CHAPITRE III
Les Évêques au début des hostilités. — La Patrie avant tout.
— Les Évêques et l'Union Sacrée. — Les Évêques et leurs prêtres mobilisés. — Les Évêques à l'arrière. — Ils transforment en ambulances beaucoup de leurs établissements diocésains. — Œuvres diverses de secours fondées par eux. —
, Les Évêques et les divers emprunts de la guerre. — Témoignages officiels de reconnaissance de la part de MM. Ribotet Klotz, ministres des Finances. — Les Évêques et la cueillette d'or. — Les Évêques et la propagande française à l'étranger.
— M&r Baudrillart en Espagne. — MerTouchetet Mer Lenfant en Irlande.
La mobilisation générale décrétée, les prêtres qui faisaient partie de l'armée rejoignirent en même temps que leurs classes les corps auxquels ils avaient été affectés. Ceux que l'âge, l'infirmité ou la débilité des forces rendaient impropres au service restèrent donc seuls à leur poste d'humble travail et de dévouement quotidien. Ils ne devaient pas d'ailleurs y demeurer inutiles et on ne fut pas longtemps à constater l'importance du rôle qu'ils allaient y remplir.
Le souvenir du courage tranquille avec lequel l'appel aux armes fut accueilli est encore présent à nos esprits. Tous ceux que cet appel atteignit se sentirent dès les premières heures des cœurs de
soldat. Mais beaucoup, en partant, devaient laisser derrière eux, un vieux père, une vieille mère, une femme surchargée d'enfants. Qui donc, pendant leur absence, prendrait soin de la maisonnée, cultiverait la vigne, labourerait le champ ? En de pareilles conjectures, avoir le cœur un peu gros était bien naturel. On l'avait et on allait le dire, sans fausse honte, où donc? A la mairie? Non ! C'est le chemin de la cure qu'on prenait, afin d'y être soutenu et ragaillardi.
Durant les quelques heures qui séparèrent l'affichage de la mobilisation et le moment du départ, nombre de presbytères furent ainsi envahis. Que d'encouragements, que de poignée de mains réconfortantes les curés de campagne donnèrent alors à ceux qui, soudainement redevenus confiants, accouraient vers eux ! Ils inauguraient le ministère de consolation, qui devait leur incomber pendant les interminables mois de la guerre et auquel leur inlassable charité ne faillit jamais.
Pour rester infatigables à la tâche, pour ne pas laisser perdre un seul moyen de soutenir leurs paroissiens, pour affirmer sous toutes les formes leur patriotisme, ils n'avaient qu'à regarder leurs évoques. Ceux-ci leur donnaient, en effet, les plus admirables exemples, en variant indéfiniment les manifestations de leur indomptable dévouement au pays.
Ce qui, dès le premier jour, était le plus indispensable, c'était l'union. Les Évoques le comprirent tout de suite et c'est l'union que, dans leurs Lettres pastorales, ils recommandèrent avant tout.
« En face du danger qui menace le pays, écrivait le cardinal Amette, archevêque de Paris, toute division doit cesser parmi ses fils. »
« L'effrayante mêlée qui confond dans les rangs de l'armée les âges, les aptitudes, les carrières, les fonctions publiques et privées, reprenait le cardinal de Cabrières, évoque de Montpellier, produira une union une unité nationale, plus belles, plus puissantes que jamais. »
« Ne regardez pas qui tient le drapeau, ajoutait l'évêque de Cahors. Il n'y a plus ni division, ni partis, il n'y a que la France! »
« ï^lus que jamais serrons les rangs, s'écriait à son tour M81' Turinaz, évêque de Nancy, et tendons-nous les mains. »
Et Mer Dubourg, archevêque de Rennes, aujourd'hui cardinal : « La France naguère divisée en tant de partis a fait la trêve de Dieu et fusionne dans l'union la plus intime autour du drapeau de la Patrie. »
« C'est la guerre, disait M81' Tissier, évêque de Châlons. Toute la France est debout dans un élan de patriotisme admirable... L'armée court à la frontière avec le calme, la décision et la fierté chevaleresque des aïeux... S'il est une heure où nous devons tous nous aimer, nous unir et nous défendre, c'est celleci ! »
Et de son côté, Mgr Péchenard, évêque de Soissons : a h' union sacrée s'inspire de la nature ellemême ; elle n'est pas autre que celle des enfants d'une même famille. Réjouissons-nous de ce que ce principe fondamental de toute société ait été de nouveau reconnu et acclamé parmi nous. »
Cette union sacrée si nécessaire et que tous recommandèrent, les nvêques ne crurent point faire assez en la prêchant avec chaleur. Ils en donnèrent maintes fois l'exemple. C'est ainsi, par exemple, qu'en décembre 1915, quand M. Vandervelde, ministre d'Etat
l'épiscopat français pendant la uueiuik 71
en Belgique, accompagné de M. Stceg, ministre de rintérieur, vint faire à Montpellier une conférence, le cardinal de Cabrières insista pour qu'on l'accueillît aussi cordialement que possible. Et, comme quelqu'un demandait si on pouvait assister à une conférence donnée, en somme, par le chef du parti socialiste belge, le cardinal répondit avec énergie : « Non seulement vous le pouvez, mais vous le devez. Et, puisqu'il s'agit de l'Union sacrée, moi-même je m'y rendrai. »
De leurs diocésains, l'attention des Evêques se porta sur ceux de leurs prêtres et de leurs séminaristes qui partaient pour l'armée. Et voici quelques exemples du mâle langage qu'ils leur parlèrent :
« 0 mes amis, quelle belle mission que la vôtre ! Au milieu des périls, des privations, des fatigues, des tueries, montrez à des hommes qui l'ignorent, par leur faute ou non, toutes les réserves d'endurance, de fraternité, d'énergie, qu'il y a dans un cœur de prêtre » l.
« Dans le tumulte des camps, soyez toujours « le bon soldat de Jésus-Christ ». boyez « prêtre » avant tout, c'est-à-dire l'homme du devoir, au milieu de vos héroïques compagnons d'armes. La réputation et l'honneur du clergé de France sont entre vos mains. A vous de conserver et d'accroître ce trésor » 2.
« Partout où le devoir vous a conduits, vous vous êtes montrés à la hauteur de ce que l'Eglise et la France attendaient de vous... Continuez à donner à vos frères d'armes l'exemple d'une constance que rien n'ébranle, ni ne lasse. La cause que vous servez est juste et sainte. C'est celle du droit et de la civi-