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DU FRANC

1 fr.

1. Des le début de l’augmentation de la population, les recettes du budget s’accroîtront. Vers la quinzième année’ 1 augmentation étant de 5 millions environ, le budget s’accroîtra d’environ un huitième.

2. A partir de la vingt-cinquième année, et même avant, les enfants nés depuis les mesures nouvelles amont des enfants à leur tour. La diminution des naissances, qui se manifeste à partir de la vingt-troi-

financier et du relèvement de la natalité française

que je préconise, de l’impôt sur la dépense, du sou du franc, irait en baissant dans les mêmes proportions et il est facile de voir (colonne Q) que dans une quinzaine ou une vingtaine d’années, les sommes disponibles en francs revalorisés seront beaucoup plus faibles que les sommes actuelles en francs démonétisés. Leur valeur en francs-or sera identique. Mais leur valeur en francspapier de l’époque, car nous en serons encore au franc-papier, sera beaucoup plus considérable que leur valeur actuelle. Il faudra donc tenir compte de l'augmentation annuelle de la valeur du franc (colonne H), pour diminuer d’autant le chiffre de l’indemnité aux enfants de moins de quinze ans (colonne G). La valeur réelle, la valeur marchandise, le service rendu aux familles nombreuses sera le même, mais le chiffre absolu diminuera de plus en plus (colonne I).

Peut-être cependant, et à titre d’encouragement, serait-il bon, pendant les cinq premières années, et malgré ce qu’il en coûterait au budget, de conserver le taux de 1.000 francs par enfant (Voir colonne K) pour retomber brusquement, à la sixième année, à un chiffre beaucoup plus bas, 500 francs au lieu de 1.000, correspondant au franc remonté à 0 fr. 40 centimes et égal cependant, en valeur réelle, aux 1.000 francs du début avec le franc à 0 fr. 20.

J’ai dit qu’avec le sou du franc le chiffre des impôts perçus diminuerait en raison même de la diminution du prix de la vie et de la valeur des objets taxés. Mais sa valeur totale resterait la même. D’autre part, en cas d’insuffisance, de grosses ressources viendraient s’ajouter, en cas de besoin, aux ressources normales de l'impôt sur la dépense. Ce sont d’abord les intérêts des dettes amorties ou converties devenus disponibles.

Dans le plan d’ensemble de redressement financier que je présente ici, très résumé, car son étude demanderait d’autres développements, j’envisage l'amortissement des dettes, dans la mesure de 4 milliards par an, somme peut-être un peu forte,

l’impôt sur la dépense

mais que je crois possible, au moins pendant les quatre ou cinq années employées au rachat et à la revalorisation des rentes. On aurait alors un milliard au moins d’intérêts disponibles. Ensuite on pourrait soit payer l’amortissement sur d’autres ressources, soit le diminuer, soit en laisser le soin aux générations futures, la génération de la guerre ayant assez souffert, et assez donné ! Enfin d’importantes ressources viendraient encore s’ajouter, avec les années, à celles que je viens d’énumérer. Disponibilités des pensions et des rentes viagères par l’extinction progressive des bénéficiaires, extinctions très nombreuses d’ici vingt ans, et aussi recettes supplémentaires de l’impôt ou plutôt de tous les impôts dus à l’augmentation même du nombre des contribuables et des consommateurs.

Il resterait sans doute encore beaucoup d’argent — et ce ne sont pas les façons de le bien employer qui feraient défaut : aménagement des colonies, travaux publics, marine militaire et marchande, relèvement des indemnités aux officiers, sous- officiers et soldats rengagés permettant d’augmenter leur nombre, fonds de secours, propagande à l’étranger, actuellement sacrifiée, laboratoires, fondations scientifiques, littéraires et artistiques, en un mot tout ce qui fait contribuer à la grandeur, à la prospérité et au rayonnement de la France.

Voici donc les chiffres que des calculs évidemment conjecturaux, mais parfaitement admissibles, permettent d’établir. Ils ne sont d’ailleurs pas intangibles et tous leurs éléments peuvent être modifiés selon les nécessités inspirées ou imposées par les circonstances. Mais ils suffisent à montrer que ces projets, quelle que soit leur ampleur, puisqu’il ne s’agit de rien de moins que d’un plan général, que d’une méthode de relèvement social et financier de la France, ils suffisent, dis- je, à montrer que ces projets n’ont rien de ehimérique. Il suffit de vouloir. Il suffit que les hommes du Parlement, qui, après tout, veulent tous,

comme nous le voulons nous-même, le bien et le salut de la France, veuillent bien s’arracher aux préjugés qui les aveuglent, aux combinaisons politiques et électorales dont ils s’indignent euxmêmes, aux machinations des partis, qui tuent la France et qui ne sauveront même pas les partis qu’elles déshonorent.

Mais il n’est que temps. Le franc baisse toujours — un peu sans doute par suite de spéculations, de manœuvres douteuses, de ventes forcées ou volontaires, mais surtout, et je m’étonne de n’avoir vu indiquer nulle part cette cause évidente, parce que l’inflation de quelques milliards votée il y a six mois, commence à produire son plein effet. Les billets en circulation ont augmenté dans une proportion sérieuse. Par la force des choses le franc a baissé proportionnellement. Telle est la cause profonde de la baisse actuelle et de la vie de plus en plus chère. Les autres causes sont secondaires, et toute nouvelle inflation, si elle devient nécessaire, et elle le deviendra si les mêmes méthodes continuent, produira les mêmes effets, jusqu’à la catastrophe ! Nous pouvons l’arrêter. Mais il n’y a qu’un moyen. La confiance, dont on parle toujours, la confiance ne suffit pas ! Il faut l’argent. C’est par l’argent, c’est par les excédents de plusieurs milliards, c’est par les budgets surabondants, c’est par la déflation et par la déflation seule qu’on portera remède aux calamités de l’inflation. Et qu’on ne nous berce pas d’espoirs illusoires. La souscription nationale actuelle n’est qu’un palliatif enfantin. Et si l’on employait seulement la dixième partie de la publicité que les journaux font autour d’elle — alors qu’ils font autour du sou du franc, des taxes sur les dépenses et de la suppression de l’impôt sur le revenu, la conspiration du silence — à expliquer aux foules aveugles le mécanisme et les avantages de l’impôt sur la dépense, la partie serait gagnée. Car enfin, que donnera cette souscription nationale? 300 millions, 500 millions, un milliard peut-être, versé une fois pour toutes, — c’est-à-dire ce que donnent les impôts de quelques jours î Malheureusement cette idée, malgré ce qu’elle peut ren-

l’impôt sur la défense

fermer de généreux, présente un grave défaut, celui d’éveiller des espérances sans lendemain, et de détourner les idées des choses sérieuses, des vrais remèdes — du vrai remède, devrais-je dire : la transformation radicale de notre système fiscal.

Si les réformes que je préconise, avec beaucoup d’autres, sou du franc, taxe sur les paiements, avaient été établies il y a quelques mois, — si surtout elles avaient été établies dans toute leur ampleur et étendues à tous les achats, si la coalition des indifférences, des ignorances et des terreurs électorales, — qui, espérons-le, seront un jour châtiées par la révolte des électeurs, ne s’étaient pas dressée contre ces vérités de sens commun, au point de renverser sur cette seule question un ministre de bonne volonté et de sens droit, nous aurions déjà commencé à remonter la pente infernale sur laquelle nous glissons de plus en plus vite et l’augmentation de la vie que l’on reproche aux impôts de consommation, si tant est qu’elle ait lieu, serait déjà compensée, au lieu de s’accroître de jour en jour !

Et qui sait si le Shylock américain aurait osé, comme il vient de le faire, prélever sur ses amis d’hier la livre de chair et de sang qu’on n’ose exiger que des faibles, mais qu’on hésite à demander à celui qui s’est relevé et qui se tient debout, avec ses forces reconquises, sur la terre rougie de son sang !

Nous pouvons, malgré tout, nous pouvons nous sauver nous mêmes, nous tous, Français, qui hier encore combattions coude à coude dans l’horreur des batailles ! Nous le pouvons, en nous associant tous, pour apporter aux caisses de l’État, selon nos facultés, tout l’argent dont il a besoin. Que sont donc ces homm.es, que sont ces citoyens qui n’acceptent les impôts qu’autant qu'ils sont payés par les autres ? Et que sont ces parlementaires qui ne songent qu’à préserver des impôts, même les plus justes, même les plus faibles, leur clientèle électorale, et à charger jusqu’à l’écrasement, au risque de décapiter la France, le petit nombre de ceux dont le travail, l’esprit d’entreprise et le courage, sont

la condition première de l’activité générale et de la prospérité de la Patrie ?

Quel spectacle donnons-nous au monde, qui, après avoir admiré notre vaillance aux champs de carnage et de mort, se demande aujourd’hui si nous sommes bien les mêmes hommes qui ont reculé les bornes de l’héroïsme et en vient à douter de notre courage et même de notre bonne volonté pour l’œuvre du relèvement !

Pour moi, je ne puis croire que le bon sens n’ait pas le dernier mot et que nous allions de nous-mêmes nous précipiter aux abîmes. Je ne puis croire qu’une réforme de nos impôts, si simple, si facile, si pleine de possibilités merveilleuses et cependant réelles, ne puisse pas triompher de la routine, des préjugés qui pouvaient s’expliquer à la fin du siècle dernier, mais dont les difficultés créées par la guerre et par ses suites désastreuses nous montrent le danger mortel. Nous pouvons sortir de l’abîme en rendant à la France, qui les porte déjà dans ses flancs, la richesse et la fécondité ! Qu’attendons-nous pour l’entreprendre ? Je le demande à tous ceux qui ont au cœur l’amour de la France. Je le demande à tous les Français !

La Revue de Paris. 1er Juin 1926.

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