‹ En marge des vieux livresChapitre 8 sur 10 · UN IDÉALISTE M · texte numérisé non relu

UN IDÉALISTE M

Ozias annonça l'Evangile dans la province d'Alexandrie. Sa prédication persuadait surtout les philosophes, les poètes et les personnes d'esprit subtil. Et l'église qu'il fonda était la plus distinguée de toutes les églises.

Or, à cinquante ans, Ozias était vierge. C'est à ce moment qu'il convertit à la foi chrétienne une jeune veuve d'Alexandrie, du nom de Myrrhina.

Myrrhina était belle, riche, lettrée ; elle avait l'imagination vive et des nerfs délicats. Avant de connaître le Christ, elle s'était fait initier successivement à plusieurs cultes d'Asie, tels que ceux de Diane, de Gybèle, d'Iacchos et d'Adonis i et elle avait éperdument aimé les prêtres qui lui avaient enseigné ces diverses religions. Elle était raÊBnée et singulière dans ses goûts. Elle « adorait » les iris noirs et les vers de Lycophron. Souple et

maigre, elle se vêtait de soies légères brodées de grandes fleurs. Ozias pensa que cette âme si élégante et si inquiète était la plus noble et la plus précieuse qu'il eût jamais rencontrée.

Il crut que sa propre piété s'épurait au contact de celle deMyrrhina. Elle lui persuada que l'essentiel est d'aimer Dieu, et que la vraie façon de l'aimer, c'est de s'abandonner totalement à lui, de le laisser vivre en nous à notre place, et de ne se point soucier des actes, qui ne sont que les gestes du corps. Car la foi seule justifie, et la foi n'est que l'amour, et nos gestes extérieurs sont sans importance.

Ozias goûta la générosité de cette doctrine. Il lui sembla qu'il s'élevait plus aisément à Dieu quand il conversait avec son amie. D'où il advint qu'un jour, durant que leurs âmes extasiées échangeaient des propos sublimes, ils laissèrent dédaigneusement leurs corps faire ce qui leur plut ; et cet abandon se renouvela souvent.

Leur honte devint publique. Ozias, cité

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