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Citation, Joum. off., 19 juin

sence du Maire » dit, le 29 août 1914, un général à l'abbé Truffet, curé de cette ville, quand les Allemands y arrivent. Soit. Et, aussitôt pour bien prouver à son redoutable interlocuteur qu'il prend son rôle au sérieux, l'abbé Truffet commence à discuter avec lui. Il en obtient quelques concessions, il fait semblant de lui en faire quelques autres. Mais il se garde bien de lui dire qu'il profite de l'autorité que lui donne sa charge provisoire pour mener à bonne fin certains sauvetages. Sous la conduite d'un lieutenant, une vingtaine de soldats sont restés cachés dans un bois. L'abbé Truffet les y ravitaille d'abord; puis, le moment venu, il leur fournit une carte et il leur donne les indications nécessaires pour qu'ils rentrent à Amiens. Dans une autre circonstance, il rend à un dragon isolé le même service. Il sait bien que, ce faisant, il expose sa vie. Mais il n'hésite point, parce que, en agissant ainsi, il rend à la France quelques combattants \

Le presbytère d'Haudainville (Meuse) est devenu un vaste garde-meubles. C'est qu'au moment de l'évacuation, l'abbé Gruey, — il a soixante-quinze ans passés, — a déclaré qu'il restait au village, puisqu'il s'y trouvait encore des troupiers. « Je ne partirai que quand nos soldats partiront eux-mêmes » . Alors, avant de s'éloigner, les paroissiens ont porté à la cure les objets auxquels ils tenaient le plus. Les 900 habitants disparus, le vieux curé s'est consacré tout entier aux soldats. Il est à leur service tous les

1. Citation à l'Ordre du Pays, Journ. off\, 2 mai 4915. A rapprocher de cette citation cette autre publiée dans le Journ. off. du 27 oeil tobre 1917. M. Boulanger, curé de Ricquobourg (Oise) : « A donné à des soldats français des indications qui leur ont permis de regagner leurs lignes et leur a procuré des vivres ; n'a pas hésité non plus à fournir les renseignements qu'il possédait aux patrouilles françaises lors de la retraite des Allemands et alors que ceux-ci stationnaient encore aux alentours. »

jours, dès cinq heures du matin. Et c'est en foule que ceux-ci viennent vers lui pour se confesser, surtout la veille d'une action. Les aumôniers font du ministère sans doute, mais ils passent rapidement la plupart du temps. Et le travail du curé est autrement chargé et incomparablement plus fécond, ainsi que récrivait à Mgr Ginisty un de ces aumôniers. Pour pouvoir se dévouer plus pleinement, le vieux prêtre a singulièrement simplifié sa vie. De servante, il n'en a plus; de confortable, pas davantage; de traitement, encore moins. Mais sa maigre pitance est assurée, car c'est celle de la troupe, qui partage de grand cœur son « singe » avec lui. Moyennant quoi, il est l'appui et la consolation de milliers de soldats depuis des mois. 11 n'en demande pas davantage1, et il est tout étonné, quand un jour on lui apporte, avec une magnifique citation à l'Ordre de l'armée, la croix de guerre dans son presbytère à moitié démoli par les obus.

En présence de tels faits, qui donc pourrait s'étonner qu'à l'occasion les préfets rendent hommage à tant de vaillance unie à tant de simplicité? Celui de Meurthe-et-Moselle, M. Mirman, va féliciter de sa belle conduite l'abbé Gaudel, curé de Magnières, et il l'embrasse cordialement sur le lit où une blessure le retient. Celui des Vosges, M. Linarès, en tournée avec Mgr Foucault, évoque de Saint-Dié, à travers les communes dévastées de son département, installe à la mairie de Bertrimoutier l'abbé Chalumeaux, stoïquement demeuré aux côtés du curé, son frère, malgré tous les dangers. Et c'est un prêtre de plus qui, dans ces jours sombres, fait fonction de maire et dirige la municipalité.

1. Verdun, Conférence par Msr Ginisty, loc. cit., pp. 476-477.

Le clergé du Nord ne fut pas, en matière de dévouement, au-dessous de ceux de l'Est et du Centre. Tous les prêtres ne puisent-ils pas du reste à la môme source leur esprit de sacrifice? Tous ne vont-ils pas s'approvisionner d'abnégation au pied du même Crucifix?

Ainsi que je l'ai fait remarquer déjà, parmi les « Villes Martyres », large fut la place qui échut glorieusement à la cité d'Àrras. Le 22 septembre 1915, les obus allemands y avaient déjà fait parmi les civils, 620 victimes. Jusqu'au moment où sonna l'heure de la délivrance, combien n'en renversèrentils pas d'autres encore dans ses murs défoncés., où ils fauchaient aveuglément femmes, vieillards et enfants ! Mais, si l'hécatombe fut effroyable, nul du moins n'y manqua des secours de la religion, car tous les prêtres valides étaient à leur poste et ils ne le désertèrent jamais. Ils ne se bornèrent pas à y vaquer aux devoirs paroissiaux. Ils s'y adaptèrent de tout cœur aux besognes les plus disparates et souvent aux tâches les plus pleines de danger : les uns, comme l'abbé de Bonnières, allant chaque matin et par tous les temps chercher sur une baladeuse dans les faubourgs occupés par les troupes les restes de l'ordinaire des soldats, afin de les distribuer aux indigents ; les autres, aidant leurs paroissiens à déménager un lit, une table, quelques chaises boiteuses, mobilier misérable que ces pauvres gens essayaient de soustraire au bombardement; ceux-ci, comme les professeurs du collège Saint-Joseph, traînant au cimetière sur une voiture à bras, les cadavres déjà à moitié décomposés des soldats ; ceux-là se multipliant pendant les nombreux bombardements qu'eut à subir la ville pour secourir les blessés ou, comme MM. Miseron et Flament dans la

cathédrale incendiée, « se jouant des obstacles et des flammes », suivant le témoignage de leur évêque, Mgr Lobbedey1.

Bon sang ne saurait mentir. La mère de M. Fabbé de la Forest-Divonne, vicaire à Saint-Géry et aumônier de l'Hospice des vieillards, avait été citée à l'Ordre de Farinée comme infirmière, et ses deux frères, officiers l'un et l'autre, y avaient été inscrits après avoir été tués à l'ennemi. Il se montra digne d'eux dans le plus furieux peut-être de ces bombardements sauvages. Le 30 octobre, un obus ayant démoli une partie de FAsile et, d'un seul coup, terrassé 47 des malheureux veillards qui s'y trouvaient, il accourut immédiatement. Sans souci aucun du danger, car le bombardement continuait avec une intensité enrayante, il prodigua les premiers soins aux blessés, il releva les cadavres et, pour employer les termes mêmes de sa citation à l'Ordre du Pays, il donna « dans le désarroi de l'établissement, la preuve d'un sang-froid admirable et d'un courage au-dessus de tout éloge » 2.

L'abbé de la Forest-Divonne ne fut pas le seul porté à l'ordre du jour pour sa belle conduite durant ces longs mois de deuil. L'abbé Vaillant, curé de Saint-Nicolas-lès-Arras et Fabbé de Bonnières, curé de Saint- Sauveur, eurent le double honneur d'une citation à l'Ordre du Pays et d'une autre citation à l'Ordre de l'armée, tant leur dévouement admirable et leur magnifique courage les avaient signalés à tous3.

Quant à l'abbé Lemire, député, c'est à Hazebrouck

1. Mer Lobbedey. «Le martyre d'Arras», Rev. IJebd.,]! mai 1916, p. 161.

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