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Écho de Paris, 29 décembre

LE RENOUVEAU CATHOLIQUE A L ARMEE 3o

verser pour la France, pour la Patrie, pour la fraternité des Français... Pas de gestes, pas d'éclats de voix. Mais que sa figure est donc grave et douce ! Son éloquence vient du cœur. Il parle comme un brave homme à de braves gens. Et quand il achève son sermon d'un geste de bénédiction discret... il me semble que sa taille a grandi. Un courant de sympathie fraternelle a passé sur l'assistance. Tous les Français qui sont là sentent qu'ils sont de la même famille... Pratiquants ou non pratiquants, bon gré, mal gré, la guerre nous fait bien voir que tous nous sentons en catholiques... Le grand courant qui fait frémir nos âmes a débordé dans la salle où nous sommes; il a monté à travers toute la vaste caserne, il pénètre la chambrée, où peut-être il y a des agonisants, les mains jointes, qui entendent le chant lointain et murmurent une prière... Jamais Messe de Minuit ne fut réduite à des accessoires plus rudimentaires et jamais je n'en entendis de plus noble, de plus pathétique assurément...

« Ah ! laissez prier ceux qui pleurent, laissez prier ceux qui souffrent et ceux qui meurent; laissez prier les soldats ! de cette prière, ils sortent consolés, raffermis. Ils vont au combat avec plus de courage, ils affrontent même la mort avec joie !... »

La Messe de Minuit, on la dit aussi sur le front lui-même. Et sur ce front, naturellement, le cadre en varia de mille et mille façons.

Ici, c'est un village ruiné, avec au Nord des crêtes où nos tranchées se trouvent à trente mètres des Allemands. Les balles sifflent dans les rues; très peu de maisons sont encore habitées, à cause des trous béants que les obus y font chaque jour. Dans une étable, où deux vaches ruminent paisiblement,

400 soldats, un général, un colonel, un grand nombre d'officiers se serrent autour de l'autel et presque tous communient.

Là, c'est dans une ferme que l'autel est dressé sous une soupente. Deux tables recouvertes de linges blancs, quatre douilles de 75, avec quatre branches de sapin, en guise de vases, et la Messe commence. La bise qui s'engouffre par la porte sans vantaux du hangar est glaciale; mais, si la capote et les manteaux remontent jusqu'aux oreilles, les têtes restent toutes découvertes devant l'enfant de Bethléem.

Ailleurs, et plus pittoresquement encore, c'est dans une grange, où sont entassés des éclopés et des blessés, que la Messe se célèbre. L'autel est si peu solide dans la paille que deux brancardiers le doivent soutenir. Dans cette paille, l'aumônier qui dit la Messe enfonce presque jusqu'à mi-jambes ; et le prêtre brancardier, chargé de porter la Communion aux blessés qui y sont à moitié ensevelis, doit s'avancer avec précaution, à travers creux et monticules, tant le chemin est glissant.

A Verdun, en 1917, — depuis vingt-deux mois on s'y bat! — la Messe de Minuit se célébra dans un des souterrains de la citadelle. Au moment delà communion, les soldats s'avancent. Ils sont une centaine à vouloir communier. « On entend sur le ciment de la galerie le glissement des souliers à clous. Leurs capotes brossées sont déteintes. Beaucoup sont en petite veste. Ils ont leur musette sur le dos; quelquesuns ont le casque pendu à la courroie, d'autres la boîte à masque, tous le bidon. Ils sont là à peu près comme ils étaient ce matin au ravin des Forges... » Ils se profilent sur une grande Adoration des Mages, enlevée à la cathédrale pour être mise à l'abri des obus. « Les personnages sont grandeur nature et

tellement bien à hauteur d'homme que les soldats se mêlent à ces figures peintes, debout comme eux ou agenouillés comme eux. Le bleu modeste s'intercale entre les ors et les pourpres pâles des rois chamarrés : le cortège ancien est grossi du cortège nouveau. A la place des coffrets empierrés qui contiennent les essences, le soldat tient comme emblème d'hommage son casque gris et son masque contre les gaz » l.

Non loin de Verdun, « l'autel avait été adossé à un remblai protecteur et se dressait à ciel ouvert. Autel simple et nu, mais joli rétable : des épis de blé agencés en gerbes élégantes. A la nuit du Nord, les épis s'étaient cristallisés, diamantés, puis saupoudrés d'une neige légère. Les yeux restaient émerveillés de ce froment de rêve, germé sans doute en parterre de Paradis » 2.

Dans un autre secteur, — et cette fois en pleine région des tranchées, l'autel, — un autel minuscule — est posé sur une sorte de terre-plein, dans l'angle d'un bois, noyé lui-même dans l'ombre indigo de la nuit.

« Un prêtre à la face osseuse et basanée, au dos courbé par de longues épreuves, tend vers les étoiles ses mains terreuses et ses yeux mystiques; c'est « le Soudanais », missionnaire d'Afrique. Officiers et soldats se pressent à l'entour et suivent, avec une attentive émotion, les rites sacrés. Ils songent aux messes de minuit qui se disent partout dans les églises de leurs villages. Ils pensent à leurs femmes, à leurs mères, à leurs sœurs, à tous leurs chers absents, qui, eux aussi, en cette veillée bénie, prient

1. E. Sainte-Marie Perrin. « La nuit de Noël à Verdun. » Correspondant, 25 décembre 1918, pp. 954-955.

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