‹ En marge du TempsChapitre 52 sur 59 · UNE REPRISE DES GUEPES 2S · texte numérisé non relu

UNE REPRISE DES GUEPES 2S

apparente. Ce sont d^humbles morceaux de plomb, décorés d'un côté d'une lettre de l'alphabet, et de l'autre du symbole de la chouette. Ainsi étaient les jetons de présence qu'à la sortie du tribunal les héliastes échangeaient contre un honoraire équitable. Ces légers monuments de la sagesse antique nous en disent long sur la vanité des législations et sur le génie pervers que déploient les hommes pour abuser des choses les meilleures.

Faire participer tous les individus de la cité à l'accomplissement du devoir judiciaire, il n'est point de plus juste théorie. Les historiens ne sont point d'accord sur l'origine de cette loi de raison pure. Toutefois, une majorité d'érudits s'est formée pour en faire honneur à Solon. Nous le reconnaissons bien là. Quelle signature autre que la sienne pourrait porter une si belle institution ? La création d'un immense tribunal populaire, animé de l'esprit delà déesse, ne peut être sortie que de la pensée d'un philosophe divin. C'est toujours par les Solon qu'on commence.

Il nous plaît donc à penser que ce fut Solon qui investit le citoyen athénien du droit et du devoir de juger. Il avait fondé le pouvoir judiciaire idéal. Il y joignait le charme de la gratuité.

En grandissant, en grossissant, en vieillissant, la démocratie s'a^dsa que toute peine mérite salaire. De subtils orateurs firent remarquer que seuls les citoyens aisés pourraient dérober à leurs affaires le temps de siéger dans les tribunaux. Quoi de plus

juste encore ? Le principe d'une indemnité fut proclamé. Un rhéteur obscur prétend que Fauteur de ce progrès était un certain Callistratos, surnommé Parnytès. Cette assertion est inexacte. Aristote — et nous lui laissons toute la responsabilité de ce témoignage — affirme que l'inventeur du salaire judiciaire fut Périclès. C'est par les Périclès qu'on continue.

Et c'est par les Cléon qu'on achève. Cléon avait le sens pratique des campagnes électorales et le génie de l'indemnité. Il eut Tidée très simple d'augmenter le dicasticos misthos et de le porter à trois oboles. C'était assurer à chacun des membres du jury une rémunération quotidienne de quarante-cinq centimes. Cette réforme fut goûtée.

Pour ces neuf sous, le prolétaire paresseux, le frelon social laissait là ses outils, courait au tribunal et jugeait avec un zèle inlassable ; il achevait par un bain et un repas la journée consacrée au devoir civique ; il recommençait le lendemain. Des démagogues ingénieux demandèrent bientôt que l'indemnité fût payée non plus par jour, mais par audience ; il suffisait de multiplier les procès pour qu'un héliaste digne de ce nom pût gagner à la fois plusieurs trioboles. Cette réforme fut goûtée plus encore.

Quel joli métier, et si facile ! A la sortie du tribunal, le juge citoyen remettait son jeton de présence au caissier qui lui versait son dû. Certains caissiers, dépourvus de petite monnaie, crurent expédient de remettre une drachme à un seul héliaste, en le char-

Page 1