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EN PLEINE REVOLUTION

A notre époque la dissolution inévitable de la société capitaliste peut se prévoir par l'irrégularité et l'incertitude de la production, par l'entassement, — dans la lutte impitoyable de la concurrence — de quantités énormes de marchandises, auxquelles le débouché manque, de sorte qu'un arrêt de l'afflux et une crise internationale des affaires ne sauraient être prévenus.

Bien que les capitalistes modernes tâchent de trouver de nouveaux marchés pour leurs marchandises chez les races moins civilisées des colonies, cela ne pourra qu'étendre la crise, puisque toutes ces tentatives attirent sans cesse de nouveaux concurrents dans le mouvement mondial.

Dans une société, basé"enon sur la production pour l'entretien direct de tous ses membres, mais sur la production effrénée de marchandises destinées à la vente, la crise devient un résultat immédiat de la marche des affaires et

] in EN MARCHE

un complément, pour ainsi dire, de la production irrégulière elle-même.

Le caractère général que doivent prendre de plus en plus les crises^ est donc un phénomène aussi naturel que la généralisation de la production capitaliste même et son extension sur tous les pays du monde.

C'est pour toutes ces raisons qu'un sentiment d'incertitude, en ce qui concerne les conditions de la vie, pèse, comme un lourd fardeau, sur les hommes dans tous les cercles de la société, et rend une situation de tranquillité et de bien-être impossible, surtout pour le prolétariat courbé sous le salariat.

Si les salariés dans une branche de métier quelconque étaient capables d'élever, si peu que ce soit, mais d'une façon durable, le niveau de leur vie au moyen d'un mouvement de salaires, la lutte politique et économique des syndicats ouvriers serait propre à amener la création d'une aristocratie du travail, sorte de quatrième état plus ou moins privilégié qui laisserait derrière lui une partie considérable de la classe ouvrière formant comme un cinquième état des bas-fonds du prolétariat.

Dans quelques pays, où le capitalisme est très développé comme en Angleterre et aux Etats-Unis, c'est déjà le cas, du moins actuellement.

Si ce phénomène pouvait durer nous aurions plutôt reculé ; ce n'est que par le développement de la société dans une direction vers le communisme et l'établissement d'une société de bienêtre et de bonheur pour tous, qu'il y aurait lieu de parler d'un progrès. La lutte serait devenue plus désespérante que jamais pour ce cinquième état abandonné, qui aurait contre lui

non seulement l'aristocratie de la naissance et de la fortune, mais aussi la nouvelle aristocratie du travail.

Quelques jeunes économistes de l'école bourgeoise, ainsi que certains autres qui s'intitulent socialistes, ont exposé cette théorie : que jusqu'à un degré donné, il n'y a pas contradiction entre les intérêts des capitalistes comme entrepreneurs et l'augmentation du bien-être matériel de leurs ouvriers. Ils ont donné à cette théorie un caractère de tendance générale et l'ont développée ainsi :

Les capitalistes peuvent contribuer dans une certaine mesure, quoique mus par leur propre égoïsme, à l'augmentation des salaires ou à la diminution des heures du travail. Cela s'applique surtout à la grande industrie.

Tant que, par l'intensification du travail, le perfectionnement du machinisme, etc., s'accroît la quantité de surtravail livré par le salarié à son entrepreneur, et qu'ainsi augmente la quantité de surproduit dans lequel s'incarne ce surtravail, les propres intérêts du capitaliste ne s'opposent pas à une hausse corrélative des salaires. Les deux phénomènes peuvent marcher de front ; ce n'est que dans le cas où la perte contrebalance le bénéfice que l'entrepreneur commence à s'opposer à l'augmentation des salaires.

La même observation est exacte en ce qui concerne la diminution de la journée de travail. L'intensification du travail, telle qu'elle se manifeste dans la grande industrie comparativement à la petite industrie ou à la manufacture, permet au capitaliste d'extorquer à ses ouvriers autant de surtravail en huit heures qu'en dix auparavant. La quantité de surproduit dans

laquelle s'incarne le surtravail et qui constitue le profit restera donc constante, et dans ce cas, il sera indifïérent au capitaliste que la journée de travail soit de huit ou de dix heures.

11 préférera même ordinairement la plus courte journée de travail, en raison de certaines économies dans l'éclairage et le chauffage de ses établissements, et d'une usure moindre de son outillage, etc.

Mais si une plus grande productivité du travail, résultant de la diminution de la journée de travail, ne compense pas suffisamment la perte du temps de production, le capitaliste ne concédera jamais cette amélioration.

La théorie ainsi exposée est complètement exacte. Elle nous explique le niveau relativement élevé des salaires dans certaines grandes industries. Elle nous fait comprendre aussi comment pendant une période de plusieurs années, dans certains pays, il a pu se développer une sorte d'aristocratie du travail.

Mais, à cette théorie, le développement de la production et des communications internationales en oppose une autre que nous devons envisager aussi.

A mesure que les pays modernes et leurs colonies commencent successivement à produire pour le marché mondial, un autre facteur intervient. Dans les pays où les salaires sont relativement bas, les entrepreneurs capitalistes, pourvu qu'ils emploient les machines les plus perfectionnées, peuvent se créer d'aussi grands profits tout en livrant sur le marché international leurs marchandises à meilleur marché que leurs concurrents des pays où les salaires sont plus élevés. Ceux-ci st)nt donc forcés de

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diminuer les salaires de leurs ouvriers en dépit de la théorie ci-dessus énoncée.

En effet, malgré que le travail de leurs salariés s'intensifie, malgré qu'ils emploient euxmêmes les meilleures machines^ il est possible qu'ils soient contraints par la concurrence internationale à lutter contre la hausse des salaires, ou même de baisser ceux-ci.

Dans ce cas, les bénéfices de l'intensification du travail sont perdus pour les ouvriers^ tandis que ses inconvénients persistent.

Et voilà les ouvriers privilégiés, les aristocrates du travail menacés de plus en plus dans leur existence même !

Une telle aristocratie du travail, comme nous l'avons supposé plus haut, pouvait exister temporairement dans un pays comme l'Angleterre et cela pendant une période où ce pays avait un véritable monopole dans le domaine de l'industrie et du commerce sur le marché international. Cependant, avec l'extension du régime capitaliste en régime mondial son existence devient de plus en plus insoutenable. Le vieux trade-unionisme de l'Angleterre réussissait encore ; vers le milieu du xix^ siècle, à élever le niveau de vie de certaines couches de la classe ouvrière anglaise jusqu'à un degré relativement haut. Il pouvait même condamner vers 1850 la tactique des grèves — suivie autrefois généralement par les ouvriers anglais — vu la situation privilégiée de l'Angleterre comparée à d'autres nationalités. Les difTérentes crises qui se sont suivies pendant le dernier demi-siècle dans l'industrie et le commerce de l'Angleterre, leur ont fait entendre déjà quelque raison. Comment maintiendront-ils dans l'avenir leur situation privilégiée, lorsque

sur le marché mondial seront apportées de plus en plus les marchandises de tous les pays du monde ?

C'est ici ce caractère international de la lutte de classes auquel je me réfère encore une fois, ce caractère international qui, à la longue, paralysera chaque amélioration temporaire et locale des conditions de vie et qui transformera à la fin toute la lutte de classes de notre époque en lutte directe contre la propriété individuelle.

Même pour les membres de la classe ouvrière qui, pour des causes passagères, se trouvent dans une situation privilégiée en comparaison des ouvriers d'autres pays et d'autres métiers, l'incertitude générale, le malaise régnant dans d'autres branches de métier, la situation des sans travail dont la rigueur s'accroît sans cesse, auront pour effet de détruire la confiance qu'ils ont dans le gain assuré du lendemain.

La construction d'une nouvelle machine pourra mettre en disponibilité une partie de ces ouvriers privilégiés ; la banqueroute d'un entrepreneur, d'une grande maison de banque, une nouvelle crise dans le métier qu'ils exercent, une guerre qui éclate, peuvent les jeter dans les rangs des sans travail et par suite dans la situation des plus malheureux de leurs frères. Jamais sur la base de cette société capitaliste les ouvriers ne trouveront assuré l'avenir d'euxmêmes ni de leur famille.

Aussi, à la longue, le nivellement général des salaires ne pourra pas être évité par des mesures réactionnaires, comme la limitation du nombre des apprentis dans les métiers les plus privilégiés ou par des alliances entre patrons et ouvriers d'une même branche pour maintenir les prix et les salaires.

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Le développement de la production capitaliste le montrera de plus en plus aux ouvriers privilégiés. Il les jettera sur le pavé par dizaines de milliers et cela à des époques où les magasins et les greniers seront pleins de richesses, c'està-dire à des époques où le travail s'arrêtera et où la crise générale aura commencé.

Toutes les améliorations qu'ils auront acquises de leurs patrons, toutes les réformes dans les conditions du travail et du salaire, la perspective d'une pension de retraite dans le cas de vieillesse ou d'invalidité, toutes les mesures de protection législative seront rendues inefficaces d'un seul coup.

Les entrepreneurs dans ces périodes de crises restent en possession de leurs capitaux amassés, parce que si leurs affaires ne prospèrent pas pour un temps, ils ne manqueront pas du moins de moyens d'existence au milieu de leurs magasins et de leurs greniers d'abondance. Les ouvriers, au contraire, sentent plus que jamais que même dans les conditions les plus privilégiées ils n'ont été rien de plus que des prolétaires, des non-possédants devant vendre leur force de travail et ne pouvant gagner par leur travail plus que ce qui suffit pour vivre au jour le jour.

Ils sentent qu'il ne leur était permis de travailler qu'autant qu'ils pouvaient produire une certaine plus-value en sus de ce qui leur était m accordé pour leur propre existence. Ils restaient K toujours des machines de production dans les K mains du capitaliste.

Bk C'est avec une telle période de crise et de ma- ^B laise général que coïncidera la phase décisive Bf de la lutte de classes et que commencera l'enm fantement de la nouvelle société communiste.

Que cette période prochaine de révolution soit née d'une grève générale et internationale des ouvriers dans quelques grandes branches d'industrie ou de transport, qu'elle vienne après la fermeture des fabriques par les entrepreneurs et le renvoi de millions d'ouvriers par suite du manque de travail ou qu'elle soit la conséquence de banqueroutes Financières et commerciales, le résultat final est toujours le même.

Nous pouvons même supposer que dans une période de crise internationale les deux phénomènes se compléteront l'un l'autre : d'une part la grève générale, d'autre part le manque de travail et le malaise !

Dans ces deux cas ce sera une manifestation de millions de salariés se voyant frustrés de leurs moyens de vie, au milieu des magasins regorgeants de richesses : vivres, vêtements, objets de luxe-propriété d'une bourgeoisie satistaite et provocante.

C'est à ces deux signes unis ensemble : la grève et le défaut de travail, que se reconnaîtra la crise décisive et la fin de l'ordre capitaliste de la société. Les millions de prolétaires se jetteront sur les propriétés des milliers d'exploiteurs !

Si pendant cette période décisive les masses ouvrières, trop peu instruites, sont seulement poussées par leurs passions sans savoir ce qu'elles veulent, si, par conséquent, elles tournent à toutes les directions où le vent peut souffler, nous pourrons seulement attendre des révoltes d'afîamés, comme cela arrive si souvent dans les pays méridionaux et orientaux de l'Europe. Les milliers^ qui résislent à l'ordre établi de la société, seront donc partiellement as-

sommés par les troupes, par leurs propres Ireres et fils armés. Les masses faibles seront de nouveau assujetties, et condamnées à retomber dans la misère et l'abrutissement.

Au cas où ce phénomène serait général dans les pays dont le progrès est décisif pour la civilisation, les classes des capitalistes et propriétaires fonciers obtiendraient plus que jamais la domination sur le travail des masses serviles. Ce serait la solution capitaliste de la Question Sociale dont il a été fait mention plus haut et cela élèverait la puissance des capitalistes et propriétaires fonciers à une hauteur où la vie sociale serait vraiment insupportable pour la grande masse des hommes. Ce serait la servitude universelle !

Si, au contraire, les masses ouvrières sont conscientes de leur situation, si elles compren- ^\^/^t suffisamment la grande tâche qui les attend, celle de s'émanciper et de se délivrer de la domination du salariat, les millions de prolétaires qui les constituent prendront des mesures radicales et continueront la production. ^

Ce serait la solution prolétarienne du problème social — le sol et le capital tomberaient entre les mams des ouvriers manuels et intellectuels.

Pierre Kropotkùie a rendu un service réel au prolétariat du monde entier en posant surtout cette question dans son livre sur : « La conquête du pam » : quelles mesures devront être prises au lendemain même d'une révolution sociale ? La prise de possession de toutes les richesses par la population révolutionnaire des pays les • plus avancés n'est en vérité qu'une question de temps, et la manière dont elle s'accomplira ne

doit pas être laissée sans plus au cours éventuel des événements.

Non seulement la prise de possession commune de toutes les richesses, l'installation dans les appartements, l'appropriation des magasins de vêtements et d'aliments par la communauté et leur ouverture pour tous, mais aussi la continuation de la production par les organisations ouvrières, supposent des difficultés qui méritent d'être examinées dès aujourd'hui dans chaque organisation ouvrière.

Car dans une telle période de révolution sérieuse, où s'arrête momentanément tout le travail, les organisations ouvrières se trouveront dans une situation qui est comparable à celle des colons se trouvant dans une région inconnue, au milieu de toutes les richesses d'une nature abondante. Les matériaux sont sous la main à foison, seulement il faut être déterminé sérieusement et il faut pouvoir s'entendre harmoniquement et volontairement les uns avec les autres.

Pour ce qui est de la continuation de la prc duction sociale par les ouvriers mêmes, Kropotkine ne compte pas assez avec les difficultés qui se présenteront sans doute. Il attache trop peu de valeur à tous les obstacles qui, cependant, doivent être examinés d'avance.

Assurément, ces difficultés ne commenceront à se manifester qu'au moment où, dans différentes grandes villes, sera proclamée la Commune et lorsque des milliers d'hommes se presseront dans les rues et se rassembleront le soir dans les clubs improvisés en se demandant: c( Que faire? »

Et alors, en nous transportant à ces jours d'agitation et de révolte, nous pensons que Kro-

potkine se montre trop optimiste quand, en traitant des denrées dans un beau chapitre idyllique de son livre, il suppose que sur le champ des citoyens et des citoyennes de bonne volonté s'appliqueront à inventorier ce qui se trouvera dans chaque magasin, dans chaque grenier d'abondance : « En vingt-quatre heures, la Commune révoltée saura ce que Paris ne sait pas encore aujourd'hui, malgré ses Comités de statistique, et ce qu'il n'a jamais su pendant le siège, — combien de provisions il renferme. » («La conquête du pain », p. 77).

En vingt-quatre heures, on ne fait rien de tel pendant ces jours de révolution !

11 faut s'attendre à ce que les masses qui se précipiteront dans les rues viennent voir le résultat de la révolution ! Dans les magasins et greniers elles apaiseront leur faim et se pourvoiront d'habits. Sans doute, elles n'inventorieront pas la provision des denrées, mais la mangeront ;les révoltés auront,du reste, parfaitement raison, à condition, toutefois, qu'ils commencent immédiatement à produire de nouvelles richesses. Encore moins pouvons-nous attendre que, en huit jours, « le service des denrées se fera avec une régularité admirable » (L. c, p. 77), ou que Paris s'apercevant qu'au bout de huit mois il va se trouver à court de blé, le cultivera [L, c, p. 95).

Ah ! qu'il en soit ainsi ! Mais envisageons les difficultés réelles, et n'attendons pas ce cours merveilleux des événements. Surtout ne comptons pas trop sur les soi-disants ce volontaires, » les (( citoyens et citoyennes de bonne vylonté ». Ils se trouveront peut-être en masse, mais ils auront la main malheureuse, ne pouvant pas être aptes à rendre toutes sortes de services, s'ils

se mêlent de métiers qu'ils ne connaissent pas parfaitement et par une longue expérience dans les établissements mêmes, où ils voudront intervenir (4). Leur intervention pourrait même nuire, non seulement en ce qui concerne l'action d'inventorier les denrées et les vêtements dans les magasins, mais aussi quant à la continuation de la production et à la distribution des richesses en général.

Seulement nous pouvons espérer que les organisations des travailleurs, qui sont déjà fondées dans toutes les branches de l'industrie, de l'agriculture, du commerce et des communications, seront assez fortes dans ces jours-là pour se charger de diriger les affaires en proclamant dans les vingt-quatre heures, que dans toutes les fabriques et les ateliers, ainsi que dans les grands magasins, ce sont elles qui remplacent les entrepreneurs particuliers.

Ainsi l'heure sera venue pour les syndicats ouvriers de se transformer cTmstrumeiitsde lutte contre les patrons en organisations productives, fonctionnant avec la haute idée directrice de la production et de la distribution des richesses.

Ces organisations productives pourront donc devenir les cellules du grand organisme de la société de l'avenir, la base de ce ménage communiste dans lequel on ne produira plus en vue de la vente, mais en vue de la consommation directe parles membres mêmes.

11 faudra donc immédiatement que dans tous les quartiers des grandes villes, comme dans chaque commune, les grands édifices publics

(1) Voir ce qui est dit dans le chap. VI de cet ouvrage . 160). sur la désor^^uiisat' ant la Commune de Paris.

(p. 160). sur la désor^^uiisation du service des postes pen da '

soient transformés — sous la direction de ces or2;anisations — en magasins centraux ouverts à tous les hommes et où chacun pourra se procurer librement les vêtements, les aliments, les articles de ménage dont il aura besoin.

Les citoyens et les citoyennes de bonne volonté, les volontaires, pourront trouver assez a faire à côté de ces groupements existants qui seront tout à fait familiers avec leur sphère d'activité. Ils pourront remplir les places vides dans ces organisations et exciter au travail par leur zèle et leurs sacrifices en exerçant une influence vraiment révolutionnaire.

Ils pourront se chercher de nouveaux cercles d'occupation en prêtant, par exemple, leur concours aux pauvres habitants des taudis lorsqu'ils iront s'installer dans les grands appartements vacants. Certes, ils trouveront du travail utile partout où cela leur plaira.

Le fait que déjà dans la vieille société capitaliste se sont formées des organisations de producteurs, destinées par la nature même des choses à rester le noyau de toute cette grande association du travail productif et à être le pivot sur lequel tournera toute la machine de production et de consommation, ce fait-là est un phénomène qu'on ne doit pas mépriser pour le succès d'une révolution internationale.

Ces organisations créeront, dès le commencement de la révolution, un certain système de collaboration, arrangé volontairement et capable d'être modifié plus tard par la liberté de groupement de tous les individus. Ainsi elles représentent une force révolutionnaire que les efforts des volontaires, accourus de tous côtés, ne peuvent pas remplacer si grands que soient leurs sacrifices.

Les ouvriers organisés qui, dans chaque métieT et jusqu au dernier moment avant la Révoiution, auront disputé pied à pied, aux entrepreneurs capitalistes, la domination dans les labriques, les ateliers, les grands magasins les eiabhssements de transport, n'auront rien d autre a faire, dans les jours de bouleversement révolutionnaire, que d'achever leur victoire.

Que ces salariés d'autrefois placent alors immédiatement leurs représentants dans les bureaux de direction de leurs établissements respectits ; qu ils s'unissent dans leurs réunions pour discuter provisoirement les heures du travail et toutes les conditions qu'ils fixeront plds tard definitivem^ent pour effectuer le travail sous le contrôle de l'opinion publique.

Qu'ils ouvrent les ateliers et les fabriques, les magasins de vêtements et d'aliments, les halles aux viandes, aux légumes, aux vins, les théâtres et tous les lieux de divertissements, qu Ils organisent les moyens de communication.

Après tout cela nous pourrons attendre avec conhance les résultats.

Confiant les uns dans les autres et aussi dans cet admirable esprit d'organisation spontanée du peuple dont nous parle Kropotkine, nous pouvons espérer avoir fait assez. Que l'évolution des événements prenne donc son cours !

Un avertissement que, bien à propos, fait Kropotkine dans le même livre, est qu'un futur mouvement révolutionnaire des masses ne doit pas se perdre dans un mouvement électoral pour le remplacement du personnel des notels de ville et des parlements^.

Prenons le dernier mouvement révolutionnaire et organisé des masses prolétariennes,

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celui de la Commune de 1871. Ce mouvement nous a montré combien peu alors, dans les masses de la population, on comprenait que c'est avant tout la propriété qui doit être attaquée et qu'une transformation des corps représentatifs par un changement de personnes ne saurait être une révolution prolétarienne. , .

Celui qui, à l'heure présente, après un quart de siècle de propagande pour le communisme, envisage les idées qui avaient cours, en 18/1, dans le prolétariat de Paris, s'étonnera de la naïveté des masses populaires précisément sur ce point-là. En suivant le développement des événements pendant cette période révolutionnaire, il verra plus clairement de jour en jour comment le mouvement parlementaire a tait échouer à la fin toute la révolution du prolétariat de la capitale. ,

Le Père Duchêne, pendant cette période, refléchit exactement les opinions de tout ce qui s'agitait et bouillonnait dans le peuple. Suivons ses plans, ses propositions, ses objections, tombant comme des balles de mitraille dans les milieux ouvriers : o • r

« Et maintenant, que tout est fini.... )^ Usonsnous après la première victoire du 18 mars..... « il n'est plus question que d'une chose, c est de faire ces braves élections qui vont rendre

aux patriotes de Paris leur municipalité »

(Père Duchêne, n'^ 6, p. 2). ,

(( Et quand vous aurez nomme notre chère Commune, la flamme de la Révolution, l'ideal de la justice; aux urnes encore, vous tous, les combattants du 18 mars, qui savez réprimer rémeute sans coups de fusil, et déjouer tous les sacrés projets des misérables qui tremblent

à Versailles au milieu de leurs argousins » [L, c, n° 7, p. 4).

Combien étranges nous semblent ces paroles à l'heure présente.

Car ce n'était pas à cause des élections prochaines que Thiers et les ruraux de l'Assemblée Nationale tremblaient à Versailles, mais c'était à cause de la force militaire de deux cent mille gardes nationaux armés que possédait Paris dans ces premiers jours de la Révolution et dont il sut si peu tirer parti.

A Paris même un temps précieux fut perdu par les élections. Et pourtant, dans les premiers jours du mouvement victorieux, le Père Duchêne se trouvait obligé de constater que ceux qui avaient défendu Paris et refusé de tirer sur le peuple, manquaient de pain.

Il les avait vus, les « bons bougres de soldats, » «traînant la semelle sur les trottoirs, sac au dos et le ventre vide, à la recherche des riz-painsel, qui ont le toupet de leur refuser des vivres » (L. c, n° 6, p. 6).

Le Père Duchêne avait beau crier :

« Paris ne peut être ingrat, Paris ne peut pas les oublier.

« Qu'on prenne de l'argent n'importe où;, mais que nos frères les soldats ne manquent de rien »

Avec tout cela le temps se perdait.

Au bout de quelques jours, ce n'étaient plus seulement les soldats auxquels les vivres manquaient. La détresse fut générale. Les plaintes commencèrent à s'élever contre « les jeanfoutres de bouchers qui augmentent la viande pour que les patriotes crèvent de faim », et contre « tous les marchands de denrées qui spéculent sur la misère du Peuple ».

Encore quelques semaines et les gouvernants ne trembleraient plus à Versailles !

' C'était maintenant au prolétariat de Paris de trembler pendant la semaine sanglante de mai 1871 !

La Commune de Paris est un avertissement donné par THistoire même, elle nous montre que pendant une révolution du prolétariat le temps ne doit pas être perdu à des élections et des mesures parlementaires !

11 nous semble que les masses populaires sont dans un étrange aveuglement, dès le moment qu'une révolution commence à avoir le caractère d'un mouvement parlementaire.

Prenons le Journal Officiel, publié par la Commune de Paris. Nous y trouverons si clairement caractérisé le cours du mouvement pendant les premiers jours de la révolution de 1871 , que chacun aurait pu savoir ce qu'il y avait à faire dans ces jours-là, exceptés, comme ce fut prouvé, les meneurs mêmes de la révolution. Le lecteur se demande avec stupéfaction si c'était par aveuglement ou par mauvaise volonté qu'on n'a pas su prendre à Paris des mesures décisives dans les premiers jours qui suivirent le 18 mars 1871.

Lisons un peu les communications de la première page, sixième colonne du Journal Officiel de la République française, n^ 80 du 21 mars 1871.

D'une part, nous comprenons comment ra;nxiété régnait alors à Versailles :

« Les premières nouvelles que nous recevons de Versailles constatent l'agitation et l'anxiété auxquelles il fallait s'attendre, mais constatent aussi la prédominance des idées de conciliation

sur presque tous les bancs de l'Assemblée. »

...« On parle à Versailles d'un mouvement qui aurait éclaté à Lyon.

« Orléans serait également fort agité. »

D'autre part, les communications nous montrent dès le commencement les sentiments d'hostilité entre les politiciens , les hommes d'Etat de Versailles.

« On lit dans YElecteur libre :

«Nous avons d'excellentes nouvelles de Ver- « sailles. 40 000 hommes de troupes sûres doivent « s'y trouver réunies aujourd'hui.

a: M. Thiers est d'un calme imperturbable, et « se montre plein de confiance dans l'issue finale. «La France, a-t-il dit aux députés réunis, est ici «avec vous, et c'est ici que nous la défendrons. »

Ensuite, comme si tout cela ne suffisait pas pour montrer au prolétariat révolutionnaire de Paris le chemin de Versailles, viennent les nouvelles, indiquant évidemment combien néfaste pourrait être dans ces jours-là toute temporisation inopportune, vu surtout la perspective d'un retour prochain de milliers de soldats prisonniers revenant peu à peu d'Allemagne et employés plus tard par le gouvernement de Versailles dans sa lutte contre le Paris révolutionnaire :

« L'autorité militaire vient de recevoir avis de la prochaine arrivée dans Saône-et-Loire de 60.000 de nos. soldats prisonniers revenant d'Allemagne. Ils seraient répartis entre les villes de Mâcon, Ghâlon et Autun, mais n'y feraient qu'un court séjour. Ils recevront dans ces villes les effets dont ils manquent, et seront dirigés sur les corps auxquels ils appartiennent »...

De plus, dans ces mêmes colonnes du Journal

Officiel que nous citons toujours nous voyons le chemin à suivre, indiqué par les adversaires même de la Commune. Seulement Paris était trop occupé de la préparation des élections communales !

Voici une nouvelle des départements :

« D'autre part, on assure que les bataillons de gardes nationaux, formant près de 10.000 hommes, seraient partis pour Versailles, afin de s'emparer de l'Assemblée et du gouvernement »...

A cette nouvelle le Journal Officiel n'avait à ajouter, dans ces premiers jours d'un mouvement révolutionnaire, que cette remarque curieuse :

« 11 y a des gens qui ne doutent de rien !»

Apres tant d'années nous constatons avec étonnement, que ceux-là mêmes qui écrivaient ceci ont eu les yeux couverts d'un bandeau dans leur passion de prêcher la voie légale, la prudence et le calme tout en étant les meneurs d'un mouvement révolutionnaire victorieux !

Les politiciens de la Commune de Paris, qui ne surent pas attraper les grands voleurs, résidant à Versailles, purent bien publier, quelques jours après la date susdite, une proclamation contre les petits voleurs de la capitale même :

a Mort aux voleurs.

« Tout individu pris en flagrant délit de vol sera immédiatement fusillé. »

Tel est l'avis publié dans la partie officielle du Journal Officiel numéro du vendredi 24 mars 1871. Nous pouvons admettre que tout cela avait pour but d'informer le monde que le mouvement révolutionnaire de mars 1871 était tout à fait régulier et légal.

Nous ne voulons dire en aucune façon, par la critique que nous faisons ici du mouvement révolutionnaire de la Commune, que, au jour d'une révolution en masse, il n'y aurait pas à prendre certaines dispositions pour maintenir l'ordre matériel. Nous ne voulons pas soutenir non plus qu'une élection de mandataires, aptes à exécuter la volonté des masses révolutionnaires, serait une chose superflue ou du moins d'une faible importance.

Ces dispositions seront prises partout où elles seront nécessitées par le cours naturel des événements.

J'ai voulu dire seulement en quelques lignes, combien peu la Commune de Paris savait prendre des mesures décisives, combien peu elle mérite d'être appelée un mouvement communiste prolétarien.

Et je pose ici cette hypothèse : Quà mesure que les ïnasses révolutionnaires entraînées dans C avenir dans un mouvement d'insurrection sauront pousser immédiatement leur révolte plus énergiquement et plus catégoriquement dans la direction communiste, plus général sera le succès du mouvement^ et plus grand le progrès de la civilisation, que notre génération pourra accomplir de façon durable.

Si nous voulons donner tous nos efforts et faire notre possible pour l'émancipation des masses, nous ne tiendrons pas à des caractères distinctifs de quelque sorte : une ceinture rouge, un képi chamarré. Ces choses peuvent nous être aussi indifférentes que les titres comme : a Comité de Salut public », « Comité révolutionnaire provisoire » ou d'autres de la même sorte. Les révolutionnaires, du moins les convaincus,

seront insensibles à de telles distinctions personnelles.

Qu'un nombre restreint d'hommes résolus, agissant avec ensemble et convaincus de ce qu'il y a à faire, puissent exercer une grande influence surtout pendant la première période d'un mouvement révolutionnaire, qu'ils puissent même diriger le mouvement de ces masses, tiraillées par toutes sortes d'aspirations incertaines, c'est assurément un fait incontestable.

Par ce qui est exposé plus haut, on a vu que le succès d'une révolution prolétarienne ne dépendra que de cette question décisive : La classe ouvrière, prise en masse, est-elle capable de remplacer les entrepreneurs capitalistes et de diriger par ses associations productives toute la production et la distribution des richesses sociales?

Mais un mouvement révolutionnaire prolétarien, né de l'urgence des cas et une fois en marche, prendra-t-il tout d'abord et avec la rapidité désirable son vrai cours ? A l'époque actuelle aura-t-il, sans de grandes secousses, le caractère d'une lutte contre la propriété privée trouvant ainsi immédiatement le litcommuniste ? Cela peut dépendre pour une part considérable de Taction de quelques personnes convaincues et d'un caractère fort et énergique.

Transportons-nous dans un des grands centres d'industrie et de communication au moment où, dans une crise générale, le gouvernement est pris à l'improvisteet où la population se trouve momentanément maîtresse de la situation :

c< L'ancien gouvernement disparu, l'armée, hésitant devant le flot du soulèvement popu-, laire, n'obéit plus à ses chefs ; ceux-ci d'ailleurs

loU EN MARCHE

ont aussi déguerpi prudemment. Les bras croisés, la troupe laisse faire, ou, la crosse en l'air, elle se joint aux insurgés. La police, les bras ballants, ne sait plus s'il faut taper, ou crier : « Vive la Commune ! » et les sergents de ville rentrent chez eux, « en attendant le nouveau gouvernement ». Les gros bourgeois font leurs malles et filent en lieu sûr. Le peuple reste. — Voilà comment s'annonce une révolution ».

Nous empruntons au livre de Kropotkùie cette ébauche du commencement d'une révolution par laquelle l'auteur^ assurément, songe à la Commune de 1871.

La forme, du reste, sous laquelle s'annonce un mouvement révolutionnaire peut être différente. A Chicago ou à New-York il pourrait avoir un certain caractère américain spécifique, en commençant par exemple par une victoire, remportée par des milliers de grévistes armés sur farmée régulière de l'Union et sur la police.

En tout cas nous nous trouverons placés en face de ce phénomène général qu'une multitude de personnes, armées ou non-armées, roulera à traversles rues des citésétantvraimentmaîtresse de la situation, mais passionnée, incertaine dans tous ses désirs, prêtant l'oreille à toutes sortes d'avis.

Par hasard un magasin ou un entrepôt pourra être mis à sac, mais, à la longue, le courant se concentrera sur une ou plusieurs grandes places et autour de certains édifices publics. Du sein de ces milliers de personnes s'élèvera la question : ce Que faire ? »

Que nous soyons partisans ou non-partisans de proclamations, celles-ci suivront n'importe dans quelle direction. Bien entendu, elles se-

ront accueillies avec des huées, si elles ne répondent pas à tout ce qui vit dans les masses populaires et peut-être les auteurs de ces proclamations mal reçues, seront-ils tout simplementlynchés parles masses, en punition de leur témérité à se poser comme moniteurs. Dans la recherche sur l'importance historique d'un mouvement de masses, ces manifestations spontanées de la vengeance populaire n'ont qu'une signification secondaire, parce que pour les recherches scientifiques c'est de la direction générale qu'il s'agit.

Si, au contraire, de telles proclamations répondent aux sentiments quianimentle peuple, elles seront exécutées et ceux qui les ont publiées seront écoutés et suivis, qu'ils s'appellent « comité révolutionnaire » ou tout autrement.

Il est certain que les communistes convaincus et énergiques exerceront une grande influence personnelle sur les événements ultérieurs d'un mouvement révolutionnaire. Car, quoique les masses révoltées manifestent plus clairement et catégoriquement ce qu'elles veulent, après quelques jours écoulés, les révolutionnaires forts et hardis, resteront l'âmedu mouvement,tant qu'ils représenterontvraiment les sentiments populaires. Ils le resteront aussi bien dans les masses du peuple même que dans les comités, qui^ éventuellement, se formeront.

Les communistes libertaires, à ce qu'il me semble, feront donc tout leur possible pour éviter que de nouveau les corps gouvernementaux usurpent le pouvoir public, qtï proclamant des ordres et en exécutant des lois, auxquels les masses auront à obéir.

Les communistes libertaires, assurément, fe-

ront tous leurs eiïorts pour parvenir à ce qu'en principe ne soient publiés que des vœux, des propositions, que le peuple pourra exécuter ou non exécuter dans la vie réelle, et que ne seront proclamés que des avis, à suivre ou non par les masses dans leurs manières de vivre.

Ils tâcheront donc que l'organisation des masses prenne un caractère libre aussi fort que possible. Là seulement, où il s'agirait de défendre immédiatement les principes fondamentaux de la révolution communiste, et où la révolution devrait être défendue, armes en main, ils seraient contraints de tolérer provisoirement Y obéissance et le commandement catégorique.

Aussi, selon notre avis, les communistes révolutionnaires convaincus manifesteront-ils à chaque reprise leur opinion comme communistes, lorsque du sein des masses révolutionnaires seront proposées des mesures, qui dès le commencement du mouvement révolutionnaire seront considérées indispensables pour effectuer le bon succès de la révolution même.

Nous pensons à des mesures comme celles qui suivent :

L'organisation de la défense à main armée du nouvel ordre avec la nomination des chefs pro^ visoires par la population armée elle-même.

L'arrestation immédiate, partout où on les trouvera, de tous les membres des anciens collèges de gouvernement : ministres, généraux et commandants de troupes, chefs de police ainsi que les membres du parlement de tous les partis.

On jugera l'arrestation temporaire de ces personnes nécessaire pour qu'ils n'aient pas l'occasion de provoquer une contre-révolution.

La prise de possession immédiate des bureaux de postes, de téléphone et de télégraphe afin que

ceux-ci ne restent pas trop longtemps entre les mains des hauts fonctionnaires de l'ancien gouvernement, celle des bureaux de rédaction des grands journaux réactionnaires et surtout celle des maisons de banque.

La Commune de Paris a éprouvé comment, dès le commencement de l'insurrection populaire, toute la grande presse lui fut hostile, en engageant même dans une déclaration de la Presse (publiée dans le n^ 81 — 22 mars 1871 — du Journal Officiel), les électeurs de Paris à ne pas tenir compte de la convocation des électeurs par la Commune. Les représentants de plus de vingt-huit journaux de Paris signèrent la déclaration et obtinrent par leur attitude la haute approbation de l'Assemblée Nationale de Versailles.

A la fin, le 18 avril, la Commune fut obligée de décider la suppression de quatre grandes feuilles réactionnaires, pour la raison qu'elles « prêchent ouvertement la guerre civile, donnent des renseignements militaires à l'ennemi, et propagent la calomnie contre les défenseurs de la République. » (n" 109 du Journal Officiel du 19 avril 1871). Plus tard suivit la suppression d'autres journaux de la même sorte.

Quant aux maisons de banque, par l'expérience même des révolutions antérieures on remarquera que, si les anciens gouvernants réactionnaires avaient l'occasion de sauver des sommes considérables, ils emploieraient leur argent pour la corruption de l'opinion publique. Le fait que la Commune n'a pas su faire usage du trésor de la Banque de France fut plus tard reconnu par tous les révolutionnaires comme une des plus grandes fautes de la Commune.

La publication dune proclamation invitant la

'population rurale à ne plus payer de fermes, de dîmes ou n'importe quelles autres charges et à rompre en général tous les engagements avec les ci-devant propriétaires fonciers.

En conséquence de cette proposition, prière à la même population de toutes les communes rurales de régler dans les réunions publiques la manière de cultiver les parcelles situées dans leur commune de la manière qu'en décide la population elle-même.

La convocation des syndicats dans les différentes branches d'industrie, de communica^ lion, etc., pour le règlement de la production et de la distribution des biens sociaux et de la continuation immédiate du travail dans les fabriques et les ateliers, clans les établissements de communication et de transport, dans les magasins et les halles, ainsi que du travail dans les bureaux de poste, de téléphone, de télégraphie, dans les écoles et les hôpitaux. Tout travail à régler par les ouvriers organisés des établissements respectifs qui le dirigeront sous le contrôle de Vopinion publique.

La Commune de Paris se décida à l'élaboration d'un projet d'esprit analogue pour l'exploitation de certains ateliers. Seulement, ce fut assez tard que la Commune prit cette résolution en se plaçant en outre à un point de vue tout à fait capitaliste. Elle demanda, le 16 avril 1871, aux Chambres syndicales ouvrières, l'élaboration d'une statistique des ateliers abandonnés, ainsi que d'un rapport établissant les conditions pratiques de la m.ise en exploitation de ces ateliers par l'association coopérative des travailleurs qui y étaient employés (1).

(1) Voici le décret de la Commune dans son entier :

VERS LA SOCIÉTÉ NOUVELLE lo5

Nombrede mesures analogues à celles qui sont désignées plus haut seront mises à l'ordre du jour dès le premier moment d'une révolution prolétarienne. En grande partie elles auront un caractère pressant et impérieux, et la méprise en ce qui concerne la direction de leurs effets pourrait même avoir parfois une influence néfaste.

« La Commune de Paris,

<( C-oiisidérant qu une quantité d'ateliers ont été abandonnés par ceux qui les dirigeaient afin d'échapper aux obligations civiques, et sans tenir compte des intérêts des travailleurs ;

« Considérant que par suite de ce lâche abandon, de nombreux travaux essentiels à là vie communale se trouvent interrompus, l'existence des travailleurs comprise,

« Décrète :

u Les chambres syndicales ouvrières sont convoquées à l'elTet d'instituer une commission d'enquête ayant pour but :

« 1° De dresser une statistique des ateliers abandonnés, ainsi qu'un inventaire exact de Tétat dans lequel ils se trouvent et des instruments de travail qu'ils renferment;

« 2° De présenter un rapport établissant les conditions pratiques de la prompte mise en exploitation de ces ateliers, non plus par les déserteurs qui les ont abandonnés, mais par l'association coopérative des travailleurs qui y étaient employés ;

« 3° D'élaborer un projet de constitution de ces sociétés coopératives ouvrières;

« 4" De constituer un jury arbitral qui devra statuer au retour des dits patrons, sur les conditions de la cession définitive des ateliers aux sociétés ouvrières, et sur la quotité de l'indemnité qu'auront à payer les sociétés aux patrons.

« Cette commission d'enquête devra adresser son rapport à la commission communale du travail et de l'échange, qui sera tenue de présenter à la Commune, dans le'plus bref délai, le projet de décret donnant satisfaction aux intérêts de la Commune et des travailleurs. » Journal Officiel^ n° 108 de lundi 17 avril 1871.

Quelques-unes de ces mesures ne seront exécutées peut-être que partiellement, d'autres pourront échouer ou se montrer inapplicables.

Lorsque nous faisons une énumération de quelques-unes de ces mesures révolutionnaires d'un caractère urgent^ en nous référant à des mouvements du passé, comme la Commune de Paris, nous n'avons qu'un but, celui de caractériser scientifiquement l'importance historique souvent décisive de la première période d'une révolution en masse.

Car nous pouvons admettre que même, dans la forme qu'elle prendra dans l'avenir, comparée au passé, la révolution montrera toujours une sorte de progrès et un certain développement qui se manifestera dans la manière d'éviter les fautes d'autrefois et de changer les demimesures en mesures défmitives et complètes.

Les communistes en tout cela considéreront comme leur tâche à eux, de mettre au premier plan le point de vue communiste partout oii se proposent de telles mesures qui pourront amener parfois des conflits sérieux.

Si réelle que soit l'impossibilité d'indiquer par avance et en détail le développement d'un mouvement révolutionnaire, la discussion de ce qui sera fait au jour d'une insurrection populaire restera toujours, dans la lutte actuelle de classes, d'une importance générale pour les deux partis combattants, vu surtout l'influence décisive de la première période d'une révolution.

De telles discussions auront donc lieu dans les cercles gouvernementaux, dans les bureaux des commandants militaires et des chefs de police, de même que parmi les masses des ouvriers révolutionnaires.

L'histoire — on le sait d'un côté aussi bien que de l'autre — n'est pas écrite par le droit, mais par la force. Le fait historique, une fois existant, devient, par la raison même de son existence, la situation légale, reconnue comme « droit )) par la masse des hommes.

Par conséquent, nous pouvons déjà prévoir que dans la révolution future^ quelle que soit la forme spéciale et imprévue de son développement, le prolétariat placera les classes possédantes en face de faits accomplis.

Cette déduction peut être tirée sans qu'il soit nécessaire de pénétrer dans l'avenir plus qu'il n'est possible de le faire par une étude sérieuse des faits existants et de leur développement historique.

Les faits ne peuvent être effacés que par de nouveaux faits qui y sont opposés, mais jamais par des raisonnements théoriques, et ils ne peuvent être combattus par les conservateurs d'un point de vue de « droit » que lorsqu'ils ne sont pas encore des faits.

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