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VÉRITABLE INDIVIDUALISME

Le véritable individualiste est inaccessible à ce genre de patriotisme — lequel n'est qu'une forme solidarisée de l'amour-propre — qui consiste à ressentir comme un affront personnel une défaite infligée par l'armée étran-

gère, à s'enorgueillir de la victoire remportée par une équipe de compatriotes dans un match international. Cette sorte d'émotions lui est inconnue. Il pourra bien s'affliger, si son pays essuie une guerre désastreuse, mais uniquement parce qu'il en redoute les conséquences pour son propre bien-être. A priori, peu lui importe d'être Autrichien, Espagnol ou Russe. S'il est né Français, il n'en sera pas plus fier qu'il ne le serait d'être né Bulgare. Il lui en coûtera peu de se faire naturaliser Italien ou Allemand, le jour où il y verra son avantage. Supposons que, né Anglais, par exemple, il le reste : ce n'est point qu'il considère l'Angleterre comme sa patrie ou comme une patrie, mais parce que ce pays lui semble — à tort ou à raison — celui où son indivividualité se trouve actuellement le mieux sauvegardée.

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