UN IDÉALISTE 19S
Mais Ozias refusa de se rendre à ces réunions. On lui dit : « C'est donc que vous ne croyez pas ? » Il répondit : « C'est, au contraire, parce que je crois. »
On lui dit : « Si vous ne désirez pas le revoir, c'est donc que vous ne l'aimiez pas ? » Il répondit : « Ce n'est pas sa figure terrestre que j'aime en lui. »
Les autres, donc, s'assemblèrent, et Jésus se montra au milieu d'eux. Ils dirent à Ozias : « Nous l'avons vu. Venez avec nous, et vous le verrez. » Il répondit : « Je vous crois, mais je n'irai pas, »
— Et moi, j'irai , car je me méfie.
Ainsi parla Thomas, appelé Didyme, l'un des Douze, qui n'était pas avec les autres lorsque Jésus vint.
Thomas ajouta : « Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je n'y mets mon doigt, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point. »
Ozias le considéra avec pitié. Thonîas était
lourd de corps et de visage. Il avait à la iois un air de pesante simplicité et, dans ses yeux petits et vifs, la finesse d'un marchand honnête, mais soupçonneux.
— Ceux-là seuls croient véritablement, dit Ozias,qui n'ont pas voulu voir et qui ont cru.
— Ceux-là, dit Thomas, sont des rêveurs, de ces gens qu'on appelle des poètes.
Thomas fiit donc à l'assemblée, où il vit et toucha Jésus, et Jésus lui dit : « Tu as cru, parce que tu m'as vu. Heureux ceux qui croient sans avoir vu î »
Quand ces mots lui furent rapportés, Ozias songea : « Ce sont presque les mots que j'avais dits moi-même, tant le Maître m'a fait le vrai dépositaire de son esprit I O Seigneur, quel besoin ai-je de courir après votre fantôme, puisque je vous ai en moi et que je n'ai qu'à fermer les yeux pour vous voir I »
Et il ne put s'empêcher de se sentir supérieur à ses frères, et d'une âme plus fine que la leur.