LA VICTOIRE DE PROMETHEE
par Jean Pélissier
Oui, c’est bien la Victoire de Prométhée que ce beau livre, déjà vieux de deux ans ! C’est un hymne magnifique à la science, et en particulier à la science française. C’est en même temps une éloquente et terrible réprobation de la misère de nos laboratoires et de l’incroyable indifférence des pouvoirs publics pour les conditions dans lesquelles ont travaillé, pendant si longtemps, la plupart des savants français, et travaillent encore un trop grand nombre d’entre eux.
Il y a là des pages poignantes sur le calvaire de Lavoisier. Il y a des paroles vengeresses sur les conditions sordides qui élevaient chaque jour des obstacles aux travaux de Claude Bernard, de Pasteur, de Curie, — quand tant d’argent va chaque année se perdre au gouffre insatiable des fonds électoraux !
Il faut lire ces pages pleines de feu, d’éloquence, et, ce qui vaut mieux encore, d’inexorable vérité. Tel est le fonds de cet ouvrage. Mais à côté, que de descriptions admirables de ce beau pays de Béarn, pittoresque et verdoyant, véritable joyau de la France, et que de pages remplies de la plus haute poésie sur ces Pyrénées lumineuses, et sur ce sublime Pic du Midi, sentinelle avancée dans la plaine, d’où l’on peut voir parfois le Canigou dorer sa cime
blanche aux rayons du soleil levant, et le soleil couchant rougir les flots de l’Océan !
Il faut lire ce beau’ livre, qui nous console de bien des pauvretés. Il faut saluer cette œuvre puissante, qui est, en même temps qu’un réquisitoire enflammé contre l’indifférence coupable de la misère de nos laboratoires, un hymne courageux et magnifique à la puissance de l’esprit humain.
Et cette victoire de Prométhée, qui mérite son titre, pourrait inscrire au front de sa première page, la strophe que j ai vue
quelque part :
Nous sommes les héros qui les avons domptées !
Les fils régénérés du sang de Prométhée
Qui fume encor ! — Nous sommes Les vainqueurs de la nuit, du temps et de l espace I Ceux qui font reculer la mort même qui passe !
Les demi-dieux l — Les Hommes !
P. M. 23 septembre 1931.