‹ En marge de la chirurgie (volume 2)Chapitre 29 sur 56 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

Quand vient Vhiver , les hirondelles Cherchant un rayon de soleil , Disparaissent à tire d' ailes Derrière Vhorizon vermeil.

Hélas ! vous avez fui comme elles !

Mais Vhiver nest quun long sommeil , Et vous reviendrez , ô ma belle ,

,4 m: le printemps , au réveil.

Mais pendant votre longue absence , .4u bord de cette mer immense Qui vient mourir à vos genoux ,

Baisant vos pieds de son écume , Songez que bien loin dans la brume 11 est quelqu'un qui pense à vous !

1er Janvier 1886.

A Al

J’errais triste et pensif dans la nuit étoilée.

Sur les pics déchirés , la neige immaculée

Dans l’ ombre apparaissait comme un linceul d’argent.

Dans la gorge muette et sombre , le torrent

Dont les flots êcumants se brisent sur la rive

Lance aux échos lointains sa grande voix plaintive ,

Voix sonore et profonde ou chant mélodieux ,

Qui semble , dans la nuit , être la voix des dieux !

Irrésistiblement , cette voix surhumaine

Vers elle m attirait comme un chant de sirène.

Alors je descendis , voulant V entendre mieux , Lentement , à travers le bois silencieux !

Bientôt je fus au fond de la sombre vallée ,

Sur le bord du torrent , et l’onde échevelée Réveillant les échos de ses sourds grondements , Tournoyait , bondissait , venait par moments

Mourir jusqu’à mes pieds et les couvrir d’écume.

Je m’assis sur un roc , et perdu dans la brume ,

Seul avec la nature et loin des bruits humains ,

Je me pris à rêver : le front dans mes deux mains !...

Ce fut une sublime et douce rêverie !

U eau du torrent parlait à mon âme ravie Comme une voix céleste , et dans la sombre nuit ,

Une feuille tremblante , un murmure , ou le bruit De V insecte effrayé qui court dans V herbe obscure ,

Les mille voix qui sont dans la grande nature ,

Les feuilles , le zéphyr , /e flot puissant et doux Et les étoiles d'or, tout me parlait de vous ,

Tout d'abord j'entendis une voix caressante Comme un souffle du soir !

Et j écoutais sans bruit. C'était l'herbe tremblante Que je ne pouvais voir !

« Où donc , ou donc est-elle ? Elle n'est pas venue !

« La fille aux beaux yeux noirs que nous avons connue;

« Et nous versons des pleurs !

« Car nous ne verrons plus sa bouche souriante ,

« Quand elle reposait comme une fleur charmante « Au milieu d'autres fleurs. »

Et l'arbre en agitant doucement sa ramure ,

Qui frémissait au vent ,

Fit entendre à son tour comme un vague murmure , Comme un souffle mourant :

« Elle ne viendra pas à l'ombre de mes branches « Mordre dans mes fruits mûrs de ses belles dents blanches, « Et chanter des chansons !

« Elle ne viendra pas sous mon épais feuillage,

« Quand le soleil promène en un ciel sans nuage « Le feu de ses rayons !

« Je ne la verrai pas , toujours folle et rieuse ,

« Cherchant les frais gazons , V ombre mystérieuse ,

« Et les sentiers couverts ,

« Zftt comme une dryade adorable et mutine ,

« Tresser une couronne à sa tête divine « mi es rameaux verts ! »

Je sentis sur mon front comme un souffle qui passe A peine en m effleurant;

J'entendis une voix qui venait de l'espace Et dit : « Je suis le vent ,

« Je suis seul! Oh! pourquoi n' est- elle pas venue?

« Je voulais , caressant sa belle épaule nue ,

« Jouer dans ses cheveux.

« J'ai traversé les monts , Zes neiges éternelles ,

« Pour venir m' échauffer au feu de ses prunelles « Et revoir ses beaux yeux.

« Hélas ! J'arrive seul au fond de la vallée !

« Je voulais la revoir ! Elle s'en est allée « Pour Me pas revenir !

« Et maintenant je pars pensif et solitaire ,

« ÜJ pour la retrouver je parcourrai la terre « yl^ec son souvenir. »

Et j'entendis alors la grande voix qui gronde Du torrent bondissant ,

OaZ monta jusqu'à moi , grave , sourde et profonde ,

Et dit en mugissant :

« Pourquoi briser mes flots sur les rocs indomptables ,

« Pourquoi ces tourbillons et ces bonds formidables , « Ces remous inconnus;

« Puisqu elle n’est plus là près de mes flots limpides , « Puisque je ne peux plus , de mes lèvres humides .

« Effleurer ses pieds nus P

« Elle ne viendra pas s’étendre sur mes rives ,

« 5e pencher souriante au-dessus des eaux vives ,

« Comme sur un miroir.

« Je ne reverrai pas son corps rempli de charmes.

« 7 butes mes gouttes d’eau ne sont plus que des larmes , « Et j’ai perdu l’espoir ! »

Alors je vis trembler les étoiles sans nombre Ces perles de la nuit !

Et leurs voix de cristal s’ élevèrent dans l’ombre .

Comme un souffle qui fuit:

« Quand elle était ici , son ardente prunelle ,

« Comme un soleil cloué sur la voûte éternelle.

« Brillait de mille feux ,

« Et les éclairs d’argent que nous lancions dans l'ombre « A e pouvaient effacer , au /onù ùe Za nuz7 sombre ,

« Les éclairs de ses yeux !

« Sous son front virginal elle avait deux étoiles ,

« Z)on£ /es rayons divins qui perçaient tous les voiles « Pénétraient jusqu’au cœur !

« £//e était la plus douce , elle était la plus belle !

« i\ous ?ie la voyons plus , où c/onc, où donc est-elle ?

« Où ùonc es£ no^re somr ? »

Alors je redressai mon front plein de pensées ,

Seul, au milieu des monts , ùes roches entassées

Comme par un Titan sombre et prodigieux ,

Je fixai mon regard au plus profond des deux , Immobile , debout sur un roc , tête nue !

Et pâle, les yeux pleins Tune flamme inconnue, Sur ma poitrine en feu croisant mes bras puissants, Je lançai dans la nuit ces mots retentissants :

« Eh bien ! moi je la vois, moi je la vois encore,

« Et sans cesse, et toujours, car elle est mon aurore ,

« Mon espoir, mon bonheur !

« Car elle est le soleil de mon âme enchantée,

« Et partout, nuit et jour, son image adorée « Illumine mon cœur ! »

ENVOI

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