CONCLUSION
Parmi les socialistes qui croient encore à une solution pacifique et parlementaire de ce qu'on appelle la Question Sociale, il y en a beaucoup à qui nous voulons maintenant nous adresser, pour leur demander d'abandonner leur naïf espoir dans l'action gouvernementale.
Nous avons en vue tout particulièrement ceux qui sont des prolétaires dans le vrai sens du mot et qui ne sont nullement portés par leurs intérêts matériels et immédiats à entrer dans les partis réformateurs bourgeois ou dans la Social-Démocratie, parti de transition.
Il suffira à beaucoup d'être convaincus du caractère utopique de leurs espérances dans le concours gouvernemental pour renoncer à la lutte par les moyens légaux et prendre rang dans le prolétariat communiste révolutionnaire.
Nous avons eu assez de rêves et d'utopies dans le mouvement ouvrier î
Qu'on se pénètre bien de cette conviction, que ce n'est pas avec des droits, politiques ou
autres, que nous conquerrons le monde, mais que nous n'aurons jamais d'autres a droits n que ceux que nous maintiendrons réellement par la force dans la société même.
Qu'on se convainque bien que nous devons tendre vers une forme sociale qui, dans ses principes fondamentaux, rompra avec le salariat et garantira, en même temps, à l'individu, la plus grande liberté possible.
L'Humanité marche dans la direction d'une société communiste libre, qui assurera la vie matérielle, la liberté dans le choix du travail et dans tous les mouvements de la vie sociale et familiale, aboutissant à la plus grande somme de bonheur sous toutes les formes et pour tous, y compris ceux qui, dans les différentes conditions sociales, n'ont jamais connu que la misère et la servitude. A nous tous d'accélérer aussi énergiquement que possible le progrès général de la société par notre mouvement révolutionnaire.
Il ne faut pas que notre mouvement ouvrier révolutionnaire se mette au service des éléments petits bourgeois : ni des petits commerçants, boutiquiers et cabaretiers qui ne demandent qu'une diminution des impôts ; ni des petits fonctionnaires qui ne réclament qu'une élévation des salaires ou la concession de quelques privilèges particuUers ; ni des petits paysans qui ne désirent que le maintien de leur petite propriété et la satisfaction de leur orgueil mesquin ; ni même des ouvriers salariés qui, plus ou moins favorisés par le sort, veulent s'ériger en une nouvelle classe moyenne privilégiée.
Lorsque nous disposons de tant de courage et d'énergie, lorsque nous nous sentons capables
d'assez de sacrifice pour nous vouer à un grand mouvement historique, occupons-nous donc, avant tout, de ceux qui ne sont pas encore capables de s'aider eux-mêmes : de ces millions de pauvres qui, dans l'Histoire ont toujours eu le dessous; qui, dans tout mouvement révolutionnaire jusqu'à maintenant, ont servi les intérêts de'quelque classe parvenue, et qui sont menacés maintenant encore du danger d'être sacrifiés au service d'autrui, particulièrement aujourd'hui au service de la petite bourgeoisie et de l'aristocratie de la classe ouvrière.
Ne contribuons pas à la formation d'un cinquième état!
Ne croyons pas, surtout, que la Question Sociale consiste dans le remplacement des députés et des fonctionnaires qui gouverneront les peuples, mais, au contraire, dans ceci : que les masses apprennent à se diriger elles-mêmes, qu'elles doivent l'apprendre par leur propre force, leur propre expérience, et par le développement de cette conviction qui^ commence à s'éveiller, que, dans notre société, les faibles doivent s'entr'aider et se maintenir de plusieurs façons dans toutes les conditions de la vie.
Quelque estime que nous ayons pour tout ce qui est fait pour le progrès de l'Humanité dans la vie réelle, nous ne saurions attacher une grande valeur à l'œuvre de ces précurseurs qui se retirent dans des colonies anarchistes ou communistes libres pour tenter de réaliser, dans un cercle restreint, leurs propres idées sur le groupement libre.
Ces petites colonies sont créées pour être des fondations modèles pour les générations futures ; ce sont des fleurs cultivées en serres et
destinées ù nous montrer ce que peuvent devenir, dans l'avenir, les plantes demi-sauvages ou à demi-cultivées.
Sans rechercher si ces fondations artificielles pourront avoir quelque valeur réelle pour la vie sociale moderne, supposé même qu'elles réussissent, je pense que ces expériences sont déjà, par ]eur nature même, condamnées à disparaître successivement.
Ces entreprises fondées dans les terres incultes et sauvages : Ylcarie de Cabet au Texas, ou la colonie Cecilia de Giovanni Rossi, dans les contrées du Parana, au Brésil, même si elles ne sont pas condamnées à échouer, ne présentent pas d'intérêt pour la vie si compliquée de la grande société capitaliste. Commencées, cependant, avec l'aide des capitalistes au milieu même de cette vieille société, ces colonies ne pourront subsister que par de grands sacrifices d'argent, étant donné cette circonstance particulière que leurs membres y seront journellement, et dans des conditions très différentes, en relation avec la société extérieure.
En tant que fondations modèles, ces colonies ne sauraient être des entreprises capitalistes et, cependant, si elles ne sont pas telles, elles ne pourront pas se maintenir au milieu de la civilisation capitaliste.
En général, il en sera de tous ces essais, au milieu de la vieille société, comme de iRHarmo- 711J Hall de Robert Owen à Tijiherly. La vie y sera assez agréable; on y sacrifiera à la conversation et aux arts; peut-être y fera-t-on de la bonne musique et jouera-t-on de belles comédies! Mais l'entreprise ne sera d'aucun rapport et, après quelques années d'expérience, ces colonies nepourrontpasse maintenir financièrement.
VERS LA SOCIÉTÉ NOUVELLE o09
Lorsque, pour un moment, et grâce à beaucoup d'argent et l'énergie de quelques-uns, les affaires sembleront prospérer, les visiteurs, venus de tous côtés, exerceront une mauvaise influence sur la production. Les bourdons viendront distraire du travail les abeilles ouvrières, pour ne plus venir dès qu'ils auront introduit dans la colonie le désordre, le relâchement des mœurs, l'affaiblissement de Ténergie et de l'amour du travail.
Des entreprises, établies comme une sorte de champ d'expérience, dans des conditions tout à fait spéciales et excessivement favorisées, ne peuvent guère servir de modèle à la vie sociale générale. Cette impuissance leur enlève toute valeur essentielle pour l'émancipation du prolétariat international. Ce n'eU qiCun relèvement général du niveau social tout entier qui constituera un vérilahle progrès de r Humanité et ce n'est que par les propres forces des masses que ce relèvement s'opérera.
C'est ce qu'oublient ordinairement ceux qui, sortis des classes possédantes, s'appliquent avec zèle à quelque question spéciale du problème de la civilisation, par exemple au mouvement anti- alcoolique ou à la protection des animaux, sans apporter aucune attention à la lutte émancipatrice des masses prolétariennes contre la servitude du salariat.
Ils ont donc l'espoir qu'une génération humaine d'un développement moral supérieur croîtra sur un sol social tout à fait pourri où, par la grossièreté de la vie, les sentiments moraux se trouvent nécessairement émoussés. Ils ne seront donc pas récompensés de leurs efforts.
Nous ne ferons que signaler, dans cette courte conclusion, comme ayant le même caractère : le mouvement bourgeois en faveur de la paiXy le mouvement contre V antisémitisme, le mouvem en t fém iniste .
Comment réaliser ce principe, si noble en soi, du désarmement général, au milieu d'une civilisation basée sur l'oppression de l'homme par l'homme?
Est-ce possible dans une société où les classes possédantes sont obligées de^ maintenir le prolétariat par la force armée; où, de plus, chacun des grands Etats commerciaux : Etats-Unis, Angleterre, France, Allemagne^ Italie, s'efforce d'élargir son domaine colonial par la soumission violente des races moins civilisées ? Les gouvernements de ces Etats se disputent, l'un après l'autre, chaque contrée des diverses parties du monde, ne se tenant mutuellement en respect que par leurs armements respectifs.
Dans ces conditions, toutes les récriminations contre la guerre, ainsi que toutes les tentatives de désarmement international, ne peuvent être que de m.isérables utopies. C'est de ce nom qu'on doit qualifier ces tentatives, même dans le cas où il n'y a pas lieu de suspecter la bonne foi de leurs instigateurs. Elles resteront des utopies, bien qu'elles nous soient présentées^ comme dans ces derniers temps, par les gouvernements mêmes et par leur diplomatie hypocrite.
\] antisémitisme est en partie une lutte de races entre les peuples aryens et les peuples sémitiques se révélant actuellement par la haine et la persécution des juifs dans presque tous les pays modernes ; de même, la persécution des Chinois dans l'Amérique du nord et l'Aus-
tralie nous indique la lutte de races entre les aryens et les peuples mongoliques.
Ce qui pourtant a accentué l'antisémitisme, comme mouvement politique, dans ces dernières années, ce sont les influences économiques qui se font sentir spécialement dans notre société ca})italiste. C'est la capacité pour le commerce, dont incontestablement les juifs sont, dans plusieurs pays, mieux doués que les chrétiens.
Après avoir été dans chaque pays successivement et pendant des périodes entières de persécution religieuse exclus de tout travail manuel et intellectuel autre que le commerce, et voués ainsi à celui-ci par les circonstances sociales mêmes, les juifs ont tant développé dans une direction toute moderne leurs dispositions naturelles aux échanges, que leur supériorité y est évidente.
Il est donc certain que la question juive restera à l'ordre du jour dans nos pays civilisés aussi longtemps que persistera la concurrence sous la forme moderne de la spéculation commerciale, financière et usuraire ; cela veut dire que la question juive ne saurait être résolue dans la société capitaliste, bien qu'on prêche la fraternité des peuples et des races^ et la liberté de religion. Aussi longtemps que régnera le système capitaliste, les chrétiens et les juifs seront séparés par leurs intérêts immédiats.
La question féministe, telle que la comprennent les femmes des classes dirigeantes, ne saurait également être résolue que dans une société communiste. Dans le cercle de nos rapports sociaux, l'égalité complète de l'homme et de la femme est purement chimérique.
Les femmes des classes possédantes, propa-
gandistes de rémancipation de la femme, nous enseignent que dans l'Histoire, il y a eu non seulement oppression d'une classe par une autre, mais en même temps d'un sexe par l'autre.
L'Histoire, dirent-elles, nous montre dans l'Antiquité la lutte des esclaves contre leurs maîtres, au Moyen Age des serfs contre les nobles, des artisans contre les aristocrates, dans les temps modernes des salariés coutre les capitalistes etles propriétaires fonciers — mais tout cela ne représente qu'un seul côté de la médaille.
Les apôtres du féminisme prétendent que, durant les cours des siècles et aussi bien chez les opprimés que chez les oppresseurs, il y a eu lutte continuelle de la femme contre l'homme. La lutte de classes et la lutte de sexes seraient donc simultanées.
Voilà de quelle façon s'expriment les partisans les plus ardents de l'émancipation féminine.
Ces femmes, ap ô,tres de leur propre sexe et en même temps d.i leur propre classe, négligent des particularités cependant remarquables.
Elles oublient tout d'abord que les conditions sociales des femmes, en général, ont toujours été très variables. Ce qui est appliquable à une reine, ne l'est pas à une mendiante.
S'il est vrai, d'une façon générale, que les diverses législations ont toujours favorisé le sexe mâle, il faut remarquer aussi que la femme elle-même s'est chargée de nous démontrer maintes fois l'inanité des lois dans la vie réelle. La question de savoir qui des deux conjoints sera le maître ou le serviteur, dépend de toute autre influence, matérielle ou intellectuelle, que de la sanction des lois.
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Il faut avouer que la lutte pour l'existence, la difficulté de subvenir aux besoins de la vie est bien plus pénible pour la femme que pour l'homme. U faut ajouter aussi, qu'il n'en peut pas être autrement, dans le cercle des rapports de production capitaliste.
Il est évident que dans notre régime de concurrence impitoyable, le sexe masculin, physiquement le plus fort, a encore la prépondérance sur le sexe féminin. Pendant certaines périodes de sa vie, particulièrement pendant le temps de sa maternité, la femme est matériellement incapable de travailler dans les fabriques et les ateliers.
La femme dans quelques branches d'industrie, accordons-le, a suppléé par la patience, l'attention, l'habilité et le sens pratique, au manque de force musculaire. Par cette raison, elle a déjà supplanté l'homme non seulement dans un grand nombre de bureaux de commerce, de postes et télégraphes, mais aussi dans différents ateliers et fabriques.
Mais nous constatons aussi que tout cela n'a pour effet que de déplacer dans ces établissements la supériorité économique du sexe mâle au profit du sexe féminin. La généralisation de ce phénomène pourra donner d'autres proportions à la lutte d'intérêts entre les deux sexes, mais cette lutte sera toujours inhérente aux rapports de production capitaliste.
C'est dans ces rapports économiques qu'on doit chercher la raison pour laquelle les femmes des classes possédantes trouvent si peu de sympathie parmi les femmes ouvrières dans leur lutte particulière en faveur des droits politiques de leur sexe.
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Dans la classe ouvrière l'homme et la femme subissent ensemble la même oppression.
Les marchands d'esclaves vendaient à la fois des esclaves mâles et des esclaves femelles ; de même aujourd'hui, les patrons capitalistes exploitent non seulement des hommes et des jeunes garçons, mais aussi des femmes et des petites hlles. L'oppression commune rapproche dans une même fraternité ceux qui la subissent.
Entre l'ouvrier et sa femme qui travaille elle-même pour joindre les deux bouts avec son maigre salaire, il n'y a plus d'antagonisme d'intérêts. Leurs intérêts sont solidaires. La question du pain quotidien repousse toutes les autres au second plan (1).
Tandis que dans la bourgeoisie, où la question du pain quotidien est moins aiguë, l'homme et la femme sentiront plus la différence de leurs droits respectifs, celle-ci ne se manifestera pas avec la même acuité pour l'homme et la femme prolétaires.
Ils ont tous deux le même ennemi : l'exploiteur, fabricant, commerçant qui diminue peu à peu le salaire et qui jettera sans merci sur le pavé, pendant la morte saison, la maladie ou la vieillesse, celui ou celle qui gagne par son travail le pain de toute la famille.
Or, cet exploiteur peut être aussi bien une femme qu'un homme.
Qu'importe à la femme de la classe ouvrière,
(1) Nous parlons ici plutôt des pays du nord et surtout des pays démocratiques comme les Etats-Unis, TAngleterre, la Hollande, que de la France où la question féministe a même une valeur tout à fait particulière par la situation servile de la femme de toutes classes.
que les femmes riches aient le droit, dans l'avenir, de pratiquer la profession de médecin, d'avocat, de notaire, de maire, ou de devenir, comme leurs maris, conseillers municipaux ou députés. La femme de la classe ouvrière serat-elle jamais docteur ou député? Tout au plus dans la société capitaliste deviendra-t-elle sa propre sage-femme, pour le cas où elle ne pourra se payer le médecin et obtenir le secours de l'assistance qui, ordinairement, laisse tant à désirer 1
Que lui importe que les hautes fonctions et les^ postes lucratifs soient occupés par des hommes ou par des femmes?
Pourquoi aiderait-elle les femmes riches, qui sont encore rapprochées d'elle par quelques griefs communs, à s'évader de la grande masse des opprimés de toutes sortes?
11 est donc évident que, dans les conditions sociales actuelles, la femme prolétaire devra combattre avant tout avec son mari contre les classes possédantes sans distinction des sexes. Aussi la lutte particulière pour les droits politiques de la femme, celte lutte des dames doit être essentiellement distinguée de ce qu'on appelle en général la lutte des femmes. Mais cette lutte des dames ne pourra être résolue non plus en restant dans les limites de la^propriété privée. Le succès en est rendu impossible déjà par cette raison que les classes dirigeantes ont intérêt à ce que la législation favorise le sexe masculin.
Prenons comme exemple les rapports sexuels. Les parvenus de la bourgeoisie volontiers font servir les femmes du peuple à leurs plaisirs intimes, sans qu'il en résulte pour eux ni charges, ni obligations.
Dans les conditions sociales présentes, les fils des classes riches : négociants, industriels, officiers, banquiers, médecins, etc., ne peuvent se marier qu'à un âge relativement avancé. Les classes dirigeantes s'efforcent de maintenir à tout prix le mariage, parce que famille et propriété sont étroitement liées l'une à l'autre ; il faut donc que notre législation capitaliste accepte ou favorise la liberté des relations entre les filles du peuple et les jeunes bourgeois qui n'en supportent aucune responsabilité.
Nous ne pouvons pas espérer non plus que la femme, même en dehors de la sphère législative, soit traitée sur le même pied que l'homme, tant que toutes les institutions sociales, basées sur la propriété et la famille, rendent sa subordination nécessaire.
Quand, d'une façon générale, nous reconnaissons que la prépondérance du sexe masculin sur l'autre est consacrée non seulement par la législation, mais aussi par un grand nombre de mœurs et de coutumes, nous devons avouer en même temps que ces mœurs et ces coutumes ne sauraient changer que par un bouleversement radical de la société actuelle.
Et maintenant considérons un peu de près la question féministe prise dans son sens général et hors de la sphère particulière de la législation.
Les femmes, sans distinction de classes, ont à lutter sérieusement d'une façon particulière contre bien des préjugés qui sont profondément enracinés dans les mœurs et qui ont directement leur source dans la structure économique de la société. Ne croyons pas que ces préjugés disparaîtront et que la femme sera complètement l'égale de l'homme, tant que le genre hu-
main n'aura pas accompli son affranchissement de la servitude du salariat.
Dans cette lutte particulière pour leur affranchissement, les femmes ne peuvent attendre un ferme soutien que de la part des communistes libertaires, du moins autant que des hommes peuvent les aider dans cette occasion.
Nous ne prétendons pas que les communistes soient tout à fait délivrés des nombreux préjugés qui emprisonnent encore les hommes de toutes classes en général.
Nous avons pu nous apercevoir que certains soi-disants communistes révolutionnaires et libertaires professaient encore cette opinion, que l'isolement de la femme dans le ménage était chose naturelle, « ayant toujours existé » et devant toujours exister.
Combien de communistes par leurs paroles et, bien pis, par leurs actions, nous ont prouvé que pour eux la femme ne devait servir qu'à élever les enfants et à surveiller le pot au feu.
Si, pour l'aide que les femmes peuvent attendre des différents partis politiques, nous faisons excepiion en faveur des communistes libertaires, c'est que tous les autres groupes et partis, aussi bien la Social-Démocratie que les réformateurs bourgeois, sont enclins par leur manie à « protéger » la femme. Ils veulent étendre sur toutes choses leurs mains protectrices, qui, cependant, font tant de mal.
Ils réclameront des mesures législatives prescrivant, par exemple, l'égalité des salaires pour l'homme et pour la femme. Or, ces mesures aboutissent généralement à l'exclusion des femmes des fabriques et des ateliers.
Non contents de cette sorte de « protection »,
ois EN MARCHE
beaucoup d'eux feront leur possible pour que la loi exclue entièrement les femmes de tout travail, dans Tindustrie comme à la campagne, ceux-ci prétendent que la place de la femme est dans son ménage. Leurs efforts ne réussiraient qu'à rendre dans l'avenir la femme plus dépendante encore du travail de l'homme.
Ces réformateurs bourgeois sont habitués à considérer l'émancipation de la femme à leur point de vue de mâles.
De même, aux Etats-Unis et en Australie, les blancs traitent le problème chinois à leur point de vue de race privilégiée. Nous placerons ces deux problèmes de protection l'un à côté de l'autre, pour les comparer.
Lorsque les Européens et les Yankees se sentent menacés par les salaires si minimes demandés par les ouvriers chinois, ils réclament une loi qui interdise aux Chinois l'immigration en masse dans ces pays ou qui prescrive l'égalité des salaires pour les jaunes et les blancs.
Ces deux façons de protéger les Chinois aboutissent aux mêmes résultats.
A cet égard, les intérêts des Chinois sont tout à fait opposés à ceux des blancs.
Les ouvriers chinois préféreraient^ sans doute, débuter avec un salaire médiocre qu'ils élèveraient progressivement que d'être repoussés vers leur patrie trop peuplée.
Les partis bourgeois et la Social-Démocratie, parti de transition, protègent les femmes dont les bas salaires menacent ceux des hommes, de la même façon que les Européens et les Yankees protègent les Chinois.
Les réformateurs bourgeois ne peuvent se résigner, semble-t-il, à laisser les femmes faire leur émancipation elles-mêmes.
Il n'y a que les communistes libertaires dont on puisse attendre qu'ils ne gêneront en rien les femmes dans leur lutte particulière.
Ils prêteront leur concours à tout mouvement fait par les femmes pour établir dans la réalité une égale rémunération du travail de l'homme et de la femme. Mais ils s'opposeront à toute intervention coercitive de la législation dite « protectrice ».
Ils détestent, ici comme ailleurs, l'influence de la loi qui veut imposer le même joug dans la vie sociale, si variée de formes, à des individus de conditions et de caractères si différents.
Pour toutes les raisons développées plus haut, nous prétendons que les femmes — en tant que femmes — ont intérêt à ce que les tendances communistes révolutionnaires et libertaires pénètrent, de plus en plus, dans la société actuelle. C'est vrai pour les femmes des classes possédantes aussi bien que pour les femmes ouvrières.
Et cette question des intérêts immédiats comment se pose-t-elle pour les hommes des classes possédantes?
Est-ce que les riches, favorisés par le sort, peuvent être réellement heureux au milieu de l'oppression et de la misère qui les entourent? En vérité, ils ne sauraient jouir largement de leurs biens, si enviés par la grande masse des malheureux. L'incertitude du lendemain, la crainte de perdre leur situation privilégiée et de partager la vie de ces malheureux, doivent troubler leur repos.
Le sort des privilégiés de ce monde, c'est bien plutôt d'empêcher les autres de trouver le bonheur que de le posséder eux-mêmes. La conscience de tout cela troublera leur jouissance per-
sonnelle, àmesure que leursensibilitégrandira.
Est-ce que toute famille, même des plus privilégiées, n'a pas quelques-uns de ses membres qui succombent, faute de pouvoir s'adapter aux rapports sociaux ou de remplir les obligations ou les charges de la vie sociale, même la plus favorisée ?
Est-ce que magistrats, gouvernants, écrivains, artistes, ne sont pas souvent obligés de fouler aux pieds Tidéal qu'ils se sont fait dans leur jeunesse d'une vie irréprochable, au service de l'Humanité? Ne sont-ils pas souvent contraints de faire des actes qui leur répugnent? d'appliquer des lois qui affermissent l'oppression effrontée du faible par le plus fort? de vendre leur esprit, leur parole, ou leur plume, de faire marché de leurs pinceaux ou de leurs ciseaux?
Grâce à cette dépendance réciproque, tous les membres de la société, riches et pauvres, ont intérêt à la solution de la Question Sociale.
C'est à cause de tout cela que nous croyons, à la fin de cet ouvrage, devoir faire un chaleureux appel à toutes les bonnes volontés, à tous, hommes et femmes, et même aux privilégiés de notre société.
Nous avons besoin du concours des esprits éclairés, des cœurs sensibles, de tous les courages et de toutes les énergies, pour cette longue lutte sociale qui doit aboutir à la disparition de la société capitaliste.
Sans doute plusieurs siècles seront nécessaires au genre humain pour s'affranchir des tristesses, des misères, des servitudes, de l'oppression, nées du souci des besoins matériels primordiaux.
Mais, pour ravenir le plus proche, la solution du grand problème social de notre époque dépend d'une façon décisive de cette question : Est-ce que le prolétariat international trouvera en soi la force de remplir la mission historique à laquelle le destine l'évolution sociale et à laquelle il commence à se préparer dans tous les pays modernes ?
Or, cette mission, c'est la transformation de la société capitaliste actuelle en société communiste, c'est l'abolition de la servitude du salariat et, corrélativement, la disparition de toutes les distinctions de classes !
Le prolétariat international sera-t-il à la hauteur de cette mission?
Qui vivra, verra !