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XXXIV - Voyage en France

Le dimanche, 15 septembre 1935, grande soirée dans notre salle paroissiale en l'honneur de M. le Curé Garnier qui prochainement doit faire un voyage en France, accompagné de Mile Claire Garnier. Environ 300 personnes sont présentes. On joue aux cartes jusqu'à 10 heures; puis après le goûter traditionnel, il y a concert organisé par les paroissiens.

Une adresse est présentée à M. le Curé et lue par M. Joseph Villeneuve, tandis que M. Joseph Godbout est porteur d'une bourse, produit de la soirée et offerte à M. le Curé.

Me Charles Rocque lit une autre adresse et présente les souhaits des assistants à Mile Claire Garnier. Puis elle lui offre une superbe boîte d'articles de toilette portée par Lorraine Paradis.

M. le Curé remercie en termes émus et dit son bonheur et sa fierté d'avoir des paroissiens si dévoués et si généreux pour leur église et leur pasteur. Il promet de penser à tous, dans les pieux sanctuaires qu‘il espère visiter en France et en Italie.

Le 23 septembre, après avoir renis la direction de la paroisse à M. l'abbé Thibault, nous quittons Lamoureux pour Edmonton où il me reste quelques affaires à régler. Le lendemain, à la gare du Canadien National, nous avons le plaisir de rencontrer plusieurs de nos bons amis venus nous dire un dernier au revoir.

AB h. 25, le train s'ébranle et c'est le départ, la séparation de ceux que nous connaissons, aimons depuis longtemps. ...Tout naturellement la pensée du poète nous vient à l'esprit: "Partir, c'est mourir un peu”. Malgré tout, nous nous réveillons le lendemain à Winnipeg, le surlendemain à Ottawa et le troisième jour à Montréal.

‘Aurania dont le départ a été annoncé à 9 heures, n'est pas tout à fait prêt en ce moment. Enfin, à 11 h. 30 nous quittons le quai. Le bateau remorqué d'abord par un petit vapeur, se dirige solennellement vers le fleuve. Chacun est sur le pont pour les signaux d'adieu et pour jouir de la scène animée qui règne sur le port. Toute la journée c'est le spectacle grandiose du fleuve Saint-Laurent ‘au majestueux cours". Sur ses rives s'échelonnent de belles paroisses dont la vue nous fait battre le coeur, car nous les savons françaises: Verchères, Nicolet, Sorel, Trois- Rivières, etc. A 10 heures du soir nous atteignons Québec. Quatre rel gieuses Filles de Jésus et d'autres passagers amenés par une vedette embarquent sur l'Aurania, tandis que de part et d'autre s'échangent de bons mots et des souhaits d'heureux voyage.

Nous sommes trois prêtres à bord; il y aura donc trois messes chaque matin, si la mer est calme. Mes deux autres compagnons sont le P. Grant et le P. Crossland du diocèse de Toronto. Peu à peu nous faisons d'autres connaissances: le Docteur Bousquet et sa famille. le Docteur Grondin représentant de Québec à Paris, le P. Lalonde des Pères Blancs allant à Alger, etc.

Au calme du Saint-Laurent, succède la tourmente sur l'océan. Dès le 29 septembre, le temps devient maussade. De gros nuages roulent dans le ciel. 1l pleut, et le bateau est secoué par un tangage insupportable. ...

Pour varier, le vent change et souffle du côté nord. C'est alors un roulis d'une telle violence, qu'on entend de partout les portes claquer; la vaisselle roule avec fracas. Les vagues sont énormes et balayent le pont des troisièmes. Le bulletin du bord, pendant trois jours ne varie guère et se lit ainsi: "Vent violent, mer très agitée, Lenps orageux et couvert, très fort roulis, le bateau avance péniblement".

En résuné ce fut une traversée mouvementée et pénible. Un jour pendant le dîner, une vague de fonds imprime une secousse formidable au bateau. On entend la vaisselle rouler ici et là. L'orchestre essaye, malgré tout, à jouer, mais pivote sur place. À un moment donné, le pianiste est basculé de son siège et plaqué contre la cloison! le violon et la contrebasse dansent malgré eux. Chacun se cramponne aux tables et aux sièges pour ne pas tomber. Au fumoir, on voit soudainement les fauteuils, les tables, les cendriers et les personnes partir dans la même direction. Et tout se termine dans un éclat de rire.

En dépit des éléments déchaînés, Mlle Garnier et moi tenons bo nous ne manquons pas un seul repas, Beaucoup de passagers ne paraissent plus au réfectoire. Nos bonnes religieuses Filles de Jésus sont fort éprouvées, deux d'entre elles ont gardé le lit jusqu'à la veille du débarquenent .

Le 6 octobre, un dimanche, je dis la messe sur le bateau une dernière fois. Dans la matinée nous abordons au Hävre et bientôt nous foulons le sol de France.

Notre première visite est Lisieux: Visite de la chapelle des Carmélites, des Buissonnets, maison natale de Sainte-Thérèse, de la grande basilique en construction.

Le lendemain j'ai Le bonheur de célébrer la messe à côté de la châsse où repose Le corps de la petite Thérèse. C'est alors un ‘memento" fervent pour tous mes paroissiens de Lamoureux, mes amis de l'Alberta et d'ailleurs, |

Dans l'après-midi, M. l'Abbé Clermont, ancien curé de Villeneuve, Alberta, vient nous prendre en automobile et nous conduit dans sa paroisse à Grand Camp où nous passons une journée.

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