QUELQUES JOURNEES DE CHIRURGIE A PARME, A BELGRADE ET EN ROUMANIE
A Parme
Mon humeur vagabonde vient de me faire faire un des voyages les plus instructifs de ma vie.
J'ai commencé par Parme, auprès de mon ami le Professeur R. Paolucci, pur et magnifique héros de la Grande Guerre. Car c’est lui qui, avec un camarade intrépide, a réalisé le prodige d’aller faire sauter dans le port de Pola le Viribus Unitis, vaisseau amiral de la flotte autrichienne. C’est là, pour un chirurgien, une opération peu commune.
Il m’avait fait l’honneur de venir me voir à Paris, dans mon service de Broca. Je lui avais promis de lui rendre sa visite dans le sien. J’ai tenu ma promesse. Je voulais voir, chez lui, ce jeune chirurgien qu’environne, dans sa patrie, l’auréole d’une juste gloire.
Et je l’ai vu, dans son service, dans son beau service, exécuter à la perfection, avec cette technique élégante et simple que je devais, pendant tout mon voyage, rencontrer à peu près partout, quelques opérations viscérales. De même aidé par lui, et merveilleusement aidé, j’ai fait, de mon côté, dans ce même service,
quelques opérations de grande gynécologie. Nous nous sommes ainsi mutuellement instruits, et de mon passage chez lui, je rapporte un grand souvenir.
J’ai vu, en même temps, dans le service de radiologie du Professeur A. Rossi, d’admirables épreuves, qui sont parmi les plus belles qu’il m’ait jamais été donné de voir; et dans le service d’obstétrique et de gynécologie du Professeur Cesare Decio, la salle réservée aux Mikulicz. L’idée marche et l’exemple porte ses fruits.
Paolucci m’a reçu à son foyer, qu’éclaire la présence d une femme digne de lui, et qui a été pour la mienne, qui m accompagnait dans ce beau voyage, la plus précieuse des compagnes. Mais c’est une rude impression que de voir, dans cette maison simple et hospitalière, tapissant le mur à la tête du lit, l’immense pavillon avec l’aigle à deux têtes qui flottait, aux grands jours, au mât du vaisseau amiral. Et c’est plus encore peut-être, que de contempler sur le mur du petit salon, modeste et glorieux, où nous nous réunissions après le déjeuner, le pavillon de l’Empereur Guillaume, grand-amiral de la flotte autrichienne !
Où donc est-il, l’homme de bon sens, de patriotisme et d’énergie, qui saura réparer la folie des politiciens, et nous remettre coude à coude, pour les dures années qui viennent, avec nos vieux amis de Magenta et de Solférino, avec nos frères d’armes de la Grande Guerre ?