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OCTAVE GRÉARD

Mais quel sujet pour une œuvre d'art, sincère et simple, et qu'il est facile à l'imagier d'atteindre au style en copiant son modèle trait pour trait ! En le peignant de mémoire, on parvient à le faire ressemblant, tant le type s'est fixé au plus profond du souvenir. Il y avait de l'inoubliable dans l'aimable et sévère figure de ce magnifique fonctionnaire qu'un bon juge des beautés morales, Jules Ferry, appelait « le grand fauteur du bien » .

A-t-il été jamais fait une caricature d'Octave Oréard ? Il semble qu'essayer de le ridiculiser, même innocemment, eût été une impossible gageure. Certains êtres d'élite défient l'ironie. Il est des passants qu'on salue d'un geste machinal et rituel. Quelqu'un qu'aucune insolence ne pouvait tutoyer, tel était Gréard. « Sais-tu qui est ce monsieur ? » pouvait-on demander à Gavroche. « Ma foi, non ! eût-il répondu. Mais, c'est drôle! j'ai enlevé ma casquette sans savoir pourquoi. »

Effronté et généreux gamin de la rue parisienne, tu saluais d'instinct un des hommes du siècle qui aient fait le plus et le mieux pour toi I Ce passant grave et pressé, qui marchait si vite, n'a jamais cessé de s'occuper de ton bonheur. Ne crOis pas que ce fût un député. C'était un singulier homme, qui ne promettait rien, un réformateur sans programme ; il n'a jamais dit, ni à toi, ni à ton papa, ni à ton grand -père qu'il avait l'âge d'or dans sa poche. Il n'avait rien dans les poches, ni dans les mains; il ignorait cette physique amusajite dont les tours

amusent les badauds. Autour de lui, on ne faisait pas cercle ; il était incapable de tourner un boniment séducteur. Il allait, tous les matins, à son bureau, et il restait jusqu'au soir à signer des papiers sans nombre. De quoi donc s'occupait-il tout le jour? De faire de toi un bon et brave petit Français, bien armé pour la bataille de Texistence, un être libre et raisonnable, digne de comprendre la beauté d'obéir. Il se vouait à ton ser\ice, en faisant le geste de te commander. Il rêvait de te donner une âme à la fois affranchie et disciplinée.

C'était un bourgeois. Quand les bourgeois de cette espèce-là s'avisent de servir le peuple, ils valent une armée de tribuns. Il y avait plus de ferveur démocratique dans une circulaire de ce monsieur en redingote que dans vingt discours de la Bourse du travail. Sais-tu, Ga^TOche, pourquoi, lorsqu'il se hâtait, en rasant les murs, ce passant semblait distrait et absent? Il écoutait le bruit que faisait l'avenir au fond de son rêve. « Le conteur des Mille et une Nuits, disait Gréard, se vantait d'entendre sous la terre le bruissement de la semence en travail. C'est ce travail obscur, tout intérieur, auquel un bon maître doit prêter l'oreille. »

Cette promesse, il l'écoutait bruire de sa fine oreille de semeur de bien ! Il croyait de toute son âme à la moisson future. Les orages passagers, les gelées d'avril, les coups de grêle ne lui enlevaient rien de sa confiance. Lorsqu'il est^mort, en plein travail, le ciel se chargeait de gros nuages noirs.

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Tout à coup, le temps s'était chagriné. Il est parti avant l'averse. Il serait resté dehors, à se mouiller bravement, certain d'avance que l'éclaircie reviendrait. Ces volontés-là ignoraient les espoirs fous et les crises de désespérance.

Le moment est singulièrement propice à l'évocation de ce « moraliste éducateur », et à l'heure où il paraît, le livre de Mlle Bourgain prend l'importance d'un siirsum corda. Relire la vie de Gréard, c'est se préserver du découragement, c'est se guérir du mal du doute. C'est rapprendre la langue du commandement et celle de l'obéissance. Elever l'enfance, voilà l'œuvre à laquelle cette vie fut consacrée. « Élever » et non point abaisser, comme osent le tenter ces échappés de congrès farceurs, pour qui sonne déjà l'heure du silence. Gréard n'a pas vu son chef-d'œuvre, l'école française, menacé par une poignée de braillards sinistres. Nous l'imaginons, commentant, dans le grand cabinet de la rue de Grenelle, certains vœux des récents syndicats. Le ministre l'écoute, un peu anxieux, mais sans fièvre. Celui qui est assis là, entre le buste de Victor Duruy et le portrait de Fontanes, est un robuste et patient montagnard, qui ne se fâche jamais inutilement. « Alors, monsieur le recteur, dit-il de sa bonne voix tranquille, si je comprends bien, ce que demandent ces gaillards-là, c'est un personnel sans chef, des droits sans devoirs, et un peuple sans patrie 1 Eh bien, nous allons les servir I... » Et Gréard passe à son ministre un rapport revêtu de sa petite

griflFe élégante de scribe soigneux. Jules Ferry trace dans la marge quelques lignes d'instructions concises. Après quoi il se renverse dans son fauteuil. « Nous ne laisserons pas, murmure-t-il, déshonorer notre œuvre par ces gens-là. » M, le recteur, d'un geste solennel, insère le document dans sa vaste poche. Il prend congé en toute déférence. « Vous n'ignorez pas, monsieur le ministre, dit-il en se retirant, que vous serez interpellé demain par M. Un Tel. » Et Jules Ferry de répondre : « Parbleu I je l'espère bien ! »

En nommant Mme Curie chargée de cours à la iaculté des sciences, le ministre et l'Université démontrent heureusement qu'il ne subsiste plus rien du vieil esprit « sorbonagre, sorbonicole et sorboniforme » dont s'indignait maître François Rabelais. Il y a quelques années encore, cette nomination aurait passé pour une étrangeté téméraire. Le monde marche, et la Sorbonne avec lui. Le savoir n'a plus de sexe, et ce sont les savants qui le proclament. Saluons dans l'histoire de la civilisation un nouveau chapitre.

Est-il si nouveau?

Nous ignorons où est le sarcophage de Christine de Pisan et si même elle possède un tombeau. Il serait touchant de voir Mme Curie déposer une gerbe de fleurs sur la dalle qui recouvre les restes de cette femme d'autrefois. Les cendres de la bonne Christine ont dû tressaillir d'aise à la nouvelle qu'une dame de France recevait le laurier doctoral. Ce fut la bienheureuse patronne des femmes qui pensent.

Le sexe fort ne lui doit pas moins : elle a inventé rindustrie qui permet aux écrivains de vivre de leur plume. Nous devrions avoir son image dans les salles de rédaction : c'est la sainte de la Copie. Nous lisons peu Christine de Pisan, pour beaucoup de raisons, dont les meilleures sont que nous sommes ignorants, pressés, frivoles et ingrats. Par bonheur pour nous, de patients maîtres, M, Robineau, M. Petit de JuUeville, ont pris la peine et goûté le plaisir de la lire. Ce que nous savons par eux de sa vie est d'une adorable beauté morale.

Son père, médecin et astrologue de Charles V, le roi des clercs, la fit instruire dans tous les arts. « Il n'opinait pas que les femmes fussent pires pour apprendre. » Belle et sachante, elle aima d'amour son époux, qui était un brave homme de notaire, « secrétaire du roi à bourses et à gages » . Il mourut jeune, la laissant veuve à vingt-cinq ans. « Nourrie en délices et mignotemens », elle connut la gêne. Elle avait trois enfants et sa mère à sa charge, en même temps qu'il lui fallait soutenir plusieurs procès, solliciter chez les gens de chicane et les officiers. Elle imagina de faire des vers pour donner la becquée à son nid. Les ballades et les virelais d'amour étaient à la mode. Bien que chaste, elle en composa tant qu'on voulut, sous ses voiles de veuve. Les « courtoisies » de cette poétesse plurent par leur air de volupté. En l'entendant si exactement parler d'amour, on l'accusa d'avoir étudié son sujet sur le vif. Elle dut expliquer que ces galants poèmes

étaient fabriqués de chic, ou pour mieux dire, en empruntant son langage, « par couverture ». Un érudit du xvin" siècle, M. Boivin le cadet, a pris sa défense dans un mémoire lu à l'Académie des inscriptions : « Christine eut beaucoup à souffrir des mauvaises langues qui attaquèrent sa réputation ; mais elle fut d'ailleurs avantageusement récompensée par le succès de ses ouvrages. » Le bruit de ces succès monta jusqu'au trône ; un registre de la chambre des comptes, cité par l'honnête M. Boivin, témoigne que Christine reçut de Charles VI une gratification de deux cents livres. (Est-ce l'origine des bourses de voyage?) — Peut-être était-il alors difficile de subsister en faisant des vers. Christine de Pisan se fit prosateur. Elle finit par vaincre ce qu'elle appelle « les navreures de mes adversitez ». On vivait. « Le repas estoit sobre comme il affiert à femme vefve. » Curieuse de toutes les choses du cœur et de toutes celles de l'esprit, Christine voulut être philosophe, historien, chroniqueur. Les gloires anciennes et les événements contemporains la passionnaient. Elle mourut heureuse, en apprenant les victoires de Jeanne d'Arc. Bonne patriote, elle refusa, pour rester Française, les offres de Henri d'Angleterre et du duc de Milan.

Mais celui de ses livres qu'il conviendrait de lire aujourd'hui, c'est le Trésor de la Cité des Dames. Nous y verrions comment il faut s'y prendre pour revendiquer les droits de la femme à l'empire de la science. Nous y connaîtrions aussi que le passé nous

fournit sur ce point d'illustres exemples. M. Briand, en confiant une chaire à Mme Curie, ne fait que reprendre une idée de Pythagore. Christine, qui était documentée sur le Sage des Nombres, nous apprendrait que les femmes étaient admises à l'école de Corlone. Le philosophe distingua une de ses plus studieuses auditrices, la belle Théano ; il l'épousa^ bien qu'il eût plus de soixante ans. Elle lui donna des filles qui furent des pythagoriciennes accomplies et qui répandirent la doctrine de leur père dans des livres, encore' inédits.

Nous trouverions cela, et bien d'autres choses encore, à travers les œuvres de Christine de Pisan. — Un manuscrit de la Bibliothèque nationale nous montre cette aïeule des doctes femmes assise dans un joli studio ogival. Elle est coiffée d'un hennin à grandes ailes et vêtue d'une robe à traîne, d'un beau bleu d'enluminure. Le vieil imagier était si content de ce bleu qu'il en a recouvert encore l'écritoire et l'aiguière ; avec le doux blanc des coiffes, il a habillé aussi un petit chien. On aime à penser que la paisible songeuse de cette miniature ajoute un chapitre à la Cité des Dames. Lequel? Celui peut-être où elle exalte la vierge Novella, chargée de cours à l'université de Bologne. Cette fille de maître Jean d'André était si A^ersée dans le droit canonique qu'elle suppléait son père empêché. Elle eut Pétrarque pour élève et lui expliqua les Décrétales. Le futur chantre de Laure n'aimait pas la jurisprudence ; néanmoins il venait aux leçons de Novella. Comme ce profes-

seur était belle à miracle, la municipalité de Bologne ne lui laissait faire son cours que derrière un rideau... L'arrêté ministériel, si unanimement approuvé, qui ouvre à Mme Curie la Sorbonne, a des précédents dans la prétendue barbarie du moyen âge. Et c'est notre vanité de modernes qui nous fait penser que nous innovons.

La date du 3o juillet 1906 marquera dans Thistoire du château de Rambouillet. Le conseil des Ministres a choisi ce jour et ce lieu pour abolir la peine de mort. A vrai dire, la commission du budget l'avait incité à cette mesure en traitant Texécuteur des hautes œuvres comme un simple sous-préfet. N'ayant plus de crédits pour indemniser M. de Paris, le gouvernement s'est avisé que l'absence d'organe était l'indice de la disparition du besoin. Frappé de cette vérité d'ordre biologique, il a consenti à supprimer la peine de mort par voie budgétaire. Nous ne l'en blâmons pas. Puissent les révolutionnaires, tant Slaves qu'Espagnols, imiter cette mansuétude ! Le bourreau disparaît de nos mœurs. Voilà qui est bien. Peut-être les gens attachés aux vieilles mœurs parlementaires auraient-ils préféré qu'un aussi grand acte fût plus solennellement et plus franchement accompli. Ce n'est pas la première preuve, ce ne sera pas la dernière de l'omnipotence et de l'omniscience de la commission du budget. Les mini-

Stères se font de plus en plus philosophes. Rambouillet est décidément une hôtellerie pour abdications.

Ce château ne porte pas bonheur au pouvoir exécutif. François I" y a inauguré la série noire. Il y vint mourir, après avoir traîné ses maux à Saint- Germain, à la Muette, à Villepreux, à Dampierre, à Limours. Il s'arrêta à Rambouillet, « à cause de son plaisir de chasse et volerie » . Le roi trépassa, après une agonie de trois semaines. Mme d'Etampes remplit la grosse tour de ses gémissements.

Napoléon fit à Rambouillet sa première halte sur la route de Sainte-Hélène. Il y vint coucher, le 29 juin, déguisé en bourgeois, sous la garde du général Becker. Les compagnons de l'empereur s'étonnèrent qu'il donnât l'ordre d'arrêter les berlines. Napoléon espérait encore. Le matin, il avait sollicité de la commission provisoire le commandement des troupes, au titre de général français. Plusieurs fois pendant la nuit, il envoya Gourgaud aux nouvelles sur la route de la Malmaison. Cette couchée lugubre, c'est l'adieu de Napoléon à son dernier rêve.

Quinze ans après, tandis que le duc d'Orléans distribuait des poignées de main à l'Hôtel de Ville, Charles X arrivait à Rambouillet, vers dix heures du soir. On remarqua que ses habits étaient couverts de poussière et son visage défiguré par les pleurs. Les autorités le reçurent aux flambeaux. Aux souhaits de bienvenue du maire, le pauvre Charles X, qui n'eut jamais le don du mot historique, répliqua en ces termes : « Eh bien, monsieur Delorme, vos

habitants sont-ils sages? » Le maire répondit du loyalisme rambolitain. Et le monarque fugitif conclut, sans excès d'amertume : « Ah ! pourquoi n'en est- il pas ainsi partout 1 » Ce vœu modeste ne fut pas exaucé. L'installation de l'ancien roi près de Paris inquiéta le lieutenant-général. La Fayette fut chargé d'aller assiéger Rambouillet avec six mille hommes. Le corps expéditionnaire se concentra aux Champs- Elysées. Il faisait chaud, les Parisiens blaguèrent. On cria : « A Rambouillet ! » par amour du bruit. Les my lords, les cabriolets, les pa taches furent réquisitionnés. Toute une foule en bordée estivale suivit La Fayette. Quand ces joyeux farceurs arrivèrent à Rambouillet, quelqu'un vint dire à Charles X : « Ils sont soixante mille ! » C'était plus qu'il n'en fallait pour décider à l'exil un souverain sans férocité.

Ces événements mélancoliques ont- ils hanté les rêveries de nos ministres ? Il n'y paraît point. Après avoir abdiqué une fois de plus entre les mains de la commission du budget, ils ont fait un tour de jardin. Ce parc de Rambouillet, moins tragique que le château, évoque d'espiègles souvenirs. Alors que le domaine appartenait aux d'Angennes, la société précieuse, invitée par Catherine de Vivonne, venait y faire les lendemains de la chambre bleue. L'incomparable Arthénice organisait sous les ombrages des collations mythologiques et des pastorales dans le goût de VAstrée. Le bon Cospeau, évêque de Lisieux, y fut tenté discrètement. C'était un docte théologien, le premier sermonnaire qui ait consenti à ne

plus citer Quintilien dans les prônes et à le remplacer par les Pères. M. de Lisieux était pudique à ne point oser regarder les dames. Tallemant des Réaux nous apprend que la malicieuse marquise lui fit « une galanterie à laquelle il ne s'attendait pas ». Elle le mena perfidement dans des rochers, où soudain le pieux évêque aperçut « on ne sait quoi de brillant » . Julie et ses jeunes compagnes s'ébattaient sur la prairie « effectivement vêtues en nymphes » . Tallemant, avec sa langue de vipère, veut nous faire croire que « le bonhomme en fut si charmé que depuis il ne voyait jamais la marquise sans lui parler des roches de Rambouillet » .

Il faut croire que ces ombres mutines ont donné aux hôtes modernes de Rambouillet de vrais conseils de nymphes. L'échafaud une fois supprimé, le gouvernement, passant à un sujet moins sévère, aurait songé à empêcher les Français de se déchirer à propos de la question des décorations féminines. Ne désespérons pas de voir ce conflit aboutir à un concordat où pouvait mieux triompher le féminisme que dans les bosquets qui virent la Julie de la Guirlande et son irrésistible mère. Bénie soit Catherine de Vivonne 1 Son fantôme conduit encore la politesse française. Mlle de Scudéry — aujourd'hui elle serait décorée — termine son éloge de Cléomire par ces mots, qui pour un gouvernement sont tout un programme : « Ses passions étaient soumises à la raison. » On a calomnié les « précieuses ».

De généreux souscripteurs étrangers vont nous faire cadeau d'une statue de Bernardin de Saint- Pierre. Elle prendra place dans ces jardins du Muséum, dont la gloire se meurt douloureusement. Les titres de Bernardin à recevoir cette hospitalité mélancolique sont des titres administratifs. Il fut pendant quelques mois « intendant du Jardin royal des Plantes et des cabinets d'histoire naturelle ».

L'histoire de cet avatar budgétaire du père de Paul et Virginie nous a été savamment et spirituellement racontée par M. Hamy. — Depuis la mort de Buffon, les choses allaient mal au Jardin du roi. Le successeur du grand naturaliste, un M. delà Billarderie, qui aimait les places, avait manqué d'autorité scientifique. Les savants désiraient tous la nomination de Daubenton. Terrier de Monciel venait d'être nommé ministre de l'Intérieur, après le renvoi de Roland. Ce ministre feuillant, qui resta trente-cinq jours aux affaires, ne fut guère gâté par le sort ; son passage au pouvoir n'est signalé que par l'envahissement des

Tuileries. Nous ne connaissons que cet incident de la carrière de Terrier de Monciel. Toutefois, le fait d'avoir nommé un des princes de la prose à une charge scientifique lui vaut une discrète immortalité. Ce ministre eut en outre cette originalité qu'il aimait à pourvoir ses protégés et qu'il procédait, dans les questions de personnel, avec une certaine précipitation. Il n'était ministre que depuis deux jours quand il casa Bernardin. C'était une « gaffe ». Si les « officiers du Jardin » avaient été syndiqués, ils auraient protesté et offert un banqueta Daubenton. Louis XVI accueillit favorablement le nouvel intendant : « J'ai lu vos ouvrages, lui dit-il. Ils sont d'un honnête homme et j'ai cru nommer en vous un digne successeur de Buffon. » Le pauvre Louis XVI prouva une fois de plus, en cette circonstance, qu'il n'avait pas le don du mot heureux. C'était encore une gaffe.

D'abord Bernardin de Saint-Pierre était-il à ce point un type d'honnêteté? Sa moralité fut mélangée. La suavité qu'il introduisit dans le romanesque manque à sa vie. Il vécut en mendiant maussade et ingrat. Le doux rêveur se plaçait volontiers du côté du manche. Ainsi, voulant remercier Louis XVI de sa nomination, il n'attendit même pas la journée du lo août pour faire enlever des portes du Jardin les fleurs de lis de l'écusson royal. Ensuite il était l'homme du monde le moins qualifié pour remplacer Buffon. Il n'entendait rien à la science et détestait les savants, qui le lui rendaient de leur mieux. Que pouvait bien

penser Lamarck d'un intendant des cabinets d'histoire naturelle capable d'affirmer ces poétiques énormités : que la Providence a doté la citrouille de plusieurs côtes « pour qu'elle soit mangée en famille » , ou encore que la vache possède quatre mamelles afin que les deux qui paraissent superflues soient « les nourrices du genre humain ? » Enfin le souvenir de son glorieux prédécesseur à l'intendance ne rappelait à Bernardin rien d'agréable. Le soir de la lecture de Paul et Virginie chez Mme Necker, M. de Bufibn, qui trouvait cette anecdote puérile et d'un style téméraire, avait fait demander ses chevaux avant la fin. Après avoir été successivement officier, ingénieur, inventeur, colon, et beaucoup d'autres choses encore, le nouvel intendant du Jardin s'était résigné à être surtout un homme de lettres. En littérature comme en biologie, il était d'une autre école que M. deBuffon et peu enclin au pardon des injures. Reconnaissons, pour être justes, que Louis XVI n'était pas obligé de savoir tout cela.

Lorsque Bernardin vint s'installer au Jardin royal, ses subordonnés l'accueillirent fraîchement. Mais ce diable d'homme avait tant roulé à travers le monde qu'il était capable de tout, même de faire son devoir. Ce fut, au témoignage de M. Hamy, un administrateur très acceptable. Il signalait le délabrement des bâtiments ; il demandait des crédits pour les reconstruire ; il en demandait ausssi pour son appartement. Il signalait à Roland, redevenu ministre, les dangereuses fantaisies des promeneurs. Le populaire

s'abandonnait sans retenue aux premières ivresses de la liberté. « Des agitateurs persuadent au peuple que, le Jardin appartenant à la nation, toute la nation a le droit d'y cueillir des plantes. Le jour de la Toussaint, une troupe considérable d'hommes et de femmes ont pillé les fleurs, en menaçant de maltraiter les gardebosquets qui voulaient s'y opposer. » Bernardin réclamait des gardiens supplémentaires et un peuple vertueux.

Et tout cela pour être destitué ! La Convention fit d'ailleurs galamment les choses. Elle vota au dernier fonctionnaire nommé par Capet une pension rondelette, qu'il alla manger dans son îled'Essonnes, auprès de sa gentille petite femme de vingt-deux ans. L'heureux époux dorloté de Félicité Didot traversa la Terreur en arrosant ses concombres et ses haricots.

Les bâtiments du Muséum ont toujours besoin de crédits. Ils feront donc bon accueil à leur ancien administrateur. Espérons que l'inauguration de la nouvelle statue de Bernardin de Saint-Pierre aura plus d'éclat que la cérémonie du Havre, au mois d'août i852. On célébra alors, le même jour, deux gloires « de la Neustrie w : Bernardin et Casimir Delavigne. Mais l'auteur des monuments manquait à la fête. David d'Angers, compris dans les proscriptions du mois de décembre précédent, vivait à Bruxelles. Bien qu'il eût payé de ses deniers la fonte des deux bronzes, on n'envoya même pas une invitation à sa femme ; il était, à ce moment, dangereux d'être

poli. L'Académie française avait délégué pour la représenter MM. de Salvandy et Ancelot, avec son chancelier Alfred de Musset. Salvandy tomba malade et ne put venir. Musset se tira d'embarras en lisant un petit papier, bâclé et pas méchant, pour expHquer qu'il n'avait pas eu le temps de préparer un discours. Mais fort heureusement, M. Ancelot était là. Lui aussi, M. Ancelot, était « delà Neustrle». Il lut « un poème dithyrambique » . Le début en est animé :

Où va cette foule empressée Désertant son foyer, ses comptoirs, ses sillons !

M. Ancelot goûtait le déisme audacieux des Études de la Nature ; il partageait les théories de Bernardin sur les causes finales.

Du rêveur la pensée austère, Dans l'œuvre admirant l'ouvrier, Voit ce Dieu dont la loi féconde Fait naître et cache tout un monde Sous l'humble feuille du fraisier.

C'était ainsi que M. Ancelot concevait la botanique et le dithyrambe.

Alfred de Musset a dû s'amuser.

Le musicien Otto Goldschmidt, qui vient de mourir à Londres, mérite assurément un souvenir pour ses talents de pianiste et de compositeur. Mais un jour viendra peut-être où son oratorio, Ruth, connaîtra l'oubli. A défaut du musicien, l'homme jouira de l'immortalité paisible des dictionnaires pour avoir été le prince consort d'une divinité de théâtre. Goldschmidt s'impose à l'admiration, en qualité d'époux de JenuAf^ Lind.

Ce simple mortel survivait depuis vingt ans à une créature de légende. La mémoire de Jenny Lind se perd dans les lointains delà chronique. Goldschmidt laisse-t-il des notes qui puissent servir à écrire une biographie définitive de cette cantatrice fabuleuse ? Il faut le souhaiter, car la vie de Jenny Lind eut la fantaisie d'un roman picaresque et l'ampleur d'une épopée théâtreuse.

Aucun livre français ne nous renseigne sur cette merveilleuse aventure. Le silence de notre littérature s'explique aisément. A vrai dire, ce n'étaient

pas là nos affaires. Entre mille étrangetés, Jenny posséda celle de devenir célèbre sans le baptême du succès parisien. Après avoir chanté Freischûlz à Stockholm, elle vint un instant chez nous, pour recevoir l'enseignement de Garcia. On a imprimé, un peu partout, qu'elle avait débuté à l'Opéra et que, furieuse d'un échec, elle aurait fui Paris sans esprit de retour. Cette tradition séduisait par son romanesque héroïque. Elle nous permettait d'acuser nos grands-pères de béotisme, ce qui flatte toujours une postérité dans son orgueil. Les hagiographes anglais et allemands, aussi abondants qu'instructifs, lavent la France de cet opprobre. Jenny Lind n'a jamais chanté sur la scène de l'Opéra. Meyerbeer demanda pour elle à Léon Pillet une audition, qui resta intime. Les pourparlers n'aboutirent point. Pourquoi ? La voix du « rossignol Scandinave » parut-elle trop fragile pour notre Opéra, qui, d'après les témoignages contemporains, était déjà trop grand "è Meyerbeer lui-même conseilla à sa protégée de partir pour Berlin. Le rossignol émigra sous les Tilleuls. Cette catastrophe passa d'abord inaperçue. Plus tard, elle vint grossir, à titre de grief complémentaire, le dossier de Léon Pillet. Sous le roi Louis-Philippe, les directeurs des scènes subventionnées étaient en butte aux sévérités de la presse. Les personnalités des belles chanteuses bouleversaient l'opinion sous Louis-Philippe. On insinua que l'engagement de Jenny Lind eût porté ombrage à la souveraineté de Rosine Stoltz. Pillet dut écrire toute

une brochure pour se justifier. C'était un homme atrabilaire et prompt au contentieux. Il plaidait avec délices, tandis que des journalistes cruels lui faisaient une guerre acharnée. Sous le régime de Juillet, toutes les fois qu'un directeur de théâtre cessait de plaire, ses adversaires le menaçaient des députés.

La France musicale disait, avec une prophétique éloquence : « Que devient l'Opéra ? Les Chambres vont être saisies de cette importante question. Les membres de la représentation nationale seront en mesure de faire connaître exactement au pays l'emploi que l'on fait à l'Opéra de l'argent des contribuables ! » Telle était la fureur des passions sous le roi-citoyen.

N'essayons point de pénétrer les raisons, bonnes ou mauvaises, avouables ou perverses, pour lesquelles Léon Pillet refusa d'engager Jenny Lind. C'est le secret de l'histoire. Aussi bien, ce Pillet tourna mal : il entra dans les consulats. Quant à Jenny, elle devint l'idole de l'Allemagne, de l'Angleterre et du Nouveau-Monde.

Un homme se rencontra pour la venger des dédains injustes de l'imprésario parisien. Philéas Barnum avait du génie. Trois de ses campagnes suffiraient à l'immortaliser. Il exhiba aux peuples de l'Union une négresse centenaire, en qui la piété américaine se plut à vénérer une vague nourrice de Washington. Il inventa le général Tom Pouce. Avec Jenny Lind, il fonda la tradition des étoiles voyageuses.

Depuis la tournée de Bacchus dans l'Inde, l'humanité n'avait rien vu de comparable au voyage de la cantatrice suédoise aux Etats-Unis. Berlioz, qui eut plusieurs manières de génie, hors l'indulgence naïve, nous a conservé, dans les Soirées de l'Orchestre, le récit de cette marche triomphale. Les journaux aux gages de Barnum se signalèrent par un lyrisme audacieux. Lorsque l'adorée cantatrice débarqua à ÎS'ew-York, un tel tumulte joyeux se produisit dans la foule que beaucoup de personnes périrent écrasées. L'historien américain ajoute cette remarque, d'une simphcité grandiose : « Les survivants suffisaient encore pour empêcher les chevaux d'avancer. » Le cocher leva son fouet, mais Jenny s'écria : « Ne frappez pas, ce sont mes amis I » Et le narrateur, pris de délire, commente ainsi ces paroles : « On ne sait ce qu'il faut admirer le plus dans cette phrase mémorable, de l'élan du cœur qui en a suggéré la pensée, ou du génie qui a revêtu cette pensée d'une forme si belle et si poétique. » On fit à l'héroïne les honneurs du muséum de New- York : elle daigna sourire à un cacatoès et à un orang-outang. Cependant des vierges vêtues de blanc semaient sous ses pas des jonchées de fleurs. Nous nous reprocherions d'omettre ce verset de l'évangile selon saint Philéas : « A sa sortie du muséum, une scène frappante et d'un genre tout neuf attendrit la célèbre promeneuse. Les dauphins, les baleines, qui depuis plus de huit cents lieues avaient pris part au triomphe de cette Galathée nouvelle et

suivi son navire en lançant par leurs évents des gerbes d'eau de senteur, s'agitaient convulsivement dans le port, en proie au désespoir de ne pouvoir l'accompagner encore à terre. Des veaux marins versaient de grosses larmes. »

Force fut bien aux veaux marins de se faire une raison : cette débauche de gloire dura plus d'une année. Une dame de race latine, soumise à ce régime spirituel, serait infailliblement devenue aliénée. Jenny Lind échappa à la pachyméningite disséminée : les oiseaux du nord ont la tête solide. Elle gagna huit cent mille francs et en donna cinq cent mille à la Suède pour fonder des écoles. Après quoi, elle épousa tranquillement le charmant pianiste de Hambourg avec qui elle se souvenait d'avoir dansé en un bal de Noël. Elle ne vécut plus que pour la bienfaisance, l'art pur et l'amour permis. On songe à l'adorable phrase qui termine le vieux conte de Perrault : « Le chat, devenu grand seigneur, ne courut plus après les souris que pour se divertir. » Un journal de Philadelphie nous emprunta notre idiome pour rendre hommage, dans une forme moins heureuse, aux vertus domestiques de la fée de la Réclame : « Elle a vu à ses pieds des princes et des archevêques et n a yas voulu l'être ! »

Vous ne voudriez pas qu'Otto Goldschmidt eût trépassé sans laisser des Mémoires. On ne nous dit point si le gouvernement anglais a songé à faire poser les scellés chez l'illustre veuf.

En travaillant à San-Patrizio, faubourg de Pavie, des terrassiers viennent de découvrir soixante-dix squelettes rangés dans une tranchée. D'après l'examen des armes trouvées avec les ossements, ces squelettes seraient ceux de soldats français, morts au champ d'honneur, dans la journée du 2^ février i525. Ce n'est, dira-t-on, qu'un fait divers. Soit. Mais si j'avais l'honneur d'être maître d'école, je ferais, à cette occasion, un petit bout de conférence à mes élèves. On ne peut pas, tous les jours, entretenir l'enfance de la lutte des classes. Les vieilles luttes de la patrie conservent, malgré tout, quelque vertu éducative et quelque intérêt.

S'il y a dans notre histoire quelque chose d'absolument français, dans tous les sens du mot, d'absurde et d'héroïque à la fois, c'est bien ce désastre magnanime. Pavie reste une défaite populaire. Ce souvenir ne nous amoindrit pas. Nous y trouverions encore, avec des raisons de porter haut la tête, certains conseils de conduite pratique.

Fière aventure démente, et bien signée de notre nom I Tout d'abord, sans que l'on comprenne pourquoi, nous perdons deux mois devant la place, laissant dans l'inaction nos troupes mal payées et mal pourvues. Les assiégeants souffrent plus que les assiégés, les nôtres se meurent de froid, les seigneurs sont réduits « à se aller chaujQfer à la cuysine royale ».

A cela près, nul, dans l'armée française, ne doute de la victoire définitive. Nous avions pour chef un gros garçon étourdi ; le capitaine des Impériaux était plein d'expérience et de sang-froid. Lorsque l'action s'engagea, François I" songea uniquement à montrer son dédain des coups et sa rage de combattre « à belles enseignes découvertes ». Il s'en fut si vite vers l'ennemi que les fantassins ne purent le suivre. Les Suisses se débandèrent et le roi se trouva isolé. Aussitôt il tira l'épée et fit des merveilles d'inutile bravoure. Il vécut alors la plus belle heure de sa vie de chevalier, le tournoi de ses rêves. Ceux de l'armée impériale se gourmaient entre eux à qui saisirait vivante la proie royale. François refusa de se rendre aux gens de Bourbon. A la fin, blessé au bras, demeuré presque seul, il remit son épée au vice-roi de Naples. « Lors luy fut osté son armet et baillé ung bounet de velours, affîn qu'il se recommensast à reprendre son allaine. »

Sébastien Moreau ajoute, dans sa Relation, que les chevaHers ennemis criaient au roi : « Sire, vous voyez bien que vous n'avez poinct de suicte et que

VOS gens s'enfuyent et vostre armée deffaicte. » Tous les témoignages contemporains affirment en efiFet qu'il y eut des fuyards. — De l'épopée et de la panique, un commandement fou et la furie du sacrifice, ne rien prévoir, quitte à se faire tuer, voilà l'histoire que racontent à leurs petits-fils les soixante-dix revenants de San-Patrizio...

« Et y eut grant occision d'un cousté et d'aultre », dit la Chronique du roy François. Bien peu avaient lâché pied parmi les nôtres. Etions-nous déjà atteints du mal singulier de nous calomnier nous-mêmes? La tradition s'établit aussitôt que le premier prince du sang, le beau-frère du roi, avait donné le signal de la fuite. Charles d'Alençon eut une mauvaise presse. Brantôme n'ose rien affirmer, mais on sent qu'il accepte la honteuse légende. Il regrette que le duc n'ait pas imité son aïeul, lequel, à Azincourt, « se poussa si advant qu'il rua un grand coup d'épée sur l'armet du roi d'Angleterre ». Le Bourgeois de Paris, après avoir mentionné que Charles « mourut à Lyon, sur le Bhône, de sa mort corporelle », ajoute assez perfidement : « On dit qu'il mourut d'une pleurésie et d'ennuy, à cause de la desconfiture et prinse du roy, oii ledict duc qui y estoit menoit l'arrière-garde. » La bourgeoisie parisienne a toujours eu le léger travers d'expliquer les malheurs par la félonie.

Tant il y a que ce pauvre duc a passé, pendant près de quatre cents ans, pour un pleutre, au dire des dictionnaires. Une allusion sévère à sa lâcheté

VOUS valait une bonne note dans les examens. Il lui a fallu attendre les premières années du vingtième siècle pour trouver un avocat qui se chargeât du dossier de son affaire.

Un savant élève de l'Ecole des chartes, M, Frédéric Duval, est parvenu à réhabiliter sa mémoire. L'ancien soldat intrépide de Marignan ne s'est pas couvert de honte à Pavie. D'Alençon, au commencement de l'affaire, remporta un avantage sur les Impériaux. Ce fut même cet heureux début qui fit commettre au roi ses imprudences. Au moment de la déroute, il aurait tenté de porter secours à François I". Sa prétendue fuite n'aurait été qu'une retraite savante. Il sauva ainsi les débris de l'armée.

Les mânes de Charles d'Alençon doivent un joli brin de cierge à l'Ecole des chartes. La réputation de ce duc revient de loin. Sans M. Frédéric Duval, où serait-elle? Ne dites pas que cela vous est égal. Songez, je vous prie, à Marguerite d'Angoulême. Avouez qu'il serait infiniment triste que la Dame de Bonté eût été la veuve d'un lâche. Les historiens frivoles prétendaient que la Marguerite des Marguerites avait reçu fort mal le fuyard et qu'il en serait mort de vergogne. Etant sagace et réfléchissante, elle comprit, au contraire, ses raisons de prudent stratège. Elle le consola. Il ne trépassa que de pleurésie. Elle le pleura de tout son admirable cœur et lui fit des vers. Le seul tort du mari de la meilleure des princesses françaises fut d'avoir, au cours de sa vie mortelle, préféré les plaisirs de la chasse à la poésie.

Ce n'était donc pas à un prince du sang, mais sans doute à des soudoyés étrangers, canaille mercenaire, que frère Jean faisait allusion, alors qu'il s'écriait^ au souper de Grandgousier : « Hon ! que je ne suis roY de France pour quatre-vingts ou cent ans ! Par Dieu, je vous mettrois en chien courtaut les fuyars de Pavie. Leur fièvre quartaine ! Pourquoi ne mouroient-ilz là plus tost que laisser leur bon prince en ceste nécessité? N'est-il meilleur et plus honorable mourir vertueusement bataillant que vivre fuyant villainement ? »

Ces lignes trahissent chez Rabelais de vagues tendances militaristes. N'allez pas le dire à la Confédération générale du travail.

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