NIL PER SALTUM
L'adage lalin, qui afïîrme que la nature ne fait rien par sauts ou, comme on dirait aujourd'hui, qu'elle procède par évolution lente, cet adage a-t-il raison ? N^y a-t-il pas eu, dans l'histoire humaine tout au moins, des progressions subites, dues à des hasards, à des concours de circonstances en quelque sorte miraculeux? La naissance du langage, par exemple? La découverte du feu, que glorifie le mythe de Prométhée ? Celle du verre, toute fortuite, s'il en faut croire la tradition, et attribuée à des navigateurs phéniciens ? Sans parler de découvertes ou inventions plus récentes qui, du jour au lendemain, ont bouleversé notre existence, rénové notre conception du monde. Nesemble-t-il pas que, de plus en plus, l'humanité brûle les étapes ? Et ne vivons-nous pas à cette heure — j entends ceux d'entre nous
qui cherchent et pensent — dans l'attente et comme dans le pressentiment d'une merveilleuse trouvaille destinée à nous élever, plus vite que nous n'osions l'espérer, à la Surhumanité promise?