‹ En marge du TempsChapitre 15 sur 59 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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thousiastes, M. Romain Rolland, M. Jean Chantavoine, entretiennent pieusement son culte. Le génie de Beethoven est devenu matière de Sorbonne. Fournir le sujet d'une thèse de doctorat, c'est en Allemagne un hommage banal. Chez nous, cela équivaut à un brevet de grande naturahsation spirituelle.

Nous connaissons Beethoven aussi bien que quiconque. Nous connaissait-il? Assez peu, à vrai dire, et fort mal, en homme qui finit par nous haïr pour nous avoir éperdument aimés : la France révolutionnaire l'avait déçu. Ce grand tendre fut toujours malheureux dans ses amours. Il crut rencontrer en Giuletta Guicciardi la \àerge idéale, la compagne de rêve. Elle avait, cette Giuletta, une pauvre petite âme frivole de poupée mécanique. Après s'être amusée quelque temps du terrible amour qu'elle usurpait, elle épousa bourgeoisement le comte Gallenberg. Beethoven lui pardonna dédaigneusement. Il en voulut toujours à la République française, cette autre infidèle. Il ne pardonna jamais à sa France de Plutarque de l'avoir trompé avec ce Gallenberg qui s'appelait Napoléon.

Beethoven avait reçu le coup de foudre de l'amour français, comme Kant, comme Goethe, comme toutes les nobles âmes qui se tournèrent, de 89 à 92, du côté de l'Occident. Un rayon de notre soleil était bien allé jusqu'à Kœnigsberg I L'humble musicien de Bonn, aux gages de l'Electeur, salua les libérateurs du monde dans ces volontaires mayençais qui venaient le ruiner. Il s'enfuit joyeusement devant

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l'invasion, avec quelques thalers en poche, écoutant déjà chanter en lui les musiques d'une Iliade nouvelle... Yingt-trois ans après, meurtri, désespéré, germanisé, d'humain devenu Viennois, l'Homère, l'Orphée de Hoche et de Bonaparte improvisait des cantates pour distraire le Congrès. Le surhomme domestiqué connut alors une heure de fausse gloire et de mauvais orgueil. Nous avions eu de lui la Symphonie héroïque ; l'Europe de Metternich lui commandait des numéros pour ses galas. Le plus pur de Beethoven se confond avec ce qu'il y eut en nous de meilleur.

Qu'importe qu'en apprenant que le héros se laissait faire empereur, il ait déchiré rageusement la dédicace de son chef-d'œuvre ? Le manuscrit original de VHéroïqiie, qui fut vendu trois florins dix kreutzers, porte le titre quelconque : Sinfonia Grande. Deux mots ont été effacés. Qu'importe? Sous l'épaisse rature se devine le nom de Bonaparte. Ainsi subsiste, sous les badigeons successifs, la première inscription votive au fronton d'un temple désaffecté.

(( Beethoven, a dit Schlinder, aimait les principes républicains. » Il croyait que le suffrage universel donnerait au genre humain la justice avec le bonheur. Il comptait sur Bonaparte pour fonder la cité idéale. A la nouvelle du sacre, il poussa ce cri naïf et sublime : « Ce n'est donc qu'un homme ! »

Jacobin, il l'était en toute candeur, l'an 1798, alors qu'U passait ses soirées chez le citoyen général

qui représentait la République française à la cour de Vienne. — Cette histoire de la mission de Bernadotte a été savamment racontée par Albert Sorel et Frédéric Masson. On s'accorde généralement à en médire. Peut-être n'est-ce pas une école de diplomatie. Mais cette folle page se relit sans malaise. Le citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures, avait donné à Bernadotte, au nom du Directoire exécutif, mandat d'être insolent. Etonnons-nous qu'un cadet de Gascogne de trente-quatre ans, muni d'instructions semblables, les ait dépassées I Le soldat de fortune a vraiment, pendant ces deux mois, joui de la vie, de son chapeau à plumes, de son écharpe, de son grand sabre, de son traitement de i4oooo livres, de ses six chevaux, de sa vaisselle plate, de ses dîners et des audiences de cour. L'empereur du lendemain de Campo-Formio faisait, malgré lui, bon visage à ce matamore de tragédie. Bernadotte était capable de tout, même d'une correction irréprochable. En remettant à François II ses lettres de créance, il trouva des formules de chevaleresque courtoisie : « J'ai cédé au désir de contribuer à maintenir la bonne amitié et la bonne intelligence entre deux puissances qui, à des époques critiques, ont mesuré leurs moyens et appris éventuellement à s'estimer. » Pour un homme mal élevé, ce n'était pas mal. « Je suis heureux d'avoir fait la paix avec votre République », répondit Tempereur.

Les relations commençaient le mieux du monde. Les choses ne tardèrent pas à se gâter. Bernadotte

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