LE SERPENT SECOURABLE
Le moineau continuait à battre des ailes, mais d’une façon convulsive et de plus en plus irrégulière.
Tout à coup le second serpent se détendit brusquement. Il saisit le moineau au niveau de l’épaule, au point d’implantation de l’aile et, pendant une minute environ, le maintint solidement jusqu’à ce que la malheureuse bête, dont les battements d’ailes devenaient de plus en plus faibles, fût tombée dans l’immobilité de la mort.
Quand tout fut fini et que rien ne vint plus s’opposer au tranquille engloutissement de la victime, le serpent, secourable à son compagnon, alla, dans le coin de sa cage, reprendre son immobilité première.
Voilà ce que j’ai vu. En venant au secours de son camarade, notre serpent n’était poussé ni par la faim, ni par le désir de prendre sa part du festin. Son action s’est bornée à venir prêter assistance à un ami dans l’embarras, sans autre but que de lui rendre service et de faciliter sa besogne. Il l’a fait d’une façon désintéressée, poussé par un sentiment d’altruisme, qui ne peut prendre sa source que dans les profondeurs d’une conscience obscure, — mais, cependant, d’une conscience ! !
La Nature , 15 juin 1933.
PAIX SUR LA TERRE
Il y a quelques années, j’étais à la campagne, accoudé à la fenêtre de mon cabinet de travail, contemplant devant moi les platanes splendides qui dressent leurs plus hautes branches à 40 mètres du sol, et, par-dessus les bois, les collines lointaines qui ferment l’horizon.
J’aperçus tout à coup, rangés les uns à côté des autres, dans la rainure de la fenêtre, quatre ou cinq de ces nids arrondis, qui semblent faits de terre gâchée, de la grosseur d’une petite olive, et dans lesquels sont enfermés les cocons de certains insectes.
Curieux de voir leur contenu, je fis sauter la petite carapace de terre et j’ouvris le cocon qui y était renfermé. Il contenait plusieurs petits vers blancs, semblables à des larves de mouches et quelques débris méconnaissables. Je pensai que ces larves venaient des œufs déposés par quelque insecte et qu’elles avaient dévoré, en se développant, l’hôte régulier du cocon.
Passant au nid voisin, j’y trouvai également quelques larves semblables, mais cette fois les débris évidents d’un insecte, et en particulier des fragments d’ailes transparentes. Mon hypothèse se vérifiait donc complètement. Les larves n’étaient que des parasites nourris aux dépens du cadavre de l’insecte, assassiné dans son cocon.
Très intrigué par ces observations, j’ouvris avec les plus
PAIX SUR LA TERRE
grandes précautions un troisième cocon. A ma grande surprise, j’y trouvai un insecte vivant, un diptère, de la taille d’une petite abeille, au corps rayé de noir et de jaune. Aussi surpris que moi, sans aucun doute, de cette naissance prématurée, mais évidemment presque à terme, il se mit immédiatement à marcher sur l’entablement de la fenêtre, où je l’avais délicatement déposé. Il lissa sa tête et ses antennes avec ses pattes de devant, comme nous le voyons faire aux mouches avec tant de vivacité, secoua ses ailes, et alla, sans aucune hésitation, s’installer sur un brin de paille, où il resta immobile, se chauffant au soleil, contemplant sans étonnement apparent la nature qu’il regardait pour la première fois.
Quelles que soient les merveilles auxquelles nous ont accoutumés les insectes, j’étais quelque peu étonné de voir cette prise de possession immédiate, instantanée du monde extérieur par un animal qui, une minute auparavant, attendait dans le silence, l’obscurité et l’inconscience de sa vie larvaire, dans la somnolence évidente de son ganglion cérébral, que sonnât l’heure de sa naissance.
Après avoir brisé sa fragile enveloppe de terre, j’ouvris avec les mêmes précautions un dernier cocon, et j’en retirai, dans les mêmes conditions, un animal identique au premier, un frère évidemment, ou une sœur, né sans doute de la même mère.
Sorti du cocon, l’insecte vint, comme son frère, s’ébrouer au soleil sur la pierre chaude de la fenêtre. Mais à peine eut-il fait quelques pas qu’il aperçut, à vingt centimètres environ, toujours perché sur son brin de paille, l’insecte fait à son image, son compagnon, son frère.
Et c’est ici que l’histoire devient tragique et passionnante. Car à peine eut-il aperçu cet animal semblable à lui, le premier qu’il eût jamais vu, ce frère, cet être de sa forme, de son essence et même de son sang, que l’insecte, plongé subitement dans un
monde inconnu, et qui, dix secondes auparavant, était dans son cocon, avec ses membres repliés sous son corps, dans l’immobilité spectrale de la chrysalide, brusquement, se précipita sur lui, — et la bataille commença ! Le premier, sur son brin de paille branlante, se défendait comme il pouvait ; l’autre, solide sur la pierre, attaquait de toutes ses forces. De leurs mandibules ouvertes, qu’ils maniaient comme des cisailles, ils s’efforçaient de se couper les pattes, ils se mordaient les ailes. Au bout d’une demi-minute de cette bataille acharnée, tous deux roulèrent sur la pierre et le combat se termina sans blessures trop apparentes.
Mais quel spectacle, et quel enseignement ! Ainsi voilà deux êtres, et sans doute deux frères, nés des mêmes parents, et qui, mis en présence avant même qu’ait encore sonné l’heure de leur naissance, sans être poussés par la faim, ni par aucune nécessité naturelle, obéissant à quelque instinct obscur légué par l’atavisme, se précipitent l’un sur l’autre avec acharnement, en essayant de se détruire. Ils ne savent ni ce qu’est la vie, ni ce qu’est la mort, ni ce qu’est la faim, mais ils ont dans le sang une sourde passion, une férocité native qui les pousse invinciblement au meurtre, à la bataille, à l’inutile destruction.
L’instinct de l’extermination est dans l’âme des hommes, comme il est dans celle des bêtes, ou tout au moins de certaines d’entre elles, car il en est d’inoffensives ! Nous le voyons par la dévastation des mers, par le massacre délibéré des animaux qui en font la parure et la vie, par le dépeuplement des grands espaces de l’Afrique, où, dans un siècle, nos petits enfants ne verront plus la faune magnifique que connaissent encore les hommes d’aujourd’hui, qui travaillent à la détruire. Elle ne restera quelque jour que dans les images miraculeuses que les cinémas d’aujourd’hui légueront aux siècles futurs.
Et puis, hélas ! il y a la destruction des hommes ! L’humanité se dévore elle-même.
PAIX SUR LA TERRE
Quelques jours après avoir observé la scène que je viens de décrire, je la racontai au Président Léon Bourgeois. « Monsieur « le Président, lui dis-je, vous qui êtes un pacifiste, écoutez cette « histoire et vous verrez comment le goût du meurtre et du « hante tout ce qui vit. »
« Pacifiste ! », me dit-il, avec un accent que je n’oublierai pas, « ne dites pas cela ! Je suis un pacifique. Je veux la paix. Mais je veux au besoin être assez fort pour l’imposer ! »
La guerre est la loi de la nature. Mais l’homme a souvent montré qu’il était le maître du monde. Il a vaincu la nuit, et le temps et l’espace ! Il triomphe chaque jour de la maladie et de la mort !
Sera-t-il quelque jour, le maître de la guerre ?
La Nature, 1933.
DEUX MOIS AU BRESIL
J’ai voulu, cette année, aller revoir encore mes amis brésiliens. Et le cycle des saisons terrestres nous est vraiment propice, qui met l’hiver austral au moment même où nous avons coutume de prendre nos vacances. Je ne comprendrai donc jamais qu’un si grand nombre d’entre nous, parmi ceux qui pourraient le faire, se privent d’un plaisir immense, en allant passer leurs étés pour la vingtième fois, dans la montagne accoutumée ou la plage avec casino, alors qu’il est aujourd’hui si facile de s’en aller là-bas, sur les rivages enchantés de la plus belle baie du monde, chez des amis hospitaliers, goûter un repos délicieux que prolonge encore le calme d’une navigation presque toujours clémente sur les flots apaisés de la mer des tropiques.
Ce n’est pas sans quelque tristesse que j’ai renoncé, cette fois, à pousser jusqu’en Uruguay, et jusqu’en Argentine, et même jusqu’au delà des Andes pour revoir des amis lointains dont j’ai gardé un si bon souvenir.
Mais il faut savoir se borner, et j’ai préféré contempler de plus près ce Brésil magnifique, que, dans ma course trop rapide, je n’avais pas pu voir, il y a quelques années, comme il mérite d’être vu. Car, il mérite d’être vu, non seulement pour le spectacle sans égal de sa capitale splendide, pour les beautés grandioses de ses fleuves immenses, de ses forêts sans fin, de ses horizons sans limites, mais pour l’activité de ses habitants, pour les progrès sans cesse grandissants qui l’élèvent chaque jour davantage parmi les nations délivrées des angoisses et des convulsions de la vieille Europe, et qui marchent maintenant à
DEUX MOIS AU BRÉSIL
la tête de cette jeune humanité qui renouvellera le monde ! Car tout concourt là-bas vers un progrès sans cesse grandissant. Les chutes d’eau sans nombre des rivières et des grands fleuves constituent des sources d’énergie, de force et de lumière pratiquement illimitées, et les villes nouvelles entrent chaque jour de plain-pied dans cette vie moderne où s’engagent si lentement nos cités de la vieille France, prisonnières de leur routine et de leurs traditions.
Il n’y a qu’une chose qui ne change pas, dans cette ville des merveilles, c’est l’hospitalité charmante d’amis toujours attentifs à satisfaire le plus léger de nos désirs, et qui ne nous laisse que le regret de ne pouvoir leur rendre ici, quand ils passent chez nous, qu’un très pâle reflet de ce qu’ils font pour nous, quand nous allons chez eux.
Les faubourgs de la grande ville s’étendent chaque jour plus loin sur les terrains immenses qui longent la baie sans pareille. Et la vieille cité, prise entre l’Océan, la montagne et la baie, au pied de ces rochers grandioses que tapisse jusqu’aux maisons mêmes la sombre verdure de la forêt vierge, se transforme peu à peu et s’embellit de tous côtés. Mais voici qu’apparaissent les hideux gratte-ciel, qui, s’ils ont leur grandeur parmi les brumes de New-York, déshonorent ici, près des rochers qui les dominent, les nobles perspectives de la ville de la beauté.
Celle-ci, il faut bien le dire, est encore en retard, au point de vue hospitalier. La vieille Santa Casa est toujours là, comme un témoin des temps passés. Elle est très belle encore avec ses hautes salles et ses grands escaliers. Elle ne répond plus aux conceptions nouvelles des hôpitaux modernes. Mais elle est condamnée, et les projet grandioses d’un hôpital immense ont paru dans La Presse Médicale. En attendant, on voit de toutes parts s’élever des cliniques, des établissements, de petits hôpitaux, qui possèdent les derniers raffinements, les plus élégantes conceptions de la
technique hospitalière moderne, et qui permettent de prévoir ce que seront, avant longtemps, les ressources sanitaires de cette ville qui se transforme et s’agrandit de jour en jour.
Le siège officiel de la Croix-Rouge, où se donnent chaque jour d’innombrables consultations, est peut-être ce qu’il y a de mieux dans ce genre. Tout n’est point terminé encore. Mais le rez-dechaussée, où défilent chaque matin de nombreux malades de tous les âges, de tous les sexes et de toutes les couleurs, est resplendissant de blancheur. Tout est tapissé de faïences immaculées, tout, jusqu’aux bancs sur lesquels viennent s’asseoir des malades et des loqueteux qui ne parviennent pas à les salir. Et il en est ainsi partout, au moins dans les cliniques et les établissements privés qui, comme il arrive souvent, et dans tous les pays, devancent généralement les organisations officielles. Je n’en citerai aucun, ne pouvant les citer tous. Mais il est une œuvre grandiose que je ne peux passer sous silence et qui peut servir de modèle à ce qui se fait ou se fera de mieux dans le monde entier. C’est la fondation Gafrée et Guinle, qui va être achevée.
Une famille généreuse, qui occupe dans la société de Rio une haute situation morale, et qui, j’ai quelque joie à le constater, porte dans ses veines du sang français, a conçu le projet, déjà en partie réalisé, de lutter pied à pied contre les fléaux de la syphilis, de la lèpre et du cancer. C’est par la syphilis qu’on a commencé, et déjà s’élève, presque terminé, un hôpital magnifique, qui doit avoir 350 lits, avec des services spécialisés pour le traitement des affections spécifiques de la gorge, du nez, des yeux, etc., avec une maternité et une crèche, avec toutes les installations de radiothérapie, d’électrothérapie, de mécanothérapie, avec des laboratoires admirables, où rien n’est oublié, où rien n’est négligé, où les animaux eux-mêmes, des cobayes et des lapins aux moutons et aux chevaux, seront nourris et soignés dans des étables tapissées de faïence.
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On voit donc les services que rend et que rendra de plus en plus cette fondation magnifique, qui a coûté jusqu’ici 60 millions de francs, et qui nous donnent une idée de ce que peut faire, dans ces pays du Nouveau Monde, l’initiative personnelle, mise au service d’une inépuisable générosité.
Il y a également à Rio, comme d’ailleurs dans d’autres villes de l’Amérique du Sud, et en particulier à Santiago du Chili, où je l’ai étudiée il y a cinq ans, toute une organisation de secours publics et d’assistance immédiate, sur laquelle nous ferions bien de prendre modèle.
Le centre de secours, et je crois bien qu’il y en a deux, constitue une sorte d’hôpital, avec un assez grand nombre de lits. Il y a là en permanence, de jour et de nuit, un chirurgien de garde, assisté d’aides en nombre suffisant. Huit voitures automobiles sont sans cesse prêtes à partir. Au moindre appel téléphonique, qu’il s’agisse d’un malade à domicile ou d’un accident de la rue, une voiture part immédiatement, avec un médecin, un infirmier et tout ce qu’il faut pour des secours d’urgence.
S’il s’agit d’un malade peu grave et qu’on puisse traiter à son domicile, après les premiers secours, la voiture et le chirurgien rentrent au centre d’assistance. Si l’état est jugé assez grave, s’il s’agit d’un accident de la rue, si le médecin pense que le malade ou le blessé doit être transporté au centre de secours, il l’est immédiatement, et là mis en observation ou traité sur-le-champ. C’est ainsi qu’il n’est pas rare de voir des ulcères de l’estomac opérés très peu de temps, quelquefois moins d’une demi-heure après le premier appel, qui, très souvent, grâce à des téléphones qui marchent mieux qu’à Paris, ne suit que de quelques minutes le début des accidents.
Ces centres d’assistance constituent donc une organisation excellente, et donnent certainement des résultats supérieurs à ceux
que peut donner notre service de garde des hôpitaux de Paris. Une organisation semblable est d’ailleurs à peu près impossible à
établir ici.
En attendant qu’il y ait là-bas de beaux hôpitaux, — ce qui, sans doute, ne tardera pas, — les chirurgiens dignes de les occuper y sont. J’ai été les voir dans leurs services à la Santa Casa, à Gamboa, à Saint-François d’Assise. J’ai même eu l’honneur d’opérer avec l’assistance de certains d’entre eux. Mon vieil ami le Professeur Augusto Brandâo, qui m’avait si bien reçu il y a cinq ans, commence à se reposer. Mais son fils le Professeur Brandao filho, dont il a le droit d’être fier, est un chirurgien excellent. Je lui avais vu exécuter, autrefois, de très belles laparotomies. Il est resté le même avec plus d’expérience et plus d’autorité. J en dirai autant de Maurity Santos, auquel j’ai vu faire, dans son service de Gamboa, de fort belles opérations et des plus variées : hystérectomies, kyste du mésentère, prostatectomie. Il était à Paris, dans mon service, pendant la guerre, et j’ai eu la satisfaction de constater en lui un élève qui me fait le plus grand honneur. Mascarenhas, Càrvalho, tous deux anciens internes de nos hôpitaux parisiens, maintiennent également là-bas les belles traditions françaises, et j’ai vu faire à ce dernier, avec une technique excellente, la réduction par voie abdominale d’une inversion utérine, que nous n’avons pour ainsi dire jamais l’occasion d’observer en France.
Les enfants pullulent à Rio, mais les maternités sont presque inexistantes, et la maison Pro Madré, où travaille le professeur Magalhaes, est indigne de ce Maître, accoucheur et gynécologue de très haute valeur.
J’allais là-bas pour ne rien faire, que me reposer au soleil. Il a bien fallu, cependant, céder aux demandes de quelques-uns de mes amis. Quelques opérations dans les Hôpitaux et quelques conférences à l’Académie, à la Faculté, à la Société médicochirurgicale, sur le cancer du col utérin, avec projections d un
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très beau film opératoire qui est en ma possession, — et aussi sur le drainage du péritoine, sujet que l’on m’a demandé expressément, à Rio et à Juiz-de-Fora, au cours d’une expédition à l’intérieur, dans l’Etat de Minas.
Mais je ne suis pas borné à faire des conférences. Je me suis offert le plaisir d’aller en écouter. Et comme le Professeur Alexandre Moret, l’éminent égyptologue du Collège de France, était là-bas, qui travaillait, comme il a coutume de le faire presque chaque année en quelque pays de l’Amérique, pour le bon renom de la Science française, je me suis arrangé pour ne pas manquer une seule de ses admirables leçons sur l’histoire des institutions et de la civilisation égyptiennes.
Je n’aurai garde d’oublier l’accueil charmant de notre ambassadeur, M. Gonty, ni celui de M. Grandmasson, vieux Français du Brésil, dont l’hospitalité pour ses compatriotes qui séjournent à Rio est devenu proverbiale.
Que dire de l’accueil de tous nos amis de Rio, médecins et chirurgiens ? En premier lieu, l’illustre professeur Miguel Cauto qui, depuis treize ans, est réélu chaque année par acclamations président de l’Académie, et que sa haute situation scientifique et morale n’empêche pas d’être l’homme le plus simple et le plus accueillant ; Aloyso de Castro, doux et charmant poète autant que grand médecin et qui connaît l’art d’envelopper dans le rayonnement d’un sourire les obligations que lui imposent ses hautes fonctions administratives; Carlos Chagas, le Maître illustre qui dirige l’Institut Pasteur de Rio, cette admirable maison encore tout imprégnée de la gloire d’Oswaldo Cruz, — Carlos Chagas, qui, si je l’avais voulu, eût trouvé tout naturel de m’accompagner dans les forêts du Matto Grosso pour chasser le jaguar. Conpne si, lorsqu’il vient en France, je me mettais à sa disposition pour aller chasser l’ours dans les steppes de la Sibérie ! Voilà qui donne la mesure de l’accueil que savent là-bas nous faire nos
amis et qu’il n’est pas ici en notre pouvoir de leur rendre ! Et tant d’autres qui nous ont reçus à bras ouverts, Abreu Filho, doyen de la Faculté, A. Brandâo, Magalhaes, Peixoto, Maecarenhas, Carvalho, et Maurity Santos surtout, qui sous prétexte que pendant son séjour en France, au cours de la guerre, je lui ai appris, à l’entendre, les principes de la chirurgie, en profite pour reculer en ma faveur les bornes de la complaisance et de l’amabilité.
Et mon élève, mon ami Pavaô Martins, qui est accouru de Livramento et a fait cinq jours de chemin de fer pour venir me serrer la main. Qu’il sache donc, si cet article lui tombe sous les yeux, combien j’ai été touché de son fidèle souvenir.
Il est cependant un confrère que j’ai rencontré à Rio avec une joie particulière, c’est mon vieil ami Récamier, que j’ai vu apparaître un jour dans le grand salon de l’hôtel, tout naturellement, comme je l’avais rencontré, il y a deux ou trois ans, en descendant du train, sur le trottoir de la gare de Rome. Il débarquait ici, du yacht La Résolue , sur lequel il avait accompagné M. Pierre Lebaudy. Rien ne m’étonne plus de ce vieux pèlerin de la vaste terre, qui vient de nous donner, dans un livre admirable, L'Ame de l'exilé, l’histoire de ses expéditions magnifiques à travers le monde, des fiords glacés du Groenland aux solitudes brûlantes de la brousse centre-africaine. Ah ! j’aurais bien voulu le suivre aux cataractes de l’Iguazzu et revoir la chute sublime que j’avais admirée à mon premier voyage.
J’ai été d’un autre côté. Au nord de Rio, à 700 kil. environ, peu de choses dans ce grand pays, est la ville de Rel-Horizonte. Construite de toutes pièces, il y a trente ans à peine, comme une, capitale dont elle a les palais, les grandes perspectives, les larges avenues encore trop désertes, mais qui, avant longtemps sans doute, quand une population assez dense le peuplera comme elle le mérite, sera digne de sa destinée.
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Là aussi, réception charmante, hospitalité brésilienne à laquelle présidaient, avant tout et avant tous, le Professeur Hugo Vernecke et le Professeur Borges da Costa. Le premier, Professeur de gynécologie et le second de chirurgie. Ils ont à l’Hôtel-Dieu des services convenables où ils font tous les deux de bonne besogne. Le Professeur Hugo Vernecke est un gynécologue excellent. Mais le Professeur da Costa possède à l’Institut du radium, un service nouveau, qui est un des plus parfaits que j’aie vus, tout éclatant de blancheur, avec des salles charmantes, des
installations parfaites, deux salles d’opérations irréprochables, dont une avec cette lampe scyalitique qui, depuis que j’en ai révélé la perfection, pénètre aujourd’hui partout. Da Costa fait, surtout, dans ce beau service, et avec le plus grand succès, de la chirurgie gastrique. La grande chirurgie n’a plus de patrie !
J’ai également visité un charmant hôpital d’enfants, l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, l’hôpital San Géraldo, spécialisé pour l’ophtalmologie et l’oto-rhino-laryngologie. A la Faculté de Médecine, conférence avec projections sur le cancer de l’utérus, à laquelle m’avait fait l’honneur d’assister le Président de l’Etat de Minas, M. Antonio Carlos, qui a bien voulu nous recevoir de la façon la plus charmante et qui, pour faciliter notre voyage jusqu’à Pirapora, à 300 km. au nord, au bord du rio San Francisco, a fait mettre à notre disposition un wagon-lit particulier.
Et là, sur le bord de ce fleuve immense, qui, à 3.000 km. de son embouchure, a déjà 500 m. de large, le commandant Chagas Moura, chargé de l’organisation de la navigation, nous a tout simplement abandonné sa maison, et reçu avec une cordialité dont nous ne perdrons pas le souvenir. Nous avons passé là, grâce à lui, deux journées délicieuses, avec excursion sur le fleuve, aux bords désolés et déserts, où je n’ai pas trouvé l’occasion de tirer un coup de fusil, mais où mon ami Maurity Santos, qui était du voyage et s’égayait de ma déconvenue de chasseur, a vainement
essayé, pendant deux bonnes heures, de pêcher à la ligne des poissons magnifiques que des nègres, à côté de lui, tiraient de l’eau à chaque instant.
Au retour, arrêt à Juiz de Fora, ville charmante, dans un site délicieux, au pied d’une colline abrupte, où l’on retrouve la forêt. Conférence avec projections, visite d’un charmant petit hôpital, où le Dr Villaça, chirurgien consommé, et qui s’est tenu au courant de tous les progrès, remplit avec un dévouement sans défaillance une sorte d’apostolat chirurgical et travaille du matin au soir. Réception touchante du Dr Juan de Penido, qui a abandonné la chirurgie pour la politique, et qui a ete a Paris 1 elève de Ricard. Nous avons évoqué ensemble beaucoup de souvenirs de cet ami commun, de ce sage qui fut, et qui serait resté, s il 1 avait voulu, un des premiers chirurgiens de son temps, et qui a préféré se retirer paisiblement devant l’éternel horizon de la mer.
Et voilà comment, dans les montagnes de la Sierra del Mar, parmi les « ypes » aux fleurs rouges, dans des jardins où j ai, pour la première fois, contemplé le merveilleux spectacle d un colibri butinant une fleur, on trouve des amis nouveaux avec lesquels on peut parler d’un vieil ami qui fut notre maître commun.
A Saint-Paul, j’ai retrouvé le Professeur Alvez de Lima, qui m’a reçu comme autrefois, comme on reçoit un ami véritable. Et je l’ai vu, dans son service, exécuter avec une rapidité, une virtuosité, et une simplicité extraordinaires, une opération sur l’estomac. Il a été autrefois mon élève à Clamart. Je 1 ai vu souvent à Paris. Il veut bien me dire, lui aussi, comme Maurity Santos, que c’est moi qui lui ai enseigné les règles de la chirurgie. S’il en est ainsi, il me fait beaucoup d’honneur, mais ce que je puis lui dire, moi, c’est qu’en tout cas, pour ce qui est de la chirurgie gastrique, l’élève a depuis longtemps dépassé son maître. Réception cordiale dans le service du Dr Netto et du Dr Garvalho, qui m’ont vivement
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intéressé au cours d’opérations gynécologiques. Leçons et conférences à l’hôpital et à la Faculté. Celle-ci est en construction. La ville de Saint-Paul, qui s’étend de plus en plus, que j’ai trouvée grandie depuis mon dernier voyage, et qui approche du million d’habitants, aura bientôt sa Faculté nouvelle. Mais l’Amérique du Nord y fait sentir son influence, et l’on va voir sortir de terre un hôpital de onze étages, où l’architecture des gratte-ciel de New-York viendra témoigner de l’emprise des hommes du Nord sur ces peuples latins qui semblent oublier la grâce de leurs origines.
Il y avait à Saint-Paul beaucoup de Français ; Marchoux, Brésilien de la première heure, Guy-Laroche, Fauconnet, venus pour faire toute une série de leçons et porter la bonne parole. C’est une vieille tradition qui se perpétue depuis longtemps, qui entretient dans toute sa force et développe de plus en plus l’influence française.
De Saint-Paul j’ai été dans l’Ouest, à 500 kilomètres, visiter sur les bords du Paranapanema, qui roule ses eaux limoneuses parmi les forêts vierges, une exploitation de café, qui m’a montré tout ce qu’il faut de courage, d’énergie, d’intelligence et de travail pour défricher la forêt séculaire et la transformer en une de ces « fazendas » magnifiques, où se récolte et se prépare ce café qui, depuis Saint-Paul, se répand dans le monde entier. J’ai passé là trois journées admirables, grâce à l’hospitalité cordiale de M. Barboza, qui a transformé la forêt en d’immenses étendues de ces verts caféiers tout couverts de fleurs blanches. Je n’oublierai jamais la demeure charmante où mon hôte m’a accueilli parmi tous ses enfants, qui sont dignes de lui, au milieu de fleurs éclatantes et d’oiseaux de toutes couleurs. C’est là, dans la forêt voisine, où rôde le jaguar, que j’ai pour la première fois, dans le silence et le ravissement, contemplé les ébats d’une bande de singes sautant de branche en branche avec une agilité merveilleuse!
Que mes amis les Drs Gordinhao et Bueno, auxquels je dois ces quelques jours de vie si nouvelle pour moi, sachent bien que leur souvenir se confondra toujours dans mon coeur avec celui que je garderai de ces journées délicieuses.
Nos derniers jours à Rio ont été bien rapides, car on ne se lasse pas du spectacle que Ton a toujours sous les yeux. Je voulais revoir une fois encore ces paysages enchantés et que, sans doute, je ne reverrai plus, je voulais revoir, à Rio même, la forêt silencieuse, la forêt magnifique. Je voulais entraîner mes amis de là-bas, qui presque tous l’ignorent, dans le ravin sauvage qui descend du Corcovado jusqu’à ce jardin botanique, le plus beau peut-être du monde, dont le directeur, le professeur Léon Pacheco, nous a dévoilé les merveilles cachées avec une complaisance sans bornes, et dont mes amis Couvelaire et Ombrédanne, qui étaient là, venant de Buenos-Aires, se souviendront comme moi-même. Mais, pour explorer le ravin, Brandâo, mon collègue fidèle, est venu seul!... Tous deux nous avons descendu lentement, dans l’émerveillement de cette végétation tropicale, dont on ne se rend compte que lorsqu’on l’a bien pénétrée, le sentier solitaire qui serpente dans la forêt et nous avons admiré ce jour-là, éclos sous le soleil d’un beau jour de printemps, quelques-uns de ces papillons magnifiques, aux ailes d’un bleu flamboyant, et dont la vue vaut le voyage !
Et puis il a fallu quitter la ville merveilleuse. Et le retour s’est fait à travers l’Atlantique, toujours calme et toujours clément, Sans doute on est heureux de revoir son pays, aux paysages si doux à contempler pour ceux qui viennent de quitter les horizons du Nouveau-Monde. Mais un peu de notre cœur reste toujours là-bas, près des amis lointains qui nous ont accueillis.
P. M., 22 février 1928.
LA CHIRURGIE A MOSCOU
Les lecteurs de La Presse Médicale savent déjà dans quelle atmosphère de charme, de bon accueil, de fraternelle sympathie, et aussi de travail utile, s’est déroulé ce beau congrès de Varsovie, si magistralement présidé par mon ami H. Hartmann. Je n’y reviendrai pas. Mais je crois utile de résumer brièvement ici, à cette grande tribune qui ne connaît pas de frontières, parce qu’elle les franchit toutes, les impressions chirurgicales que j’ai recueillies à Moscou. Car j’ai profité du congrès de Varsovie pour aller voir la grande ville qu’enveloppe toujours une atmosphère un peu mystérieuse. Je suis donc allé à Moscou, où je suis resté quatre jours. On ne voit pas grand’chose en quatre jours ! Cela m’a suffi cependant pour jouir pleinement de l’admirable accueil de mes confrères russes et pour travailler avec eux à cette oeuvre commune qu’est le bien de la chirurgie, car je demeure convaincu que la visite que j’ai faite, quelque courte qu’elle ait été, ne restera pas inutile.
Je m’étais ouvert de mon désir à un ami que j’ai là-bas, qui a travaillé dans mon service, — qui a traduit un de mes livres, — et qui m’a reçu comme un frère. Son intervention m’a facilité bien des choses. La Société d’Obstétrique et de Gynécologie, informée de mes intentions, m’a invité officiellement à une séance solennelle, organisée malgré les vacances, et pour laquelle quelques-uns de ses membres n’ont pas hésité à les interrompre. Elle m’a demandé de
faire une conférence sur le traitement du cancer du col utérin, de projeter le film que je possède sur ce sujet, et qui a été conservé par TUniversité de Moscou pour l’enseignement des chirurgiens. Elle m’a demandé enfin de bien vouloir joindre la pratique à la théorie, l’exemple à la parole, et de faire quelques opérations.
Je ne saurais trop remercier les membres de cette société scientifique d’un accueil dont j’ai été profondément touché. Une automobile a été, par leurs soins, mise à ma disposition, grâce à laquelle j’ai pu parcourir en tous sens cette ville immense, et tout a fort bien marché : séance solennelle, conférence, projection et séances opératoires.
J’ai le sentiment que ces dernières démonstrations, auxquelles ont assisté de nombreux collègues, dont un, que je remercie tout particulièrement, était venu de Leningrad, les ont vivement intéressés, d’autant plus que j’ai pu me rendre compte que mes collègues de là-bas n’ont pas grand’chose à faire pour s’adapter à nos méthodes.
C’est qu’en effet il m’a suffi de voir opérer quelques-uns d’entre eux pour constater que la plupart possèdent cette qualité suprême de la simplicité, si commune parmi nous, chirurgiens français, qui s’épanouit tout naturellement chez les chirurgiens latins, et chez tous ceux, à quelque pays qu’ils appartiennent, que n’a pas déformés l’éducation germanique, plus lourde, plus lente, plus compliquée et qui ne conçoit une opération qu’en entourant le chirurgien d’aides innombrables, dont la plupart deviennent nuisibles par leur inutilité même.
Car, en dehors de l’aide inévitable destiné à préparer et à enfiler les aiguilles, comme il s’en trouve nécessairement partout où n’a pas pénétré cette merveilleuse aiguille de Reverdin et ses dérivés, que nous avons en France depuis 50 ans, qui est un des éléments de la simplicité de la technique française, et qui s’obstine à ne pas franchir nos frontières, sauf en Amérique latine où
LA CHIRURGIE A MOSCOU
quelques-uns d’entre nous ont contribué à l’introduire ; en dehors, dis-je, de l’aide indispensable à la préparation des aiguilles, — et j’en ai vu jusqu’à trois en Allemagne, avant la guerre, il est vrai, — la plupart des chirurgiens se contentent là-bas d’un seul aide, sauf peut-être pour quelques opérations compliquées. Cela fait plaisir à voir.
Dans une salle d’opérations, où un de mes collègues enlevait un rein avec élégance et rapidité, j’ai même vu, sur une autre table, une femme pratiquer une cholécystectomie, dans des conditions irréprochables, assistée d’une aide unique et du même sexe. Car les femmes travaillent beaucoup dans les hôpitaux moscovites.
Je ne puis ni ne veux ici prononcer de noms. J’en oublierais trop qui y auraient droit. Mais je ne puis pas ne pas dire qu’il y a à Moscou de beaux services, de belles salles d’opérations, dans l’une desquelles j’ai même vu une lampe scialytique, comme j’en ai vues à Varsovie, à Cracovie, comme il y en a dans le monde entier, depuis qu’il y a quelques années, à la Société de Chirurgie, où tout ce qui se dit fait le tour du monde, j’ai exposé publiquement ce que je pensais de ce merveilleux appareil.
J’ai admiré là-bas une des plus belles installations radiologiques et radiothérapiques qu’il m’ait été donné de voir. J’ai vu une maternité, où viennent au monde de 30 à 40 enfants chaque jour, et qui m’a paru parfaitement organisée.
J’ai vu d’admirables affiches de propagande, extrêmement nombreuses et variées, quelques-unes fort belles, spirituelles ou comiques, sur l’allaitement maternel, les soins à donner aux tout petits et sur l’hygiène de l’enfance.
Et j’ai vu beaucoup d’autres choses, mais je ne puis résister au besoin de dire celle qui, parmi tant d’autres, m’a le plus frappé. C’est le service de chirurgie d’urgence, dirigé par un jeune chirurgien de grande valeur, et qui tient sous sa dépendance la ville entière de Moscou.
J’ai déjà vu des services analogues, qui n’existent pas à Paris. J’en ai vu à Santiago du Chili, j’en ai vu à Rio de Janeiro, où ils fonctionnent admirablement. Mais je n’ai jamais rien vu d’aussi bien organisé que le Service de Moscou. Il est d’ailleurs mal installé, dans des locaux médiocres, — bien que d’aspect monumental, — dans un vieil édifice dont fait encore partie la maison où logeait, paraît-il, le maréchal Davoust, lors de la terrible épopée de la Grande Armée ! Les locaux, les services, les salles d’opérations doivent être transformés sous peu. Ils en ont besoin, et ils le méritent. Mais l’organisation fondamentale ne peut pas l’être, parce qu’on ne peut faire mieux ! Qu’on en juge :
Dans une salle misérable, qui fait partie d’un bâtiment qui ne l’est pas moins, mais dans laquelle on voit un grand luxe d’appareils téléphoniques, — car le téléphone marche admirablement à Moscou, aussi bien qu’il marche mal à Paris, — dans une salle misérable, le médecin de service est au téléphone. A côté de lui, une jeune femme, un autre récepteur à l’oreille, écoute en même temps. Tous deux prennent en note, pour éviter des erreurs, les renseignements qui leur sont transmis.
A l’annonce de l’accident, ou de la maladie, le médecin apprécie le cas, et s’il juge nécessaire le transport du malade dans le service, d’un coup de téléphone il prévient le chauffeur, le médecin et l’infirmier qui doivent tous les trois se transporter immédiatement sur les lieux. Devant lui est un tableau où apparaissent trois signaux, un pour le chauffeur, un pour le médecin, un pour l’infirmier, au moment où ceux-ci se présentent pour le départ. Enfin, une sonnerie du concierge annonce le moment où la voiture franchit le seuil de l’hôpital. Au moment de l’appel au chauffeur, une aiguille se met en marche sur un cadran spécial, dont elle fait le tour en quelques minutes.
J’ai vu fonctionner sous mes yeux cette organisation merveilleuse. A l’instant même où on m’en expliquait le mécanisme,
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l’appel d’alarme a retenti. En quelques secondes, le médecin a pris les renseignements. Jugeant le secours nécessaire, il a transmis l’ordre de départ et, à ce moment même, l’aiguille a commencé sa course sur le cadran. A quelques secondes d’intervalle, j’ai vu tomber le signal du chauffeur, celui de l’infirmier et comme l’aiguille marquait une minute et demie, la sonnerie du concierge annonçait que l’auto avait franchi la porte de l’hôpital.
On discute beaucoup à Paris sur les secours d’urgence. Nous n’en sommes pas là. Y serons-nous jamais ?
Il y a chaque jour, dans ce service, une quinzaine d’opérations d’urgence, de quoi occuper nuit et jour l’activité du chirurgien qui le dirige et de ses assistants. Et c’est ainsi qu’ils ont opéré avec des résultats excellents, si j’en juge par les malades guéris que j’ai vus de mes yeux, des appendicites par milliers, des ulcères gastriques perforés par centaines et quelque chose comme 500 grossesses tubaires rompues !
Voilà ce que j’ai vu. Mais j’ai vu aussi que là-bas nos livres sont presque inconnus, et tous ces hommes qui travaillent à la française n’ont que des livres allemands. Comment cela peut-il se faire ? Je sais de source certaine que nos grands éditeurs ont fait tout ce qu’ils ont pu pour faire pénétrer là-bas nos livres et nos journaux. Ils se sont heurtés à des difficultés invincibles.
Et cependant nos confrères russes ne demandent qu’à s’instruire. En veut-on un exemple ? Le petit livre que j’ai écrit sur le cancer de l’utérus, et qui a été traduit en russe et tiré à 3.000 exemplaires, est presque complètement épuisé. Mais le traité que j’ai fait en collaboration avec Siredey est à peu près inconnu là-bas. Pendant ce temps, beaucoup de Russes achètent une sorte d’Encyclopédie gynécologique, de Halban, en 16 volumes, dont chacun coûte à lui seul plus que notre traité ! En sorte que cet immense ouvrage coûte environ trente fois plus que le nôtre. Or, dans ce livre destiné à enseigner la gynécologie, dans ce dictionnaire monstrueux où il
y a un demi-volume sut la morphologie féminine, et je ne sais combien de pages sur la forme et le volume des fesses chez les femmes préhistoriques, on ne trouve pas, au chapitre interminable sur les fibromes, la façon dont il faut s’y prendre pour les enlever convenablement !
Nous nous trouvons donc dans cette situation paradoxale que les chirurgiens russes, qui ont les mêmes qualités que nous, chirurgiens français, sont, — en vertu d’habitudes ou de circonstances qui contituent une erreur, qui leur sont nuisibles et qu’il faut réformer, — contraints de chercher à s’instruire et à se perfectionner dans des ouvrages allemands, opposés à leur esprit, contraires à leuTs méthodes, qui leur sont, en somme plus nuisibles qu’utiles, parce qu’ils tendent à étouffer leurs qualités naturelles, — et qui, par surcroît, ont, par rapport aux nôtres, la grave infériorité de coûter infiniment plus.
Il est de l’intérêt de tous de faire cesser cet état de choses.
Il faudrait aussi, pour que les chirurgiens russes puissent s’adapter parfaitement à notre technique, qu’il leur soit possible de venir en France plus facilement qu’aujourd’hui. Il est de l’intérêt du peuple russe tout entier que des hommes qui, par leur action personnelle, par leur enseignement, par l’exemple qu’ils donnent tous les jours, par l’éducation première qu’ils inculquent aux générations nouvelles et aux chirurgiens de demain, tiennent dans leurs mains la vie et la mort de milliers et de milliers de leurs compatriotes, puissent atteindre dans leur art à ce degré de perfection qui est l’honneur de tout un pays et dont ils ne sont pas éloignés. Or, les chirurgiens ne peuvent se perfectionner qu’en allant voir ce qui se passe dans les autres pays, y prendre ce qu’il peut y avoir de bon et l’incorporer ensuite dans leur technique et dans leur enseignement.
Le matériel opératoire, l’instrumentation chirurgicale est un des facteurs principaux d’une bonne technique. Or, pour les instru-
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ments chirurgicaux proprement dits, l’outillage français est le premier du monde. Que toutes facilités soient donc données à nos collègues de s’approvisionner chez nous. Ce sont encore leurs compatriotes qui en bénéficieront.
Il est enfin un dernier point sur lequel je voudrais insister. Cette terrible écriture russe, où se retrouvent, avec quelques signes particuliers, la plupart des lettres grecques et latines, avec des acceptions différentes de celles que nous connaissons depuis notre enfance, met nécessairement ceux qui s’en servent un peu en dehors de la grande famille scientifique. Tout ce qu’ils publient nous échappe, le nom de l’auteur, aussi bien que le sujet qu’il traite. On ne peut pas leur demander de supprimer leur alphabet et de le remplacer par des caractères latins. C’est une question très grave et qui dépasse mon opinion personnelle. Mais on peut les prier, dans l’intérêt de leur nom, de leur science, de leur influence et de leur pays, de mettre toujours en sous-titre, en caractères latins, leur nom suivi de l’énoncé de leur travail.
Tant qu’ils ne prendront pas une résolution aussi simple, la littérature médicale russe restera ignorée de la plupart d’entre nous. — La Presse Médicale , j’ai le droit et le devoir de le dire dans un article comme celui-ci, a- fait les sacrifices nécessaires pour s’adjoindre un collaborateur possédant la langue russe, et, dans une mesure peut-être limitée, mais efficace, elle publie régulièrement des comptes rendus de ce qui paraît d’intéressant en Russie. Il n’en est pas moins vrai que ces indications bibliographiques et ces renseignements, ainsi que ceux qu’on peut trouver dans les périodiques étrangers, sont forcément très incomplets et que nos confrères se tiennent ainsi, volontairement pour ainsi dire, en marge de la science universelle. Qu’ils y réfléchissent sérieusement. La chose en vaut la peine.
Pour moi, je me félicite d’avoir été rendre visite à nos
collègues russes. Mais je ne voudrais pas que cette visite fût inutile, et qu’il n’en sortît pas autre chose que l’agrément personnel que j’en ai pu retirer.
Je sais que nos collègues ont été extrêmement frappés par la simplicité de la technique gynécologique française. Ils sont hommes à la pratiquer aussi bien que nous.
Et puisqu’ils en manifestent le désir, c’est à nous à leur en donner les moyens. Je m’y emploierai de toutes mes forces. Mais j’adjure nos grands éditeurs, tous ceux qui travaillent avec nous pour la diffusion de la pensée française, de prendre à cœur cette grave question et de continuer leurs efforts pour reconquérir dans ce grand pays la place à laquelle ils ont droit. Nul ne sait ce qui s’élabore dans l’immense creuset où bouillonne aujourd’hui l’âme de la Russie ! Qui donc pourrait savoir de quel côté grondera quelque jour le vent de l’avenir ? Mieux vaut pour nous, pour le monde peut-être, que cette âme encore hésitante se sente caressée par des souffles venus de France.
P. M., 18 Septembre 1929.
LES FETES DE BELGRADE
Que dire de la réception que nous avons eue à Belgrade, à l’occasion de l’inauguration du Monument de la Reconnaissance à la France libératrice ?
Cet accueil, qui a pris des proportions grandioses et a soulevé tout un peuple, est d’autant plus significatif que la manifestation du 11 Novembre n’avait eu, au début, d’autre caractère que celui d’une affirmation de fraternité intellectuelle ! C’est un Comité présidé par le professeur Milianitch, ancien élève de nos hôpitaux, et composé presque exclusivement de médecins et d’avocats, qui a lancé, il y a cinq ans, cette idée qui devait trouver dans le peuple entier un écho si profond. La fraternité intellectuelle, qui verse souvent trop facilement dans un pacifisme aveugle, n’a pas fait oublier dans ce pays la fraternité des champs de bataille, où le sang de tant de Français a contribué à faire de la pauvre Serbie d’autrefois, la Yougoslavie triomphante et qui dresse aujourd’hui sur sa haute colonne, devant la plaine immense qui s’étend jusqu’à l’infini sur l’autre rive du Danube, la noble statue du vainqueur. C’esL de là, ne l’oublions pas, c’est de cette rive opposée que sont partis, il y a seize ans, les premiers obus criminels qui devaient embraser le monde, et coucher dans la tombe des millions et des millions d’hommes ! Le sang des soldats, des martyrs et des héros fume encore sur la terre en deuil, mais une page s’est tournée dans l’Histoire de l’Humanité !
Puissent les milliers et les milliers d’enfants enthousiastes que nous venons de voir, sous un ciel magnifique, agiter des drapeaux, jeter des fleurs et pousser sur notre passage des acclamations passionnées, ne pas revoir tout ce qu’ont vu leurs pères, et que nous avons vu ! Puisse la folie des hommes ne pas déchaîner de nouveau les fureurs de la guerre. Il y a place pour tous sur cette terre immense. Travaillons tous à l’œuvre de salut. Mais que les loups qui rôdent autour de la maison commencent par savoir qu’elle est bien défendue !
Quelle émotion profonde dans cette foule recueillie, dans le cimetière où reposent des soldats français, devant cette blanche colonne qui rappelle leur sacrifice ! Quelle émotion surtout lorsque, dans le silence, nous avons entendu de pures voix de jeunes filles élever vers le ciel les paroles sublimes :
Ceux qui, pieusement, sont morts pour la Patrie,
Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie !
Parmi les plus beaux noms, leur nom est le plus beau !
Toute gloire, auprès d’eux, passe et tombe éphémère,
Et comme ferait une mère,
La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau !
Et puis encore, quelle émotion poignante devant le monument élevé à la mémoire des soldats serbes, qui sert de piédestal à la puissante image du héros symbolique de tant de sanglantes batailles ! Et quel recueillement quand le représentant de la France, debout sur le socle du monument et portant lui-même, dans sa main mutilée, la marque glorieuse de son courage, a dit, en quelques mots, d’une fière et grave simplicité, ce que nous pensions tous :... « Souvenons-nous que les causes qui meurent sont celles pour lesquelles on ne sait pas mourir ».
D’ailleurs, pendant toutes ces fêtes, le ministre délégué par la France, M. Ghampetier de Ribes, est apparu à tous comme un de ces hommes auxquels la légitime fierté du devoir accompli jusqu’au sacrifice n’enlève ni sa simplicité naturelle, ni sa bienveillance, ni
LES FÊTES DE BELGRADE
le sens profond de ses hautes fonctions. Il a su partout et toujours, aussi bien dans le champ des morts ou quelque humble école enfantine qu’à la table du Roi, dire les mots qu’il fallait dire. Qu’il me permette de le féliciter publiquement ici et de le remercier au nom de nous tous, pour la joie qu’il a donnée aux Français présents à Belgrade, en s’acquittant avec autant de tact, de bonheur et de simplicité de son rôle de représentant de la France.
notre gratitude pour l’accueil si cordial que nous avons reçu.
Quant au Ministre de France, M. Dard, il a droit lui aussi à
Tout, dans ces fêtes, a été à la fois touchant et magnifique. Mais rien ne peut donner une idée de la ferveur, de l’enthousiasme et de la beauté de la cérémonie de l’inauguration du monument, symbole de la reconnaissance du peuple yougoslave pour cette France qui a soutenu ses soldats dans le feu des batailles, secouru ses blessés, recueilli ses enfants et fait de la Serbie mourante la nation magnifique qu’elle est aujourd’hui devenue.
Ah ! ceux qui n’ont pas cru devoir se déranger, pour aller apporter à nos amis fidèles le témoignage de la part que la France prend à leur joie, se sont privés d’un spectacle splendide et qu’ils ne reverront jamais. Splendide par l’émotion qui gagnait tous les cœurs, splendide aussi par l’incomparable décor dans lequel il s’est déroulé !
Près de la citadelle qui dresse au-dessus du Danube, devant la plaine immense qui fut la plaine de Hongrie, ses vieux murs crénelés couverts d’une foule immobile, au plus bel endroit de Belgrade, s’élève le haut monument recouvert de son voile blanc. Tout autour de son piédestal et se prolongeant sur deux rangs jusque vers l’entrée du jardin, en encadrant l’allée dans laquelle s’avance notre cortège de drapeaux, d’uniformes et de robes rouges, sont rangés immobiles deux ou trois cents paysans et
paysannes, venus de tous les coins du royaume et qui sont là, vêtus d’habits brodés, de robes éclatantes, d’une richesse de couleurs, d’une variété éblouissante. C’est un spectacle incomparable.
Et que dire de l’enthousiasme à l’arrivée du Roi, de ce Roi simple et grave, dont la jeunesse s’est passée dans le tumulte des batailles, auprès de ses soldats dont il a partagé les fatigues et les dangers, comme il en partage aujourd’hui la gloire impérissable, et qui s’est retrouvé, après les quatres années terribles, souverain d’un grand peuple auquel il s’est montré digne de commander !
C’est dans ce cadre magnifique qu’à l’heure même où, douze années plus tôt, le canon cessait de tonner, notre ami Milianitch, avant de prendre la parole, a demandé cette minute de silence, hommage des vivants au souvenir des morts !
Et lorsque le voile est tombé, montrant à tous les yeux l’image tourmentée d’une France puissante volant vers la victoire, lorsque s’est élevée l’ardente Marseillaise , qui remue jusqu’au fond du cœur ceux qui l’entendent loin de France, lorsque ont retenti de partout des acclamations à la France, à la « Grande Nation », comme on disait au temps de l’Empereur, — alors nous avons vécu, nous tous qui étions là, debout sous le ciel de Relgrade, une des minutes les plus profondément émouvantes qu’il soit possible de connaître !
Oui nos amis de là-bas ont bien rempli la tâche qu’ils s’étaient imposée. Qu’ils en soient remerciés, tous ces jeunes amis, qui ont rapporté de leurs études parmi nous l’amour de cette France, de cette douce et belle France, dont ils parlent avec tant d’amour.
Et quelle joie pour nous de retrouver tant d’amis, tant d’élèves, les médecins du Comité : Milianitch, Yovtchitch, Bogdanovitch, Spiridonovitch qui, ayant été à la peine, ont bien le droit d’être à l’honneur. Mais combien d’autres, dont nous avions l’habitude de voir dans nos services les figures amies, qui connaissent notre
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chirurgie, qui en apportent là-bas les principes d’élégance et de simplicité, et qui transmettent à leurs élèves ce qu’ils ont appris près de nous !
Nous n’avons pas eu le temps de visiter en détail les organisations hospitalières de Belgrade, qui s’est magnifiquement relevée de ses ruines, et qui prend dès aujourd’hui les allures d’une grande ville, de la capitale d’un grand pays. Mais nous en avons assez vu pour pouvoir dire qu’elle possède déjà des hôpitaux dignes d’elle! La plupart des services, hôpital militaire, hôpitaux civils, groupés à côté les uns des autres, constituent une véritable cité hospitalière. On vient de terminer le grand service de chirurgie du Professeur Kojen, vaste, aéré, splendide, avec une installation opératoire absolument magnifique et qui n’a rien à envier aux plus belles que je connaisse. Elle fait honneur à la fois à celui qui l’a conçue et à ceux qui lui ont donné les moyens de la réaliser.
Services de clinique médicale, Hôpital Elsie Inglis, destiné aux femmes et aux enfants, et dont les médecins sont des femmes, mais où cependant les grandes opérations sont encore confiées à des hommes. Nous n’avons rien de pareil chez nous à l’Institut de Physiologie, avec ses nombreux laboratoires où peuvent travailler ensemble une centaine d’élèves, avec son magnifique amphithéâtre, où l’appareillage électrique destiné à mouvoir les rideaux des fenêtres, les tableaux de démonstrations et les écrans à projections est le plus parfait que j’aie vu. Rien de pareil non plus chez nous à l’Institut d’anatomie pathologique. Et si jamais la France parvient à construire, grâce à l’humiliante générosité des Américains, la nouvelle Faculté de Paris, nous pourrons aller chercher quelques idées parmi nos amis de Belgrade.
Que ceux-ci persévèrent donc dans la voie qu’ils ont si bien tracée, et où, après les terribles et grandioses événements auxquels ils ont participé, et qui ont fait de leur patrie un des éléments les
plus solides de cette paix européenne, à laquelle il faut croire, tout en faisant ce qu’il faut pour la conserver, ils marchent dans l’allégresse de la jeunesse retrouvée. Qu’ils regardent donc l’avenir avec l’invincible espérance de ceux que leur constance dans l’adversité, leur héroïsme dans la guerre, et leur travail obstiné, quand est venue la paix réparatrice, ont fait dignes d’un grand
destin !
P. M., 29 novembre 1930.
J’ai voulu, comme un pèlerin solitaire, aller encore errer, pour la dernière fois sans doute, parmi cette Amérique immense, que j’avais parcourue jadis dans tous les sens, du Saint-Laurent à Mexico, de la Floride à Vancouver, à travers les forêts, les monts et les déserts, et les terres fertiles et les plaines sans fin. La nature est toujours la même, monotone et grandiose, magnifique et désolée. Mais l’œuvre des hommes a changé, sur cette terre des prodiges, la face éternelle des choses !
Est-ce New -York qui surgit dans la brume, à la surface de la mer, ou quelque Babylone irréelle, annonciatrice des temps nouveaux ? Et dans la campagne infinie, où l’on n’apercevait autrefois que quelques chemins défoncés, s’allongent maintenant des routes magnifiques, des pistes de ciment, où roulent innombrables, dans le silence des campagnes et jusque dans les solitudes lointaines du Yellowstone, plus d’automobiles rapides que dans tout le reste du monde.
Mes collègues de l’Association des Gynécologues américains m’avaient fait le très grand honneur de m’inviter au Congrès de Niagara -Falls, qui s’est tenu du 15 au 18 septembre 1930, sous la présidence du Prof. J. -S. Davis, de l’Université d’Ann-Arbor, Michigan. C’est même cette invitation qui a été l’occasion de mon
voyage. J’ai rencontré là-bas l’accueil le plus touchant et j’espère que la communication que j’ai faite, dans une salle où j’apercevais de ma place la blanche cataracte, communication sur le cancer de l’utérus, avec projections du beau film opératoire que je possède, aura laissé parmi mes collègues un souvenir intéressant.
Presque en même temps, du 16 au 19 septembre, se tenait à Montreal un Congrès de langue française, dont mon ami Desfosses, qui y assistait, a donné ici même le compte rendu. Je ne répéterai pas, après lui, et aussi après G. Roussy, l’accueil charmant que nous avons reçu de tous, dans ce pays où nous retrouvons, fécond et magnifique, le sang fraternel des enfants de la vieille France.
A Montreal, grâce à l’hospitalité du Professeur Harwood de Lotbinière et du Professeur Rheaume, qui m’ont généreusement ouvert leurs beaux services, j’ai pu, avec l’aide du Dr Robin, mon assistant à Broca, pratiquer quelques opérations et donner ainsi à mes collègues canadiens une idée de la technique gynécologique française.
Que mes collègues, que mes nouveaux amis de Martigny, Lesage, Dubé, Saint-Jacques, sachent bien que je ne les oublie pas. Que mon ami Bourgeois, qui m’a conduit aux bords du lac Tremblant, et Parizeau, et Mercier et Bousquet, aux vieux noms de la vieille France, auxquels j’ai dû de passer deux jours merveilleux, au bord d’un lac de cette forêt canadienne aux érables couleur de sang, sachent bien tous que je leur garde un cœur reconnaissant.
Je voulais voir, au cours de mon voyage, si la technique chirurgicale, ou plutôt celle de la grande gynécologie, car je ne me permettrais pas de porter un jugement sur les autres parties de la chirurgie, comme celle du cerveau, de l’estomac ou du foie, qui ont en Amérique de si illustres représentants, — je voulais voir, dis-je, si la technique de la grande gynécologie s’était perfectionnée là-bas depuis un quart de siècle, depuis que j’avais vu, en 1904, mon vieil ami H.-A. Kelly, qui a tant fait pour le
progrès de cette branche magnifique de l’art chirurgical, exécuter, à Baltimore, en grand chirurgien qu’il était, des opérations impeccables.
Je dirai, à la fin de cet article, mes impressions à ce sujet. Mais, auparavant, qu’il me soit permis de remercier ici, pour l’accueil qu’ils m’ont fait, mon ancien interne Pol Coryllos, qui occupe actuellement à New-York une place éminente, et mon ami L. Phaneuf, de Boston, qui s’est donné la tâche d’introduire en Amérique l’instrumentation et la technique françaises, qui facilitent et simplifient dans de si grandes proportions l’exécution des grandes opérations gynécologiques.
J’ai donc voulu revoir, après un quart de siècle, l’empire des Frères Mayo! De tous les Français qui l’ont vu, et ils commencent à être nombreux, je suis sans doute celui qui possède les souvenirs les plus lointains. J’étais alors, en 1904, dans ce pays où l’on accourt maintenant de tous les coins du monde, un des premiers pèlerins venus de cette France, vivant sut son prestige. Et je vois toujours Charles Mayo, ce bon et grand Charles d’aujourd’hui, venant me chercher à la gare et s’obstinant à porter ma valise. Je l’ai revu souvent depuis, avec son frère William, qui, lui aussi, est le grand William ! Je les ai vus tous les deux à Paris, et je suis de ceux qui s’honorent de l’amitié de ces deux hommes dont le nom glorieux ne connaît plus de frontières. Ils ont reçu d’un cœur fraternel le vieil ami qui revenait pour admirer leur œuvre et applaudir à leur triomphe, et l’hommage que je tiens à leur rendre n’est qu’une forme de la justice que méritent ces deux créateurs, qui ont élevé un monument prodigieux à la gloire de la chirurgie !
Je n’ai pas reconnu Rochester, la petite ville où commençait, il y a vingt-cinq ans, leur extraordinaire fortune, et dont ils ont fait aujourd’hui une cité charmante, comme ces villes délicieuses des campagnes américaines, pleines de maisons pittoresques, que
n’entoure aucune clôture, au milieu des gazons, des arbres et des fleurs, où l’on rencontre à chaque pas des oiseaux admirables et des écureuils bondissants.
Ah ! pauvres villages de France, toujours pareils depuis le moyen âge. Pour un clocher charmant, pleins de vieux souvenirs, que de hameaux lépreux, que de maisons sordides ! Car nous payons bien cher la gloire de notre vieillesse. Où est donc l’architecte, où donc est le législateur qui transformera nos villages ?
Dans un parc magnifique s’élève la statue du père des Mayo, mort en 1911, à 92 ans, que j’ai vu autrefois, avec son visage énergique et ses yeux où semblait briller la fierté d’avoir de tels fils. Et quelque jour, sans doute, l’image de ces fils s’élèvera près de celle du père, comme le symbole éclatant de l’œuvre que put accomplir la noble tradition transmise par un homme à des enfants dignes de lui !
Plusieurs hôpitaux, dont l’hôpital Sainte-Marie, que j’admirais déjà quand il n’avait encore que 100 lits, et qui aujourd’hui en compte 600, sont dispersés vers les limites de la ville, au milieu des jardins, des arbres et de la verdure.
Mais le monument principal, qui dresse au centre de Rochester sa haute silhouette, est cette Clinique Mayo, magnifique édifice qui réunit de la façon la plus heureuse l’architecture des vieux palais de la Renaissance Italienne à celle des monuments gigantesques de l’Amérique nouvelle.
On entre dans ce temple par une magnifique porte de bronze. A l’intérieur, tout est en marbre et bronze ciselé de la plus élégante sobriété. Mais on ne tarde pas à voir qu’on est en Amérique, et non dans un palais de la vieille Ralie. Partout des signaux lumineux, des téléphones et ces ascenseurs merveilleux, qui vous enlèvent à l’allure d’un étage par demi-seconde.
A chaque étage est toute une organisation de salles d’examen,
salles d’attente, laboratoires, salles de radiologie, où des médecins qualifiés examinent, avec toutes les ressources des méthodes scientifiques modernes, les malades venus de tous les points de l’Amérique.
Examens médicaux, chirurgicaux, urinaires, neurologiques, pour l’étude du sang, du cœur, des humeurs, et du fameux métabolisme! Tout est là. Et c’est de ce centre que les malades sont dirigés, lorsqu’il y a lieu, sur l’hôpital qui concerne leur cas, pour y être opérés ou traités médicalement.
C’est également dans ce bâtiment que se trouvent des amphithéâtres, des salles de cours, une magnifique bibliothèque, un musée, et les salles d’honneur où les Frères Mayo conservent pieusement les souvenirs de leur père, les diplômes innombrables et les robes multicolores qui leur ont été décernés par les Facultés du monde entier.
Dans le sous-sol, d’immenses galeries conduisent aux deux gares de Rochester, ainsi qu’aux principaux hôtels. Il fait froid, en hiver, dans les plaines du Minnesota, ouvert aux vents qui soufflent des régions polaires, et les malades se trouvent bien de ces trajets souterrains, où la température est toujours égale.
C’est aussi dans le sous-sol que siège le central téléphonique, avec ses milliers de fiches, et tout un service d’observations, qui est tout simplement prodigieux, et que mon vieil ami Charles Mayo m’a fait visiter avec une fierté légitime.
Il y a actuellement, chaque année, environ 80.000 consultants et de 25 à 30.000 opérations. On voit quelle organisation parfaite doit procéder au classement de ces observations innombrables, qu’on peut retrouver instantanément. Je ne sais combien de secrétaires en sont chargés. Il y a d’ailleurs 1.300 personnes employées dans la clinique. Des monte-charges à mouvement continu apportent incessamment les observations qui viennent des étages supérieurs. Et des tubes pneumatiques, copiés sur ceux
de notre réseau parisien, les conduisent en quelques instants des hôpitaux éloignés de 2 ou 3 kilomètres.
J’ai été, je l’avoue, stupéfait de cette organisation merveilleuse, et j’écoutais mon vieil ami m’expliquant à voix presque basse, et en toute simplicité, ce mécanisme extraordinaire. Et je me disais à moi-même que j’avais le devoir de faire connaître à ceux qui l’ignorent, et parfois même la dénigrent, l’œuvre véritablement grandiose que ces deux hommes ont édifiée, par la seule force de leur travail et de leur génie organisateur, dans ce pays perdu au cœur de l’Amérique, véritable Mecque scientifique, où se dirigent de partout ceux qui désirent se rendre compte de ce que l’on peut faire dans la plus belle organisation chirurgicale qui soit au monde.
On conçoit donc que ceux qui veulent s’initier aux techniques chirurgicales et voir beaucoup de choses en peu de temps, puissent trouver à Rochester d’incomparables éléments d’instruction. C’est à l’hôpital Sainte-Marie que se trouve le principal centre opératoire. Il y a là dix salles d’opérations, situées pour la plupart à l’étage supérieur, salles bien comprises, où le public pénètre par un escalier spécial, disposé de façon à ce qu’on puisse facilement passer d’une salle à l’autre. En sorte que, dans une même matinée, le même visiteur peut assister à une quinzaine d’opérations différentes.
Le même chirurgien dirige en général deux salles contiguës et passe de l’une dans l’autre, pendant qu’on termine l’opération qu’il vient de faire ou qu’on prépare la suivante.
Au même étage est le laboratoire du Dr Mac Carty, anatomopathologiste de premier ordre, qui reçoit les pièces toutes fraîches, les prépare et les coupe instantanément, et chez lequel d’admirables préparations paraissaient lumineuses à mon incompétence.
Il y a aussi, à proximité, une salle où plusieurs dessinateurs reproduisent les pièces les plus intéressantes.
Il est facile de comprendre, sans qu’il y ait besoin de m’étendre davantage, qu’il y a là, pour un chirurgien étranger, qui veut voir, et qui sait voir, un incomparable terrain d’études.
Et ce n’est pas tout : à 3 km. de Rochester, sur une des charmantes collines boisées qui s’étendent autour de la ville, est un véritable Institut de Pathologie expérimentale, où des hommes compétents et laborieux, qui ne connaissent pas les soucis de la vie matérielle, travaillent dans la paix des champs.
Tout près de là, Charles Mayo, qui se délasse de ses travaux dans l’amour de la nature, possède une maison charmante, avec des fermes qu’il exploite, un lac au pied de la colline, et des bois peuplés de grands cerfs. William, lui, préfère, sur la colline qui domine la ville dont il est le père, une maison délicieuse dans un beau jardin plein d’oiseaux. Et tous les deux, dans le cadre charmant de la plus délicate intimité familiale, savent montrer à leurs amis lointains ce que c’est que l’hospitalité américaine. J’ai eu la joie d’y rencontrer mon cher et grand ami Lord Moynihan, de Leeds, que je devais quelques jours plus tard retrouver à Montréal, et qui ne craint pas, lui non plus, de se déplacer pour s’instruire, bien qu’il n’en ait guère besoin !
Je suis resté trois jours à Rochester, guidé par le Dr H. R. Loughery, assistant à la Clinique, et qui a droit à toute ma gratitude pour sa complaisance infinie. Trois jours, bien peu, si je n’avais compté que mon agrément personnel, assez pour admirer ce qu’il y a d’admirable, assez, aussi, pour me rendre compte de ce qui manque encore, et que je dirai ici, très simplement, comme je l’ai dit à mes confrères américains, dans ma conférence au Congrès de Niagara-Falls, comme je l’ai dit à celle que j’ai faite à la Clinique Mayo, — parce qu’un vieux chirurgien comme moi, qui a beaucoup vu et beaucoup travaillé, a le devoir de dire ce qu’il pense, surtout quand ce qu’il dit peut entraîner quelques progrès et servir au perfectionnement de la chirurgie universelle.
Et d’abord, j’ai vu des anesthésies admirables, je pourrais même dire que je n’ai vu que des anesthésies admirables, très supérieures à celles que nous avons coutume de rencontrer chez nous.
Ce sont des jeunes femmes qui sont chargées là-bas de ce rôle difficile et elles s’en acquittent merveilleusement. Elles prennent beaucoup de notes et noircissent bien du papier, au cours de l’anesthésie la plus normale, mais cette obligation d’en préciser tous les détails les contraint à une attention de tous les instants, qui se traduit par la perfection de la narcose. Et c’est ainsi que pendant des opérations quelquefois fort longues, les malades restent roses, dorment paisiblement, sans tousser, sans vomir, sans xéagir d’aucune sorte. C’est à l’éthylene que les malades sont endormis, avec un grand appareil de la maison Heidbrink, de Minnéapolis, appareil monté sur roues, avec de grands obus d’oxygène et d’éthylène, et des réservoirs plus petits, d’éthylène, d’oxygène, d’acide carbonique et de protoxyde d’azote. Un système de robinets, beaucoup moins compliqué qu’il n’en a l’air, permet à 1 anesthésiste de donner, suivant les besoins, l’un ou l’autre de ces divers gaz. Tant et si bien, je le répète, que je n’ai vu là-bas que des anesthésies absolument parfaites. Nous n’en sommes pas là.
En revanche, l’éclairage est mauvais. Je n’ai pas vu, chez les Mayo, l’admirable lampe scialytique, très commune aux Etats-Unis et au Canada, et pour laquelle, depuis des années, je m’évertue à faire une propagande qui a porté ses fruits, puisque j’en ai rencontré au Brésil et au Chili, à Montevideo et à Buenos-Aires, à Moscou, à Belgrade, à Bucarest, à Athènes, en Espagne, en Italie et jusqu’en Islande. Il y a, au-dessus de la table d’opérations, un grand appareil circulaire portant une couronne de lampes convergentes. L’éclairage, je le répète, est mauvais. Que mes amis Mayo fassent mettre chez eux des lampes scialytiques. Ils ne le regretteront pas.
Le grand nombre des opérations rend nécessaire une pratique que je n’aime pas, parce que je pense que le chirurgien doit garder
d’un bout à l’autre la responsabilité d’une opération, mais qui est imposée par les circonstances. Pendant que le chirurgien pratique une opération, on prépare un autre malade dans la salle adjacente, si bien que, trop souvent, le chirurgien, obligé d’aller opérer le malade endormi, abandonne à ses aides la fin de son opération, la fermeture de la paroi, par exemple, dans une laparatomie. Je conviens qu’il est difficile de faire autrement. Mais je pense aussi qu’il y aurait moyen de gagner du temps d’une autre façon. Je veux dire en l’économisant au cours de l’opération. Et j’en viens au reproche principal que l’on peut faire, que Von doit faire , aux chirurgiens américains, reproche que leur font la plupart de ceux qui ont été les voir opérer et qui tient, non pas à leurs dipositions personnelles, mais à l’éducation qu’ils ont reçue de leurs maîtres.
Je le leur ai dit là-bas et je le répète ici. Les Américains, qui
ont partout, dans toutes les circonstances de la vie, le respect
du temps, le culte de la vitesse et qui ont reculé au delà des limites
qu’on peut concevoir le génie de la mécanique, semblent ne plus
se soucier de ces qualités essentielles dans les circonstances où *
elles sont le plus nécessaires, c’est-à-dire dans l’exercice de la chirurgie. Ils perdent un temps précieux au cours des opérations, et ils sont outillés d’une façon défectueuse, — pour ne pas dire déplorable. Et les choses sous ce rapport n’ont pas changé depuis mon premier voyage, il y a vingt-six ans, — au moins pour ce qui est de la gynécologie, et surtout de l’hystérectomie, que je connais bien, car je ne me permettrais pas de juger de ce que je connais mal.
J’ai vu faire en Amérique de très belles opérations sur le rein, sur la vésicule, sur le corps thyroïde. J’ai vu faire par le Dr Masson, gynécologue, une des plus belles dissections du cou qu’il m’ait été donné de voir. Et cependant, combien en ai-je fait moi-même ! Je n’ai pas vu une seule hystérectomie faite avec méthode et
rapidité, et cependant nous sommes au pays de H. A. Kelly un des hommes qui ont vu le plus clair dans la technique de cette opération, et qui nous a donné cet admirable procédé de l’incision continue transverse, qui porte son nom et qui est d’une si élégante simplicité. Peut-être d’ailleurs est-ce parce que son créateur est Américain que le procédé de Kelly, courant en France, semble si rarement appliqué aux Etats-Unis. La, comme partout, nul n’est
prophète en son pays.
J’ai dit assez souvent que, pour pratiquer facilement et rapidement une hystérectomie, la première condition est d’avoir à sa disposition de bons instruments. L’écarteur de Doyen, qui est peut-être le plus bel outil qu’ait inventé ce grand créateur, est à peu près inconnu. Les divers instruments dont je me sers moi-même depuis trente-cinq ans ne le sont pas moins. Quant aux aiguilles courbes, à pédale, je n’en parle pas, d autant plus que l’aiguille de Reverdin ordinaire est elle-même inexistante. Si j’en ai vu au Canada, elle est inconnue aux Etats-Unis, comme elle est inconnue en Russie, comme elle est inconnue en Allemagne. Si j’insiste sur ce point, quelque extraordinaire qu’il puisse paraître, c’est parce que c’est à l’absence de cet instrument, d’une si merveilleuse simplicité, qu’est due ce que je considère comme le plus grand défaut de la chirurgie américaine, comme de la chirurgie germanique, je veux dire la multiplicité des aides. Cinq, six, sept, huit aides, assistants directs ou infirmières, participent en général à une opération, et entrent en contact avec la plaie, les instruments, les compresses ou les catguts. Et nous qui considérons, avec raison, que toute opération doit se faire avec un seul aide, ou au maximum avec deux, — parce qu’il est de toute évidence qu’une des premières conditions de l’asepsie moderne est le petit nombre de ceux qui concourent à une opération, — nous pouvons difficilement accepter cette multiplication exagérée des aides, qui est en même temps inutile, inélégante et dangereuse.
Il n’est pas douteux que l’ignorance où ils sont de l’aiguille de Reverdin soit à l’origine de l’absence de toute préoccupation de cette nature chez nos collègues d’Amérique, ainsi que chez ceux d’Allemagne. Comme il faut deux ou trois infirmières pour enfiler les aiguilles, — infirmières que nous supprimons radicalement, — comme il est impossible, dans ces conditions, d’opérer sans 4 ou 5 aides — eh bien ! nos collègues chassent complètement cette préoccupation de leur esprit, et compliquent leurs opérations, quand il ne les aggravent pas, du fait de tous ces assistants, dont la plupart ne servent à rien, et qui tous, cependant, veulent faire quelque chose. Aussi, assistons-nous à des manœuvres incessantes que nous ne tolérerions pas. Les nurses vont et viennent, prennent, sur une table chargée d’instruments innombrables, ceux qui leur conviennent pour aller remplacer des instruments salis, apportent des compresses, en emportent d’autres, changent de leur propre autorité des champs plus ou moins maculés, bref interviennent dans la plupart des temps de l’opération, à tout propos et hors de propos, dans des conditions inacceptables.
Presque tous les instruments de chirurgie courante, pinces à pression et à disséquer, pinces de Museux, ciseaux, clamps de toute nature, sont médiocres. Il n’y a pas là-bas la tradition conservée ici par de vieux ouvriers et par des contremaîtres dressés par notre grand Collin. Tous ces instruments sont grossiers à côté des nôtres. Ils sont fabriqués en série, et quand nous apercevons, au milieu de beaucoup d’autres, quelque instrument parfait, nous constatons avec quelque satisfaction que, presque toujours, il vient de France.
Voilà, je le répète, avec le nombre excessif des aides, la perte d’un temps qu’on ne retrouve pas, et, avant tout, l’absence invraisemblable de l’aiguille de Reverdin, que nous avons tous ici depuis cinquante ans, — voilà le grand défaut de la gynécologie
américaine, aussi bien à la Clinique Mayo, que partout où il m a été donné de l’étudier.
Mais ces quelques critiques que j’ai cru de mon devoir d’exprimer n’enlèvent rien à mon enthousiasme pour l’œuvre des Frères Mayo, pour cette œuvre vraiment prodigieuse et pour laquelle je désire que cet article leur apporte, par delà l’Océan et les horizons infinis de la grande Amérique, l’hommage affectueux de l’admiration qu’ils méritent
P. M., 28 février 1931.