GÉNIE ET RÊVE
L'incroyable puissance d'imagination dont disposent quelques cerveaux de génie paraît moins surprenante les matins où l'on s^éveille après un de ces rêves que, sans pouvoir les reconstituer nettement, on se remémore toutefois assez pour en ressentir une stupéfaction émerveillée; un de ces rêves dont précisément Ton a coutume de dire qulls « confondent l'imagination». Ce qui dislingue l'homme de génie de l'homme moyen, c'est qu'il n'a pas besoin de dormir pour avoir ces visions, ces intuitions merveilleuses. Mais, quand il dort, n'en a-t-il pas lui-même de plus merveilleuses encore, totalement ignorées de l'homme ordinaire, et que le Surhomme futur, à son tour, aura tout éveillé? Ainsi, avant d'être
possibles à l'état de veille, certains renforcements de nos facultés — voire certaines facultés — commenceraient par se manifester dans le sommeil. On sait qu'il arrive au dormeur de résoudre tel problème sur lequel il avait peiné jusque-là en vain. Et, pour en revenir à l'homme de génie, celui-ci ne serait donc que le représentant isolé, l'anticipation vivante d'un état supérieur qui, par la suite, tendra toujours davantage à se banaliser : il nous semble aujourd'hui monstrueux, mais il est simplement le prototype de l'homme normal de demain. Un jour viendra où ses rêves les plus beaux, les plus étranges, dont il est navré de ne pouvoir retenir qu'une notion confuse, fugace, inexprimable, serviront de matière à des romans, des poèmes, des philosophies accessibles à des milliers de lecteurs.