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Journ. ojf., 4 août 1915, 4 avril

qu'il se dépensa pendant toute la guerre, avec une persévérance et un dévouement que la croix de la Légion d'honneur récompensa bien justement. Sans doute, c'est en qualité de maire qu'il agit surtout, mais ce maire n'en portait pas moins une soutane, et, dans son dur labeur quotidien, c'était son cœur de prêtre qui l'inspirait souvent et qui, en tout cas, le soutenait toujours l.

Le clergé séculier dans les régions occupées par les Allemands. — Haine spéciale des troupes allemandes en ce qui concerne les prêtres catholiques. — Le terrorisme, méthode de guerre adoptée par les Allemands. — Diverses proclamations allemandes. — Le- cas que les Allemands en font. — Les otages civils. — Le haut clergé d'abord, le clergé paroissial ensuite, toujours en tête des listes d'otages. — Curés internés dans les camps allemands. — Plusieurs d'entre eux y meurent. — Mauvais traitements infligés à d'autres. — Prêtres poussés au premier rang des unités combattantes comme boucliers vivants. — Jeux cruels : « Pour faire peur». — « Pour s'amuser ».

Que dire du clergé appartenant aux régions envahies ? Et quelles années chargées d'angoisses ne

1. La nomination de M. l'abbé Lemire fut motivée de la manière suivante : « Nommé maire d'Hazebrouck, à la veille des hostilités, avec un conseil municipal tout nouvellement élu, a assuré dune façon remarquable et avec un dévouement de tous les instants le fonctionnement des services municipaux, et particulièrement de ceux inhérents à l'état de guerre : comité central d'assistance, vestiaire de guerre, caisse de chômage, dispensaire pour malades et blessés.

« Toujours à son poste, par ses actes, ses appels à la population, a maintenu la conliance et le sang-froid autour de lui aux moments les plus critiques de l'invasion, et empêché l'exode des habitants. A pris toutes les mesures d'assistance utiles à l'égard des milliers de réfugiés venant des régions envahies du Nord et de la Belgique, dont il a ainsi assuré les besoins matériels immédiats ». Journ. off'., ik février 1917.

vécurent pas des centaines de prêtres sous la lourde botte allemande! En proie aux vexations les plus diverses, sans cesse épiés, à la merci d'une dénonciation anonyme, ils étaient arrêtés sous le moindre prétexte. Et de la geôle au conseil de guerre, en pays occupé, le passage n'était que trop facile. Inculpés, il était rare que les prêtres fussent acquittés. C'était une condamnation qui le plus souvent clôturait les poursuites : condamnation à la prison, condamnation aux travaux forcés, et môme condamnation à la mort.

C'est à être passé par les armes que l'abbé B... fut ainsi condamné pour un sermon qui n'avait rien de subversif, mais où il avait noblement envoyé du liant de la chaire un salut à Y Alsace-Lorraine. Pendant plusieurs semaines il languit, s'attendant tous les matins à être conduit devant le peloton d'exécution et à recevoir la fatale décharge. Enfin, un jour, il apprit que la mort lui serait épargnée. Le Kaiser s'était montré magnanime : de cet innocent, dont dix balles auraient pu faire un martyr, il avait consenti à faire seulement un prisonnier, et, dans son impériale clémence, il s'était contenté de lui infliger dix ans de forteresse.

Dix ans non point de forteresse seulement, mais de travaux forcés, furent le lot du chanoine Leclercq curé de Saint-Christophe à Tourcoing. Presque au même moment, M. Dron, sénateur radical socialiste, maire de Tourcoing, était interné à la prison de Loos. Dès qu'il en fut informé le chanoine Leclercq s'empressa d'écrire au Vatican. Mais ce qu'il y demanda, ce ne fut pas sa grâce : ce fut que la Secrétairerie d'Etat intervînt pour obtenir la délivrance de celui qui, au temps de sa puissance, l'avait toujours traité | en adversaire et parfois même en ennemi.

LE CLERGE SECULIEtt DANS LES PAYS ENVAHIS 145

Le conseil de guerre devant lequel passa l'abbé Lebbe, curé d'Hem-Lenglet, diocèse de Cambrai, eut la main un peu moins lourde que celui qui avait condamné l'abbé Leclercq. Il ne lui infligea qu'un an de détention dans une forteresse « pour avoir favorisé la fuite d'un certain nombre déjeunes conscrits français ». Mais les geôliers de Grosstrelitz, où l'abbé Lebbe purgea sa peine, — et au delà, car il ne fut libéré qu'en décembre 1918, après l'armistice, — se rattrapèrent et ils firent subir au vaillant curé les traitements les plus odieux.

Echappaient-ils aux conseils de guerre, les prêtres étaient souvent gardés à vue, ou surveillés comme des malfaiteurs vulgaires. Pendant tout le temps de l'occupation, l'abbé Campagne, curé de cette ville de Loos dans la prison de laquelle M. Dron était enfermé, dut faire fonctions de maire. Sur l'injonction des Allemands bien entendu! Voici comment ce maire était traité : on pourra juger par là comment devaient l'être les curés qui ne portaient pas l'écharpe municipale. D'octobre à avril, l'abbé Campagne vit constamment deux factionnaires monter la garde à son humble porte. Il ne pouvait avoir de rapports avec ses « administrés » que trois fois par semaine, le dimanche pour la messe, — c'était bien le moins en vérité, — et le mardi et le jeudi de 9 heures à midi. Encore, ces jours-là, il était en surveillance, flanqué qu'on l'apercevait immanquablement d'un soldat qui parlait notre langue et qui naturellement l'espionnait. Les autres jours de la semaine, si l'on avait besoin de lui, il fallait recourir à la « Kommanda- I tur ». L'autorisation était-elle accordée? Un soldat s armé venait chercher le curé en son presbytère et il l'accompagnait auprès du malade qui le demandait. Malgré toutes ces avanies, l'abbé Campagne ne

broncha pas. « Il affronta souvent au péril de sa vie, les exigences des vainqueurs, qui le traitaient en otage responsable, faisant preuve ainsi d'un sangfroid et d'un dévouement de tous les instants ». Et sa citation à l'Ordre du Pays, à laquelle j'emprunte ce témoignage déjà si beau, ajoute comme pour le rehausser encore : « 11 a accompli tous ces actes méritoires avec une simplicité et une modestie, qui en doublent la valeur » \

En mars 1917, lorsque Hindenburg se replia « stratégiquement » sur ses fameuses lignes, les Allemands saccagèrent, d'une manière pire que les Vandales, les pays qu'ils étaient obligés d'abandonner. Mais ils ne se contentèrent pas de livrer les maisons aux ilammes après les avoir pillées, de faire sauter les églises2, d'empoisonner les puits, de scier au pied les grands arbres des routes, d'abattre dans les jardins et les vergers les arbres fruitiers ou de les entailler et écorcher de manière à les faire périr, de briser les instruments agricoles, charrues, herses, faucheuses, moissonneuses, râteaux mécaniques et semoirs, avec cet instinct de destruction qui est le

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