupeur vers les brumes des soirs que signent des feux clairs en miroitantes rides...
et des Voix à des voix de Vents,
d’appels de Bêtes
ont répondu des pleurs de trompe en les taillis et sous le nimbe noir pourpré d’éclairs faillis des chevaux sont venus en un vol de tempête...
Battant leurs larges flancs de leur queue électrique, tandis que les Pâtours les calment mollement les Taureaux ont aux Yeux un mâle flamboiement et l’espoir de langueur d’un long regard lubrique.
et, les Cieux ont pleuré de larges larmes lentes.
Assoupissant leurs heurts et leurs frissons, les Vents s’endorment aux lointains tourmentés des levants, où s’épand de lenteur l’or des pourpres brûlantes.
et, par les parcs, et les landiers et les lavandes — enflammés sous les flots de laves des flambois les Troupeaux éperdus s’appellent des grands bois sur un ciel en lambeaux flottant au ras des brandes.
Un suprême éclair monte et meurt en lourds effrois... et l’orage s’éteint en les lointains des landes...
De Tes grands Yeux sertis d’auréoles de bistre fuse un irradiement lourd d’Espoirs éperdus...
Ta lèvre pâle et rose aux Baisers attendus offre un souris de Morte, étrangement sinistre.
Et, vers le parc, muet sous le long doute triste d’un ciel de plomb, que strie un blême éclair perdu, l’ombre des Soirs descend, — flots de métal fondu coulant le long des pins en lenteur qui T’attriste.
Et l’aimant de Tes Yeux au scintil métallique s’avive, immanent à l’errance magnétique, dardant de rais brûleurs en l’énervement lourd...
et le suprême éclat lointain d’éclair livide Te donne à ma Poitrine en un sanglot d’amour : sur ma lèvre vit l’or de Ton Baiser fluide....
Le Feu
A René Ghil.
Sur la dune, au sein nu dévasté par les larmes des deux mornes et bas, où la lune s’éteint, le grand vautour planant aux vagues du lointain s’abat, l’aile ployant en souvenirs d’alarmes...
La houle des bois clame une étrange clameur se perdant par le soir où l’horizon livide étreint d’un arc blêmi l’insonsable du vide.
Le souffle de l’autan par les landes se meurt...
Or, loin des sombres pins engloutis sous les brumes s’éclaire d’un éclair jailli des crets mouvants et tournoie en le râle horride des grands vents la colonne de sable aux lueurs de bitumes.
En la nuit sont voilés de doutes ondoyants les éthers inconnus où se meuvent les astres et seuls, en cris d’horreur, précurseurs de désastres ululent les hibous et les noirs chats-huants...
Le long de l’onde ondule un long rayon funèbre... Le chant des roseaux verts et des blêmes glaïeuls houle aux étangs moirés sous les pâles linceuls de brouillards, où s’allume un feu dans la Ténèbre.
Ah ! la nature en deuil clamore en longs effrois — et le plein murmure en les ramures hautaines fait largement vibrer les rigides antennes des grands pins endormis, jadis! au seuil des bois...
et des forêts pleurant leurs gloires estivales, des fourrés de genêts, de houx rutilants d’or, éperdue, en la Nuit monte l’âme du cor mourant aux vains échos lointains, sous les rafales. ..
Puis un instant d’éclair entrebâille la nuit... sanglant, le ciel se teint de teintes éclatantes et la flamme au travers des brumes, loin flottantes, surgit, nimbant de feu l’horizon qui s’enfuit...
En le prime chaos des landes révélées sous le ciel et soudain, par les lames de feux lointainement perdus aux sommets et aux creux des rocs de granit dur surplombant les Vallées,
le désert, sous l’haleine intense des autans semble une mer de flamme en rafales cinglée,
dévorant de ses flots la steppe désolée
où de rubis, lointains, se teintent les étangs !...
Et tonnent vers les ciels en laves torrentielles les cimes des grands pins tordus d’âpres douleurs et la sève qui bout, s’épanche en larges pleurs et semble sanglotter en voix confidentielles les affres des tourments extorqués de leurs cœurs...
Hauts géants des halliers, des espaces immenses — Meurtris de l’Homme : et tous aux larges flancs,
blessés,
les pins laissent gigler en sangs pleins et pressés les gemmes rutilant'sous les lueurs intenses...
Démembrés et noircis, harcelés par la rage des feux courant au sein des gaulis, vers le nord secouant sur la lande un long ruisselis d’or ils flambent éperdus en l’horrible carnage...
Et la nuit est tendue en lourds doutes de mort !
S’éteignent lentement les clartés fantastiques auréolant d’éclats sinistres les halliers, où l’on ouït encor les cors des Cavaliers sonnant la « Fuite »
au pied des grands menhirs celtiques...
Or, les Hommes ont fui vers les glauques Etangs et revient, mi voilée, au ciel rouge, la lune, éclairer d’un reflet morne et lassé la dune où gisent, des pins noirs les Torses de Titans.,,
Le Pâtre chante
A Jules La verdure de toute affection.
...Et c’est là-bas, quand par la Nuit douce et voilée tremblottent des Follets les sinistres falots... des murmures berceurs s’épandent en sanglots pour mourir lentement au seuil de la Vallée...
Un silence lourd de regrets plane parfois : la lune morne meurt et de son croissant blême effleure les halliers bordant les bois qu’ELLE aime suivre, pour évoquer les Rêves d’ Autrefois...
Le cliquetis des étriers frôle les branches de genets d’or penchés vers le sol, indolents, — tandis qu’en selle, nous allons, très doux et lents, J’enlace le contour sculptural de ses hanches...
et nous suivons les méandres des grèves blanches d’où surgissent, vengeurs, dressant leurs bras hardis des Fantômes de pins aux flancs durs et maudits : et c’est sinistre...
au loin, bruit, — sourdes rafales — la navrante clameur des bises triomphales, sur les sables blanchis, des sables noirs — couleurs de mort — déroulent en replis leurs longues vagues , flots lugubres, rouleurs de fleurs aux parfums vagues, djoù s’enlève, ululant de lents cris de douleurs, un hibou gris, des grands gaulis un étrange hôte perdu sur les landiers à crête sombre et haute, et lançant en le vent son appel vers la Nuit...
Vers l’orient, lointainement, un éclair luit.
Et du sommet des dunes d’or, plongeant les landes, quand se tordent et croulent de fleurs des guirlandes en l’océan bruissant, immense, haut,
aux Cieux :
là vous vient en le Vent sous le levant bleuâtre le chant d’amour plaintif et lourd du lointain Pâtre :
il monte, lentement, de tristesse anxieux, et vers l’horizon dur il se perd en haleines, mêlant sa fuite aux fuites douces des phalènes en souffle qui meurt...
âprement délicieux...
Nous irons aux Soirs d’or vers les agrestes plages où le flux a flétri les fleurs, les goémons,
les pins bruisseront le chant que nous aimons ouïr, languidie en vains et fugitifs sillages...
Les Cygnes sur les lacs en contemplation vogueront l’Aile lasse aux vagues des rivages,
et les rauques accords ralés des Mers sauvages berceront de nos sens la sainte éclosion...
le crépuscule aura des guirlandes étranges épandant leurs pourpris aux écumantes franges des vagues —
et des voix, berceuses, des levants
chanteront :
la splendeur des Heures ténébreuses, les étoiles au sein des horizons mouvants, les lents Baisers éclos aux lèvres langoureuses...
A Eugène Aurio.
L’Aube pleure
Les Hommes sont partis, et dès l’Aube
aux sillons.
Courbés et secouant le soc de leurs charrues — tandis qu’en le ciel bas passent des vols de grues voguant vers les Midis aux magiques Vallons :
ils sifflent, lents, rêveurs, la main sur l’aiguillon, drapés en les burnous aux couleurs disparues, et le regard plongeant aux brumes apparues vêtant de Rêve, avant I’Hiver, les Vergers blonds..
Les Pâtres sont au loin par les landes désertes, libres, en échassiers, jouant sur les eaux vertes — quand leurs Pères demeurent seuls, semant le grain
marchant fiers et halés en le venir des seigles : et un reste de sang mauresque les étreint :
— Ils ont l’aigu regard et l’emprise des Aigles !
Morts d’astres
A Léon Lanta,
en toute Amitié.
Sur les genêts perdus tout nimbés de fleurs pâles, quand se meurent les rais d’un soleil Automnal parfois irradiant d’un reflet diamantal les Tiges d’émeraude et les ors des pétales...
aux houx aigus stellés de pourpres aurorales, de gemmes et d’émaux aux lueurs de cristal, bruissant aux déserts leur Rêve vespéral s’évanouissent les élytres des Cigales...
Car vient, triste, la mort des gloires estivales et, sur la lande morne où paissent les Cavales, en les rameaux, roussis d’un sable sépulcral,
s’éteint, lointain, le chant sous le glas des rafales gémissant au seuil noir des Heures hivernales les frissonnantes Voix du Faste Boréal...
Alors, vers les sommets des dunes sablonneuses, s’envolent — tourbillon, long, striant le ciel gris, les Corbeaux croassant sinistrement leurs cris, chantant la mort du Jour sur les steppes herbeuses.
La lande, rose et roux, saigne sur les ravins et dans l’immensité des déserts, — vastitudes où poigne au cœur battant l’effroi des solitudes — nul écho n’a redit les pas lourds aux chemins...
Et, les mornes lointains, mondes insaisissables, se déroulent là-bas sous la brume des soirs : au travers des forêts de pins — pilastres noirs — il perle, languissant, un ruisselis de sables...
En le chaos des ciels teintés de laves d’or s’effaçant en replis ondés de vagues noires aux lustrages de feux, auréolés de moires, — les noirs Corbeaux, s’en vont,
poussant leurs cris de mort.
Hennissant, le pur-sang se cabre au seuil des sentes ébloui du soleil dévastant les déserts... tandis que sous le vent se perdent dans les airs les hallalis des cors vibrants, pleins d’épouvantes...
La Mer à l’horizon baigne le ciel d’écumes que le soleil mourant rougit de sang vermeil.
En l’Universel va le morne et grand Sommeil et les flots sont nués de vespérales brumes...
Des crêts des rocs hagards les vols de goélands cinglent vers les ciels noirs en mouvante mêlée, dans la Nuit automnale où sanglotte, ralée, la rumeur des grands pins parmi les sables blancs...
et dans un trou béant d’azur, au loin s’allume la très vague lueur d’un feu follet qui fume sur la Côte où des bois s’estompent mollement —
reflet pâli des Nuits où l’Ame inconsolée pleure ses Désespoirs aux chants du flot calmant sur la grève où s’endort la lande désolée,, .
Voix de Yêpre
Parfums des Pins ! Fleurs des landiers ! Chansons
des grèves !
pleurs d’Automne ! galops sous bois ! plaintes des
Cors !
Murmures lents ! landes mornes ! tristes accords ! revivez, Souvenirs , aux appels de nos Ames, aux Jours de nos coeurs morts —
* tristes d’avoir aimé !
Ce Soir ce clapotis en frôlements de rames cadence ma mémoire au mol Autan calmé...
Et la Voix des Etangs vibre en le vain Silence, à l’huis de la Nuit grise où des roseaux froissés montent aux firmaments les longs sanglots brisés de la Bise agonisant avec indolence...
et la Voix des Etangs s’éteint en le Silence...
Las ! que m’est charmeuse la belle somnolence de l’onde noire, aux scintils froids d’éclairs d’acier, baisant les sables noirs de la grève, où Son pied grava nos Noms, en une Heure de désolance...
Ah ! la Voix des Etangs pleure en le lourd Silence les Souvenirs d’Antan aux fleurs d’or des landiers...
Le long des longs Vallons l’onde blonde somnole...
et, c’est quand, sous l’envol de flamme des phalènes passant — éblouissants rais d’or sur la corolle des nénuphars fardés par les sables des plaines, perlant un ruisselis clair au frolis des eaux — un doux voile nuant de vapeurs diaphanes les mares aux flots morts, flotte sur les roseaux...
par les landes d’Ouest les bruyères se fanent...
les Crépuscules vains vont, aux vents qui s’envolent en frémissement sourd, mourir aux horizons : le long des longs Vallons l’onde blonde somnole, et les pas lents du Pâtre ont meurtri les ajoncs.
Sous les fougères d’or aurant les grandes grèves s’étendant au détour des sentes, quand le Jour meurt :
des rumeurs s’élèvent, vaines, brèves, et soulèvent des vagues de fleurs, alentour.
et, les sons frémissants essorés des roseaux, où de souffles frôlants, lents, les Vents sur les eaux, préludent en pleurs doux de harpes languissantes — et, les accords des cors par les nuits splendissantes appellent le pâtour qui vague, solitaire,
— cependant qu’au travers des fleurs,
les lucioles
luisent, de rais d’azur astrant les ombres molles.....
S’exhalent aux grands deux ! les plaintes de la Terre, le long des longs Vallons l’onde blonde somnole...
Vêpres d’Etangs
A Marcel Batilliat.
Aux lointains apalis en délicates lignes plonge un frôleur reflet sur le flot clapotant, et, nous revient le Vœu des tendresses d’antan... meurt un baiser du Jour en gestes et doux signes.
Lents, sous le blond regard des étoiles insignes palpitant aux ciels doux, aux caresses d’ Autan, silencieusement sur l’onde de l’Etang voguent en leurs blancheurs nivéennes, les Cygnes.
C’est, lointainement, un clair frisson de beauté, de candeur ingénue en l’exquise clarté nimbant le crépuscule endormeur de ces grèves...
les nuis oiseaux laissant glisser aux flots pâlis un sillage d’amour, le long des grands gaulis éveillent la langueur imprécise des Rêves...
En le suprême émoi des roses floraisons qu’arrache lentement la caresse d’ Automne, le soir héraldé d’or rend son soupir atone.
Des cloches lentement tintent des oraisons.
Vers les ruisseaux allant le long des landes brunes, à l’aval, en le Val, viennent de vains frissons.
Des pâtres ont surgi, tout là-bas, des buissons cinglant d’ors bleuissants l’orbe des blanches Dunes.
Aux vastes ciels perdus, de longs vols de mouettes planent nimbés de noir sur les sables silents où, délabrés, des pins dressent leur silhouette.
Aux grèves de l’ouest vaguent les goélands, flamment des feux follets sur les mares prochaines
et les cors ont redit leur fanfare aux vieux chênes...