SONNET
Quand vient Vhiver , les hirondelles Cherchant un rayon de soleil , Disparaissent à tire d' ailes Derrière Vhorizon vermeil.
Hélas ! vous avez fui comme elles !
Mais Vhiver nest quun long sommeil , Et vous reviendrez , ô ma belle ,
,4 m: le printemps , au réveil.
Mais pendant votre longue absence , .4u bord de cette mer immense Qui vient mourir à vos genoux ,
Baisant vos pieds de son écume , Songez que bien loin dans la brume 11 est quelqu'un qui pense à vous !
1er Janvier 1886.
A Al
J’errais triste et pensif dans la nuit étoilée.
Sur les pics déchirés , la neige immaculée
Dans l’ ombre apparaissait comme un linceul d’argent.
Dans la gorge muette et sombre , le torrent
Dont les flots êcumants se brisent sur la rive
Lance aux échos lointains sa grande voix plaintive ,
Voix sonore et profonde ou chant mélodieux ,
Qui semble , dans la nuit , être la voix des dieux !
Irrésistiblement , cette voix surhumaine
Vers elle m attirait comme un chant de sirène.
Alors je descendis , voulant V entendre mieux , Lentement , à travers le bois silencieux !
Bientôt je fus au fond de la sombre vallée ,
Sur le bord du torrent , et l’onde échevelée Réveillant les échos de ses sourds grondements , Tournoyait , bondissait , venait par moments
Mourir jusqu’à mes pieds et les couvrir d’écume.
Je m’assis sur un roc , et perdu dans la brume ,
Seul avec la nature et loin des bruits humains ,
Je me pris à rêver : le front dans mes deux mains !...
Ce fut une sublime et douce rêverie !
U eau du torrent parlait à mon âme ravie Comme une voix céleste , et dans la sombre nuit ,
Une feuille tremblante , un murmure , ou le bruit De V insecte effrayé qui court dans V herbe obscure ,
Les mille voix qui sont dans la grande nature ,
Les feuilles , le zéphyr , /e flot puissant et doux Et les étoiles d'or, tout me parlait de vous ,
Tout d'abord j'entendis une voix caressante Comme un souffle du soir !
Et j écoutais sans bruit. C'était l'herbe tremblante Que je ne pouvais voir !
« Où donc , ou donc est-elle ? Elle n'est pas venue !
« La fille aux beaux yeux noirs que nous avons connue;
« Et nous versons des pleurs !
« Car nous ne verrons plus sa bouche souriante ,
« Quand elle reposait comme une fleur charmante « Au milieu d'autres fleurs. »
Et l'arbre en agitant doucement sa ramure ,
Qui frémissait au vent ,
Fit entendre à son tour comme un vague murmure , Comme un souffle mourant :
« Elle ne viendra pas à l'ombre de mes branches « Mordre dans mes fruits mûrs de ses belles dents blanches, « Et chanter des chansons !
« Elle ne viendra pas sous mon épais feuillage,
« Quand le soleil promène en un ciel sans nuage « Le feu de ses rayons !
« Je ne la verrai pas , toujours folle et rieuse ,
« Cherchant les frais gazons , V ombre mystérieuse ,
« Et les sentiers couverts ,
« Zftt comme une dryade adorable et mutine ,
« Tresser une couronne à sa tête divine « mi es rameaux verts ! »
Je sentis sur mon front comme un souffle qui passe A peine en m effleurant;
J'entendis une voix qui venait de l'espace Et dit : « Je suis le vent ,
« Je suis seul! Oh! pourquoi n' est- elle pas venue?
« Je voulais , caressant sa belle épaule nue ,
« Jouer dans ses cheveux.
« J'ai traversé les monts , Zes neiges éternelles ,
« Pour venir m' échauffer au feu de ses prunelles « Et revoir ses beaux yeux.
« Hélas ! J'arrive seul au fond de la vallée !
« Je voulais la revoir ! Elle s'en est allée « Pour Me pas revenir !
« Et maintenant je pars pensif et solitaire ,
« ÜJ pour la retrouver je parcourrai la terre « yl^ec son souvenir. »
Et j'entendis alors la grande voix qui gronde Du torrent bondissant ,
OaZ monta jusqu'à moi , grave , sourde et profonde ,
Et dit en mugissant :
« Pourquoi briser mes flots sur les rocs indomptables ,
« Pourquoi ces tourbillons et ces bonds formidables , « Ces remous inconnus;
« Puisqu elle n’est plus là près de mes flots limpides , « Puisque je ne peux plus , de mes lèvres humides .
« Effleurer ses pieds nus P
« Elle ne viendra pas s’étendre sur mes rives ,
« 5e pencher souriante au-dessus des eaux vives ,
« Comme sur un miroir.
« Je ne reverrai pas son corps rempli de charmes.
« 7 butes mes gouttes d’eau ne sont plus que des larmes , « Et j’ai perdu l’espoir ! »
Alors je vis trembler les étoiles sans nombre Ces perles de la nuit !
Et leurs voix de cristal s’ élevèrent dans l’ombre .
Comme un souffle qui fuit:
« Quand elle était ici , son ardente prunelle ,
« Comme un soleil cloué sur la voûte éternelle.
« Brillait de mille feux ,
« Et les éclairs d’argent que nous lancions dans l'ombre « A e pouvaient effacer , au /onù ùe Za nuz7 sombre ,
« Les éclairs de ses yeux !
« Sous son front virginal elle avait deux étoiles ,
« Z)on£ /es rayons divins qui perçaient tous les voiles « Pénétraient jusqu’au cœur !
« £//e était la plus douce , elle était la plus belle !
« i\ous ?ie la voyons plus , où c/onc, où donc est-elle ?
« Où ùonc es£ no^re somr ? »
Alors je redressai mon front plein de pensées ,
Seul, au milieu des monts , ùes roches entassées
Comme par un Titan sombre et prodigieux ,
Je fixai mon regard au plus profond des deux , Immobile , debout sur un roc , tête nue !
Et pâle, les yeux pleins Tune flamme inconnue, Sur ma poitrine en feu croisant mes bras puissants, Je lançai dans la nuit ces mots retentissants :
« Eh bien ! moi je la vois, moi je la vois encore,
« Et sans cesse, et toujours, car elle est mon aurore ,
« Mon espoir, mon bonheur !
« Car elle est le soleil de mon âme enchantée,
« Et partout, nuit et jour, son image adorée « Illumine mon cœur ! »
ENVOI