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UNE REPRISE DES GUÊPES

géant de changer cette drachme et de payer lui-même les camarades. Ce procédé présenta des inconvénients. Le bonhomme Philocléon, d'Aristophane, reçut ainsi pour sa part, au heu de ses trois oboles^ trois écailles de mulet, par suite d'une distraction de son collègue Lysistrate.

Cette petite mésaventure ne refroidit en rien le zèle professionnel de Philocléon. Nous le voyons, dans les Guêpes, se lever dès l'aube, pour aller juger. Le chœur des héhastes vient le chercher, en chantant des vers des Sidoniennes. Philocléon se fait une haute idée de la majesté des fonctions judiciaires. « Est-il un bonheur comparable à celui du juge ? Est-il un être qui vive plus au sein des délices et qui soit plus redouté ? Dès que je sors de mon lit, des hommes puissants, les plus illustres de la cité, m'attendent à la barre... Et jamais de comptes à rendre I Qu'on me cite une autre charge qui soit irresponsable. » Après l'audience, le digne homme sait qu'il sera accueilli à la maison par mille caresses. Toute la famille accourt pour l'embrasser. Il a mis son triobole dans sa bouche. Sa fille le lave, lui parfume les pieds. « Et tout en m'appelant son cher papa, elle me pêche avec la langue mon triobole. » Cet aimable tableau domestique annonce déjà Greuze.

Si nous en croyons Aristophane, la justice aurait eu parfois à souffrir du recrutement de son clergé volontaire. Les tribunaux d'Athènes se seraient peu à peu peuplés d'oisifs, de malandrins, de paysans sans travail, de vieillards imbéciles. La pensée de

Solon fut-elle donc méconnue ? Quant aux citoyens occupés ailleurs, ils prirent un parti de protestation héroïque, celui des honnêtes gens de tous les pays : ils s'abstinrent. Aristote a observé que dans les démocraties, « les citoyens riches évitent volontiers de se mêler à la foule, se consacrent à leurs affaires personnelles, désertent les tribunaux et les assemblées » . Il était observateur, Aristote !

Mais ne devons-nous pas nous méfier d'Aristophane ? L'auteur des Guêpes n'avait pas trente ans lorsqu'il tournait ainsi en dérision une des institutions les plus populaires de la cité. C'était un jeune homme étourdi, caustique et prompt à généraliser. Il met dans la bouche de son héros favori des propos frivoles : « Cher père, calcule sur tes doigts le total des tributs que noi^s payent les villes alliées, Nous avons en outre les impôts personnels, une foule de taxes du centième, les droits de justice, le produit des mines, des marchés, des ports, du domaine public, et les confiscations. Tout cela s'élève ensemble à près de deux mille talents. » Le jeune fou Bdélycléon en conclut qu'on devrait faire l'économie du salaire des juges. Les anciens commentateurs d'Aristophane prétendaient qu'il était réactionnaire. M. Maurice Croiset rectifie : « Il appartenait de cœur et d'àme à une démocratie modérée. » Tout s'explique. Un centre gauche, quoi. Avec ces gens-là, si on les écoutait, il n'y aurait jamais de réformes ?

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