‹ En marge de NietzscheChapitre 40 sur 74 · NIL PER SALTUM · texte numérisé non relu

NIL PER SALTUM

L'adage lalin, qui afïîrme que la nature ne fait rien par sauts ou, comme on dirait aujourd'hui, qu'elle procède par évolution lente, cet adage a-t-il raison ? N^y a-t-il pas eu, dans l'histoire humaine tout au moins, des progressions subites, dues à des hasards, à des concours de circonstances en quelque sorte miraculeux? La naissance du langage, par exemple? La découverte du feu, que glorifie le mythe de Prométhée ? Celle du verre, toute fortuite, s'il en faut croire la tradition, et attribuée à des navigateurs phéniciens ? Sans parler de découvertes ou inventions plus récentes qui, du jour au lendemain, ont bouleversé notre existence, rénové notre conception du monde. Nesemble-t-il pas que, de plus en plus, l'humanité brûle les étapes ? Et ne vivons-nous pas à cette heure — j entends ceux d'entre nous

qui cherchent et pensent — dans l'attente et comme dans le pressentiment d'une merveilleuse trouvaille destinée à nous élever, plus vite que nous n'osions l'espérer, à la Surhumanité promise?

Page 1