‹ En marge de la chirurgie (volume 2)Chapitre 45 sur 56 · LE FROID · texte numérisé non relu

LE FROID

O Froid , béni sois -tu, toi qu on maudit sans cesse ! Toi le grand incompris, et le grand méconnu, Morne Roi des Hivers, dont le palais se dresse Au pôle inaccessible, en un monde inconnu !

O Froid, béni sois-tu, car ce F est que justice,

Car tu nas rencontré que la haine ici-bas •

Et je veux étouffer V opprobre et V injustice,

Car ceux qui font maudit ne te comprenaient pas !

Quand tu nous viens du Nord sur V aile des tempêtes, Sous ton souffle glacé le soleil radieux,

Dans la brume du soir qui roule sur nos têtes, Eteint son globe d'or et déserte les deux.

Et nous ne voyons plus, dans la nuit souveraine, Les étoiles, joyaux du ciel étincelant !

Mais la neige est si belle, étendant sur la plaine Les plis immaculés de son manteau d'argent !

Tu brises sa corolle à la fleur qui s'enivre D'une goutte tombant dans son cœur entrouvert ,

FAURE. T. III

O Froid , meus tu suspends tes blancs cristaux de givre Aux rameaux dépouillés de leur feuillage vert !

Oh ! quel enchantement et quelle poésie ,

Pendant les nuits d’hiver, dans les bois dévastés,

Quand les arbres , debout sur la plaine infinie,

Dressent vers le ciel noir leurs bras échevelés !

Tu traînes après loi l’horreur et la souffrance,

Et la mort vient s’asseoir près du foyer sans feu !

Mais la mort est bénie ! . . . Elle est la délivrance,

Et la tombe est plus chaude encor que le ciel bleu !

T u montres la misère aux heureux de la vie,

Tu les fais s’abaisser jusqu’au déshérité,

Qui vient sous ses haillons tendre sa main bleuie,

Et tu nous fais aimer la Sainte Charité !

Lorsque le vent du Nord gémit dans les ténèbres,

Quand la neige, le soir, tombe en tourbillonnant,

Tu fais naître, chassant les souvenirs funèbres,

La douce causerie au foyer flamboyant !

Parmi tant de douleurs et tant d’heures cruelles,

Il est de doux moments et nous te les devons !

O froid, c’est toi qui rends nos nuits d’amour plus belles , Et nos embrassements plus chauds et plus féconds !

Si tu sèmes la mort, tu récoltes la vie !

Le sol silencieux est un vivant tombeau,

Où l’on sent tressaillir la semence endormie,

Et la tombe , par toi se transforme en berceau !

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