A MA FILLE JACQUELINE POUR SES SEIZE ANS PENDANT LA GUERRE
Je reverrai l'éclat soudain de tes grands yeux. Ton calme et lumineux sourire, La grâce libre que respire
Ton visage souvent grave et silencieux.
Je n'aurai pas connu l'instant mystérieux Où sur ton âme se déchire Le voile inaugural que tire
Ta jeunesse dans son essor victorieux.
Et je n'aurai pas vu cette âme s'affirmer, Marbre vivant que ton enfance a façonné Opiniâtre et régulière;
Ces mois de patient et douloureux espoir En auront affiné la sensible matière Comme un émouvant ébauchoir.
26 Février 1916.